Déclaration de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale, sur la réforme du baccalauréat, Paris le 3 octobre 2018. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale, sur la réforme du baccalauréat, Paris le 3 octobre 2018.

Personnalité, fonction : BLANQUER Jean-michel.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

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M. le président. L'ordre du jour appelle le débat, organisé à la demande de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication, sur la réforme du baccalauréat.

Nous allons procéder au débat sous la forme d'une série de questions-réponses dont les modalités ont été fixées par la conférence des présidents.

Je rappelle que l'auteur du débat disposera d'un temps de parole de huit minutes ; puis le Gouvernement bénéficiera de la même durée pour lui apporter une réponse. Ensuite, chaque orateur disposera de deux minutes pour présenter sa question, laquelle donnera lieu à une réponse du Gouvernement, de deux minutes également. Quinze questions seront posées, et Mme la présidente de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication tirera de ce débat des éléments de conclusion.

(…)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale. Madame la présidente, madame la présidente de la commission, mesdames, messieurs les sénateurs, c'est évidemment avec grand plaisir que je viens échanger avec vous sur la question du baccalauréat. Il s'agit d'un sujet dont a déjà discuté le Sénat à l'occasion de différents débats que nous avons eus précédemment, mais nous avions en quelque sorte rendez-vous, rendez-vous qui a lieu aujourd'hui, pour approfondir tout ce qui touche au baccalauréat.

Nous savons tous que, en travaillant sur le baccalauréat, nous travaillons en réalité sur l'ensemble du système scolaire. En effet, transformer le baccalauréat a un impact sur le lycée – général, technologique, professionnel –, mais aussi sur l'ensemble du système scolaire, dès la petite section de maternelle.

Je ne prendrai qu'un seul exemple, que vous avez évoqué, madame la présidente de la commission, celui des compétences orales. Avec le grand entretien de fin d'année, nous avons voulu signaler à l'ensemble du système scolaire que nous voulons des élèves ayant confiance en eux-mêmes, capables de s'exprimer oralement et d'user d'arguments rationnels. Nous savons que cela ne constitue pas aujourd'hui un point fort des élèves français, et nous avons comme priorité l'émergence d'une excellente capacité d'expression écrite et orale en français, pour tous. Voilà l'un des exemples de signal qu'envoie la réforme du baccalauréat.

L'objectif de cette réforme pourrait se résumer en une formule : en réformant le baccalauréat, nous voulons que, en le préparant, les élèves préparent ce qui les fera réussir après. En d'autres termes, nous voulons en finir avec une certaine artificialité de l'exercice, qui a même donné lieu à une création sémantique – le bachotage, terme péjoratif. Nous voulons conserver le baccalauréat, le fortifier et en finir avec ce bachotage, afin que, grâce à la préparation de cet examen, grâce à cet horizon donné à chaque élève de France, existe un tremplin vers la réussite dans l'enseignement supérieur, réussite qui a fait défaut jusqu'à aujourd'hui.

Différentes réformes doivent contribuer à cette réussite ; je pense évidemment à la réforme de Parcoursup, que vous avez évoquée, madame la présidente.

Je veux d'emblée vous répondre que, oui, cette réforme contribuera à donner plus de sens au baccalauréat, puisque les notes pourront être davantage prises en compte au moment des admissions dans l'enseignement supérieur. La question des calendriers sera donc réglée dans un sens qui permettra une telle prise en compte des disciplines de spécialité.

Le Premier ministre avait précisé, dès sa déclaration de politique générale, que la première session de ce nouveau baccalauréat interviendrait en 2021 et qu'elle concernerait donc les élèves entrés en classe de seconde en septembre 2018. Le Président de la République lui-même avait pris au cours de la campagne présidentielle des engagements sur la structuration de ce nouveau baccalauréat, notamment sur la question du contrôle continu et des épreuves anticipées.

Après une consultation conduite par M. Pierre Mathiot, à qui j'avais confié cette mission, puis une concertation que j'ai menée personnellement avec les partenaires de l'éducation nationale, nous avons, au mois de février dernier, présenté une réforme dont je souhaite aujourd'hui présenter de nouveau les grandes lignes et, bien entendu, préciser les détails.

Tout d'abord, je rappelle que le baccalauréat 2021 comprendra, comme aujourd'hui, une épreuve anticipée de français en classe de première, puis quatre épreuves terminales. Ces différentes épreuves représenteront 60 % de la note finale au baccalauréat, lequel aura pour point d'orgue deux moments très importants.

Le premier sera une épreuve de philosophie commune à tous les élèves. C'est là un point important.

Oui, madame la présidente de la commission, la philosophie sort de cette réforme revigorée, et cela à plus d'un titre. Elle l'est sur le plan horaire, notamment pour les élèves à profil scientifique, qui, à l'avenir, suivront quatre heures de cours de philosophie au lieu de trois aujourd'hui. Par ailleurs, les élèves qui veulent se spécialiser en philosophie pourront choisir la nouvelle spécialité que nous avons intitulée « humanités, littérature et philosophie ». Nous renouvelons donc à la fois les contenus, les contours et les volumes horaires de cette discipline, qui est affichée comme un moment clef en fin de parcours.

Le second moment essentiel sera l'épreuve orale, un grand entretien devant un jury qui permettra à l'élève d'exercer sa compétence d'argumentation.

Par ailleurs, pour valoriser la régularité du travail des lycéens, donc pour contribuer à en finir avec le bachotage que j'ai évoqué, il y aura une grande part de contrôle continu, qui représentera quelque 40 % de la note finale. En particulier, le lycéen sera régulièrement évalué lors d'épreuves communes, qui représenteront 30 % de la note finale, donc les trois quarts du contrôle continu. Ces épreuves communes seront organisées dans trois à cinq disciplines – selon les cas –, qui ne sont pas évaluées dans les épreuves terminales. Elles seront comparables à ce que sont les baccalauréats blancs aujourd'hui.

Madame la présidente de la commission, je veux répondre à une autre de vos questions : bien entendu, l'objectif n'est pas de créer une lourdeur supplémentaire dans le système. Il est, au contraire, d'épouser des pratiques qui existent déjà, comme celle des baccalauréats blancs, que les lycées connaissent bien. Ces pratiques doivent garantir à la fois l'objectivité – c'est le sens des banques de sujets – et la souplesse – c'est le sens de la large autonomie d'organisation confiée aux établissements – du dispositif.

Ces épreuves communes auront évidemment de l'importance pour souligner la régularité du travail de l'élève. Toutefois, nous voulons aussi, grâce au contrôle continu, susciter un autre effet positif pour la société française : à partir de 2021, le mois de juin ne sera plus accaparé par les examens, au détriment des cours des élèves non seulement de terminale, mais aussi de seconde et de première. C'est une transformation sociétale très importante qui se joue là : la société française ne sera plus organisée de la même façon au mois de juin, tout simplement parce que les lycéens ne seront plus amenés à vaquer.

Bien sûr, notre objectif n'est pas de reporter la lourdeur qui se manifeste aujourd'hui vers d'autres moments de l'année. Il est, au contraire, de nous doter d'une certaine souplesse. Outre la part équivalant au contrôle continu, le quart restant des 40 % de la note finale correspondra aux bulletins scolaires, qui seront donc pris en compte à hauteur de 10 % de la note finale, afin de valoriser la progression des élèves au cours du cycle.

Les élèves ne joueront donc plus leur examen sur une seule semaine d'épreuves. L'organisation sera mieux répartie sur les classes de première et de terminale. Elle ne paralysera plus les lycées en fin d'année scolaire. Aussi, le baccalauréat de 2021 sera à la fois pleinement national, pleinement juste et pleinement facteur de réussite.

Comme je le soulignais au début de mon propos, cette réforme aura évidemment un impact sur le lycée. Aujourd'hui, nous allons nous concentrer sur le baccalauréat en tant que tel, mais, je tiens à le signaler, à partir de la rentrée de 2019 le lycée français entamera une métamorphose importante. Nous en avons déjà une première saveur en cette rentrée pour ce qui concerne la classe de seconde, notamment avec les cinquante-quatre heures consacrées à l'orientation et avec le test de positionnement, qui a été organisé ces derniers jours pour offrir un accompagnement personnalisé en français et en mathématiques aux élèves de seconde qui auraient des bases fragiles.

À partir de la rentrée de 2019, l'implantation des spécialités permettra d'accompagner au mieux les élèves, de les soutenir dans leur parcours et d'organiser les approfondissements nécessaires. Madame la présidente de la commission, je veux là encore vous rassurer : le processus d'implantation des spécialités obéira à un impératif d'équité territoriale et même de compensation territoriale.

Dès l'annonce de la réforme, j'avais indiqué qu'il y aurait douze spécialités, dont sept se retrouveraient partout, dans tous les lycées de France, à quelques très rares exceptions près, liées à la taille des établissements. En outre, une ou plusieurs des cinq autres spécialités seront proposées dans les lycées. Il s'agira d'un outil d'équité territoriale, parce que nous implanterons ces spécialités de façon privilégiée dans les établissements ayant besoin de renforcer leur attractivité, qu'ils soient urbains ou ruraux.

Mme la présidente. Je vous prie de conclure, monsieur le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. Simplifier, clarifier, moderniser : le nouveau baccalauréat vise à permettre aux élèves de vivre et d'agir pleinement dans le XXIe siècle. Il leur garantira, en outre, une ouverture sur l'Europe et le monde, grâce au développement des disciplines en langues étrangères et de la mobilité. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche, du groupe Les Indépendants – République et Territoires et du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen, ainsi que sur des travées du groupe Union Centriste et du groupe Les Républicains.)


- Débat interactif -

Mme la présidente. Nous allons maintenant procéder au débat interactif.

Je rappelle que chaque orateur dispose de deux minutes au maximum pour présenter sa question, qui sera suivie d'une réponse du Gouvernement pour une durée équivalente.

Dans le cas où l'auteur de la question souhaite répliquer, il dispose de trente secondes supplémentaires, à la condition que le temps initial de deux minutes n'ait pas été dépassé.

Dans le débat interactif, la parole est à M. Pierre Ouzoulias.

M. Pierre Ouzoulias. Madame la présidente, madame la présidente de la commission, monsieur le ministre, malgré les réformes législatives récentes, le premier cycle de l'enseignement supérieur demeure ouvert à tous les titulaires du baccalauréat, qui en constitue toujours le premier diplôme. (M. le ministre de l'éducation nationale acquiesce.)

Si l'on ne se contente pas du bilan désespérément comptable et lénifiant donné à propos de Parcoursup par la ministre de l'enseignement supérieur et que l'on tente une analyse qualitative, à laquelle il sera essentiel que votre ministère participe, monsieur le ministre, il faut entendre les demandes des candidats et des candidates, qui souhaitent que les résultats du baccalauréat soient mieux valorisés dans ce dispositif nouveau.

Le diplôme du baccalauréat conserve l'avantage d'être national et anonyme, c'est-à-dire de donner les mêmes droits à tous les candidats, quel que soit leur lycée d'origine et indépendamment des facilités procurées par leur milieu social.

La ministre en charge de l'enseignement supérieur semble avoir entendu cette requête, puisqu'elle a récemment déclaré étudier une réforme de Parcoursup pour rendre les dossiers plus anonymes.

Néanmoins, dans le même temps, Mme Vidal a annoncé, sans doute à l'issue d'une concertation interministérielle intense, que le calendrier de Parcoursup serait considérablement resserré, pour que les inscriptions administratives soient réalisées avant la fin du mois de juillet. Cela rend matériellement très difficile l'intégration de tous les résultats du baccalauréat, sauf à réduire drastiquement le temps d'examen des dossiers par les établissements de l'enseignement supérieur. Cette réforme du calendrier de Parcoursup est peu compatible avec votre volonté de maintenir le statut du baccalauréat, monsieur le ministre.

Au-delà de cette divergence ministérielle sur le calendrier, je veux vous interroger sur le rôle pédagogique et légal que le Gouvernement veut donner à ce diplôme pour clore le cycle des études secondaires et ouvrir celui des études supérieures. (Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste, ainsi que sur des travées du groupe socialiste et républicain.)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale. Monsieur Ouzoulias, votre question est très importante. Avant de répondre à sa première partie, je commencerai par évoquer le socle sur lequel nous pouvons nous accorder.

Nous pouvons dégager un consensus en France, me semble-t-il, sur l'idée que ce nouveau baccalauréat est le véritable point de départ vers l'enseignement supérieur. C'est ainsi qu'il a été conçu, et nous le confirmons clairement dans ce rôle.

Vous le savez, la question est débattue de longue date, et nous aurions pu la trancher dans un sens différent. Or nous avons choisi de donner au baccalauréat beaucoup plus de sens, à un moment où l'on pouvait considérer que ce dernier s'était quelque peu effiloché, l'exercice étant devenu assez formel. Le taux d'échec observé dans les premiers cycles de l'enseignement supérieur pouvait être inquiétant de ce point de vue. Il s'agit donc de faire désormais du baccalauréat un véritable tremplin pour la réussite dans l'enseignement supérieur.

L'une des conséquences de ce choix, c'est que les notes obtenues au baccalauréat compteront pour la suite du parcours. C'est particulièrement vrai du contrôle continu, donc de notes attribuées très en amont des dossiers établis pour Parcoursup, mais aussi de l'évaluation des disciplines de spécialité, que nous voulons placer le plus tôt possible dans l'année scolaire, sans pour autant que ce soit trop tôt ; l'hypothèse sur laquelle nous travaillons pour 2021 est la fin des vacances de printemps, ce qui, quelles que soient les dates de ces dernières, et même si la procédure de Parcoursup s'achève à la fin du mois de juillet, laisserait un délai suffisant pour prendre en compte les notes en question.

La réforme constitue donc incontestablement une avancée, y compris au regard des critères que vous posez vous-même, monsieur le sénateur. Voilà ce que je puis vous répondre pour l'essentiel. Pour le reste, je suis évidemment en désaccord avec les propos que vous avez tenus sur Parcoursup, qui marque un indéniable progrès et dont l'on voit bien la cohérence avec la réforme du baccalauréat que je suis en train de vous présenter.

M. François Patriat. Très bien !

Mme la présidente. La parole est à M. Pierre Ouzoulias, pour la réplique.

M. Pierre Ouzoulias. Monsieur le ministre, sachant que vous êtes un défenseur des langues anciennes, j'ai envie de vous dire : Festina lente ! Hâtez-vous lentement… (Sourires.)

Il est tout à fait dommage que cette réforme du baccalauréat n'ait pas été engagée de façon complémentaire de celle qui a abouti à Parcoursup. L'on aborde les dossiers les uns après les autres de manière complètement éclatée, puis l'on cherche à rabouter les différents textes. Avec une telle méthode, on obtient un ensemble qui n'est absolument pas cohérent !

Nous avons besoin d'une vision globale. Je pense que, lors du lancement de Parcoursup, nous aurions pu prendre le temps d'une discussion plus approfondie sur le baccalauréat. (Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste, ainsi que sur des travées du groupe socialiste et républicain.)

Mme la présidente. La parole est à M. Jacques-Bernard Magner.

M. Jacques-Bernard Magner. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, les premiers effets de la réforme du nouveau baccalauréat de 2021 vont se faire sentir dès cette année scolaire 2018-2019. En effet, les lycéens qui sont entrés cette année en classe de seconde devront faire un choix au troisième trimestre pour leur passage en première.

La réforme du baccalauréat que vous présentez, monsieur le ministre, met en place un examen resserré autour de quatre épreuves écrites, dont le français et la philosophie, et d'un grand oral. Elle supprime les séries L – littéraire –, ES – économique et sociale – et S – scientifique – dans la voie générale. À la place, les lycéens choisiront trois matières principales, appelées « spécialités », puis deux seulement en terminale, qui feront l'objet d'épreuves écrites finales. En outre, la réforme prévoit une dizaine de spécialités, depuis « art » jusque « numérique et sciences informatiques », en passant par « langues et littératures étrangères ».

Monsieur le ministre, tous les établissements pourront-ils proposer la totalité de l'offre et les lycéens vont-ils vraiment pouvoir choisir librement les trois matières, en panachant des disciplines scientifiques avec d'autres, plus littéraires, ou bien va-t-on avoir des triplettes toutes faites et imposées ? Je crains qu'il n'y ait un important hiatus entre le discours généreux qui a mis en avant le choix des élèves et la réalité contrainte que l'on commencera à connaître au début de l'année 2019…

Comment informer et conseiller les jeunes dans leur orientation si l'on ne connaît pas déjà le contenu des disciplines que le Conseil supérieur des programmes doit finaliser avant le début de l'année 2019, voire plus tôt, si je ne me trompe pas ? Ou alors, mais je n'ose le penser, le ministère aurait-il des programmes tout prêts et utiliserait-il le Conseil supérieur des programmes pour une pseudo-concertation déjà bien préparée ?

Enfin, comme l'a dit mon excellent collègue Pierre Ouzoulias, n'a-t-on pas fait les choses dans le désordre en lançant Parcoursup dès la rentrée de 2018, avant la réforme du bac de 2021 ? (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain. – M. Pierre Ouzoulias applaudit également.)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale. Monsieur Magner, je vous remercie de votre question, qui me permet de prolonger la réponse que j'ai apportée à la question précédente.

Il existe bien évidemment une cohérence formidable entre ce qui a été fait avec Parcoursup et la réforme du baccalauréat, depuis l'aval vers l'amont. Ne doutez pas que la ministre de l'enseignement supérieur et le ministre de l'éducation nationale y travaillent. Notre bonne entente – probablement inédite sous la Ve République, il faut le noter – nous permet cette vision complémentaire. Vous verrez, si vous ne le voyez déjà, qu'il existe une très grande cohérence entre le baccalauréat qui se profile et Parcoursup, dans une vision « lycée-licence » que nous assumons bien sûr pleinement.

Pour les avoir souvent lus ou entendus sur ces sujets, il ne m'échappe pas que de nombreuses caractéristiques du nouveau baccalauréat satisfont des souhaits que des sénateurs de différentes sensibilités politiques ont pu formuler par le passé. Je ne désespère pas de voir émerger un certain optimisme collectif sur l'accomplissement d'une réforme qui a été collectivement désirée… Je rappelle, du reste, qu'une grande consultation a eu lieu sur le sujet.

Pour ce qui concerne votre question, très légitime, sur l'implantation des spécialités, je répète que ce sont sept spécialités qui seront garanties à tous. En combinant ces sept spécialités, on offre déjà aux lycéens un choix plus large que ce que permettent les séries actuelles. Bien entendu, nous chercherons un juste milieu entre un système contraint, qui ne serait finalement que la reconduction des séries actuelles et ne changerait que les apparences, ce que nous voulons à tout prix éviter, et la fragmentation complète des choix, qui est de toute façon impossible compte tenu du nombre de combinaisons imaginables entre les douze spécialités. La présence d'au moins sept spécialités dans chaque lycée permettra ce juste milieu.

Nous assumons également pleinement une logique de réseau entre les lycées présents sur un même territoire, qui pourront, parfois, se partager les options. Au reste, cela correspond parfois à des réalités d'ores et déjà existantes. (M. François Patriat applaudit.)

Mme la présidente. La parole est à Mme Françoise Laborde.

Mme Françoise Laborde. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, ma première question est simple : le ministère de l'agriculture a-t-il pris une part suffisante dans l'élaboration de la réforme du baccalauréat appelée, sans vouloir vous manquer de respect, monsieur le ministre, « réforme Blanquer » ?

Les inquiétudes soulevées par les personnels de l'enseignement agricole et les premières annonces permettent d'en douter. L'agronomie devient une option facultative, alors qu'elle était un enseignement de spécialité obligatoire. Cette situation est inquiétante quand on sait que les titulaires d'un baccalauréat scientifique obtenu en lycée agricole se destinent souvent à devenir ingénieurs agronomes.

Le choix de seulement deux spécialités en terminale est problématique quand la poursuite d'études supérieures en requiert trois, comme en classe préparatoire véto-agro, qui exige un niveau élevé en mathématiques, physique et sciences de la vie et de la terre, ou SVT.

Par ailleurs, certains lycées agricoles ne seront pas en mesure de proposer tous les binômes de disciplines et, face à ce risque, les parents risquent de préférer les lycées privés. La question de la survie du service public de l'enseignement agricole est donc clairement posée.

Concernant le baccalauréat sciences et technologies de l'agronomie et du vivant, ou STAV, seul baccalauréat technologique de l'enseignement agricole, il sera modifié, sans que l'on dispose de beaucoup de précisions à ce jour. La réforme laisse planer le risque d'une diminution d'horaires, donc d'un appauvrissement des contenus. Pouvez-vous nous en préciser les contours ?

Par ailleurs, la filière de l'enseignement agricole, seule à être placée sous la responsabilité du ministère de l'agriculture, aurait été oubliée dans les choix proposés par Parcoursup. C'est grâce à la vigilance des enseignants que les filières proposées par les établissements agricoles ont été ajoutées. Certes, la double tutelle de cet enseignement ne simplifie pas les choses, mais comment mieux prendre en compte ces spécificités lors des réformes de l'éducation ? (Applaudissements sur les travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen et du groupe Union Centriste. – M. Gérard Longuet applaudit également.)

Mme Françoise Férat. Très bien !

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale. Madame la sénatrice, comme vous le savez, je suis un grand défenseur de l'enseignement agricole et je ne rate jamais une occasion de dire qu'il se passe dans l'enseignement agricole des choses extrêmement intéressantes, qui peuvent même parfois servir de modèles pour les lycées de l'éducation nationale. (Mme Françoise Laborde acquiesce.) Vous pouvez donc être certaine que la réforme du baccalauréat ne vise à établir aucune compétition entre enseignement général et enseignement agricole. Elle témoigne encore moins d'un quelconque désir d'affaiblir ce dernier.

Bien entendu, la réforme, comme d'ailleurs toutes les réformes en la matière, a été conçue en lien avec le ministère de l'agriculture, comme le permet notre système institutionnel, et à la suite de discussions personnelles entre le ministre de l'agriculture et moi-même.

L'une des douze disciplines de spécialité a clairement été conçue pour être implantée dans les lycées agricoles : il s'agit de « biologie-écologie », héritière des séries existantes. Cette discipline peut d'ailleurs grâce au nouveau système, qui est plus modulaire, permettre des ponts plus importants qu'aujourd'hui entre l'enseignement agricole et les filières générales, qui y sont souvent présentes. C'est donc plutôt un enrichissement des possibilités et des opportunités qui s'ouvre avec ce nouveau baccalauréat, qui, en étant plus modulaire, est aussi plus interconnecté. On pourra le constater entre l'enseignement agricole et l'enseignement général, comme entre celui-ci et l'enseignement technologique, l'enseignement professionnel et, même, les baccalauréats internationaux.

Bien évidemment, il faudra examiner chaque cas spécifique. Vous avez évoqué la classe préparatoire aux écoles vétérinaires, qui est peut-être l'un des cas extrêmes. Nous y avons pensé, notamment en créant les options « mathématiques expertes » et « mathématiques complémentaires », qui permettent, par exemple, de choisir la physique, les SVT et les mathématiques, soit les trois disciplines que vous avez mentionnées, madame la sénatrice.

Nous avons évidemment travaillé à partir des cursus et des attendus de l'enseignement supérieur, ce qui normalement ne créera pas d'angle mort dans le continuum « lycée-licence » que nous appelons de nos voeux.

Mme la présidente. La parole est à Mme Françoise Laborde, pour la réplique.

Mme Françoise Laborde. Je vous remercie de votre réponse, monsieur le ministre. Je sais que vous pensez que l'enseignement agricole est un enseignement de qualité et que vous le citez en exemple. Nous le faisons aussi.

Nous devons être très attentifs. C'est pourquoi je vous demande de vous assurer, en coordination avec les autres ministères – nous rencontrerons bientôt Mme Vidal –, que, en amont, aucun baccalauréat d'aucune filière n'a été oublié et que, en aval, les futurs bacheliers auront bien accès à toutes ces filières, grâce à Parcoursup.

Mme la présidente. La parole est à Mme Colette Mélot.

Mme Colette Mélot. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, simplifier l'organisation d'un examen bicentenaire et mieux armer les bacheliers dans la perspective de leurs études est un objectif que nous ne pouvons que saluer, d'autant qu'il répond aux attentes de la plupart des acteurs du monde éducatif, favorables à une évolution de ce qui s'apparente aujourd'hui à un rite de passage.

L'examen reste la clef d'entrée vers le supérieur, mais la situation est paradoxale : les taux de réussite du baccalauréat frôlent les 90 %, alors que nombre de bacheliers échouent ensuite à l'université. Sa sélectivité est désormais remplacée par le jeu des mentions et des filières. La convoitée mention « Très bien » est le nouveau sésame pour franchir la porte des établissements les plus prestigieux. Il y a non plus un bac, mais des bacs. Aussi le baccalauréat, ce « quelque chose d'incroyablement antique » décrit par Sartre, mérite-t-il cette nouvelle réforme, positive en bien des points.

Monsieur le ministre, je souhaite aujourd'hui mettre l'accent sur le grand oral, qui remettra à l'honneur une capacité fondamentale, que chacun doit maîtriser au plus tôt : savoir s'exprimer en public de façon claire et intelligible. Cet oral dit « de maturité » sera préparé dès la classe de première et viendra valider la capacité du lycéen à mener un projet qui lui est propre et son aptitude à le vendre face à un jury.

Les compétences recherchées répondent également aux besoins du marché du travail et de l'économie. Aujourd'hui, on attend du futur salarié non seulement qu'il soit apte à s'exprimer correctement en public, mais aussi qu'il soit capable de mener à bien une réalisation personnelle.

Toutefois, monsieur le ministre, et c'est l'objet de ma question, le futur grand oral du bac est une bonne initiative à condition d'y mettre les moyens : formation des enseignants aux techniques oratoires, heures spécifiques dédiées à leur apprentissage dans l'emploi du temps scolaire, valorisation de la parole de l'élève pendant les cours… J'y ajoute les dispositions relatives aux élèves qui présentent un handicap.

Pouvez-vous donc nous décrire les moyens que vous comptez déployer pour que ce projet de grand oral soit véritablement républicain ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale. Madame la sénatrice, je vous remercie de m'offrir l'occasion d'approfondir cette question, que j'ai brièvement évoquée tout à l'heure.

Un nouveau baccalauréat donne un signal à l'ensemble du système scolaire, dès la classe maternelle – j'insiste sur ce point –, avec un impact sur la conception des programmes et les recommandations pédagogiques.

Pour citer un exemple extrême, les Assises de l'école maternelle, qui se sont tenues voilà quelques mois, ont mis l'accent sur la confiance en soi et la capacité à s'exprimer dès l'école maternelle. C'est donc un signal que nous envoyons à tout le système scolaire.

D'ailleurs, ce signal vaut pour les disciplines en tant que telles, mais aussi pour l'ensemble des activités. Je pense à l'éducation artistique et culturelle, qui prend une dimension nouvelle. Voilà deux semaines, la ministre de la culture et moi-même avons annoncé notre stratégie en la matière. Cette stratégie a clairement identifié l'oral comme un élément essentiel, d'où l'accent mis, en particulier, sur les pratiques théâtrales.

J'ai annoncé, à cette occasion, que l'enseignement du français serait renforcé en classe de troisième, à hauteur d'une demi-heure supplémentaire. Il s'agit justement de consacrer plus de temps à l'entraînement à l'argumentation en classe de troisième. Cela permettra d'ailleurs de faire d'une pierre plusieurs coups, l'enseignement du français s'étant effiloché sur le plan quantitatif dans les classes de collège ces dernières années, comme beaucoup nous l'ont signalé.

Cette mesure s'accompagnera également d'une évolution des programmes, y compris de français, cette fois-ci au lycée. Nous attendons les nouveaux programmes pour la fin du mois d'octobre.

J'en profite pour dire qu'ils n'ont pas été pré-écrits par mes soins ! Au reste, imaginer que je puisse rédiger des centaines de pages en la matière serait présumer de mes capacités de travail… C'est presque un hommage rendu à ma personne ! (Sourires.) La réécriture des programmes est le fruit d'un travail collectif, auquel plus de quatre cents personnes contribuent.

La réforme du baccalauréat est un signal envoyé sur les compétences nécessaires. C'est aussi un enjeu de justice sociale. On dit parfois que l'oral est discriminant socialement. Ceux qui l'affirment devraient souvent se montrer plus subtils, mais le fait est que, précisément parce que l'oral est éventuellement discriminant entre les élèves, il faut préparer les élèves, tout au long de leur scolarité, à être bons en la matière.

Mme la présidente. La parole est à M. Stéphane Piednoir.

M. Stéphane Piednoir. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, le baccalauréat fait partie de notre paysage depuis plus de deux siècles. Autant dire qu'il constitue désormais une véritable institution, dont chaque famille s'est saisie, d'autant plus depuis la massification de l'accès à ce diplôme, décrétée au beau milieu des années quatre-vingt.

Réformer le baccalauréat, c'est donc s'adresser à chacune de ces familles concernées à plus ou moins long terme par ce diplôme, qui a nécessairement un avis sur toute mesure en modifiant l'accès. Mais réformer le baccalauréat, c'est aussi s'adresser aux professeurs, qui appliquent bon gré mal gré les différentes réformes voulues par les ministres qui se succèdent.

Il n'est pas question pour moi de trancher la question du niveau qui monte ou qui baisse. Néanmoins, il n'est pas possible d'occulter le désarroi de ces professeurs qui constatent que, globalement, les élèves obtenant ce premier diplôme de l'enseignement supérieur sont de moins en moins armés pour affronter ce dernier.

Les professeurs émettent également quelques inquiétudes sur la disparition des séries. Vous le savez, certaines filières de l'enseignement supérieur sont organisées en fonction du baccalauréat que l'on a obtenu. Pour illustrer mon propos, je prendrai l'exemple, que nous connaissons bien tous les deux, monsieur le ministre, des classes préparatoires aux grandes écoles de commerce et de management.

Ma question est simple : si, demain, les séries S et ES disparaissent, comme la réforme le prévoit, quel est l'avenir des classes préparatoires ECE – économiques et commerciales, option économique – et ECS – économiques et commerciales, option scientifique ? Est-il envisagé de fusionner ces deux séries, de faire de grandes classes à quarante-huit étudiants, dont on sait qu'elles sont beaucoup moins efficientes, ce qui permettrait, au passage, de réaliser de substantielles économies d'échelle ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale. Monsieur Piednoir, le sujet de la hausse du niveau est évidemment très important. Vous le savez, j'ai l'habitude de résumer la réforme de l'éducation nationale que nous avons à mener en disant qu'elle vise deux objectifs, qui sont en fait les deux faces d'une même réalité : l'élévation du niveau général et la justice sociale. Nous aurons la justice sociale par l'élévation du niveau général, et l'élévation du niveau général par la justice sociale.

C'est le sens, par exemple, du dédoublement des classes de CP et de CE1. C'est le sens de la priorité donnée à l'école primaire et de notre volonté que les élèves entrant dans l'enseignement secondaire maîtrisent les savoirs fondamentaux, alors même que, aujourd'hui, vous avez raison de le dire, certains accèdent à l'enseignement supérieur sans bien maîtriser ces savoirs.

Nous avons beaucoup à reprendre dans le système scolaire pour donner aux élèves une assise plus forte le plus tôt possible. Nous abordons chaque étape avec beaucoup de rigueur. C'est le sens du test de positionnement en début d'année de seconde, qui vise à évaluer le niveau en français et en mathématiques. Ce test, auquel tous les élèves de seconde de France ont été soumis ces derniers jours, est en train d'être traité informatiquement. Il nous permettra de connaître le niveau de chaque élève et de déclencher l'aide personnalisée trois ans avant l'entrée dans l'enseignement supérieur, pour combler les éventuelles failles.

En ce qui concerne l'impact sur les classes préparatoires, je veux souligner à quel point le travail du Conseil supérieur des programmes a été conditionné par les observations des acteurs de l'enseignement supérieur, notamment les professeurs d'université et de classes préparatoires, qui nous ont signalé, par exemple en sciences ou dans les disciplines mathématiques que vous évoquez, un affaissement du niveau, probablement lié au fait que les programmes ne sont pas suffisamment approfondis.

L'une des vertus de la réforme du baccalauréat sera de permettre à chaque élève ayant choisi une spécialité de l'approfondir plus qu'auparavant. Cela signifie que tout élève qui choisit une discipline qui lui aurait été enseignée dans l'une des séries étudiera autant ou plus cette matière qu'avant la réforme. Par ailleurs, les programmes iront plus loin.

Une hausse du niveau est donc attendue, mais aussi une hausse du désir. C'est précisément parce que les élèves auront le choix entre un plus grand nombre de spécialités qu'ils en approfondiront l'étude avec plus de plaisir. (M. François Patriat applaudit.)

Mme la présidente. La parole est à M. Stéphane Piednoir, pour la réplique.

M. Stéphane Piednoir. Monsieur le ministre, je ne suis pas tout à fait convaincu, d'autant que vous n'avez pas véritablement répondu à ma question principale, qui portait sur la fusion des filières ECE et ECS.

Je maintiens mon propos : il faut absolument préserver la diversité des publics en classes préparatoires, mais aussi dans les écoles de management, car il est important d'avoir des profils différents, qu'il s'agisse d'élèves plutôt forts en mathématiques ou plutôt forts en sciences humaines. C'est ce qui fait la richesse de nos diplômés et c'est un point sur lequel les professeurs, y compris ceux de l'enseignement supérieur, expriment fortement leur inquiétude.

Mme la présidente. La parole est à Mme Françoise Cartron.

Mme Françoise Cartron. La réforme du bac ! On en parle, on en parle, on en parle, et cela depuis des années… Enfin, aujourd'hui, le chantier est lancé ! Comme cela a été rappelé précédemment, cette réforme était réclamée et attendue par nombre de nos concitoyens, avec un objectif que vous avez affirmé, monsieur le ministre : que le lycée devienne réellement un tremplin pour la réussite de tous les élèves.

En effet, notre réalité est la suivante : seuls quatre enfants d'ouvriers non qualifiés sur dix aujourd'hui sont bacheliers. Ces écarts sont plus importants encore pour les filières dites « d'excellence » : quelque 41 % des enfants de cadres supérieurs obtiennent un bac S, contre seulement 5 % des enfants d'ouvriers non qualifiés.

J'insisterai sur la nécessaire lisibilité de la nouvelle « architecture » pour l'ensemble des élèves et leurs familles, en particulier en ce qui concerne le choix des spécialités. La vigilance s'impose en effet sur les « stratégies scolaires » mises en place par les familles dans le choix des nouveaux parcours individualisés.

J'ai pu le constater ces dernières années, les dispositifs de carte scolaire, les acteurs en charge de leur mise en oeuvre, leur appropriation ou non par les parents peuvent renforcer – ou non – les inégalités sociales face à l'école. J'avais d'ailleurs dressé ce constat dans un rapport de 2012, qui est malheureusement resté sans suite.

Alors que les lycées devraient laisser le libre choix de la combinaison des spécialités à l'élève, alors que le recteur sera le garant de la bonne répartition et de l'équilibre des spécialités sur le territoire, alors qu'un premier trimestre doit être dédié à l'accompagnement dans la construction du projet, il est très clair que des politiques de régulation et d'accompagnement sont primordiales.

Ma question est la suivante : quel budget et quels outils de régulation le Gouvernement entend-il développer afin d'éviter que certains enfants ne soient défavorisés ou victimes d'un déficit d'information ? (MM. Alain Richard et François Patriat applaudissent.)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale. Madame la sénatrice, votre question est dense et très importante. Or je n'ai que deux minutes pour répondre à chaque intervenant, ce qui explique que je ne parvienne jamais à épuiser la totalité des sujets qui sont évoqués par les différents orateurs, car tous mériteraient une demi-heure pour être traités !

En ce qui concerne la question précédente, les professeurs de classes préparatoires travaillent actuellement aux transformations intéressantes permises par la réforme du baccalauréat. Demain et après-demain, la Conférence des grandes écoles se réunira pour aborder ce point en particulier.

Je suis très optimiste sur ces questions, puisque nous faisons bouger les lignes, ce qui obligera à des modernisations de toute façon nécessaires. Tout cela renvoie aussi à une simplification des horizons : ce qui crée de l'injustice sociale, c'est la difficulté à décoder l'enseignement supérieur. Nous visons donc un objectif de simplification, qui va de pair avec un objectif en matière d'orientation.

Nous commencerons dès cette année en consacrant en classe de seconde cinquante-quatre heures à l'information sur les métiers et surtout sur l'enseignement supérieur, ainsi que sur les parcours de spécialités, de façon à lutter contre les inégalités et à éclairer l'ensemble des élèves.

Nous souhaitons également impliquer les professeurs. Nous voulons que les acteurs de l'éducation nationale travaillent non pas en silos, mais en équipes. Chacun aura pu constater le succès, l'année dernière, du deuxième professeur principal en classe de terminale, qui joue un rôle d'éclaireur auprès des élèves. Il s'agit de mieux préparer intellectuellement et mentalement l'élève à ce qui l'attend dans l'enseignement supérieur. C'est typiquement ce type d'expérience que nous allons développer en seconde cette année, puis en première et en terminale, de manière à éclairer le chemin.

La réforme permettra, de ce point de vue, des évolutions très intéressantes. Elle supprimera l'actuelle hiérarchie des filières. Ainsi, l'élève choisira une spécialité parce qu'elle lui fait envie. Il pourra ensuite emprunter des passerelles, notamment à la fin de la classe de première, s'il estime que la spécialité pour laquelle il a opté ne correspond finalement pas à son souhait.

Mme la présidente. La parole est à Mme Sonia de la Provôté.

Mme Sonia de la Provôté. Monsieur le ministre, madame la présidente de la commission, mes chers collègues, la réforme du baccalauréat ne peut être dissociée de la refonte du lycée et – nous y tenons – d'une réforme de l'orientation pour accompagner le jeune au moins depuis le collège jusqu'au lycée, voire après. L'objectif est, pour chacun, la réussite dans la voie choisie et dans la future vie professionnelle.

Si l'on considère la question de l'orientation, celle-ci répond à un véritable défi, à un idéal à atteindre : celui du choix éclairé du jeune sur son avenir. Se pose la question des moyens et des outils pour effectuer ce choix. Un jeune acteur de ses choix est capable de mesurer la meilleure option entre ses goûts, ses envies et ses compétences, indépendamment de sa situation sociale, géographique ou familiale. La mise en place de disciplines de spécialités facultatives, en plus d'un tronc commun, renforce la construction de ce choix.

Prévoir plus de souplesse et de liberté dans les combinaisons d'enseignement, c'est servir ce projet. Se pose donc tout naturellement la question de l'information sur les filières, les métiers, les parcours et les carrières.

Pour qu'un jeune arrivant au lycée à quinze ou à seize ans puisse décider de façon éclairée de ses études, il doit avoir accès à cette information, en lien avec la réalité du monde du travail. Il doit aussi être au clair avec les compétences utiles ou indispensables pour réussir son parcours, donc avec les matières qui sont nécessaires. Or un jeune ne sait pas toujours ce qu'il veut faire en seconde, ou même en première, du reste.

Dans l'élaboration d'un véritable parcours, l'appétence envers les disciplines ne saurait être le seul guide du choix du jeune. Plus il y a une marge de liberté, plus cela profite aux mieux informés. Les déterminismes sociaux pèsent encore lourd sur la réussite des élèves en France.

Monsieur le ministre, nous aimerions connaître la méthode, le calendrier, les moyens et les services que vous allez mettre en place afin de garantir au mieux un choix éclairé pour nos lycéens. Réformer le baccalauréat n'a de sens, vous en conviendrez, que si cette organisation existe vite et sans demi-mesure ! (Applaudissements sur les travées du groupe Union Centriste. – M. Pierre Ouzoulias applaudit également.)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale. Madame la sénatrice, vous me demandez de faire vite et bien. Le sénateur Ouzoulias me demande, lui, de me hâter lentement… Je crois que le Gouvernement est sur une ligne d'équilibre entre des impératifs de rapidité et des impératifs de sérénité ! C'est un élément majeur.

Je rappelle que la réforme du bac a été annoncée pour 2021 par le Premier ministre en juin 2017. Quatre années pour agir, ce n'est pas de la précipitation, même si le compte à rebours est assez soutenu sur le plan du rythme comme du contenu. Il était difficile de faire plus dense, mais il était aussi impossible de faire plus lentement ou plus rapidement.

Nous tenons donc la ligne d'équilibre en ce qui concerne la temporalité. Bien entendu, vous avez entièrement raison : l'ensemble de cette logique réclame une évolution de notre système d'orientation, évolution dont nous avions de toutes les façons besoin. Cette évolution est amorcée, mais elle ne sera pleinement mûre qu'au fil de la réforme.

Quels sont les éléments de cette évolution de l'orientation ? Elle passe, là aussi, par une vision fondée davantage sur un continuum. Si l'on souhaite plus d'équité sociale, il faut mettre l'accent dès la classe de sixième sur les enjeux d'orientation et continuer ainsi jusqu'en terminale, voire au-delà. Cela signifie que ce continuum ne se développe pas uniquement dans le temps, mais aussi dans l'espace.

L'ensemble des acteurs doit être mobilisé, et pas uniquement les spécialistes de l'orientation. Cela apparaît clairement avec le deuxième professeur principal en classe de terminale et cela figure aussi dans les textes, qui ne changeront pas sur ce point. Ils prévoient déjà que les professeurs doivent se mobiliser pour jouer ce rôle. Ceux-ci le jouent d'ailleurs auprès des élèves, non parce qu'ils seraient omniscients en matière d'orientation, mais parce qu'ils connaissent leurs élèves et peuvent les aider dans leurs choix.

L'élément fondamental de transformation, c'est aussi l'alliance de l'éducation nationale avec les régions, que j'ai présentée ici même. Elle donnera ses premiers résultats cette année en classe de seconde, avec la mise en place des cinquante-quatre heures, qui seront l'occasion pour les régions de s'investir. C'est également l'arrivée des nouveaux outils numériques, souvent partagés avec les régions. Quelques régions, comme l'Île-de-France ou la Nouvelle-Aquitaine, ont par exemple développé des outils très intéressants et utiles.

Un site internet dédié contribuera également à l'information des élèves. Bref, c'est tout un spectre de mesures que nous allons déployer jusqu'en 2021.

Mme la présidente. La parole est à Mme Sonia de la Provôté, pour la réplique.

Mme Sonia de la Provôté. Monsieur le ministre, deux ou trois générations de bacheliers ne seront pas pleinement accompagnées. Peut-être faudrait-il prévoir un accompagnement renforcé, afin de leur donner un maximum de chances. Elles doivent, comme les autres, pouvoir maîtriser leurs choix et bénéficier d'un éclairage complet sur leur avenir et leur orientation.

Mme la présidente. La parole est à Mme Maryvonne Blondin.

Mme Maryvonne Blondin. Monsieur le ministre, mes chers collègues, « lieu de mémoire de l'identité française », selon Pierre Nora, le baccalauréat a fait l'objet de nombreux débats. Si nous ne sommes pas opposés à une réforme de cet examen, nous ne pouvons qu'exprimer notre vive inquiétude face à l'imprécision de nombreux aspects de ce chantier, dont la mise en oeuvre est lancée.

Il existe d'abord des inquiétudes relatives à l'organisation. Les chefs d'établissement n'ont aucune visibilité sur les modalités pratiques pour le moment : difficultés dans l'organisation des emplois du temps des élèves, des enseignants, des personnels administratifs, difficultés par rapport aux locaux et aux transports scolaires ; accumulation d'épreuves en première et en terminale avec le contrôle continu et les épreuves blanches. Faudra-t-il prévoir plus de journées banalisées ? Les correcteurs seront « extérieurs », mais extérieurs à quoi ? Extérieurs à la classe, à l'établissement ?

Vous annoncez la fin des filières et le déploiement de spécialités – douze au total. Certes, une carte académique élaborée par les rectorats permettra de les répartir entre les différents établissements. Sept de ces spécialités doivent être proposées partout. La liberté de choix des couplages donnée à l'élève sera très réduite dans certains secteurs ruraux et dans certaines villes, comme l'a souligné tout à l'heure la présidente de la commission de la culture.

Le réseau mis en place dans un périmètre donné entraînera des difficultés de transport, d'aménagement d'emplois du temps et de responsabilités ! Ce lycée modulaire, proche du modèle britannique, risque fort d'entraîner une spécialisation des établissements. Dès lors réapparaîtront des filières officieuses.

L'élève « entrepreneur » de son parcours choisira dès demain des spécialités : devront-elles nécessairement être en lien avec son futur parcours universitaire, le baccalauréat devenant, selon vos voeux, le premier grade universitaire ? Ces choix précoces et pas très éclairés risquent fort de se faire au détriment des élèves venant des familles les plus défavorisées !

Avec 2 600 postes en moins – administratifs et de professeurs –, comment entendez-vous mettre en oeuvre efficacement ce vaste chantier ? (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain et du groupe communiste républicain citoyen et écologiste.)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale. Madame la sénatrice, toute évolution suscite son lot de questions. Tout est néanmoins dans la façon de les présenter !

D'une certaine façon, votre intervention, qui égrène les différentes questions qui se posent, est un hommage à la densité de cette réforme. Plusieurs angles de lecture sont ensuite possibles. Soit on se laisse aller à l'optimisme collectif parce que le Gouvernement est en mesure d'apporter des réponses, ce que je puis vous démontrer. Soit on cherche à entretenir l'inquiétude, ce qui serait évidemment totalement contre-productif du point de vue de l'intérêt général.

J'invite donc tout le monde, y compris la représentation nationale, à faire preuve d'un esprit constructif, pour un objectif d'intérêt général.

Mme Céline Brulin. C'est le cas !

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. Certaines questions me rappellent celles qui sont posées actuellement par certains syndicats. Ne faisons pas semblant de croire que le Gouvernement ne peut apporter aucune réponse, car nous en avons, même s'il me sera difficile de toutes les exposer en deux minutes !

Vous affirmez que les chefs d'établissement sont dans le brouillard. Or, ces dernières semaines, j'ai organisé presque chaque jour des réunions de proviseurs dans toutes les régions de France avec Mme Luigi, inspectrice générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche. Nous répondons aux problèmes très concrets qui se posent – je pense notamment à la question du calendrier de cette année.

Comme vous l'avez souligné – je constate que vous êtes bien informée –, au terme du calendrier prévu, chaque établissement sera fixé au mois de janvier sur l'implantation des spécialités, ce qui déterminera également un calendrier de dialogue avec l'élève. Nous le mettons en place dès maintenant pour expliquer les spécialités et pour informer de l'offre dans chaque établissement, afin que les élèves puissent choisir au fil de l'année, d'abord quatre, puis trois spécialités.

Nous pouvons donc être assez sereins, même si beaucoup de choses changent, ce qui est heureux d'ailleurs, puisque tout le monde le souhaitait. Il serait curieux de s'en inquiéter aujourd'hui, d'autant que la réforme a été préparée et que nous disposons de toutes les réponses.

Vous avez fait écho aux propos de la présidente de la commission de la culture, mais j'ai répondu à ses questions à la tribune. Nous avons un objectif d'équité territoriale. Non seulement la réforme n'accentuera pas les inégalités, mais, au contraire, elle en compensera certaines par des mécanismes d'implantation. En tout état de cause, tout ce qui se sera mis en oeuvre sera nécessairement un « plus » par rapport à ce qui se fait aujourd'hui.

Autrement dit, il y aura des disciplines et des spécialités nouvelles. Nous ne les implanterons pas partout, mais là où elles seront créées elles auront, par rapport à la situation actuelle, une valeur ajoutée.

Mme la présidente. La parole est à M. Laurent Lafon.

M. Laurent Lafon. Madame la présidente, monsieur le ministre, madame la présidente de la commission, mes chers collègues, le succès du nouveau bac dépend en partie de la façon dont les établissements vont se l'approprier. Ma question portera donc sur la marge de manoeuvre et sur la liberté d'action qui sera la leur, notamment sur trois sujets concrets : le recrutement, le temps de travail et l'organisation.

En ce qui concerne le recrutement, la création de deux nouveaux enseignements – droit et enseignements en informatique – pose insidieusement la question de la diversification du corps enseignant.

En l'absence de CAPES et d'agrégation spécialisés, ne peut-on envisager que les lycées recrutent librement des professeurs associés en fonction de leurs compétences professionnelles dans ces deux secteurs ? La société civile n'a pas moins de ressources que le corps enseignant dans ces deux matières ; au contraire, elle en a peut-être même davantage ! Ne devons-nous pas faire preuve de souplesse pour aider à mettre en place ces deux enseignements ?

En matière de temps de travail, les obligations de service des enseignants sont aujourd'hui fixées de manière hebdomadaire. Cette réglementation nationale empêche les chefs d'établissement d'expérimenter des solutions pédagogiques innovantes sur la périodicité des enseignements ou sur la semestrialisation de l'année scolaire. Le temps n'est-il pas venu d'avancer sur l'annualisation des obligations de service, comme l'ont proposé de nombreux sénateurs – je pense à Gérard Longuet, mais aussi à Max Brisson et à Françoise Laborde.

Pour finir, en matière d'organisation, les établissements ont également besoin de souplesse pour s'adapter aux besoins des élèves et aux spécificités des territoires. Vous avez repris la proposition de réseau du rapport de Pierre Mathiot. D'autres propositions – je pense en particulier à la liberté pédagogique dans le dernier trimestre de l'année de terminale – n'ont pas été retenues, me semble-t-il.

Sur toutes ces questions, permettez-moi de citer Raymond Barre, qui disait si justement qu'« il faut faciliter l'action des autres plutôt que de décider à leur place » ! J'ignore si vous apprécierez la référence à cet ancien Premier ministre, mais j'espère que vous goûterez la justesse de sa réflexion. (Sourires.)

Je terminerai par une interrogation : la réforme du bac n'est-elle pas une bonne occasion de faciliter l'action des établissements en leur accordant plus d'autonomie, plutôt que de décider à leur place ? (Applaudissements sur les travées du groupe Union Centriste.)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale. Monsieur Lafon, je ne réprouve pas les références à Raymond Barre, car l'intelligence collective bénéficie toujours de citations variées. Par ailleurs, les origines universitaires de cet homme politique sont faites pour me plaire ! (Sourires.)

Effectivement, cette citation trouve ici toute sa pertinence, car il convient de renforcer l'autonomie des établissements. À mes yeux, elle doit être accrue par la réforme, plus fortement d'ailleurs que celle des collèges. Il s'agit de deux autonomies différentes, auxquelles il faut penser, en contrepoint de l'autonomie de l'élève que nous voulons renforcer.

Nous nous inscrivons de plus en plus dans une logique dans laquelle la première partie de la vie de l'élève, qui va de la maternelle jusqu'à la fin du collège, est destinée à l'acquisition d'un socle commun de connaissances, de compétences et de culture. La seconde partie de la vie de l'élève commence en classe de seconde, à une époque où il devient un préadulte, se responsabilise et fait des choix. Certes, il peut commettre des erreurs, mais il bénéficie d'un maximum d'opportunités en termes de passerelles et il est accompagné. Telle est clairement notre philosophie.

L'autonomie des lycées doit se trouver renforcée. Le processus dont nous parlons depuis tout à l'heure invite à la créativité. C'est ce que j'explique aux proviseurs dans toute la France – j'en ai rencontré hier à Nancy, j'en verrai demain à Angers. Le message est le suivant : d'ici au mois de janvier prochain, ils auront la possibilité de formuler leur projet éducatif, de discuter avec le rectorat et de mettre ainsi sur pied le projet original qu'ils ont envie de développer, avec leur équipe. Cela créera une nouvelle atmosphère dans les lycées ; c'est en tout cas ce que nous souhaitons. L'objectif est de mettre le lycéen dans une situation de choix beaucoup plus vaste.

Ces choix nouveaux posent, comme vous l'avez souligné, des questions en termes de ressources humaines. Ce problème est plus important dans les disciplines complètement nouvelles. C'est particulièrement vrai en ce qui concerne les sciences informatiques, qui sont l'une des grandes innovations de la réforme. Nous mettons en oeuvre un vaste plan de formation pour répondre aux besoins.

Ces choix nouveaux posent également des questions en termes d'articulation avec les autres disciplines, comme les mathématiques. Là aussi, tout est planifié, et la réforme se mettra graduellement en place, au fil du temps. Autrement dit, la spécialité « sciences informatiques » s'implantera de plus en plus au cours des prochaines années.

Mme la présidente. La parole est à M. Jacques Grosperrin.

M. Jacques Grosperrin. Monsieur le ministre, voilà déjà deux cent dix ans que Napoléon a créé le baccalauréat. Instauré en 1808, celui-ci comportait aussi des épreuves orales, de grec et de latin.

Vers 1880, le taux de réussite s'élevait à 1 %. Depuis lors, cet examen a connu beaucoup de réformes. Des ministres nombreux, trop nombreux, s'y sont attelés – j'espère que cela ne vous fera pas démissionner à votre tour, nous avons besoin de vous ! (Sourires.)

Si le collège est considéré comme un « petit lycée », le lycée, considéré comme le temps du baccalauréat, peine lui aussi à trouver sa place. Or vous savez que je suis un partisan et un défenseur de l'école du cycle commun.

Nous avons bien compris que la philosophie de cette réforme était de sortir de la prédominance des mathématiques et de la filière S, qui ne règle pas tout, l'idée étant d'envisager un parcours de bac -3 à bac +3. Je m'en réjouis, car nous ne pouvons plus accepter le nombre important d'échecs en licence 1, 2 ou 3. Surtout, nous ne pouvons plus accepter une orientation qui se fait par défaut.

Même si vous avez tout à l'heure largement abordé ce point, je souhaite attirer votre attention sur la situation des proviseurs, car ils sont inquiets. Il me paraît important de les rassurer. À ce jour, ils disposent de peu d'informations et ils rencontrent des difficultés. Ils s'interrogent notamment sur la mutualisation. Certes, celle-ci ne posera pas de problèmes en ville, mais sa mise en oeuvre sera plus difficile en milieu rural. Quid également des programmes et de l'examen national ?

Il faut également nous rassurer sur la carte et le menu. Quand c'est le menu qui sera proposé, je crains que cela ne recrée des filières. En revanche, lorsque l'accès sera à la carte, je redoute que le choix ne porte que sur le dessert, certes le plat le plus savoureux… (Sourires.)

Je souhaite également vous interpeller sur les attendus qui doivent absolument être mis en place par les universités. Cela pourra décider les élèves, ou à tout le moins les aider.

Le temps de l'éducation n'est pas le temps politique. La date de 2021 s'explique aussi par l'échéance électorale de 2022. Il est également fondamental d'aller vite pour Parcoursup. Il faut des moments de cadrage, mais il faut aussi se méfier du contexte social, qui peut être dangereux. Des élections syndicales sont attendues en décembre prochain.

Par ailleurs, vous subissez malgré vous les choix et l'intransigeance de Bercy. Il est difficile de parler de cette réforme à un moment où des suppressions de postes sont annoncées. J'imagine que cela vous affecte. Bref, il peut y avoir une instrumentalisation. Ma question est donc simple : comment pouvez-vous rassurer l'ensemble de la communauté éducative, qu'il s'agisse des professeurs ou, bien sûr, des lycéens ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale. Monsieur Grosperrin, je puis non seulement rassurer la communauté éducative, mais même l'enthousiasmer ! J'ai l'habitude de dire, dans les assemblées de proviseurs auxquelles je faisais référence, que cette réforme n'est pas de l'huile de foie de morue, mais de la vitamine C ! (Sourires.)

Autrement dit, cette réforme, contrairement aux autres, ne sera pas difficile à faire passer. Il ne s'agit pas ici d'une mesure pénible à mettre en oeuvre, pour en récolter ultérieurement les fruits. Non, cette réforme est enthousiasmante ! Je le rappelle, elle a été réalisée à la lumière des nombreux travaux menés par les uns et les autres. Elle a par ailleurs fait l'objet d'une consultation très large, puisque 40 000 lycéens y ont participé. C'est pourquoi elle est bien accueillie et très majoritairement considérée comme positive.

Nous devons nous engager dans cette réforme avec l'enthousiasme qui sied. Cela ne signifie pas qu'elle ne pose pas une multitude de questions, et je suis là pour y répondre. Néanmoins, je le redis, nous sommes très sereins, d'autant que nous avons des réponses. L'entrée dans la nouveauté ne doit donc pas être angoissante.

Comment enthousiasmer les trois catégories auxquelles vous avez fait référence ? Il faut d'abord et avant tout enthousiasmer les lycéens. Nous leur offrons un lycée bien plus ouvert, avec davantage de choix et préparant bien mieux à l'enseignement supérieur. C'est le point fondamental, et c'est le but. Les lycéens l'ont compris. À telle enseigne que ceux d'entre eux qui aujourd'hui ne sont pas très contents, ce sont les élèves de première et de terminale, qui aimeraient bien bénéficier de la réforme qui vient derrière eux ! Cet état de fait doit nous inciter à ne pas trop traîner dans la mise en place de la réforme.

Il faut aussi enthousiasmer les professeurs. En général, étant passionnés par leur discipline, ils envisagent cette réforme comme une occasion de moderniser les programmes, au travers de leur refonte, et d'approfondir l'enseignement dispensé.

Enfin, il faut enthousiasmer les proviseurs. Ces derniers, je le répète, sont actuellement très informés. Nous leur envoyons tous les quinze jours une note d'information. Un pilotage de la réforme est réalisé par le ministère. Bref, toute l'équipe de l'éducation nationale se trouve mobilisée autour de la réforme qui sera mise en place, à un train rapide, mais également serein.

Mme la présidente. La parole est à Mme Claudine Lepage.

Mme Claudine Lepage. La réforme du baccalauréat concernera bien entendu également les établissements du réseau d'enseignement français à l'étranger. Cette année, le taux de réussite au baccalauréat de ces établissements est de 97,3 %. Sur 117 609 candidats, quelque 17 134 ont été reçus.

En tant que parlementaire représentant les Français de l'étranger, je suis très attachée au bilinguisme, voire au plurilinguisme, indispensable dans le monde d'aujourd'hui. Il n'est pas rare qu'un lycéen issu du réseau de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger, l'AEFE, maîtrise trois, voire quatre langues, à la fin de sa scolarité.

Pourquoi ne pas encore renforcer et développer l'enseignement des langues dans les lycées en France ? L'expérience du réseau AEFE prouve qu'il est parfaitement possible aux élèves d'étudier trois langues sur une même période.

Par ailleurs, monsieur le ministre, je souhaiterais savoir à quelle date les élèves du réseau AEFE bénéficieront du numéro d'identifiant national élève, ou INE. Ils n'en ont pas actuellement, et cette absence est très dommageable, puisque les élèves de seconde ne pourront pas effectuer le test numérique de positionnement en français et en mathématiques faute de cet identifiant.

Dans le cadre des inscriptions au portail Parcoursup, l'absence de cet identifiant est également très préjudiciable. Les familles doivent saisir manuellement tous les bulletins scolaires. Les élèves ne peuvent pas effectuer les démarches de téléinscription à l'université dès le mois de juillet. Ils doivent attendre la fin du mois d'août et leur arrivée en France pour effectuer la démarche d'inscription.

Afin de garantir les mêmes droits à ces élèves, il me paraît urgent, monsieur le ministre, de trouver une solution rapide à ces difficultés d'ordre technique. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain.)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale. Je vous remercie, madame Lepage, d'évoquer les lycées à l'étranger, que je cite également très souvent. Eux aussi font partie des locomotives de notre système, et ils démontrent d'ailleurs que l'ADN du système français est très fort. Ces lycées présentent une telle attractivité qu'ils sont la preuve que les façons d'enseigner à la française, loin d'être désuètes, sont au contraire très séduisantes à l'échelle mondiale.

Comme vous, je ne puis que souligner l'importance des langues. Mme Manes et M. Taylor viennent de me remettre un rapport sur le renouveau de l'enseignement des langues en France. Nous irons très loin en la matière, dans le sens que vous souhaitez. Il s'agit notamment de favoriser la réelle maîtrise d'une première langue vivante à l'école primaire. Par ailleurs, conformément aux souhaits exprimés par le Président de la République lors de son discours à la Sorbonne, chaque élève devra sortir du système scolaire en maîtrisant deux langues vivantes étrangères. C'est un objectif que nous devons viser.

Bien évidemment, les lycées de l'AEFE peuvent nous servir de modèle. Nous conduisons, vous le savez, une réflexion importante et approfondie sur les lycées français à l'étranger.

Jean-Yves Le Drian et moi-même organiserons un grand séminaire au cours des prochaines semaines pour plus d'ambition pour l'AEFE. La réforme du baccalauréat est une occasion de modernisation et d'internationalisation de cet examen, non seulement parce que cette réforme s'appuie sur des inspirations étrangères – on a cité l'Italie et l'Angleterre, bien que d'autres pays soient également concernés –, mais aussi parce que sa dimension plus modulaire permettra davantage d'interactions avec d'autres baccalauréats mondiaux. Nos baccalauréats binationaux non seulement ne sont pas mis en cause par cette évolution, mais ils s'en trouvent valorisés.

En ce qui concerne le point technique de l'INE, j'ai le plaisir de vous annoncer qu'une réponse positive sera apportée à ce problème dès la rentrée de 2019. Les élèves des lycées français de l'étranger auront un INE. Ce sont justement les différentes modernisations, comme Parcoursup ou la réforme du baccalauréat, qui ont suscité cette avancée, qui était devenue de toute façon indispensable.

Mme la présidente. La parole est à Mme Claudine Lepage, pour la réplique.

Mme Claudine Lepage. Monsieur le ministre, si j'ai bien compris, l'INE sera attribué aux élèves à partir de la rentrée de 2019. Toutefois, le problème se posera encore pendant une bonne année aux élèves qui sont actuellement scolarisés.

Mme la présidente. La parole est à M. Max Brisson.

M. Max Brisson. Monsieur le ministre, bien des orientations contenues dans votre réforme du baccalauréat vont dans le bon sens. C'est le cas des enseignements de spécialité, qui offriront une plus grande personnalisation des parcours. C'est le cas d'un calendrier qui permettra la prise en compte d'une partie des notes dans Parcoursup et mettra un terme à un mois de juin sans cours. C'est le cas du renforcement de l'oral.

L'introduction du contrôle continu dans la notation finale, à hauteur de 40 %, aurait pu être également considérée comme un élément positif. Toutefois, ces 40 % seront en fait constitués pour 10 % des notes du livret et pour 30 % de notes issues d'épreuves de type « bacs blancs » ou partiels organisées à partir de sujets tirés d'une banque nationale.

Je crains donc que, à l'inverse de l'objectif, nous assistions à un étalement du bachotage tout au long des classes de première et de terminale, puisque, concrètement, les élèves entreront dans des périodes de révisions à répétition, et qu'à défaut de contrôle continu, on ait plutôt du bachotage continu.

Cela pourrait également mener à un formatage de ces rendez-vous dans chaque établissement. Ils rythmeront leur cadre pédagogique et empêcheront ainsi les initiatives plus innovantes, qui ne peuvent reposer que sur la liberté donnée aux enseignants. Le risque est donc grand que le lycée reste le parent pauvre de l'innovation pédagogique et que le baccalauréat continue de formater la pédagogie.

Ma question est donc la suivante. Lors de votre audition le 4 juillet dernier devant notre commission, vous affirmiez : « Le risque de bachotage est réel, il a été identifié et un travail est fait pour l'éviter. » Pouvez-vous nous éclairer sur ce travail ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale. Monsieur Brisson, c'est là en effet une question importante, à laquelle j'ai partiellement répondu dans mon discours liminaire.

Le risque est identifié. Il serait absurde de reporter du mois de juin vers d'autres moments de l'année les lourdeurs du baccalauréat actuel. Les dispositions que nous avons prises permettent de garantir deux objectifs, l'objectivité et la simplicité : d'abord l'objectivité, avec l'existence de banques de sujets nationaux ; ensuite, la simplicité, une autonomie étant offerte à l'établissement pour l'organisation des épreuves.

Je le redis, les établissements y sont habitués, puisqu'ils organisent d'ores et déjà des bacs blancs. Nous ne leur imposerons pas de dates spécifiques : ils détermineront des fourchettes de dates assez larges pour permettre une souplesse de fonctionnement.

Cette organisation des épreuves ne saurait être décrite, comme vous l'avez fait, comme du « bachotage continu ». Cette expression est une sorte d'oxymore, comme « la ville à la campagne » ! Un travail en continu des élèves de première et de terminale, une préparation sereine et approfondie de ce qui les attend dans l'enseignement supérieur, c'est exactement l'objectif que nous souhaitons atteindre. Il est démontré que des tests réguliers chez l'enfant, l'adolescent ou l'adulte permettent de « cranter » la connaissance. Ce nouveau rythme nous paraît donc, au contraire, très sain.

Bien entendu, ces différentes étapes seront encadrées par des recommandations pédagogiques, qui leur donneront un sens. Le travail du Conseil supérieur des programmes vise d'ailleurs à donner un rythme trimestriel aux programmes de première et de terminale.

Mme la présidente. La parole est à M. Max Brisson, pour la réplique.

M. Max Brisson. Monsieur le ministre, si mes calculs sont bons, on aura quasiment une épreuve toutes les sept semaines. Il s'agira donc bien de bachotage continu !

Vous n'avez pas voulu du contrôle continu. Vous avez reculé devant les organisations syndicales et vous n'êtes pas allé dans le sens du rapport Mathiot, qui proposait 40 % de contrôle continu. Or il faut faire confiance aux professeurs et à leur capacité d'évaluer les élèves tout au long de l'année, donc donner toute sa place au contrôle continu.

Enfin, vous n'avez pas répondu à ma question sur la liberté pédagogique et l'autonomie des professeurs.

Mme la présidente. La parole est à Mme Laure Darcos.

Mme Laure Darcos. Monsieur le ministre, nul ne peut le nier, aujourd'hui, le baccalauréat est à bout de souffle. Trop d'épreuves, une organisation complexe pesant sur la vie des établissements et le travail des élèves, un diplôme sans réelle valeur et ne garantissant pas la réussite dans l'enseignement supérieur : tout plaidait pour une réforme de grande ampleur.

La réforme que vous proposez à l'horizon de 2021 peut être un atout pour nos jeunes. La nouvelle organisation des études appelle toutefois l'élaboration de nouveaux programmes d'enseignement. C'est la raison pour laquelle vous avez saisi le Conseil supérieur des programmes, qui a d'ores et déjà constitué une quarantaine de groupes d'experts ayant pour mission de concevoir des projets pour les quatre-vingt-deux nouveaux programmes prévus pour le futur lycée.

Il s'agit d'une procédure longue, d'autant plus que les enseignements traditionnels vont être modifiés en profondeur, que la fin des séries générales bouleversera le contenu des matières et que de nouveaux enseignements verront également le jour. Je renouvelle mon soutien à la présidente du CSP, Souâd Ayada, mais j'espère que les tensions internes ne ralentiront pas le rétroplanning de ces programmes. Car, pour les éditeurs de livres scolaires, une véritable course contre la montre est engagée.

Nul n'ignore en effet la place du livre scolaire lors d'une réforme d'ampleur ; il constitue le premier outil de mise en oeuvre opérationnelle de cette réforme, auquel les enseignants se réfèrent prioritairement par rapport au Bulletin officiel.

Avec la décentralisation, il ne m'a pas échappé que les régions sont en première ligne pour financer les manuels scolaires papier au lycée. En 2019, il leur faudra intégrer le coût de la réforme sur deux niveaux, seconde et première, pour la voie générale et technologique et sur un niveau pour la voie professionnelle. Selon les estimations de Régions de France, le coût total de la réforme pour un équipement complet des élèves des voies générale et technologique sur deux ans et trois niveaux s'élèvera à plus de 300 millions d'euros. À titre d'exemple, la région Île-de-France devra débourser 30 millions d'euros.

Nous leur devons, bien entendu, une visibilité totale à court terme, afin qu'elles déterminent aussi exactement que possible leur politique de soutien en la matière. Je crois savoir que les éditeurs sont en contact avec chacune des régions et sont prêts à fournir conjointement des manuels papier et/ou numériques.

Ma question sera précise, monsieur le ministre : à quelle date les programmes définitifs seront-ils publiés, et ce calendrier permettra-t-il à tous les partenaires de l'éducation nationale – enseignants, familles, libraires, régions – de disposer, dès la rentrée de 2019, des nouveaux manuels et ressources pédagogiques ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale. Madame Darcos, votre question va me permettre de compléter ma réponse à M. Brisson.

Si je reculais devant les organisations syndicales ou les lobbies à chaque occasion, cela se verrait et cela se saurait, et nous ne serions même pas là pour parler de la réforme du baccalauréat ! C'est clairement en fonction de choix d'équilibre et de maturité que nous avons retenu ces options. D'ailleurs, le rapport Mathiot ne préconisait pas 40 % de contrôle continu. Nous avons introduit 10 % de contrôle continu, ce qui constitue déjà une avancée très intéressante.

Pour ce qui concerne les manuels scolaires, il existe des problèmes structurels, qui ne sont pas liés à la réforme du baccalauréat et des programmes du lycée. Quant à cette réforme, comme toutes celles qui touchent aux programmes, elle suscite des interrogations, ce qui est bien normal.

Pour répondre précisément à votre question, madame la sénatrice, le rythme est parfaitement tenu. Le CSP fait bien son travail, ce qui agace peut-être certaines personnes. À la fin du mois d'octobre, les programmes élaborés par tous les groupes de travail, qui sont tout à fait mixtes et composés de personnalités diverses, seront remis. Ils seront publics et feront l'objet d'une consultation au cours du mois de novembre.

L'ensemble de la société française, notamment les professeurs, sera alors en situation d'analyser ces propositions et de formuler des observations, lesquelles seront pleinement prises en compte, afin que les programmes définitifs soient élaborés tout au long du mois de décembre. Cela signifie que dès maintenant, ou à la fin du mois d'octobre au plus tard, les éditeurs peuvent prendre connaissance de ce qui se dessine. En réalité, ils sont déjà en contact avec le CSP pour avoir les premières tendances et faire travailler les équipes.

Ce calendrier correspond à de précédentes situations, qui avaient obligé les éditeurs à réagir avec une certaine rapidité, mais c'est parfaitement faisable.

Sur le plan du financement, des transformations sont nécessaires. La question du coût s'est toujours posée. Nous travaillons à ce qu'il soit considéré comme un investissement. Vous avez cité l'exemple de la région Île-de-France : nous dialoguons avec elle et avec d'autres pour voir comment cela peut être mis en place.

Ce coût, tout à fait supportable, doit être considéré selon moi comme un investissement, d'un point de vue tant philosophique que budgétaire. C'est aussi une occasion de modernisation ; je pense à la région Grand Est et à ses initiatives en matière de mixité des ressources numériques et des ressources papier.

Mme la présidente. La parole est à Mme Vivette Lopez.

Mme Vivette Lopez. Monsieur le ministre, bien des choses ont été dites, mais je souhaite attirer votre attention sur la nécessaire adéquation du profil de chaque élève à la formation proposée dans notre système éducatif, et plus particulièrement au baccalauréat.

Si la réforme du baccalauréat, que nous appelions tous de nos voeux, va dans le sens d'une meilleure adaptation aux exigences de la modernité, cet examen demeure l'une des seules voies possibles pour les enseignants et les élèves, lesquels ont l'impression de manquer quelque chose en n'accédant pas aux études supérieures.

Nous connaissons tous la pression sociale qui tend à faire passer le baccalauréat au plus grand nombre d'élèves, comme si ce seul diplôme était à même de garantir la réussite dans le monde professionnel. Pourtant, cette généralisation du baccalauréat, cette fameuse politique des « 80 % de bacheliers », lui a fait perdre son statut et a eu pour conséquence majeure une dégradation de sa valeur.

Malheureusement, malgré quelques efforts entrepris, les autres voies scolaires – les filières technologiques ou professionnelles – souffrent d'une image qui va encore trop à l'encontre de l'idée d'excellence académique. Or chacun s'accorde à reconnaître que seule la volonté politique d'un bac plus sélectif serait à même de lui rendre sa vocation première et de permettre à d'autres filières de se développer et de devenir attractives aux yeux des élèves.

À cet égard, on accuse chaque année le système de correction du baccalauréat d'être partiellement responsable de la démonétisation de cet examen, les professeurs étant amenés à donner des notes acceptables à des copies qu'ils trouvent pourtant bien en deçà des exigences attendues. Il ne se passe plus désormais une année sans que l'on fasse état de dysfonctionnements graves lors des épreuves, de tricheries plus ou moins importantes ou bien de problèmes de notation des candidats. Comme le déplorait un professeur, « décidément, le bac n'est plus un examen équitable ». Ou, comme le dit si bien Michel Fize, dans son livre Le Bac inutile, « les bacheliers sont de grands bernés de la République ».

Il ne faut pas oublier que le baccalauréat est un diplôme coûteux pour la Nation, que de plus en plus d'entreprises recrutent sans curriculum vitae, mais sur des tests psychotechniques, et que dans certains pays émergents il n'y a ni notes, ni évaluation, ni diplôme ; et pourtant, à dix-huit ans, les jeunes y sont admis dans les plus hautes écoles supérieures et réussissent fort bien.

Mme la présidente. Veuillez poser votre question, ma chère collègue !

Mme Vivette Lopez. Aussi, monsieur le ministre, comment comptez-vous encadrer sur le terrain l'amélioration qualitative de ce diplôme aujourd'hui très dévalué ? Les exigences en matière de correction vont-elles être renforcées ? Qu'est-il envisagé pour rendre les corrections plus sincères ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale. Madame Lopez, d'une certaine façon, la réforme a été conçue aussi pour répondre aux interrogations que vous avez exprimées. J'ai souvent dit, en effet, que nous prenions un « chemin de sincérisation » du baccalauréat. Le choix par les élèves de leur spécialité répond ainsi à un objectif d'approfondissement, donc de plus grande exigence.

Cette exigence est d'autant plus recevable qu'elle correspond aux choix du lycéen. Ce point est à mes yeux majeur, parce qu'il permet de combiner la notion d'effort et celle de désir. Pour résumer cette réforme, on peut dire qu'il s'agit de sortir de l'artificialité, celle des séries, du bachotage et du travail accompli à la dernière minute.

Le baccalauréat a peut-être connu une certaine dévalorisation, mais il ne faut pas forcer le trait. J'invite chacun à passer ces épreuves telles qu'elles existent aujourd'hui ; elles ne sont pas aussi simples que l'on le dit parfois.

Nous avançons vers cette sincérité que vous appelez de vos voeux, pour obtenir, aussi, une objectivation. L'un des éléments qui contribuent à cette objectivation est le lien renforcé entre les attendus de l'enseignement supérieur et les différentes étapes qui mènent au baccalauréat, ce qui donne aux contenus une cohérence et une plus grande authenticité.

Le baccalauréat prend plus de sens au travers de cette réforme. Bien entendu, les corrections ont vocation à être sincères, ce qui sera davantage le cas après 2021 qu'aujourd'hui.

Mme la présidente. La parole est à M. Olivier Paccaud.

M. Olivier Paccaud. Monsieur le ministre, un nouveau baccalauréat va donc s'extraire d'une chrysalide que vous avez façonnée. Inévitablement, quelques esprits anciens auront la nostalgie de cette épreuve jadis tant redoutée. Comme s'il y avait eu un âge d'or, le temps pas si lointain où bien peu de nos concitoyens pouvaient accéder à cette acropole lycéenne…

Parce que ses taux de réussite sont désormais particulièrement élevés – près de 90 % –, parce que le nombre de mentions « Très bien » atteint des niveaux records, certains estiment que le baccalauréat est quasiment donné. Ce discours est difficile à admettre pour les néo-bacheliers qui ont travaillé avec coeur et abnégation durant toute l'année pour obtenir ce diplôme.

Cependant, il est vrai que l'harmonisation de la notation, dont de nombreux correcteurs ont souvent déploré l'indulgence ou la bienveillance, par son opacité, pour ne pas dire son obscurité, suscite de légitimes interrogations. Régulièrement, de mini-scandales éclatent, pointant les consignes de correction à la hausse émanant des inspecteurs de l'éducation nationale.

Pour évacuer cette suspicion de « bac au rabais », et même si l'introduction du contrôle continu va logiquement changer la donne, il serait souhaitable de rendre publics les barèmes de notation.

Voilà dix ans, l'un de nos prédécesseurs, le sénateur Jacques Legendre, dans un rapport sur le sujet, regrettait cette absence de transparence autour du processus d'harmonisation. À propos de ces fameuses commissions et des consignes qui y sont données, il écrivait ainsi : « À tort ou à raison, elles sont soupçonnées de contribuer à augmenter de manière artificielle les taux de réussite et d'affaiblir ainsi la valeur du baccalauréat. »

Monsieur le ministre, vous qui êtes un grand promoteur des évaluations dès les plus petites classes, afin d'obtenir une vision objective du niveau des élèves français, allez-vous appliquer cette même ligne de conduite et une volonté de clarté dans la notation pour le nouveau baccalauréat ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale. Monsieur Paccaud, votre question étant dans le prolongement de la précédente, je formulerai une réponse voisine : nous allons dans le sens de l'authenticité, de la sincérité et de la fin d'une forme d'inflation dont vous avez pointé les inconvénients. Encore une fois, c'est lorsque le nouveau baccalauréat sera parvenu à maturité que l'on pourra vraiment répondre à votre question.

Il ne faut pas caricaturer la situation actuelle. L'harmonisation est absolument indispensable pour créer de l'objectivité et davantage de justice entre les différents jurys. Il est exact qu'il peut se produire parfois des « phénomènes ascensionnels », qui n'ont jamais recueilli pleinement mon assentiment, et que nous devons revenir à une certaine raison en la matière.

Il est tout à fait souhaitable qu'une grande majorité de nos enfants et adolescents réussissent à passer la barrière du baccalauréat. Sans éprouver de la nostalgie par rapport aux temps anciens, dont on pourrait pointer les inconvénients, on peut convenir qu'il est tout à fait normal, au XXIe siècle, de mener la plus grande partie de la population jusqu'à ce niveau.

C'est d'autant plus vrai qu'il y a une grande diversité de baccalauréats. N'oublions pas que l'objectif des 80 % d'une génération inclut en réalité le baccalauréat général, le baccalauréat technologique et le baccalauréat professionnel. Il n'y a donc rien d'anormal qu'une nation moderne ait un très fort pourcentage de ses enfants réussissant un tel diplôme de fin d'enseignement secondaire et de début d'enseignement supérieur. Tel est l'objectif que nous visons.

L'un des sens de la réforme est l'authenticité. Le contrôle continu et les disciplines de spécialités s'inscrivent totalement dans cette logique. Par définition, le contrôle continu crée une objectivité et une authenticité de terrain. Par ailleurs, on peut attendre de ces spécialités une montée du niveau, puisque les élèves auront davantage approfondi leurs connaissances et choisi leurs matières, lesquelles seront plus en relation avec leur désir d'enseignement supérieur.

Mme la présidente. La parole est à M. Olivier Paccaud, pour la réplique.

M. Olivier Paccaud. Le baccalauréat étant un « monument historique » de notre société, sa réforme est évidemment symbolique et politiquement délicate. J'espère sincèrement que vous et votre administration ne retomberez pas, pour éviter d'éventuelles critiques en cas de baisse du pourcentage des reçus, dans les faux-semblants et le clair-obscur.

Nos jeunes ont besoin d'être bien formés, bien évalués, pas d'être bercés par de fausses vérités.


- Conclusion du débat -

Mme la présidente. La parole est à Mme la présidente de la commission.

Mme Catherine Morin-Desailly, présidente de la commission de la culture. Je vous remercie, monsieur le ministre, de vous être prêté à cet exercice quelque peu contraint par le temps. Nous sommes parfois un peu frustrés de ne pas pouvoir développer notre raisonnement, et vous-même l'êtes sans doute de ne pas avoir pu répondre dans le détail à l'ensemble des questions qui étaient posées.

Vous avez réaffirmé la nécessité que le baccalauréat soit un tremplin pour l'enseignement supérieur. Au Sénat, nous souhaitons qu'il soit, plus largement, un tremplin pour la réussite et l'épanouissement des élèves, ainsi que pour leur insertion professionnelle. C'est ce qui nous rassemble aujourd'hui. Quel que soit notre territoire, que l'on soit issu des grandes villes, du milieu rural, d'un pays étranger – je remercie Claudine Lepage d'avoir posé une question sur les lycées français de l'étranger et le baccalauréat passé hors de France – ou d'outre-mer, il nous paraît important que l'équité de cette épreuve soit assurée.

Vous l'avez compris, l'équité territoriale est le maître mot ici, au Sénat. Nous voulons donc que soient réunies les conditions de la réussite de cet examen dans sa nouvelle formule.

Je souhaite seulement attirer votre attention sur quelques points restés en suspens. Nous auditionnerons le 9 octobre Mme Frédérique Vidal, que nous avons déjà entendue en juillet dernier, sur le bilan de Parcoursup, car nous voulons faire un deuxième point d'étape. Ce sera l'occasion d'approfondir la question du calendrier, qu'il nous semble nécessaire d'affiner et de préciser. Ainsi, entre le moment où se déroulent les premières épreuves, au retour des vacances de printemps, et le début des voeux, les élèves auront-ils la garantie d'avoir leurs résultats avant de formuler leurs voeux ? Nous serons attentifs aux réponses qui nous seront apportées.

Autres points restés en suspens : les conséquences pour les classes préparatoires et sur l'autonomie des établissements. Monsieur le ministre, je propose à mes collègues de vous adresser leurs questions, si vous n'avez pas eu le temps de répondre aux sujets qui les préoccupent.

En tout état de cause, nous serons très attentifs à cette réforme. Nous souhaitons travailler sur sa cohérence avec les autres réformes engagées, notamment celle de Parcoursup. Il y a une frustration à ne pas avoir eu ce débat bien en amont des décrets parus au mois de juillet dernier. Néanmoins, l'agenda parlementaire législatif était tellement contraint que nous n'en avons pas eu le temps. Nous mettrons à profit les semaines et les mois prochains pour poursuivre la réflexion.

La réussite de cette nouvelle épreuve du baccalauréat sera aussi liée aux moyens budgétaires – je parle sous le contrôle de notre nouveau rapporteur pour les crédits de la mission « Éducation ». Nous souhaitons y voir un peu plus clair sur les conditions requises pour mettre en oeuvre la réforme. Nous voulons également approfondir la question, soulevée par Sonia de la Provôté, de l'orientation des élèves. Notre commission a fait un important travail sur ce sujet ; tout est lié.

Nous souhaitons également réfléchir à la réforme de la scolarité que vous avez annoncée. Ce sujet recouvre la scolarité obligatoire des enfants de trois ans, mais aussi la question de l'enseignement. Je veux de nouveau saluer, à cet égard, l'excellent travail de nos collègues Max Brisson et Françoise Laborde. Si le baccalauréat est amené à changer de forme, sans doute faut-il aussi questionner une fois encore les enseignements, le métier de professeur et l'autonomie des enseignements. La loi sera l'occasion d'approfondir ce sujet, qui me semble de prime importance.

J'ai certainement oublié d'évoquer des points, mais le débat se poursuivra. Nous devons d'ailleurs vous auditionner très prochainement, monsieur le ministre, pour évoquer les questions budgétaires. Je vous remercie encore d'avoir été présent parmi nous cet après-midi. (Applaudissements.)

Mme la présidente. Nous en avons terminé avec le débat sur la réforme du baccalauréat.


Source http://www.senat.fr, le 8 octobre 2018

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