IInterview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à LCI le 10 octobre 2018, sur l'apparition de nouveaux modes de transport, comme les trottinettes, le financement de l'entretien du réseau routier et la situation à la SNCF et à Air France. | vie-publique.fr | Discours publics

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IInterview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à LCI le 10 octobre 2018, sur l'apparition de nouveaux modes de transport, comme les trottinettes, le financement de l'entretien du réseau routier et la situation à la SNCF et à Air France.

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth.

FRANCE. Ministre des transports

ti : CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bonjour à tous. J'accueille une ministre ce matin, nous avons donc toujours un gouvernement, c'est Elisabeth BORNE. Bonjour.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ministre des Transports. Toujours ?

ELISABETH BORNE
Oui oui, je confirme.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous êtes confiante pour la suite ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je suis au travail et je ne me pose pas de questions.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
En tout cas, on vient d'apprendre qu'il y aurait bien un Conseil des ministres et que le Gouvernement actuel serait dans sa totalité présent autour de la table du Conseil. Je vais essayer de ne pas vous lâcher trop tard, c'est à 10h00 le Conseil, il ne faut pas être en retard en général là-bas.

ELISABETH BORNE
C'est la règle.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc vous y serez. Ne vous inquiétez pas, on finit à 08h50. Evidemment, ça commence à devenir un petit peu curieux cette attente, plus d'une semaine, c'est le plus long moment dans la Vème République, pour reformer un gouvernement. Qu'est-ce qui se passe, Elisabeth BORNE ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, c'est une décision à prendre entre le Premier ministre et le président de la République, ils y réfléchissent sans doute.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On voit effectivement le Premier ministre arriver ce matin, comme hier à la même heure, à l'Elysée.

ELISABETH BORNE
Voilà, et je pense que le point important, parce que je ne pense pas que les Français se lèvent le matin en se demandant à quelle heure aura lieu le remaniement, le point important c'est que le gouvernement est au travail, comme nous le sommes depuis 16 mois, et comme nous le sommes depuis la rentrée, avec beaucoup de dossiers qui avancent, le Plan pauvreté, le Plan santé, moi je prépare une loi sur les mobilités, donc on est au travail, pour répondre aux attentes des Français.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, on va parler très concrètement de ces dossiers, de la trottinette aux avions, en passant par le train, le transport public, ça intéresse tout le monde, mais quand même, vous dites, vous avez raison, on ne se réveille pas le matin en disant : « Ah, est-ce qu'il y a un nouveau gouvernement ? ». En revanche, on commence à se dire « qu'est-ce qui se passe ? », on a appris qu'il y aurait peut-être eu cinq refus de rentrée au gouvernement au cours des derniers jours, est-ce que c'est compliqué d'être ministre ? Est-ce que c'est un sale boulot finalement ?

ELISABETH BORNE
C'est une charge, je pense que c'est important aussi de le dire, y compris pour ceux qui ne rêvaient pas depuis tout petit d'être ministre…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Comme vous.

ELISABETH BORNE
J'ai eu ne vie professionnelle avant, donc…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça ne vous a jamais traversé l'esprit d'être ministre ?

ELISABETH BORNE
Ah, ça ne m'avait pas traversé l'esprit jusqu'à ce que l'on me propose de l'être, et voilà, c'est une charge importante, en même temps je vous rassure, moi je ne suis pas inquiète sur le fait qu'il y a des candidats. Il y a certainement beaucoup de candidats…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est souvent des raisons politiques, plutôt, qui motivent les refus.

ELISABETH BORNE
La question c'est de trouver le meilleur pour ce poste et le Premier ministre et le président de la République sont certainement en train d'y travailler.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce qu'il peut y avoir des désaccords entre, on a bien compris que le dosage, est-ce qu'à l'Intérieur on met quelqu'un qui est plutôt catalogué En Marche ou plutôt catalogué centre-droit, est-ce que c'est un problème quand même si le couple exécutif, à un moment donné, est en désaccord sur l'équilibre global du gouvernement ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'on peut rentrer dans beaucoup de spéculations, je pense que ce n'est pas ça qui intéresse les Français, ce qui les intéresse c'est qu'on soit au travail, je vous confirme que c'est le cas, on est au travail sous l'autorité du Premier ministre, pour mettre en oeuvre les engagements du président de la République.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Deux dernières questions avant, pour arrêter cette torture, le supplice chinois, est-ce que c'est le président ou c'est le Premier ministre qui décide ?

ELISABETH BORNE
Alors la règle de la Constitution est très claire, c'est : le président nomme le gouvernement sur proposition du Premier ministre.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et donc, quand le président n'a pas les propositions qu'il attend, ça prend du temps.

ELISABETH BORNE
Voilà, la Constitution est claire, la Constitution est claire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Normalement, elle est claire, mais normalement quand on est dans un gouvernement qui dépend du président, hors cohabitation donc, c'est le président qui choisit, en vérité.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je n'ai pas de doute qu'on aura un ministre de l'Intérieur, donc…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Quand ?

ELISABETH BORNE
Le moment venu. Voilà.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, on nous dit que le gouvernement, dont vous faites partie, se réunira tout à l'heure à 10h00 et que le remaniement c'est pour plus tard, mais ça veut dire, aujourd'hui, demain, après-demain, dans une semaine, dans un mois ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi j'ai entendu beaucoup de commentaires qui n'étaient pas tous les plus pertinents, donc on va éviter les commentaires, c'est le travail des commentateurs, moi je suis à ma tâche, pour répondre aux attentes des Français.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Dernière question là-dessus, tout à l'heure autour de la table, le Conseil des ministres, ça va être bizarre, parce que certains d'entre vous c'est leur dernier Conseil, j'imagine qu'il y aura des regards qui vont s'échanger.

ELISABETH BORNE
On a des dossiers importants, et je pense qu'on va parler du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, de la situation internationale, donc je vous assure que le gouvernement, c'est là-dessus qu'il est au travail pour mettre en oeuvre les engagements du président.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc il n'y aura pas d'états d'âme.

ELISABETH BORNE
On n'est pas là pour avoir des états d'âme.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bon, et la semaine prochaine on peut vous réinviter comme ministre des Transports.

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il y a beaucoup de dossiers devant nous et qu'effectivement je vais continuer à m'atteler à ces dossiers.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, on va parler de vos dossiers. Je vous nomme ministre de la trottinette aux avions. Ça vous va si je vous dis ça ?

ELISABETH BORNE
Je pense que ce que vous dites traduit le fait qu'on a une vraie révolution dans les mobilités, avec l'apparition de beaucoup de nouvelles réponses, et c'est évidemment une bonne chose, qu'on ait de plus en plus de réponses pour faciliter les déplacements des Français. L'enjeu c'est que ce soit bien le cas partout, parce qu'aujourd'hui on a quand même des territoires où on a des transports en commun, où on a de l'auto-partage, et d'autres où on manque cruellement de réponses. Et beaucoup de nos concitoyens, vous savez, un Français sur quatre a refusé un emploi ou une formation, parce qu'il n'y avait pas de moyens pour s'y rendre. Donc cette multiplication des réponses, c'est une bonne chose et avec les collectivités on doit s'en saisir et c'est bien le sens de la loi que je porterai, de faciliter l'émergence de ces solutions et de permettre aux collectivités de s'organiser pour proposer ces réponses aux Français.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors on va très concret sur tout ça, mais par exemple ceux qui nous regardent, s'ils vivent en ville, dans les grandes villes, vous avez Paris derrière vous, savent qu'il y a des multiplications, vous le disiez, de nouveaux modes de transport par exemple on voit des trottinettes électriques sur les trottoirs, c'est un sujet dont vous vous désintéressez ou est-ce que... parce que c'est vrai que ça peut devenir dangereux, enfin, on voit des gens débouler sur des trottinettes électrique entre les piétons ?

ELISABETH BORNE
Alors je pense qu'effectivement les trottinettes qui roulent à 20 km/h sur les trottoirs, ça n'est pas une bonne chose, et donc dans les propositions de la loi que je présenterai prochainement, il y a le fait de dire que ces trottinettes elles doivent être dans les couloirs vélo ou sur la chaussée, mais on ne roule pas à 20 km/h sur des trottoirs où on a des piétons qui essaient de se déplacer sereinement.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et donc on aura l'interdiction des trottinettes sur les trottoirs.

ELISABETH BORNE
On va, sur ce sujet-là comme sur d'autres, donner par exemple une règle générale mais permettre ensuite aux collectivités d'adapter, le cas échéant, en fonction des situations concrètes sur le terrain.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va parler de la voiture, parce que ça reste encore le mode de transport numéro un pour les Français, notamment vous le disiez, ceux qui vivent en province dans les zones rurales où on ne peut pas, on n'a pas d'autre moyen de transport alternatif. Est-ce que vous avez fait de la voiture votre vache à lait Elisabeth BORNE ? Parce qu'entre la hausse des taxes sur notamment le gasoil, entre les 80 km/h, on a l'impression que dès qu'il faut trouver de l'argent ou brimer les Français, on s'attaque à la voiture.

ELISABETH BORNE
Enfin, moi je vais être très claire, on n'a pas du tout une politique anti-voiture, parce que moi je suis convaincue que dans beaucoup de territoires la solution de base ça sera la voiture, demain comme aujourd'hui, tout l'enjeu c'est qu'elle soit plus propre et plus partagée, notamment qu'on développe du covoiturage, ce qui est…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Même dans les milieux ruraux, même en province, le covoiturage, le véhicule partagé aussi ?

ELISABETH BORNE
Ah mais je vous confirme que c'est souvent la meilleure solution, dans des zones où on ne peut pas développer des transports en commun, d'encourager le covoiturage courte distance, et il y a énormément d'initiatives. Vous savez, moi j'ai lancé un appel à projets, justement pour mettre à jour ces initiatives qui se prennent dans les territoires les faire partager, aider à ce qu'elles se démultiplient, et du covoiturage courte distance, eh bien par exemple il y a une commune du sud du Lubéron qui a développé un système très intéressant, l'idée c'est d'en faire profiter tout le monde, et de soutenir toutes les collectivités, les associations, les entreprises qui apportent des solutions de ce type-là.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce qu'il faudra quand même un jour se passer de la voiture à essence ? Il y a des villes, notamment en Europe, il y a des pays en Europe qui ont fixé des dates, 2040, 2050, il y a des candidats à la présidentielle dont un certain François de RUGY proposait aussi d'arrêter la vente de voitures à essence, je ne sais plus si c'était 2030 ou 2040. Est-ce qu'il faudra faire ça à un moment donné ?

ELISABETH BORNE
Alors le gouvernement l'a annoncé, vous savez, en septembre 2017 on a présenté un plan climat dans lequel on a annoncé qu'on allait arrêter les ventes de voitures thermiques en France en 2040.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça c'est voté.

ELISABETH BORNE
C'est une orientation qui a été…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Proposée.

ELISABETH BORNE
... donnée, c'est une orientation qui a été donnée. Je pense, et vous savez le rapport du GIEC qu'on a eu en début de semaine, nous le rappelle…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alarmiste, sur le fait qu'il faut absolument éviter qu'on soit au-dessous de 1,5°, en plus sur le siècle.

ELISABETH BORNE
A la fois alarmiste, mais je pense que les Français n'ont pas attendu le rapport du GIEC pour mesurer le changement climatique, ce n'est pas une théorie, c'est maintenant, avec la sécheresse, avec la canicule, et donc ce que nous dit ce rapport du GIEC, c'est qu'effectivement ces changements climatiques c'est un enjeu majeur, mais qu'on peut y arriver, à éviter des dérèglements climatiques majeurs, à condition d'agir maintenant. Il faut agir sur le climat, il faut agir sur la pollution de l'air, et c'est bien le la politique qu'on mène, vous savez, moi lundi avec François de RUGY on avait invité 15 métropoles…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, on va en parler, juste une dernière question, tout de suite on en parle, une dernière question. En 2040, je ne pourrai plus acheter de voitures à moteur.

ELISABETH BORNE
Vous ne pourrez plus acheter de voitures à moteur, mais entre-temps les constructeurs, qui entendent ce qui a été annoncé, auront proposé d'autres réponses, et c'est tout l'intérêt de donner un cap, de s'engager de façon irréversible dans ces transitions, dans ces transformations, c'est que tout le monde peut s'y préparer, le gouvernement a signé un contrat avec les constructeurs automobiles, dans lequel on va accompagner cette mutation. On l'accompagne en soutenant les véhicules électriques…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous savez qu'ils nous disent, les constructeurs ils l'ont dit il y a deux jours, qu'ils n'ont pas les batteries pour fournir la demande, et que donc en fait ça reste assez anecdotique. Au Salon de l'automobile qui se tient en ce moment, les véhicules électriques c'est la vitrine, mais en vérité c'est moins de 1 % du marché.

ELISABETH BORNE
Ça ne doit pas rester anecdotique, parce qu'on a des enjeux de qualité de l'air, parce qu'on a un enjeu majeur sur le réchauffement climatique, et donc que les Européens doivent s'organiser pour proposer une filière de batteries, c'est aussi un des objectifs du gouvernement…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
D'AIRBUS, de la batterie électrique.

ELISABETH BORNE
Je pense que ça serait une bonne idée qu'on puisse effectivement se saisir de cette technologie, mettre tous nos ingénieurs pour proposer des batteries européennes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, vous disiez en début de semaine, vous avez rencontré les métropoles et vous avez proposé, je crois que 15 métropoles se sont mises d'accord avec vous pour limiter la circulation automobile en centre-ville. On voit la carte, ça concentre beaucoup de gens, pas seulement Paris, on parle toujours de Paris, mais à Rouen, Strasbourg, Montpellier, Clermont-Ferrand, Grenoble, Toulon, Aix-Marseille, Nice, vous voulez vraiment chasser la voiture des villes.

ELISABETH BORNE
Alors, on ne veut pas chasser la voiture des villes, même s'il y a des solutions alternatives, mais effectivement je pense qu'il faut mesurer le chemin qui a été parcouru depuis un an. Vous savez, il y a un an, on avait deux villes en France qui s'engageaient sur la qualité de l'air, sous l'impulsion du gouvernement, notamment en juillet on les avait réunis pour leur proposer de mettre en place…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est Paris ?

ELISABETH BORNE
C'est toutes ces métropoles qu'on avait réunies…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Les deux villes que vous disiez au départ.

ELISABETH BORNE
Paris et Grenoble. Paris à Grenoble. Voilà, donc…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous voulez faire du HIDALGO pour tous dans ces 15 métropoles.

ELISABETH BORNE
On veut partout que les collectivités s'engagent sur la qualité de l'air. Ce n'est pas un enjeu mineur, c'est 48 000 décès prématurés par an, mais je pense que ceux qui vivent dans ces métropoles le savent, c'est aussi une gêne, donc c'est un enjeu de santé et de qualité de vie. Donc ces métropoles se sont engagées, et quand on dit qu'on ne bouge parfois pas suffisamment vite dans notre pays, en quelques mois, ces métropoles ont décidé de s'engager pour mettre en place des zones à faible émission. Qu'est-ce que c'est ? Ça c'est chaque collectivité qui définira une zone dans laquelle progressivement on réservera l'accès aux véhicules les plus propres. Et cette ambition…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est le système de vignette à Paris par exemple.

ELISABETH BORNE
Alors c'est notamment les vignettes Crit'Air.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On peut restreindre certains jours les véhicules les plus polluants.

ELISABETH BORNE
L'enjeu c'est de le faire, enfin c'est d'avoir une action toute l'année, de s'assurer qu'on réduit la pollution de fond comme on dit, donc progressivement, restreignant l'accès à certaines zones aux véhicules les plus propres. Evidemment quand on fait ça, il faut donner des solutions pour se déplacer, c'est aussi tout le sens des bonus que met en place le gouvernement pour encourager à l'achat de véhicules électriques, des primes à la conversion.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Des trottinettes, peut-être.

ELISABETH BORNE
Les trottinettes, qui sont une bonne réponse, le vélo aussi, vous savez que le gouvernement a un Plan vélo très ambitieux, mais donc des primes à la conversion, pour permettre à chaque Français de passer d'un véhicule à un véhicule moins polluant, et cette disposition a un succès énorme puisqu'on avait l'objectif d'avoir 500 000 primes à la conversion sur le quinquennat, en un an on en aura eu 250 000.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que du coup vous allez arrêter les primes à la conversion quand on aura atteint les 500 000 ?

ELISABETH BORNE
Non, on continue. On continue, clairement…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous pourrez aller au-delà de 500 000, si c'est 1 million, ça vous coûtera de l'argent mais tant pis vous le ferez.

ELISABETH BORNE
Eh bien écoutez, vous savez que le budget qui est réservé à ces actions sur les bonus et les primes à la conversion, augmentera en 2019 de près de 50 %, parce que c'est important d'accompagner les Français.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il n'y aura pas de quotas.

ELISABETH BORNE
Non, il n'y a pas de quotas, et cette politique va continuer, c'est important d'accompagner les Français pour qu'ils puissent avoir un véhicule qui consomme moins. Je pense que c'est aussi important en termes de pouvoir d'achat. Vous savez que les véhicules aujourd'hui consomment un tiers de moins qu'il y a 20 ans, donc c'est bon pour le pouvoir d'achat, c'est bon pour le climat, et c'est bon pour la pollution.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors il y a une autre solution pour compenser l'interdiction progressive des véhicules en centre-ville, c'est la gratuité des transports publics, et ça fait débat, certains se sont prononcés pour, Anne HIDALGO, certains contre, Valérie PECRESSE, votre avis, vous, c'est quoi, là-dessus ?

ELISABETH BORNE
Moi mon avis c'est que, offrir des transports publics, ce n'est pas gratuit donc quand on dit « on va faire les transports gratuits pour les voyageurs », ça veut dire que c'est clair, c'est le contribuable qui va payer, et je pense que c'est important que tout le monde soit bien éclairé sur le sens des débats, et alors ensuite on peut se dire la gratuité pourquoi ? Il y a des villes moyennes, des petites villes qui ont des bus qui sont peu remplis, donc qu'on se dise dans ce cas-là, on va faire la gratuité on aura plus de voyageurs dans les bus. Moi je ne pense pas qu'en région Ile-de-France, ceux qui prennent les transports en commun le matin, trouvent qu'il y a peu de monde dans les transports en commun. Donc voilà, je pense que c'est important d'avoir des moyens pour développer les transports en commun, et je pense que c'est d'abord ça que les Français attendent.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il y a des villes aussi qui rendent le transport public gratuit à certaines heures, par exemple avant 06h00 du matin pour justement décongestionner.

ELISABETH BORNE
Là, ça suppose qu'on a une tarification qui peut effectivement orienter les choix, effectivement encourager ceux qui le peuvent à décaler l'utilisation des transports en commun. Donc c'est des politiques qui existent ailleurs dans le monde et je pense que c'est intéressant aussi de les mener en France.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors vous aimez bien des taxes Elisabeth BORNE, parce qu'on parle à nouveau d'une taxe poids lourds. Alors est-ce que ça va avoir lieu et surtout ce qui me m'interpelle c'est, est-ce que ça va concerner tous les transporteurs routiers ou seulement les transporteurs étrangers qui ne payent pas de charges sociales et d'impôts comme les transporteurs français ?

ELISABETH BORNE
Alors, on n'aime pas les taxes, on est conscient que les taxes effectivement elles peuvent peser sur les citoyens ou sur les entreprises, et donc pourquoi on parle d'une nouvelle ressource, on parle d'une nouvelle ressource…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Une vignette, hein.

ELISABETH BORNE
... parce qu'on fait le choix d'augmenter très fortement les investissements dans les transports, pour répondre aux besoins des Français, notamment entretenir notre réseau routier, c'est une priorité que moi j'ai depuis que je suis arrivée à ce ministère, la catastrophe de Gênes cet été nous a montré…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous êtes inquiets, d'ailleurs, sur certains points et constructions français ?

ELISABETH BORNE
Non, je ne suis pas inquiète. Moi j'ai demandé un audit dès que je suis arrivée, sur l'état de nos ponts, et comme je m'y étais engagée, j'ai publié l'état des principaux ponts du réseau routier national sur le site du ministère. Ce que ça nous montre, c'est qu'il va falloir investir davantage pour remettre en état, pour bien entretenir nos ponts.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais il y a une urgence sur un ou deux ponts, non ?

ELISABETH BORNE
Alors il y a des travaux qui sont nécessaires rapidement sur un certain nombre de ponts, et du reste ils sont engagés, et je peux rassurer tout le monde, il n'y a pas de situation d'urgence sur notre réseau, mais si on veut garder un réseau en bon état, celui que les gens empruntent aussi tous les jours, il faut des ressources supplémentaires…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et donc une vignette pour les faire.

ELISABETH BORNE
Il faut des ressources supplémentaires, il n'y a pas d'urgence là non plus puisqu'en 2019 on a fait le choix dans le budget de l'Etat d'accorder une priorité avec 300 millions d'euros de plus, mais si on veut avoir durablement une politique où on entretient nos réseaux, où vont s'occupe des transports du quotidien, il faudra une nouvelle ressource et c'est la réflexion qui est en cours.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc ma question c'était une vignette, la réponse est oui.

ELISABETH BORNE
La réponse est qu'on cherche une nouvelle ressource et qu'il paraît légitime de faire contribuer les poids lourds y compris les poids lourds étrangers qui traversent notre pays, souvent en faisant le plein en Belgique ou au Luxembourg, en traversant le pays et en faisant le plein ensuite en Espagne.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais on ne pourra pas distinguer les transporteurs étrangers et les transporteurs français.

ELISABETH BORNE
Je vous confirme qu'au sein de l'Union européenne on ne peut pas le faire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est embêtant, parce que les transporteurs français ils paient déjà des taxes, des impôts, des charges sociales, plus que les autres.

ELISABETH BORNE
Donc du coup ce n'est pas un sujet mince, et ça ne se fera pas, le gouvernement ne va pas décider à la va vite, moi je lancerai une concertation prochainement avec les professionnels, avec les élus, on cherche une ressource, si on veut pouvoir investir davantage et avoir en même temps une démarche sincère, il faut une nouvelle ressource.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On ne pourrait pas baisser les dépenses plutôt que de trouver toujours de nouvelles ressources ?

ELISABETH BORNE
Oui, je pense que, en général... vous savez, moi déjà je suis en train de discuter avec de nombreux élus en leur disant : on arrête de promettre tout à tout le monde. Quand moi je suis arrivée à la tête du ministère on a promis 36 milliards de lignes ferroviaires nouvelles dans tout le pays. Donc l'objectif c'est de sortir des promesses non financées, d'avoir des démarches sincères, d'investir plus, d'investir mieux, sur les transports du quotidien, sur l'entretien de nos routes, mais effectivement il faut une ressource, en général on veut beaucoup de projets et on est moins motivé quand il s'agit de parler de la ressource. Une démarche sincère ça veut dire équilibrer les ressources et des dépenses.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors vous parliez du ferroviaire, on va parler de la SNCF qui sort donc de cette longue période d'incertitude sociale, finalement la loi a été votée, on vous a vu avec le président parapher ce texte. Est-ce que Guillaume PEPY qui a fait une interview dans Les Echos la semaine dernière, en fait trop ? Il a un peu remis le feu aux poudres en expliquant que sous statut ou hors statut, il faudrait traiter les cheminots de la même manière notamment en termes d'avancement et de promotion.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, la réforme elle est claire, et ce qui va s'appliquer c'est toute la réforme, rien que la réforme, c'est-à-dire que, à partir du 1er janvier 2020, les nouveaux cheminots recrutés ne seront pas au statut, donc ça veut dire qu'il y a une priorité qui est de définir une convention collective, de finaliser cette convention collective…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, mais il dit, Guillaume PEPY, qu'il veut traiter de la même manière les cheminots sous statut et les nouveaux.

ELISABETH BORNE
Ce n'est pas ce que j'ai compris, on aura à partir du 1er janvier 2020, des cheminots qui ne seront plus au statut, donc une convention collective est à négocier…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il dit : ce n'est pas normal de faire progresser les cheminots sous statut, tous les ans, de manière automatique, moi aussi je veux pouvoir moduler leur avancement.

ELISABETH BORNE
Moi, ce que je comprends…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est une bonne idée ou pas ?

ELISABETH BORNE
Et ce que je peux vous confirmer, ce que je peux vous confirmer, c'est les cheminots qui sont au statut, le resteront. Ensuite le statut, on a…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que est une bonne idée de leur dire : eh bien vous ne progresserez plus comme avant ? Mais vous pouvez l'assumer, vous pouvez dire oui il a raison, sous le coup de l'entreprise privée, les meilleurs gagneront plus que les moins bons.

ELISABETH BORNE
Ce que je voudrais souligner, c'est que les cheminots au statut le resteront, comme on l'a dit dans la réforme. Ensuite le statut il peut faire l'objet de discussions entre la Direction et les syndicats, et dans ce cadre-là, il y a, il peut y avoir comme il y a toujours eu des ajustements, mais en tout cas les cheminots resteront au statut.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous l'avez trouvé maladroit le patron de la SNCF ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je ne suis pas là pour faire l'exégèse de la, des déclarations de Guillaume PEPY, en tout cas la ligne est claire, à partir du 1er janvier 2020, les nouveaux recrutés ne seront pas au statut, et donc il faut préparer la convention collective, les cheminots qui sont au statut le resteront, le statut il peut aussi faire l'objet d'adaptation sur des sujets particuliers, comme il l'a toujours fait entre la Direction et les syndicats.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors il y a un nouveau patron d'AIR FRANCE depuis quelques semaines, on pensait qu'il était là pour remettre de l'ordre et là il propose 4 % d'augmentation aux pilotes, il y a beaucoup de salariés français qui aimeraient bien avoir 4 %. Est-ce qu'il est en train d'acheter la paix sociale chez AIR FRANCE le nouveau patron ?

ELISABETH BORNE
Je pense que sa priorité elle est très claire, on a souhaité avoir un des meilleurs professionnels du secteur aérien, sa priorité c'est le développement d'AIR FRANCE - KLM, et je pense que son ambition c'est que toute l'entreprise, la Direction, les salariés, se tournent vers l'avenir…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et donc il faut céder aux pilotes ?

ELISABETH BORNE
Se tourne vers l'avenir, et qu'il souhaite effectivement solder ce conflit sur les salaires, il a fait une proposition, je pense qu'il a tous les éléments pour avoir bien dimensionné sa proposition. Vraiment l'objectif c'est qu'on sorte des débats sur les salaires et que tout le monde consacre son énergie au développement d'AIR FRANCE.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et que le gouvernement sorte du capital d'AIR FRANCE ?

ELISABETH BORNE
Ce n'est pas d'actualité. Ce n'est pas d'actualité, vraiment l'enjeu aujourd'hui c'est un projet stratégique ambitieux, pour AIR FRANCE, c'est une marque formidable et c'est ce que Benjamin SMITH nous dit, c'est une marque formidable connue partout dans le monde, que tout le monde mette son énergie au développement de la compagnie.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Je vais vous libérer parce que je ne voudrais pas que vous soyez en retard au Conseil des ministres, ce n'est pas le jour, ce n'est pas le jour où il faut être en retard.

ELISABETH BORNE
Ce n'est jamais le jour d'être en retard.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ce n'est jamais le jour d'être en retard. Merci Elisabeth BORNE d'avoir été notre invitée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 octobre 2018

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