Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à Europe 1 le 15 octobre 2018, sur l'évaluation des élèves et des professeurs, la violence et le communautarisme à l'école. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à Europe 1 le 15 octobre 2018, sur l'évaluation des élèves et des professeurs, la violence et le communautarisme à l'école.

Personnalité, fonction : BLANQUER Jean-michel, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale;

ti :


AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous êtes devenu l'emblème du ministre macroniste, à propos du remaniement le président de l'Assemblée nationale a dit : il faudrait un Jean-Michel BLANQUER de l'Intérieur, alors c'est forcément flatteur. Quelles sont les qualités qui font du ministre de l'Education le meilleur élève ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je suis sans doute le moins bien placé pour le dire, je n'ai pas…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous avez une petite idée quand même !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je n'ai pas de vraie réponse à cette question. Moi je pense qu'on est tous attelés au gouvernement à faire de notre mieux et voilà. On me prend comme exemple mais on pourrait prendre certains de mes collègues…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais enfin ! Vous voyez bien qu'Emmanuel MACRON cherche donc un BLANQUER de l'Intérieur. Et votre nom est même devenu un verbe, il faut blanquériser le gouvernement, dit-on en haut lieu !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, alors même commentaire, je n'ai pas… je ne peux que… que voulez-vous que je vous dise. Non ! Je trouve qu'évidemment c'est flatteur, mais je pense qu'on pourrait aussi le buzyniser, le péniconiser, etc., c'est-à-dire faire en sorte que nous soyons bien dédiés à ce que nous…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc les ministres qui sont spécialistes dans leur domaine, vous parlez d'Agnès BUZYN, de Muriel PENICAUD…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, oui, je prends ces deux exemples mais je pourrai en prendre d'autres. Je pense que chacun est à son travail et fait je crois du bon travail, contrairement à ce qu'on peut entendre parfois dans beaucoup de médias.

AUDREY CRESPO-MARA
En fait ! Vous savez si c'est pour bientôt ce remaniement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, forcément, bien sûr c'est pour bientôt, oui…

AUDREY CRESPO-MARA
Une histoire d'heures ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Moi je pense que dans les 24 h 00, il y en aura un oui, bien sûr.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors vous en tout cas, vous poursuivez vos réformes, à la rentrée vous avez fait procéder aux évaluations des élèves de CP et de CE1. Et aujourd'hui, vous en révélez les premiers résultats, est-ce que le niveau est aussi mauvais qu'on le dit ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je ne dirai pas ça, je rappelle qu'il s'agit d'évaluations qui sont en début de CP et en début de CE1. Le but c'est d'aider les élèves et chaque élève de manière très individualisée. D'ailleurs chaque parent d'élève de CP et de CE1, c'est-à-dire les parents de 2 fois 800.000 enfants vont recevoir ces jours-ci un petit portrait de leur enfant, leur permettant de voir les forces et les faiblesses. Quand on fait ça en début d'année c'est fait pour aider, c'est fait pour aider le professeur qui ainsi a un portrait très précis des compétences ; et aider aussi les parents et aider la communication parents-professeurs parce que comme ça, on peut dire : il y a ceci à améliorer en connaissance des nombres, ceci à améliorer en phonologie, c'est-à-dire en connaissance des syllabes, toutes ces choses sont là pour aider. Donc ce qui est important, c'est qu'on réussisse à faire ça à l'âge de 6 ans et à l'âge de 7 ans, plutôt que ce qu'on a avec les évaluations internationales souvent vers l'âge de 15 ans par exemple, où là par contre quand il y a des choses… des retards accumulés, c'est embêtant.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors quels sont ces résultats précisément ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors ça rentre dans beaucoup de détails, vous savez c'est ça qui est intéressant, c'est que ça n'est pas superficiel, il y a beaucoup d'éléments. On peut dire par exemple il y a 23 % des élèves qui ont un problème avec la manipulation des phonèmes en entrée de CP, c'est-à-dire qui ne reconnaissent pas bien une syllabe, or on sait que c'est une condition d'entrée dans l'écriture et la lecture. Donc avec ces 23 % là, il va falloir travailler en ce début d'année pour que ce soit bien acquis. Ça nous fait réfléchir aussi sur ce qui doit se passer en grande section de maternelle en la matière. Il y a 8 % des élèves qui sont en difficulté pour reconnaître des nombres dictés, de 1 à 10. Donc 8 % ce n'est pas un chiffre trop important, mais néanmoins ces 8 % il va falloir beaucoup travailler avec eux parce que les nombres dictés, on doit les reconnaître quand on rentre en CP. Donc là encore, c'est un travail à la racine. En CE1, on a 30 % des élèves qui lisent moins de 30 mots par minute, le standard c'est 50 mots par minute ; et votre rapidité de lecture, de décodage c'est une condition de compréhension d'un texte. Donc si à l'âge de 7 ans, en début de CE1 on est capable de voir ce petit problème chez vous, on a une année pour le résoudre et, donc, c'est un levier positif.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors Jean-Michel BLANQUER, ces difficultés vous les attribuez surtout à des problèmes sociaux et familiaux. Que peut faire le super ministre pour remédier à cela ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors ce n'est pas seulement des problèmes sociaux et familiaux, mais parmi les problèmes il y a évidemment les circonstances familiales de chaque enfant. Vous savez que quand vous avez 4 ans, vous pouvez avoir entendu 30 millions de fois des mots… enfin 30 millions de mots de plus qu'un autre enfant selon votre milieu familial. Donc il est évident que 2 enfants qui arrivent même à l'école maternelle sont déjà dans une situation d'inégalité vis-à-vis du langage. Et donc l'école…

AUDREY CRESPO-MARA
Et que peut faire l'école alors ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
L'école doit compenser ça, c'est évidemment son rôle. C'est pour ça que j'insiste tant sur l'école maternelle, c'est pour ça qu'on va rendre l'instruction obligatoire à 3 ans, c'est pour ça qu'on a toute une série de mesures comme l'encouragement par exemple de la lecture à voix haute à l'école maternelle, l'encouragement aussi des activités culturelles, de la musique, d'éléments comme ça qui sont très positifs pour le développement cognitif des enfants. Et puis le dialogue parents-école, parmi les choses qui font le plus progresser l'école, il y a la qualité de la relation entre les parents et l'école. Et donc si au travers de ce petit portrait de début d'année de chaque enfant, on peut en quelque sorte pousser la relation parents-école pour discuter de ce qui fait progresser l'enfant, on progressera tous.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors on parle de l'évaluation des élèves, parlons aussi de celle des profs. Aujourd'hui, vous présentez aux professionnels de l'éducation une loi pour l'école, qui sera votée dans les prochains mois à l'Assemblée nationale. J'aimerais qu'on s'arrête sur une première mesure qui risque de faire parler d'elle : création d'une instance chargée d'évaluer la qualité de l'enseignement scolaire. Concrètement, qu'est-ce que cette instance va évaluer, les enseignants, sur quels critères ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est une instance qui aura pour mission de nous donner cette fois-ci un portrait de la France et un portrait de chaque établissement de France. C'est un engagement du président de la République, pendant la campagne il avait été très clair sur ce point. Nous sommes en train de le mettre en oeuvre, comme d'ailleurs l'ensemble des engagements. Et cette instance nous permettra là aussi d'avoir un levier de progrès, parce que le but ce n'est pas d'évaluer pour évaluer, c'est de se dire…

AUDREY CRESPO-MARA
Evaluer les profs ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, en l'occurrence les professeurs aujourd'hui sont évalués au travers des inspections, personne n'est très satisfait de ce système, on va faire évaluer ça dans un sens plus constructif d'ailleurs. De même qu'on va avoir une gestion des ressources humaines, beaucoup plus de proximité dans un sens plus constructif. On va faire… on va donner un cran de maturité en plus à notre système, c'est une école de la confiance où l'objectif…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous ne répondez pas sur qui sera évalué !

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord l'instance d'évaluation, elle n'évalue pas les personnes, elle évalue les structures, autrement dit elle évalue les écoles et les établissements. La loi porte sur ce point-là et uniquement ce point-là. Donc ça signifie que dans le futur, vous pourrez dire d'un établissement qu'il est dans telle situation et qu'en 4 ou 5 ans, on peut se donner l'objectif de le faire aller vers un progrès grâce à l'évaluation.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc il n'y aura pas plus d'évaluation des professeurs, si ce n'est les inspecteurs…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, ce sera très différent surtout, on doit faire évoluer l'inspection telle qu'elle existe aujourd'hui. Vous savez, c'est un mécanisme parfois un petit peu infantilisant aujourd'hui, donc les mesures qui seront prises en la matière sont au bénéfice des professeurs. Et puis c'est pour davantage accompagner les professeurs dans leur carrière.

AUDREY CRESPO-MARA
Autre mesure qui ne sera pas sans faire réagir, vous voulez réorganiser la formation des enseignants. L'un des problèmes de l'école c'est la formation, c'est donc le niveau des profs ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui… enfin ce n'est pas le niveau des professeurs, mais c'est la formation des professeurs, c'est-à-dire il y a deux facteurs majeurs d'évolution d'un système éducatif. Il y en a beaucoup mais les deux principaux c'est celui que je mentionnais tout à l'heure, la relation parents-école parce que tout ne relève pas de l'école et qu'il faut de la coéducation ; et le deuxième c'est la formation des professeurs. Notre système de formation aujourd'hui n'est pas pleinement satisfaisant, c'est le moins qu'on puisse dire dans certains cas. Et donc dans une concertation avec tous les acteurs, on est en train d'élaborer un nouveau système qui sera inspiré de ce qui se fait de mieux dans le monde et qui considérera l'excellence de la formation avec le pragmatisme de la formation.

AUDREY CRESPO-MARA
Et qu'allez-vous faire pour lutter contre l'avancée des communautarismes à l'école, la semaine dernière en effet Europe 1 révélait une note des services de renseignement listant des comportements problématiques en milieu scolaire. Et le lendemain, vous révéliez que ces derniers mois plusieurs centaines de cas d'atteinte à la laïcité avaient été traités. La religion menace à nouveau l'école de la République et là encore, que pouvez-vous faire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez que j'ai décidé de prendre ce problème à bras-le-corps dès que je suis arrivé. On a créé un Conseil des sages de la laïcité à l'échelle de l'Education nationale, on a créé des équipes laïcité dans chaque académie de France, dans chaque rectorat, de façon à venir dans chaque établissement à chaque fois qu'un problème se pose de ce type. Et puis on a créé une adresse dédiée pour tous les personnels de l'Education nationale, qui peuvent nous saisir d'un problème qu'ils rencontrent. Souvent c'est un problème petit, moyen ou grand mais ils peuvent le signaler. C'est comme ça qu'on a maintenant ce genre de chiffre que vous venez de dire, parce qu'on ne met pas les problèmes sous le tapis, on regarde les choses comme elles sont. Donc ça a abouti à plus d'un millier de signalements, il y a 400 cas… dont 600 étaient des tout petites choses et 400 ont mérité des interventions. Et aujourd'hui, c'est donc un sujet pour lequel on montre une République ferme, sur ses deux pieds, ni on ne minimise ni on ne caricature le problème parce qu'il y a des choses vraiment d'ordre très différent qui se passe. Mais le message à tous c'est… et je crois que c'est en train de passer très bien dans les établissements, y compris vis-à-vis des élèves avec qui je parle de ça et qui demandent des règle du jeu, notamment les règles de la laïcité qui permettent à chacun d'être lui-même ou elle-même dans le contexte scolaire. Donc finalement, ce sont des mesures d'une République sereine.

AUDREY CRESPO-MARA
Nikos a une question à vous poser.

NIKOS ALIAGAS
On a reçu ce matin, Monsieur le ministre, Joël DEUMIER, il est le président de l'Association SOS Homophobie, il a une question à vous poser concernant l'homophobie à l'école.

JOËL DEUMIER
Il faut que le ministre sorte une campagne de sensibilisation nationale de lutte contre l'homophobie à l'école, pour sensibiliser les élèves mais aussi les personnels pédagogiques à l'existence, à la persistance de l'homophobie en milieu scolaire.

NIKOS ALIAGAS
Ça fait partie de vos priorités ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Absolument, je pense qu'il a évidemment tout à fait raison, c'est d'ailleurs prévu. Le 8 novembre prochain vous savez, c'est la Journée de la lutte contre le harcèlement scolaire, j'irai d'ailleurs avec Brigitte MACRON dans un établissement pour bien signifier que c'est un point important, parce que c'est un thème qu'elle a décidé de prendre bien en main. Et parmi les éléments malheureusement importants et graves du harcèlement scolaire, il y a l'homophobie. L'homophobie est toujours le signal d'une bêtise bien sûr, d'une ignorance aussi et finalement de cette méchanceté de tous les jours totalement inutile, qui empoisonne la vie des élèves. Et puis elle nous renvoie à nos valeurs tout simplement et les valeurs de la République, c'est qu'on se respecte les uns les autres. Donc bien sûr on doit lutter contre l'homophobie et bien sûr, ce sera volontariste et ça nous renvoie à des enjeux finalement beaucoup plus larges même que l'homophobie, qui sont les valeurs que l'on veut faire passer à nos enfants, c'est-à-dire se respecter les uns les autres, être comme nous sommes et comme nous aimons être et bien vivre ensemble avec nos différences.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci Jean-Michel BLANQUER.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 octobre 2018

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