Interview de Mme Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre de l'intérieur, avec RTL le 16 octobre 2018, sur les inondations dans l'Aude. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre de l'intérieur, avec RTL le 16 octobre 2018, sur les inondations dans l'Aude.

Personnalité, fonction : GOURAULT Jacqueline, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Ministre auprès du ministre de l'intérieur;

ti :

YVES CALVI
Elizabeth MARTICHOUX, vous recevez ce matin Jacqueline GOURAULT, ministre auprès du ministre de l'Intérieur.

ELIZABETH MARTICHOUX
Jacqueline GOURAULT qui était en effet, comme vous le disiez Yves, hier dans l'Aude avec le Premier ministre, à Villegailhenc et Trèbes. Bonjour madame.

JACQUELINE GOURAULT
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Qu'est-ce que vous avez vu, d'abord, qui vous a frappé ? Quelles sont les images qui vous restent en mémoire ce matin ?

JACQUELINE GOURAULT
Quand je suis arrivé avec le Premier ministre et François de RUGY à Villegailhenc, nous sommes descendus de voiture à l'entrée du village et nous avons fait tout le village à pied, et on croisait les gens qui partaient avec des valises, des baluchons, avec ce qu'ils avaient pu récupérer de leurs maisons. C'était très impressionnant, nous disant que ils allaient dans leur famille, d'autres étaient hébergés dans des salles communales. Et puis on a vu, voilà, devant toutes les maisons il y avait des chaises, il y avait des tables, il y avait des poubelles, enfin tout était renversé, si je puis dire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Des images de chaos.

JACQUELINE GOURAULT
Voilà, et des voitures qui sont les unes par-dessus les autres puisque bien sûr rien n'a résisté à un fleuve qui s'est engouffré dans la rue principale du village et qui a provoqué également l'effondrement du pont, sur la rivière qui traverse le village, un pont de pierre. Donc voilà, c'est le chaos et les regards des habitants qui connaissent pourtant ces épisodes cévenols, mais là c'était d'une violence absolument inouïe. Et les enfants serrés près de leurs parents, enfin c'était, comment dire, une situation presque « de guerre ».

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, des scènes de guerre.

JACQUELINE GOURAULT
Voilà.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est ce que vous, en tout cas l'image que vous en faites. Et l'état d'esprit des habitants que vous avez croisés ? Ils vous ont interpellée ?

JACQUELINE GOURAULT
Les gens très calmes, très posés, très solidaires les uns des autres et très reconnaissants aussi à ceux qui les ont aidés, c'est-à-dire les pompiers, la gendarmerie, l'armée qui a été immobilisée. Alors bien sûr, en ce qui concerne le département de l'Aude, mais aussi de l'Hérault voisin, de l'Aveyron, on a vu des sauveteurs nageurs etc., on a vu toutes les équipes qui étaient là, sur place, et ce sentiment évidemment d'injustice, toujours quand on a un épisode ainsi à vivre, mais en même temps beaucoup de solidarité et de reconnaissance à ceux qui les aident. Je parle aussi de la Croix-Rouge, enfin tout le monde était là, tout le monde était mobilisé.

ELIZABETH MARTICHOUX
Tous les services mobilisés à ce moment-là. On sait combien de personnes ce matin, combien de familles ont perdu leur maison ou l'usage de leur maison dans ces villages ?

JACQUELINE GOURAULT
Je sais qu'il y a à peu près 25 000 personnes qui ont été concernées par cet épisode sur l'ensemble des villages. Et pour vous donner une idée, il y a 8 % de cette population qui a été déplacée, c'est-à-dire soit déplacée volontairement, soit qui a dû fuir et se réfugier, soit dans leur famille, soit dans des salles communales.

ELIZABETH MARTICHOUX
8 % de la population de ces villages concernés.

JACQUELINE GOURAULT
De ces villages. Ça fait à peu près 25 000 et 8 %.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est vrai qu'il y a quelque chose dont on parle depuis hier, c'est la question du système d'alerte, parce que les habitants, vous en avez peut-être croisé, étaient quand même, pour certains, en colère, ils se sont endormis avec en tête l'alerte orange, or c'est vrai, comme l'a dit le porte-parole du ministère de l'Intérieur, d'ailleurs, Frédéric de LANOUVELLE, l'alerte orange finalement on s'y est habitué, ce n'est plus tout à fait le signal de danger qui résonne dans les têtes au moment où c'est déclenché, c'est très souvent utilisé, ça été fatal pour beaucoup, qui se sont couchés sans mesurer le risque de s'endormir avec les pluies qui allaient venir. Qu'est-ce qui ne va pas, est-ce qu'il faut revoir ce système d'alerte ?

JACQUELINE GOURAULT
Alors, c'est vrai que le moment le plus fort d'intensité des pluies à été à 05h00 du matin, où il est tombé beaucoup beaucoup d'eau, 300 mm, ce qui est énorme. Ce qu'il faut savoir c'est que cet épisode cévenol, comme on le sait, ça vient du Sud…

ELIZABETH MARTICHOUX
De la Méditerranée.

JACQUELINE GOURAULT
De la Méditerranée et ça se heurte contre le massif des Cévennes et ça provoque entre de l'air chaud et de l'air froid, des pluies torrentielles. Le problème qui s'est passé là, c'est qu'on n'a pas mesuré que cette masse d'air allait stagner, on pensait qu'elle passerait beaucoup plus vite. Alors effectivement, il faut toujours apprécier au plus près. Je peux vous dire que la technique heureusement progresse beaucoup dans ce domaine comme dans d'autres, et que le gouvernement va s'équiper de ce qu'on appelle un super calculateur qui va être destiné à Météo France et qui est au fond quelque chose qui va permettre de mieux calculer l'intensité des pluies de manière je dirais infra-départementale. Ce sont des équipements…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est pour quand ?

JACQUELINE GOURAULT
Ce sont des équipements tout à fait récents, tout à fait nouveaux, qu'on va... dont on va faire l'achat et c'est quelque chose qui pourra être efficace d'ici un an à peu près.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'ici un an. Déclaration de catastrophe naturelle accélérée a dit le Premier ministre, ça veut dire quoi, accélérer comment, si je puis dire ?

JACQUELINE GOURAULT
Eh bien ça veut dire qu'on va mettre la procédure très rapidement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais aujourd'hui, demain, comment... ça veut dire quoi accélérer ?

JACQUELINE GOURAULT
Ah mais oui, bien sûr, voilà, accélérer c'est dès demain on déclenche la procédure, parce que vous savez qu'il faut faire cela en relation avec les assurances privées, d'ailleurs nous avons saisi aussi la Fédération des assurances et puis il y a aussi quelque chose d'important, aussi c'est ce qui concerne l'agriculture, parce que l'agriculture est aussi très touchée, et donc vous savez les catastrophes naturelles aussi concernent, il y a d'autres dossiers pour les agriculteurs.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, des agriculteurs qui ont tout perdu pour cette année, qui ont des terres…

JACQUELINE GOURAULT
Heureusement, parce que c'est une terre viticole, nous sommes, heureusement les vendanges étaient terminées.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc ils peuvent, à votre avis remettre, si je puis dire, en système en tout cas en bon état leurs terres suffisamment tôt, ils ont quelques mois pour pouvoir envisager des récoltes ou ?

JACQUELINE GOURAULT
Encore une fois c'est surtout des terres viticoles donc il y aura, parce que tout est inondé, et puis on voit, voyez, quand on arrive on voit toute l'eau qui par capillarité remonte du sous-sol en plus.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et puis il y a l'imperméabilisation des sols.

JACQUELINE GOURAULT
Oui, bien sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce que les écologistes évidemment dénoncent depuis des années et des années, face auquel on n'a pas fait grand-chose.

JACQUELINE GOURAULT
Oui, on a fait beaucoup de choses, je voudrais quand même dire qu'il y a eu un épisode très important en 1999, aussi dans cette région, et que, heureusement, il y a eu des équipements qui ont été faits, des renforcements de digues, des digues nouvelles qui ont été faites, parce qu'autrement il aurait pu y avoir beaucoup plus de morts.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais alors, justement, combien de personnes aujourd'hui vivent en zone inondable dans l'Aude ?

JACQUELINE GOURAULT
Alors je ne vais pas vous répondre exactement, mais ce qui est clair, c'est qu'il va falloir aussi adapter notre…

ELIZABETH MARTICHOUX
La préfecture dirait 40 %.

JACQUELINE GOURAULT
Bien sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
40 % de personnes qui vivraient en zone inondable d'après la préfecture, c'est un chiffre qui est publié par le journal La Croix ce matin.

JACQUELINE GOURAULT
Très bien, si la préfecture a donné ce chiffre il faut la croire, parce qu'en général la préfecture…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et qu'est-ce qu'on fait, on les déloge ?

JACQUELINE GOURAULT
Alors justement j'allais vous dire quelque chose, c'est que j'ai été maire pendant 25 ans d'une commune sur les bords de la Loire, avec un tiers de la commune inondable, le lit majeur de la Loire, il faut savoir résister aussi aux demandes de permis de construire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a des élus qui aujourd'hui sont tentés encore de ne pas résister, Jacqueline GOURAULT ?

JACQUELINE GOURAULT
Eh bien il faut résister, c'est quelque chose de très important.

ELIZABETH MARTICHOUX
Qu'est-ce que vous leur dites ?

JACQUELINE GOURAULT
Et puis il va falloir adapter l'urbanisme aussi aux nouvelles conditions.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et ça, Cyprien CINI a fait tout à l'heure la litanie de tous les responsables qui disent ça, mais depuis 30 ans, la même phrase, le Premier ministre encore hier.

JACQUELINE GOURAULT
Eh bien je vais vous dire qu'il y a des élus, moi par exemple, j'ai entamé une procédure à Blois où des maisons avaient été construites dans un déversoir, 150 maisons…

ELIZABETH MARTICHOUX
Déversoir d'eau.

JACQUELINE GOURAULT
Dans un déversoir c'est-à-dire le déversoir c'est si la Loire déborde, hop ça va dans un déversoir. Il y a des élus, beaucoup d'élus qui sont responsables, beaucoup d'élus qui font très bien leur travail et je peux vous dire que le maire hier…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais il y a des élus aussi qui sont tentés de transformer des terrains en poule aux oeufs d'or, on l'a vu aussi par exemple dans la discussion avec la loi Littoral.

JACQUELINE GOURAULT
Eh bien vous vouez, comme quoi c'est toujours un équilibre à trouver entre la responsabilité de l'Etat qui doit protéger les populations, d'une manière générale, et…

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'il faut sanctionner ces maires, est-ce que vous dites : attention, si on prend un maire à prendre ce genre de risques, l'Etat va agir sur lui d'une façon ou d'une autre ? Ou alors vous dites : c'est les électeurs qui choisiront ?

JACQUELINE GOURAULT
Non, vous savez très bien que ça a déjà eu lieu, notamment en Vendée, et qu'il y a eu des maires qui ont été condamnés pour cela.

ELIZABETH MARTICHOUX
Jacqueline GOURAULT, le président…

JACQUELINE GOURAULT
Mais on ne peut pas accuser les maires, parce que la plupart des maires font très bien leur travail et je pourrais vous dire une chose, hier aussi nous sommes allés à Trèbes, rien que de prononcer le nom de Trèves, le regard du maire de Trèbes était très éloquent, et je pense beaucoup à lui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous resterez, madame GOURAULT, au gouvernement pour précisément bichonner tous ces élus, tous ces représentants des collectivités locales ?

JACQUELINE GOURAULT
Pas pour les bichonner, pour les accompagner dans ce qu'ils font formidablement sur l'ensemble du territoire, et hier, si vous aviez été avec nous vous auriez vu le rôle fondamental des maires dans ces conditions.

ELIZABETH MARTICHOUX
Les bichonner, ils en ont besoin. Vous restez au gouvernement aussi pour retisser ce lien avec les collectivités locales ?

JACQUELINE GOURAULT
Oui, pour retisser, si vous voulez, il n'y a jamais eu de cassure totale, nous avons toujours travaillé avec eux. Bon, il y a les effets d'estrade, mais nous avons toujours travaillé ensemble, parce que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a urgence.

JACQUELINE GOURAULT
.. en France, l'Etat et les collectivités territoriales sont intimement liés dans leur fonctionnement républicain.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le remaniement, il est annoncé aujourd'hui ?

JACQUELINE GOURAULT
Ecoutez, je pense que la journée vous dira, mais je pense que vous n'allez pas attendre très longtemps.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci Jacqueline GOURAULT d'avoir été ce matin sur RTL.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 octobre 2018

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