Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à RTL le 8 octobre 2018, sur la sensibilisation sur les violences des "weekends d'intégration" des étudiants. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à RTL le 8 octobre 2018, sur la sensibilisation sur les violences des "weekends d'intégration" des étudiants.

Personnalité, fonction : VIDAL Frédérique, CALVI Yves .

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation;

ti :


YVES CALVI
Bonjour Frédérique VIDAL.

FREDERIQUE VIDAL, MINISTRE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR, DE LA RECHERCHE ET DE L'INNOVATION
Bonjour.

YVES CALVI
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin sur RTL. Vous êtes Ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation. Bonjour à vous Sébastien MARRET.

SEBASTIEN MARRET, FRERE D'UNE VICTIME D'UN WEEK-END D'INTEGRATION
Bonjour.

YVES CALVI
Vous êtes le frère de David MARRET. David, étudiant en deuxième année de chirurgie dentaire à l'université de Rennes, a perdu la vie il y a un an lors de son week-end d'intégration. Depuis vous avez, Sébastien, lancé une grande campagne de sensibilisation des étudiants. Je vais vous poser la question tout simplement : faut-il, selon vous, supprimer ces week-ends d'intégration ?

SEBASTIEN MARRET
Non. Selon moi, il ne faut pas du tout supprimer ces week-ends d'intégration. Je pense que l'interdiction ne mène nulle part et ce n'est pas la bonne solution. C'est un peu la solution de facilité que de supprimer les week-ends d'intégration et c'est aussi un peu une injustice pour les étudiants qui seraient privés d'un événement qui est censé être sympathique.

YVES CALVI
Donc l'épreuve que votre famille a subie, vous y répondez vous aujourd'hui en disant qu'il faut, de fait, mieux encadrer ce type de week-end d'intégration ?

SEBASTIEN MARRET
Oui, c'est exactement ça. Mieux encadrer, il y a plein de solutions.

YVES CALVI
Comment ?

SEBASTIEN MARRET
Je n'ai pas forcément ces solutions-là. Je pense que le ministère a plein d'idées, a beaucoup d'idées. Dans ce sens, un guide a été élaboré pour justement accompagner les organisateurs de week-end d'intégration mais aussi les facultés, les écoles, les universités, pas uniquement les étudiants, pour justement organiser des événements festifs dignes de ce nom.

YVES CALVI
Frédérique VIDAL, est-ce que ce dont nous parlons est une préoccupation connue de vos services, de votre ministère et auquel vous pensez que vous pouvez apporter de réelles réponses ?

FREDERIQUE VIDAL
Oui, malheureusement c'est une situation qui est connue et, j'allais dire, qui a tendance à s'amplifier avec le temps. C'est pourquoi nous travaillons depuis plusieurs mois déjà non seulement avec Sébastien MARRET, mais avec l'ensemble des services et l'ensemble à la fois des associations étudiantes et des établissements, parce que ce qui est très important dans ce que dit monsieur MARRET, c'est la question de responsabilité et la question de co-portage de ces événements. Trop souvent les établissements disent : « Ça se passe en dehors de chez nous, on n'est pas responsable » et trop souvent les étudiants eux-mêmes se laissent déborder, ne savent pas comment organiser ces soirées.

YVES CALVI
Pardonnez-moi de vous dire, Madame la Ministre, que ce que vous êtes en train de nous dire et qui de total bon sens, avec lequel on ne peut pas être en désaccord, j'ai quand même l'impression d'avoir déjà entendu beaucoup de ministres qui avaient vos fonctions et qui nous disaient la même chose. En fait, on se rend compte que la situation n'évolue pas et, vous venez de nous le rappeler vous-même, on a même l'impression qu'elle augmente.

FREDERIQUE VIDAL
Oui. En fait, ce qui est peut-être nouveau, c'est que nous avons mis tous les acteurs autour de la table pour définir une charte. Ça veut dire qu'on n'est pas dans le rôle de l'adulte moralisateur qui dit aux étudiants ce qu'ils peuvent faire ou pas, on est vraiment en co-construction d'une charte de responsabilité. C'est très différent parce que, du coup, les étudiants eux-mêmes et d'autant plus avec le témoignage de Sébastien MARRET et de sa famille qui est très important parce qu'on ne leur parle pas de choses théoriques là : on leur parle de la réalité, et donc ils entendent et eux-mêmes se sont saisis du problème. C'est ça qui peut faire changer les choses.

YVES CALVI
Vous êtes-vous déjà posé la question de savoir s'il ne fallait pas purement et simplement interdire ces journées d'intégration dont on sait aujourd'hui qu'elles sont de fait meurtrières, même si – et Sébastien MARRET lui-même le reconnaît – on ne doit pas les diaboliser. Mais en même temps, il y a un moment où on doit objectivement essayé de voir et comprendre ce qui se passe.

FREDERIQUE VIDAL
On parle des week-ends d'intégration, on parle des soirées étudiantes. Est-ce que vous pensez vraiment que ça a du sens de les interdire ? Qu'est-ce qui empêche des jeunes de louer un hangar, de passer dans un supermarché prendre un stock d'alcool et de faire la même chose de manière totalement incontrôlée, totalement dérégulée ? Et ensuite, ils se retrouvent eux-mêmes dans une situation devant laquelle ils ne savent pas réagir et c'est ça aussi que nous avons mis dans la charte. C'est comment on réagit, comment on prévient, comment on forme, qui doit être sur place, comment faire pour que ça reste festif et que ça se passe bien.

YVES CALVI
Donc vous venez de nous dire l'un et l'autre qu'il ne suffisait pas en fait d'interdire parce que, d'une certaine façon, ça vivrait d'une autre façon. Mais vous ne pouvez pas ne pas vous être demandé, Sébastien MARRET, ce qui était responsable de la mort de votre frère et quelle réponse apportez-vous à cela ?

SEBASTIEN MARRET
Sur ce sujet, je ne suis pas là pour accuser qui que ce soit ou pour rejeter la responsabilité sur untel ou untel. Ce qui est fait est fait, on ne pourra pas revenir en arrière. Ça ne va pas faire revenir David. Maintenant l'objectif, c'est de faire en sorte à notre niveau en collaboration avec le ministère et tous les acteurs de la vie étudiante, que ce genre de drame n'arrive plus et qu'aucune famille n'ait à vivre ce qu'on a vécu. Je pense que l'interdiction, comme je vous le disais, ne mènera nulle part. La prise de conscience doit être collective de la part de tous les acteurs de la vie étudiante et entre autres des étudiants qui doivent individuellement s'occuper d'un autre étudiant au cours d'un week-end qui serait en danger.

YVES CALVI
Et de leurs camarades.

SEBASTIEN MARRET
Exactement.

YVES CALVI
Mais précisément, j'ai envie de vous dire, avec qui discutez-vous ? Qui voyez-vous ? Qui rencontrez-vous et pour vous dire quoi en ce moment quand vous voulez faire avancer ce dossier ?

SEBASTIEN MARRET
J'ai rencontré beaucoup de personnes, notamment le ministère à travers Madame Frédérique VIDAL, sa conseillère santé que j'ai rencontrée plusieurs fois et au cours de réunions où on a parlé justement de ce qui pourrait être fait.

YVES CALVI
Pardonnez-moi de vous interrompre. Les étudiants qui sont les principaux intéressés qui sont a priori évidemment à la fois les acteurs et potentiellement les victimes de ces drames, vous les rencontrez aussi ?

SEBASTIEN MARRET
Non. Je n'ai pas rencontré beaucoup d'étudiants mais on a rencontré des associations d'étudiants qui militent et qui oeuvrent pour faire en sorte que ces week-ends d'intégration se déroulent de la meilleure façon qui soit. Et à travers les réseaux sociaux, j'ai tenté à mon niveau avec ma famille, avec mes amis, de publier au maximum l'avancée de notre démarche pour sensibiliser le plus de monde possible.

YVES CALVI
Frédérique VIDAL, moi dans ma génération, ces week-ends on appelait ça du bizutage. Je ne sais pas, peut-être qu'on était trop travaillés par les idées de 1968, on trouvait ça épouvantable et vraiment le symbole même de la violence. Qu'est-ce que vous répondez à ça ?

FREDERIQUE VIDAL
Le bizutage est formellement interdit. Là, on est en train de parler de phénomènes qui vont au-delà du bizutage qui, lui, est puni par la loi. On est en train de parler de ces week-ends d'intégration et de ces soirées étudiantes qui, finalement, tournent mal simplement parce que trop d'alcool, parce que pas suffisamment de préparation et parce que pas d'organisation qui permet ça. Donc on a reçu au Ministère l'ensemble des fédérations et l'ensemble des associations étudiantes qui s'engagent toutes à signer cette charte que nous avons co-construite et co-élaborée. La majorité de ces soirées étudiantes se font à l'initiative d'associations et donc voilà. Si on sensibilise les responsables, si on met en place des formations de manière à ce que toute personne qui veut organiser une soirée étudiante ait connaissance de cette charte et de ce qu'il faut faire, nous pensons que nous allons prévenir.

YVES CALVI
Est-ce que la présence, par exemple, d'un service médical à chacune de ces fêtes – appelons-les « les fêtes » si on a envie de mettre en avant le côté festif – ne vous semple pas le minimum ?

FREDERIQUE VIDAL
Ça, c'est évidemment à travailler avec les établissements, soit effectivement des gens qui sont…

YVES CALVI
David avait été placé sous une tente mais il n'y avait personne pour le surveiller, pour voir comment il évoluait et comment il se portait.

FREDERIQUE VIDAL
Malheureusement et c'est là, en fait, tout le drame de ces soirées qui se terminent de cette façon aussi catastrophique. C'est que personne ne sait quoi faire, alors on pense qu'en le mettant assis sous une tente, les choses vont s'arranger. Il faut que les jeunes sachent que non, ça ne s'arrange pas comme ça et que, oui bien sûr, il faut qu'il y ait à proximité des gens qui soient capables d'avoir les bons gestes et de prendre en charge et c'est comme ça qu'on évitera les choses.

YVES CALVI
Merci beaucoup Frédérique VIDAL. Je rappelle que vous êtes Ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation. Et merci à vous Sébastien MARRET d'être venu ce matin débattre et nous donner votre perception de ces phénomènes sur l'antenne de RTL.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 octobre 2018

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