Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec RMC le 11 octobre 2018, sur la pollution des mégots de cigarette, l'huile de palme et sur la réduction de la quantité de plastique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec RMC le 11 octobre 2018, sur la pollution des mégots de cigarette, l'huile de palme et sur la réduction de la quantité de plastique.

Personnalité, fonction : POIRSON Brune, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :


JEAN-JACQUES BOURDIN
Brune POIRSON est avec nous, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et Solidaire. Brune POIRSON, bonjour.

BRUNE POIRSON
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Je ne vais pas vous parler de remaniement, vous allez me dire que vous êtes là pour travailler, vous êtes toute à votre tâche, c'est ce que vous allez me dire, donc oublions le remaniement.

BRUNE POIRSON
Mais, surtout, je le pense, et c'est le cas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous le pensez, bon, d'accord. Alors, toute à votre tâche…

BRUNE POIRSON
C'est le cas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est le cas, alors on va parler des mégots de cigarettes, parce que vous avez mobilisé, plus que mobilisé même les fabricants de cigarettes, vous essayez de les responsabiliser. Que leur dites-vous ce matin ? Vous avez eu une réunion vendredi, où en est-on ? Brune POIRSON, où en est-on ?

BRUNE POIRSON
Alors, deux choses. Déjà, la première, c'est qu'on met en place une feuille de route qui a été lancée par le Premier ministre en avril dernier, qui vise à lutter contre la pollution des mégots de cigarettes, et ça c'est une double responsabilité. D'un côté il y a la responsabilité du consommateur et du producteur. La responsabilité du consommateur c'est celle du fumeur qui doit jeter sa cigarette dans la bonne poubelle, au bon endroit en tout cas, pas dans la rue, il y en a 30 milliards chaque année des mégots. On sait à quel point c'est toxique pour l'environnement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
30 milliards en France.

BRUNE POIRSON
Qui sont jetés sur la voie publique, c'est le premier déchet qu'on trouve dans la nature. Un mégot est 4 000 substances toxiques qui sont libérées, ça pollue 500 litres d'eau. Il faut se rendre compte un peu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça pollue 500 litres d'eau. Donc vous responsabilisez le fumeur.

BRUNE POIRSON
On responsabilise d'un côté le fumeur, mais de l'autre aussi, on veut et il est indispensable que les industriels du tabac prennent la part de responsabilités qui leur incombe. Ils mettent sur le marché des produits qui sont très polluants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc assument le coût de ces déchets.

BRUNE POIRSON
Ils doivent y contribuer le coût et la gestion aussi, c'est pour ça que je les ai convoqués au ministère de la Transition Ecologique et Solidaire avant l'été, et je leur ai demandé de nous faire des propositions très concrètes de ce qu'ils pouvaient faire pour prendre leur part de responsabilités. Et puis ensuite, ils ont travaillé là-dessus, ils ont rendu leur copie si je puis dire, là, récemment en septembre, on a regardé ça et lors d'une réunion, ensemble, les industriels du tabac et moi-même et mon équipe, eh bien on a pris acte ensemble de deux choses. La première c'est que les mesures qu'ils proposaient n'étaient pas suffisantes, c'était surtout des bonnes intentions, mais il n'y avait pas de chiffres, il n'y avait pas d'objectifs très concrets. Et deuxièmement, aussi on a pris acte et je leur ai demandé de ne surtout pas dire et qu'ils ne devaient pas dire, parce que je ne pouvais pas leur laisser dire il s'agissait de la mise en place d'une taxe mégots. On veut juste mettre fin à l'exception dont bénéficient les industriels du tabac. On veut régulariser leur situation pour qu'ils s'organisent comme tous les industriels…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'on mette en place pour eux aussi le principe du pollueur-payeur.

BRUNE POIRSON
Absolument, c'est-à-dire que par exemple le mobilier que vous avez là, sur lequel vous êtes assis, les appareils électroniques, tout ça, ces entreprises-là elles se sont organisées entre elles, elles ont mis en place ce qu'on appelle un éco-organisme pour gérer leurs déchets, pour s'assurer que les déchets aillent au bon endroit, soient bien collectés, bien triés, et ensuite soient recyclés, soit incinérés. Et donc on demande la même chose aux industriels du tabac.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils vous ont dit oui ou pas ?

BRUNE POIRSON
Eh bien écoutez, en tout cas je crois qu'ils sont partants pour avancer là-dessus…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, ils sont partants pour avancer, mais ils ne vous ont pas dit oui.

BRUNE POIRSON
De toute façon, attendez, ils n'ont pas le choix, ils n'ont pas le choix. On leur a laissé un certain temps pour faire des propositions, ce qu'ils en ont fait c'était des elles intentions, très bien, on en a pris acte, nous on veut aller plus loin, donc on prendra les dispositions législatives qui s'imposent pour faire en sorte qu'ils contribuent pleinement à la lutte contre les mégots de leurs cigarettes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Brune POIRSON, vous êtes avec nous…

BRUNE POIRSON
La pollution, pardon.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Restez avec nous, j'ai d'autres questions à vous poser sur notre environnement.

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JEAN-JACQUES BOURDIN
Brune POIRSON est notre invitée, il est 07h44, nous parlons d'environnement, notre environnement. Tiens j'ai une autre question : les députés veulent relever les taxes sur l'huile de palme, amendement adopté en Commission des finances à l'Assemblée nationale, est-ce que vous allez soutenir cet amendement ?

BRUNE POIRSON
On va le regarder précisément et y travailler. Nous, vous savez, en France, attendez, en France nous on a lancé, et on est moteur sur la question de la lutte contre la déforestation et de la lutte contre l'huile de palme. On a lancé une stratégie, on a lancé aussi une dynamique au niveau européen pour lutter contre ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais avec de l'huile de palme on fabrique du biocarburant, Brune POIRSON, et ce biocarburant bénéficie d'un taux réduit de la taxe sur les activités polluantes. Alors ça quand même un comble ! L'huile de palme qui participe à la déforestation bénéficie d'un taux réduit de la taxe sur les activités polluantes.

BRUNE POIRSON
On travaille actuellement à harmoniser la fiscalité, à harmoniser la fiscalité pour aligner la fiscalité verte sur le reste de la fiscalité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, relevez les taxes sur l'huile de palme ! Pardon.

BRUNE POIRSON
Mais c'est là-dessus qu'on travaille, on y travaille mais vous savez, ça va au-delà de ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a un amendement, là, soutenez-le à l'Assemblée !

BRUNE POIRSON
Mais ça va au-delà de ça, il y a aussi... il s'agit d'avoir une vraie stratégie et une vraie politique globale de travail avec des pays comme par exemple l'Indonésie et c'est ce qu'on fait actuellement pour lutter…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais je comprends très bien…

BRUNE POIRSON
Non mais ça fait partie aussi de ça…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Brune POIRSON, je comprends très bien que vous travaillez avec l'Indonésie, vous avez raison d'ailleurs, mais nous en France là, on n'est pas en Indonésie en France !

BRUNE POIRSON
Non on n'est pas en Indonésie mais il y a aussi beaucoup…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi l'huile de palme bénéficie de ces avantages ?

BRUNE POIRSON
Il y a aussi beaucoup de mesures qui se prennent et qui sont prises au niveau européen et c'est pour ça qu'au niveau européen, et vous le verrez d'ailleurs, la France à faire inscrire à l'ordre du jour du Conseil des ministres européens de l'Environnement, des mesures contre l'huile de palme récemment.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Arabie Saoudite, qui est le pays qui est le plus réticent à tout ce qui est lutte contre le réchauffement climatique, et on peut le dire, parce que l'Arabie Saoudite produit du pétrole.

BRUNE POIRSON
Disons qu'il y a une dichotomie entre les ambitions et les objectifs de l'Arabie Saoudite, et effectivement le fait qu'elle est entièrement dépendante des hydrocarbures.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Arabie saoudite veut augmenter la valeur de son pétrole, que se passe-t-il ? L'Arabie Saoudite mise sur la pétrochimie, ça veut dire quoi ? Ça veut dire fabriquer du plastique pour vendre ce plastique dans les pays d'Asie du Sud-est. Voilà ce que fait l'Arabie Saoudite. Investissement, montant de l'investissement, 5 milliards d'euros et savez-vous qui participe à cet investissement ? TOTAL. TOTAL. Alors que dites-vous à TOTAL ce matin ? Qui va donc fabriquer du plastique pour vendre ce plastique, pour que ce plastique se retrouve dans nos mers et dans nos océans. Brune POIRSON, que dites-vous à TOTAL ?

BRUNE POIRSON
Nous, on a créé et on a demandé et j'ai convoqué avec Delphine GENY-STEPHANN, l'ensemble des entreprises françaises qui commercialisent du plastique, aussi des fédérations de plastique, et on leur a demandé de prendre des engagements, pour à la fois réduire la quantité de plastique qu'ils utilisent, mais aussi et surtout pour intégrer des matières plastiques recyclées dans les produits qu'ils fabriquent, et de prendre des engagements. Ils ont pris l'engagement d'ici 2025, déjà de doubler ça, et ensuite on passera à la contrainte, et on passera à la contrainte, et s'ils ne le font…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Contraindre ? Mais TOTAL investit ! Investit pour fabriquer du plastique. C'est une entreprise française TOTAL !

BRUNE POIRSON
Mais bien sûr, et il faut lutter contre cette tendance-là, absolument parce que dans le monde on continue à produire encore trop de plastique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, battez-vous, moi j'attends que vous convoquiez le PDG…

BRUNE POIRSON
Jean-Jacques BOURDIN c'est exactement ce qu'on fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez convoquer le PDG de TOTAL ?

BRUNE POIRSON
C'est exactement ce qu'on fait, mais pas que TOTAL, toutes les entreprises.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais je vous ai donné un exemple.

BRUNE POIRSON
Toutes les entreprises qui commercialisent du plastique. C'est ce que qu'on fait déjà. On va interdire, on veut lutter et prévenir la pollution plastique, on va interdire toute une série d'objets plastique à usage unique, comme par exemple des gobelets, et ça va arriver au plus tard dans les 2 ans à venir et ensuite ce qu'on veut est aussi changer de modèle, donc c'est non seulement drastiquement réduire l'utilisation de la production de plastique, mais il ne faut pas être naïf non plus, on en a besoin pour certaines utilisations, et ensuite ce qu'on veut, c'est que les industriels qui utilisent du plastique, ils utilisent au moins du plastique qui soit recyclé, parce qu'à l'heure actuelle le plastique il est utilisé quelques minutes parfois, une bouteille en plastique par exemple, et ensuite ça finit tout simplement au fond d'un trou. Eh bien ça c'est un scandale et c'est pour ça qu'en France on met en place toute une série de mesures, de mesures de tarification par exemple incitatives, de meilleure gestion des déchets ménagers pour inverser cette tendance-là, pour promouvoir le recyclage et pour réduire notre addiction à des choses comme par exemple le plastique, et on veut aller au-delà de ça, parce qu'il n'y a pas que le plastique et les hydrocarbures, ça doit aller plus loin, il y a aussi des métaux, des métaux rares, et c'est ça qu'on met en place et on se bat là-dessus. On se bat aussi au niveau européen. L'Europe elle a lancé une grande stratégie...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Brune POIRSON…

BRUNE POIRSON
Non mais Jean-Jacques BOURDIN, l'Europe a lancé une grand stratégie plastique, la France est absolument moteur et hier même, avant-hier j'étais avec François de RUGY ministre d'Etat, au Conseil européen des ministres de l'Europe, et j'ai réaffirmé et j'ai demandé avec François de RUGY, à ce qu'on aille encore plus loin au niveau européen.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon. Jean-Luc, on va parler du Var, de la situation, Jean-Luc VIDELAINE est préfet du Var il est avec nous. Bonjour. Merci d'être avec nous. Quelle est la situation dans Var ?

(…)

JEAN-JACQUES BOURDIN
Brune POIRSON, merci d'être venue nous voir ce matin.

BRUNE POIRSON
Merci à vous Jean-Jacques BOURDIN. Je précise que l'on a lancé une campagne de lutte contre, pour prévenir ce genre de risque, ce genre d'événement qui risque d'être de plus en plus fréquent, malheureusement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec le réchauffement climatique encore une fois.

BRUNE POIRSON
Avec le réchauffement climatique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Brune POIRSON.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 octobre 2018

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