Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec France Bleu Alsace le 4 octobre 2018, sur la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec France Bleu Alsace le 4 octobre 2018, sur la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim.

Personnalité, fonction : LECORNU Sébastien.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire

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JOURNALISTE
Le Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique est votre invité, Maud.

MAUD CZAJA
Sébastien LECORNU, bonjour.

SEBASTIEN LECORNU, SECRETAIRE D'ETAT AUPRES DU MINISTRE D'ÉTAT, MINISTRE DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE ET SOLIDAIRE
Bonjour.

MAUD CZAJA
Vous êtes en Alsace pour un comité de pilotage sur l'avenir de Fessenheim après la fermeture de la centrale. Des élus locaux, à commencer par le maire de Fessenheim, ont boycotté certaines réunions intermédiaires. Pour eux, l'argent mis sur la table par le gouvernement ne suffit pas.

SEBASTIEN LECORNU
Moi je pense qu'il faut quand même découper les problèmes en morceaux sinon on ne va pas s'y retrouver. Déjà la centrale de Fessenheim, sa fermeture est prévue depuis longtemps, depuis 2012. Et c'est vrai que depuis qu'Emmanuel MACRON a été élu, il y a un changement radical de méthode puisqu'aujourd'hui c'est ma troisième visite sur le territoire pour, justement, écrire un projet sur l'après-centrale nucléaire. L'Etat débloque des moyens sans précédent pour permettre justement aux élus locaux d'écrire un projet industriel et économique pour l'après-centrale. Alors il y a le premier volet et ça va être un moment important ce matin : c'est arrêter le projet de territoire, définir les besoins en infrastructures. On acte des financements pour le faire. Je vais annoncer tout à l'heure un fonds d'amorçage de 10 millions d'euros pour la seule année prochaine, pour permettre justement d'aménager une grande zone de développement économique : 200 hectares identifiés, 30 hectares disponibles au 1er janvier…

MAUD CZAJA
Qui pourront créer des emplois rapidement ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui. Parce que la priorité absolue, et je vous réponds dans un instant sur la fiscalité évidemment, la priorité absolue du gouvernement partagée par Jean ROTTNER, le président de région, par Brigitte KLINKERT, la présidente du département, par Gérard HUG et même Claude BRENDER qui est un homme de caractère…

MAUD CZAJA
Le maire de Fessenheim.

SEBASTIEN LECORNU
Oui. Que j'ai appris à apprécier, qui est franc qui dit les choses comme moi, donc ça nous fait un vrai point commun. La priorité néanmoins absolue, c'est recréer des emplois et permettre à ce territoire si singulier, si idéalement placé au coeur de l'Europe d'avoir un véritable destin industriel. Après, jusqu'à présent quand des centrales fermaient dans notre pays - fuel et autres - il n'y avait pas de compensations fiscales pour les collectivités territoriales. Moi, j'ai souhaité qu'il y en ait une pour une simple et bonne raison : pour permettre à la communauté de communes et à la commune de Fessenheim de participer à ce projet de territoire, à cette reconquête industrielle et économique de ce territoire.

MAUD CZAJA
Et combien d'argent ?

SEBASTIEN LECORNU
30 millions d'euros.

MAUD CZAJA
Sur dix ans ?

SEBASTIEN LECORNU
Pour les 10 prochaines années de compensation pour la commune de Fessenheim et la communauté de communes. Le maire de Fessenheim me dit que le compte n'y est pas, notamment autour d'une question de technique sur le FNGIR. Moi, je respecte ce qu'il dit.

MAUD CZAJA
Le FNGIR, c'est le fonds national de garantie individuelle des ressources. C'est un fonds qui a été mis en place avec la suppression de la taxe professionnelle. 2,9 millions d'euros : Fessenheim va devoir continuer à payer ? A financer ce fonds ?

SEBASTIEN LECORNU
C'est un fonds qui est calculé sur des critères qui tiennent compte de votre richesse initiale et donc la contribution est importante. Et c'est vrai que quand vous êtes maire et que vous avez une entreprise importante dans votre commune qui ferme, vous continuez toujours de contribuer à ce fonds car ce fonds est fixe. C'est un fonds de péréquation entre toutes les communes.

MAUD CZAJA
Le maire dénonce une double peine. La centrale ferme et il va devoir continuer de payer un fonds.

SEBASTIEN LECORNU
Et le maire me demande des engagements au-delà des 10 prochaines années. Je ne sais pas tenir des engagements comme ceux-ci. Tout simplement parce qu'aucun maire en France ne sait, ne savent ce qu'il y a dans les lois de finances dans 10 ou 15 ans. Donc moi, je suis là-dessus très clair avec le territoire. Si le compte n'y est pas sur le FNGIR, ce n'est pas un problème. On va continuer à travailler pour trouver une solution. Néanmoins, moi je veux qu'on avance sur le projet économique et sur le projet industriel parce que c'est la mission principale qui m'a été confiée. Une fois de plus ce matin, nous arrivons avec des moyens sans précédent, inédits pour écrire ce projet économique et industriel. C'est ce que nous devons en Alsace. Le président de la République avait dit qu'il voulait et qu'il veut toujours, bien évidemment, une fermeture et une transition exemplaires. Un autre chiffre : un appel d'offres sur le photovoltaïque. 300 mégawatts pour les 20 prochaines années. C'est 240 millions d'euros que l'Etat met sur la table.

MAUD CZAJA
Sébastien LECORNU…

SEBASTIEN LECORNU
L'Etat, pardon, c'est le consommateur d'électricité français qui va payer ces 240 millions d'euros pour les 20 prochaines années pour permettre un développement du solaire dans le Haut-Rhin.

MAUD CZAJA
Sébastien LECORNU.…

SEBASTIEN LECORNU
Qu'on dise que le compte n'y est pas, je l'entends, notamment sur la question de la fiscalité, car ce sont des questions complexes, mais là je veux quand même aussi de dire les choses avec la manière la plus franche qui soit, « l'engagement » du gouvernement sur ce dossier elle est inédite, et je crois savoir qu'il n'y a pas de précédent la matière.

MAUD CZAJA
Autre chose concrète, l'avenir de Fessenheim est lié à l'EPR de Flamanville. Hier encore l'Autorité de sûreté nucléaire évoque un travail technique encore important à fournir de la part d'EDF. Et si l'EPR n'ouvrait jamais ?

SEBASTIEN LECORNU
Alors, je ne dirais pas ça. Déjà je tiens à me réjouir que l'on ait un gendarme du nucléaire français redoutablement exigeant et efficace et donc il est vrai que le calendrier de Flamanville n'appartient pas aux politiques, mais il appartient aux grands scientifiques de l'Autorité de sûreté nucléaire, qui eux seuls, vont déterminer quand la centrale sera prête ou pas. Je note que l'ASN ne dit pas que de Flamanville ne sera jamais prête. L'ASN dit que…

MAUD CZAJA
Mais ça pourrait prendre plusieurs années, auquel cas Fessenheim pourrait continuer à tourner pendant deux, cinq, dix ans ?

SEBASTIEN LECORNU
Je vais vous répondre, et vous avez deux questions dans la question, donc est-ce que cela peut prendre plusieurs années ? Aujourd'hui Autorité de sûreté nucléaire ne dit pas cela, et il y a un calendrier qui est aujourd'hui connu, c'est fin de l'année 2019. Est-ce que ce calendrier peut être réévalué à tout moment par l'Autorité de sûreté nucléaire ? La réponse est oui, donc vous lui posez la question sur la prévisibilité. Ensuite, c'est là où parfois il y a d'ailleurs un jeu de dupes avec certains acteurs politiques, c'est même si la centrale de Flamanville devait prendre encore du retard dans sa tranche EPR, il y a une réalité c'est que les tranches de réacteurs de Fessenheim, les deux tranches de réacteurs de Fessenheim sont soumises à recarénage à VD4, comme on dit si bien, donc en 2020 et en 2022, et sur ce recarénage-là, pour le coup EDF n'a pas fait les investissements qu'il convenait de faire, pour des raisons évidentes, puisque la centrale, son annonce de fermeture était prise il y a de nombreuses années

MAUD CZAJA
A priori ça serait au plus tard 2020

SEBASTIEN LECORNU
Pour une tranche, 2022 pour une autre, on fait rarement fonctionner une tranche nucléaire seule, donc c'est un calendrier qui a été Affiné. J'ai toujours dit la même chose, donc je vais vous répondre d'une seule phrase : la fermeture de la centrale de Fessenheim, non seulement elle se fera pendant le quinquennat, et la décision est irréversible, tant pour des raisons industrielles que pour des raisons politiques. Donc là aussi il faut l'assumer, et permettre à ce temps devant nous, justement d'avancer pour un beau projet alsacien, autour de la transition énergétique, autour du développement économique, en tout cas c'est ce que veulent de la plupart des élus, régionaux, départementaux, intercommunaux, et je leur en suis reconnaissante parce qu'il y a quelque chose à faire, à bien faire

MAUD CZAJA
Autre dossier en Alsace, Sébastien LECORNU, le GCO, ce projet d'autoroute qui a eu le feu vert du gouvernement malgré plusieurs avis de commissions environnementales, des avis négatifs. Ça vous interpelle en tant que secrétaire d'Etat auprès du ministère de la Transition écologique ?

SEBASTIEN LECORNU
Ce qui m'interpelle c'est respecter l'Etat de droit. Des autorisations ont été données, elles ont été prises, aujourd'hui il y a des contentieux devant le tribunal administratif, et donc quand on est ministre on ne commande pas une affaire qui est devant le juge administratif.

MAUD CZAJA
N'empêche que ce projet a reçu des avis négatifs, le gouvernement ne reviendra pas en arrière, il soutient ce projet ?

SEBASTIEN LECORNU
Il y a des décisions qui ont été prises, nous les assumons il faut l'assumer dans la concertation c'est ce qu'ont fait François de RUGY et Elisabeth BORNE, c'est ce qu'a fait le préfet de région Jean-Luc MARX ici en en s'emparant de ce dossier, on écoute tout le monde, mais une fois de plus on respecte l'Etat de droit.

MAUD CZAJA
Une dernière question. Le gouvernement connaît une rentrée difficile, deux départs en cinq semaines, de ministre d'Etat, Nicolas HULOT, Gérard COLLOMB. Ça vous inquiète ?

SEBASTIEN LECORNU
Ce sont des décisions personnelles, moi ce que je note, c'est qu'il y a une continuité de l'Etat sur les questions écologiques. Je crois pouvoir en témoigner. Regardez ma présence de nouveau aujourd'hui ici pour Fessenheim, sur les questions de sécurité, le Premier ministre lui-même assure l'intérim avec en plus cette arrestation attendue hier de Redoine FAID. Ce qui compte c'est que le service soit rendu aux Français, ce qui compte c'est que le job soit fait et le gouvernement est tout à sa tâche pour que le job soit fait.

MAUD CZAJA
Merci Sébastien LECORNU, secrétaire d'Etat auprès du ministère de la Transition écologique, d'avoir été dans nos studios ce matin.

SEBASTIEN LECORNU
Merci de m'avoir invité. Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 octobre 2018

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