Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à France 2 le 12 octobre 2018, sur l'économie numérique, les start-up et la réforme de la taxe d'habitation. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à France 2 le 12 octobre 2018, sur l'économie numérique, les start-up et la réforme de la taxe d'habitation.

Personnalité, fonction : MAHJOUBI Mounir, WITTENBERG Jeff.

FRANCE. Secrétaire d'Etat au numérique;

ti :


LAURENT BIGNOLAS
Dans une dizaine de minutes, nous parlerons santé. Vous le savez, avec l'omniprésence des écrans, il est parfois bien difficile de réguler leur utilisation. Je parle à l'intérieur du foyer et en particulier auprès des enfants. On verra notamment si ces écrans peuvent influencer effectivement les performances scolaires de nos charmantes petites têtes blondes comme on dit. Et justement, Jeff WITTENBERG, invité pour les 4 vérités aujourd'hui, celui que l'on voit un peu sur tous les écrans, Mounir MAHJOUBI.

JEFF WITTENBERG
Mais il n'est pas une chère petite tête blonde quand même. Mounir MAHJOUBI qui est Secrétaire d'Etat chargé auprès du Premier ministre du Numérique.

MOUNIR MAHJOUBI, SECRETAIRE D'ETAT AU NUMERIQUE
Bonjour.

JEFF WITTENBERG
Bonjour à vous Mounir MAHJOUBI. La France est, paraît-il, la championne du monde des start-up. C'est votre secteur. Des centaines de petites entreprises qui naissent, parfois se développent, et pourtant elles ont du mal à atteindre cette taille critique qui leur permettrait de rivaliser avec les géants de l'Internet chinois ou américains. Pourquoi simplement des start-up ?

MOUNIR MAHJOUBI
On l'a redit : notre priorité, notre vision à notre gouvernement, c'est de dire : « On veut faire de la France un champion du numérique au service des humains et de la planète. »

JEFF WITTENBERG
Ça, c'est un slogan monsieur MAHJOUBI.

MOUNIR MAHJOUBI
Oui, mais c'est un slogan qui donne des responsabilités. Etre des champions, c'est comment on les accompagne à être meilleurs, au service des humains, c'est donner du sens. Parce qu'on peut faire des start-up et faire de l'innovation dans tous les sens pour faire du profit – ça c'est plutôt un continent par ici – ou alors on peut faire de l'innovation pour faire du contrôle des populations – c'est un continent par-là – ou alors il y a le continent européen où on fait des start-up pour les faire grandir pour changer la vie des gens.

JEFF WITTENBERG
Mais dites-nous ce à quoi ça correspond, ce que ça pèse dans l'économie française aujourd'hui ces start-up. Combien par exemple de créations d'emplois chaque année aujourd'hui ?

MOUNIR MAHJOUBI
Je vais vous le dire. Aujourd'hui en France, c'est près de dix mille start-up. C'est un des pays où on en a le plus par habitant, qui sont présentes sur tout le territoire et, parmi ces dix mille start-up, quelques centaines parmi celles-là qui vont très, très vite et qui pourraient demain être des champions mondiaux.

JEFF WITTENBERG
Qui pourraient mais qui ne le sont pas. Pour quelles raisons ? La France ne les aide pas assez ? L'Etat ne les aide pas assez ? Il y a déjà la BPI, la Banque publique d'investissement.

MOUNIR MAHJOUBI
Ce qui est très important pour les entrepreneurs, c'est surtout que l'Etat leur facilite la vie. L'Etat, il n'est pas là pour faire mieux que les entrepreneurs. Les entrepreneurs, ils sont meilleurs que l'Etat pour innover, c'est leur boulot. Par contre, l'Etat doit simplifier. C'est ce qu'on fait depuis un an et demi : on simplifie la vie de ces entreprises pour les aider à aller plus vite, à recruter plus vite et à changer le monde plus vite. On va donner des exemples. Il y a des start-up en France aujourd'hui qui peuvent devenir des leaders mondiaux sur le diagnostic de santé, l'intelligence artificielle appliquée au cancer. Aujourd'hui, les start-up, les entreprises jeunes qui travaillent sur ces sujets, une grande partie des plus prometteuses sont ici en France.

JEFF WITTENBERG
Aider les entreprises, ça veut dire quoi, Mounir MAHJOUBI ? Lorsqu'Emmanuel MACRON est allé à la rencontre de ces dirigeants d'entreprise, des start-up, les entreprises du numérique, l'un de ces dirigeants a dit : « Notre ennemi, c'est l'URSSAF. » C'est-à-dire l'URSSAF, c'est l'organisme qui s'occupe des cotisations patronales. Et ce discours qui consiste à dire : « Parce qu'on paye des cotisations, on ne peut pas embaucher », reconnaissez qu'on l'entend beaucoup chez ces petits patrons et d'ailleurs au MEDEF aussi.

MOUNIR MAHJOUBI
Ecoutez, cette question quand elle a été posée, elle était un peu provocante. C'est un jeune entrepreneur, que je connais d'ailleurs, qui a voulu provoquer le président. Evidemment que l'URSSAF ce n'est pas l'ennemi. L'URSSAF, c'est l'avant-garde, c'est ce qui…

JEFF WITTENBERG
Oui, mais ça révèle un état d'esprit.

MOUNIR MAHJOUBI
De la cotisation sociale de notre Sécurité sociale. On a fait un pacte en France, on a fait un pacte en Europe, on a décidé que quand on était malade c'est la collectivité qui devait s'occuper de nous.

JEFF WITTENBERG
D'accord.

MOUNIR MAHJOUBI
Ce pacte, personne ne le remet en cause.

JEFF WITTENBERG
Mais ça ne répond pas à ma question. Est-ce qu'on ne s'affranchit pas des règles dans ce milieu-là ?

MOUNIR MAHJOUBI
Jamais. Jamais et c'était ça le message du président de la République : vous avez une responsabilité majeure. Celle de transformer le monde ; celle d'être les plus innovants mais celle aussi de participer à ce pacte national. Ces start-up, on veut qu'elles créent donc on va les aider à recruter. Ça, c'est comment on les aide.

JEFF WITTENBERG
Et vous allez les aider à respecter les règles ? Aujourd'hui, vous voyez par exemple les acteurs du numérique, les grands pas les start-up. Vous leur dites aujourd'hui : « Respectez les règles sociales, respectez les règles fiscales, respectez les obligations de contenus » ?

MOUNIR MAHJOUBI
Vous avez raison. Ces grands acteurs du numérique qui ne sont pas nos start-up, qui sont au contraire ceux qui parfois empêchent ces start-up d'émerger, ceux-là on leur dit aujourd'hui : « Les règles que vous devez respecter, ce n'est pas celles que vous, vous définissez ; c'est celles que nous, les citoyens, on va définir. » Et donc aujourd'hui, par exemple, je réunis une grande partie des acteurs pour les états généraux des régulations numériques. On va parler de ces sujets. C'est quoi l'avenir de la régulation de la concurrence ? C'est quoi l'avenir des contenus haineux en ligne ? On ne peut pas rester, nous, à attendre que ces plateformes avancent, décident de leurs propres règles sans que les citoyens n'aient rien à dire aujourd'hui. Et donc aujourd'hui, les citoyens ont repris la parole.

JEFF WITTENBERG
Vous parlez avec beaucoup de fougue. Est-ce que vous serez encore secrétaire d'Etat dans quelques jours ? Puisque, on le sait, le remaniement se fait attendre mais il va avoir lieu. Vous ne serez pas un objet posé sur une étagère, pour reprendre l'expression du président de la République.

MOUNIR MAHJOUBI
Ecoutez, j'en ai parlé avec le président de la République et avec le Premier ministre. Je leur ai exprimé le souhait de rester. Je leur ai dit qu'on avait encore beaucoup à faire pour cette transformation numérique du pays, transformation numérique de l'économie, pour que nos start-up soient au service de notre pays, pour que les PME-TPE se transforment elles aussi, pour que l'Etat lui-même soit un transformateur de ce monde numérique. Donc moi, je suis prêt à rester et je le souhaite très fort.

JEFF WITTENBERG
Vous pensez que c'est une simple péripétie comme l'a dit le président qu'on ne puisse pas au bout de dix jours – vous êtes un membre important de ce gouvernement – trouver un remplaçant au ministre de l'Intérieur, dont, en plus, on avait anticipé le départ ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ecoutez, trouver une équipe, c'est ce qu'il y a de plus essentiel dans une entreprise, c'est ce qu'il y a de plus essentiel dans un gouvernement.

JEFF WITTENBERG
D'habitude, ça prend moins de temps quand même.

MOUNIR MAHJOUBI
Imaginons-nous : nous devons être l'équipe qui va travailler ensemble ces prochaines années, il va falloir que nous soyons complémentaires, il va falloir que nous soyons fidèles, il va falloir que nous soyons endurants. Et donc, c'est important d'évaluer les bonnes personnes pour le bon job.

JEFF WITTENBERG
Le remaniement ne passionne pas forcément les Français. En revanche, il y a un sujet qui les intéresse : c'est leur pouvoir d'achat.

MOUNIR MAHJOUBI
Oui.

JEFF WITTENBERG
Que répondez-vous - on l'entendait dans le journal - à ces Français qui reçoivent leur taxe d'habitation ? Beaucoup effectivement voient la baisse de 30 % mais un grand nombre, au moins dans une commune sur six, constate que la taxe d'habitation, contrairement à ce qu'avait annoncé le gouvernement, elle a augmenté.

MOUNIR MAHJOUBI
Vous aurez noté que dans la très grande majorité, cette taxe d'habitation a bien baissé ; les gens ont bien vu ces moins 30 %. Mais dans certaines communes, vous savez que la taxe d'habitation elle est définie par la commune elle-même et par les élus locaux. Certains ont décidé, une sur six vous l'avez dit, d'augmenter cette taxe d'habitation.

JEFF WITTENBERG
Et donc ?

MOUNIR MAHJOUBI
Et donc, l'augmentation qui a été décidée localement est parfois supérieure à la baisse que l'Etat a absorbée.

JEFF WITTENBERG
Et vous le dénoncez ? Vous dénoncez cette augmentation ? Elles n'en ont pas le droit ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ecoutez, c'est pour ça que pour les plus grandes d'entre elles, nous sommes entrés dans un principe de contractualisation sur les années prochaines. On demande aux plus grandes communes et aux plus grandes collectivités de discuter avec l'Etat pour être responsable vis-à-vis des citoyens dans l'année à venir.

JEFF WITTENBERG
Mais qu'est-ce que vous dites à ces communes ? « Vous ne jouez pas le jeu par rapport à la taxe d'habitation que le gouvernement a promis de réduire » ?

MOUNIR MAHJOUBI
A ces communes, moi je ne suis pas là pour juger sur ces une sur six. Qui nous dit que celle-ci n'a pas connu une crise majeure cette année et que donc elle a demandé à ses citoyens ? Peut-être qu'elle est même soutenue par ses citoyens pour cette augmentation. Mais j'ai quand même l'impression que le message que les citoyens nous ont envoyé, c'est qu'on est à un bon niveau d'imposition en France. On a un niveau de prélèvements qui est élevé mais qui est considéré comme justifié par le service public qu'on fournit. Je n'ai pas l'impression que les Français ont envie qu'on aille beaucoup plus loin. Donc à chaque fois que j'entends des communes qui ont augmenté de 10, 15 % la taxe d'habitation cette année, je me dis que localement les habitants ne sont peut-être pas très heureux de cela.

JEFF WITTENBERG
Quand vous serez maire de Paris si vous êtes élu, si vous êtes désigné par la République en Marche, vous baisserez donc les impôts ?

MOUNIR MAHJOUBI
Vous savez, on a d'abord des élections européennes et on est engagé pour ces élections.

JEFF WITTENBERG
Oui. Mais vous êtes toujours candidat à la candidature ?

MOUNIR MAHJOUBI
Demandez-moi si on est prêt pour les européennes.

JEFF WITTENBERG
Vous êtes candidat à leur candidature, Mounir MAHJOUBI ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ça n'est pas le moment.

JEFF WITTENBERG
Merci pour ces précisions.

MOUNIR MAHJOUBI
Bonne journée à vous.

JEFF WITTENBERG
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 octobre 2018

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