Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec Public sénat le 15 octobre 2018, sur le remaniement ministériel, les relations entre l'Etat et les collectivités locales, le Brexit, la construction européenne, la Francophonie, la disparition d'un journaliste saoudien et sur le traité de libre échange entre l'Union européenne et le Canada. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec Public sénat le 15 octobre 2018, sur le remaniement ministériel, les relations entre l'Etat et les collectivités locales, le Brexit, la construction européenne, la Francophonie, la disparition d'un journaliste saoudien et sur le traité de libre échange entre l'Union européenne et le Canada.

Personnalité, fonction : LEMOYNE Jean-Baptiste, VIGUIER Cyril.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de l'Europe et des affaires étrangères;

ti :


L'invité politique en direct ce matin, sur ce plateau, c'est Jean-Baptiste LEMOYNE. Bonjour.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Vous êtes le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, enfin, on ne sait pas pour combien de temps, on va en parler dans un instant. Pour vous interroger à mes côtés, ce matin, Oriane MANCINI, de Public Sénat, Bonjour Oriane.

ORIANE MANCINI
Bonjour Cyril.

CYRIL VIGUIER
Et bonjour Pascal JALABERT. Vous représentez le groupe EBRA, neuf journaux de la presse quotidienne régionale sur ce plateau. Quand je disais : on ne sait pas si ça va continuer, est-ce que vous avez des assurances de rester à ce poste, Jean-Baptiste LEMOYNE ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, mais vous savez, être gouvernement, servir le pays au gouvernement, c'est un grand honneur, après, je veux dire, nos petites personnes importent peu, ce qui compte, c'est vraiment le fait que, il puisse y avoir une équipe de France qui soit la meilleure possible qui se mette en place, qui soit là pour mettre en place le projet sur lequel le président de la République a été élu, il y a 18 mois, et c'est ça, encore une fois, nos petits destins personnels…

CYRIL VIGUIER
Mais a priori, vous restez ou pas, vous restez, a priori ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Eh bien écoutez, l'avenir nous le dira.

CYRIL VIGUIER
Vous avez eu un coup de fil ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
L'avenir le dira. Ce qui compte, moi, en tous les cas, je serais très heureux de pouvoir continuer à apporter ma pierre à l'édifice, je pars tout à l'heure d'ailleurs à Annecy retrouver les hôteliers restaurateurs du GNI, puisque, vous le savez, le Quai d'Orsay est compétent en matière de tourisme, demain, je serai à Bordeaux pour destination vignobles, pour parler de nos tourismes, donc, on est tous, je crois, mobilisés à notre tâche, et à 300 %, comme d'habitude, et comme le souhaite le président de la République.

PASCAL JALABERT
Oui, pourquoi c'est si compliqué, pourquoi ça prend autant de temps de former une équipe de France ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais vous savez, il est bon de prendre le temps de faire la bonne sélection, honnêtement, il n'y a que les observateurs politiques peut-être que ça gêne, mais je peux vous dire que les Français, ce qu'ils voient, c'est que, par exemple, il y a au ministère de l'Intérieur, eh bien, un Premier ministre qui a pris à bras-le-corps les chantiers à la suite de Gérard COLLOMB, il était – on l'a vu il y a quelques jours – auprès des fonctionnaires de la BAC en pleine nuit, il a été également avec les femmes et les hommes qui ont interpellé Redoine FAÏD. Bref, l'Etat, et le gouvernement, est mobilisé matin midi et soir, encore une fois, prendre le temps de faire les vérifications nécessaires, et de fait, de faire en sorte que, derrière, il y ait une équipe qui soit performante, efficace, qui se déploie, c'est normal.

PASCAL JALABERT
Oui, ça semble quand même un peu plus difficile de recruter côté gauche que côté droit, alors que le gouvernement avait promis le « en même temps, le président avait promis cela. Ne craignez-vous pas que ce gouvernement soit un peu trop étiqueté centre droit ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je crois que, Emmanuel MACRON a séduit les Français, parce que justement, il proposait sur la méthode quelque chose de différent, mettre autour de la table des personnes, des personnalités qui venaient de tous horizons, de la gauche, du centre, de la droite, de la société civile ; première fois qu'un gouvernement est paritaire société civile/vie politique, un peu comme dans nos conseils municipaux, où, je peux le dire en tant qu'ancien maire, on prend les énergies, les bonnes volontés, où qu'elles sont, et même si on a parfois des nuances politiques ou philosophiques, on se met d'accord sur ce qui va bien pour la commune, eh bien, là, c'est pareil et je pense que justement, le président, le Premier ministre ont à coeur de garder ce qui a fait l'intérêt des Français, et cette méthode aussi, qui permet de transcender les clivages, de transcender les différences, parce que, regardez, franchement les partis politiques traditionnels sont encore fracturés par de nombreuses de nombreuses différences internes, on l'a encore vu avec Marie-Noëlle LIENEMANN qui a quitté le Parti socialiste, donc bref, autant faire en sorte que les clivages, ces clivage artificiels soient, je dirais enjambés pour mettre en place, eh bien, simplement une politique pragmatique et de bon sens.

ORIANE MANCINI
Alors, cette semaine, Emmanuel MACRON va rencontrer Hervé MORIN, Dominique BUSSEREAU et Gérard LARCHER, est-ce que l'opération reconquête des territoires est lancée ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais vous savez, il n'y a jamais eu désertion des territoires, parce que, je prends un exemple très concret, en matière de dotations aux collectivités locales, pour la première fois depuis 2010, nous avons été le gouvernement qui a mis fin à la baisse de ces dotations, on a voté l'année dernière 300 millions d'euros supplémentaires même en matière de dotations locales. Donc…

ORIANE MANCINI
Il n'y a pas de problème entre le gouvernement et les territoires ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ce que je dis, c'est que nous n'avons jamais déserté les territoires, nous avons, en termes de dotations, été au rendez-vous. Et je crois que, ce qu'il convient, c'est de faire en sorte que, naturellement, l'énergie montante des territoires puisse pleinement s'exprimer, parce que je crois que nous sommes nombreux, et Emmanuel MACRON, à porter cette vision d'une République qui est aussi girondine, où on fait confiance, où on accompagne les territoires dans leurs mutations. Donc Jacqueline GOURAULT s'en occupe naturellement au premier chef, et je peux vous dire en tous les cas que par exemple, la Dotation d'Equilibre des Territoires Ruraux, la DETR, elle a significativement augmenté. Et moi, dans mon département de l'Yonne, je vois que ça permet de faire, d'accompagner plus de projets structurants de la part des territoires, et puis, parlons de territoire et de projets très concrets, regardez, on double le nombre de maisons de santé dans les territoires sur toute la France, ça veut dire que très concrètement, on commence à apporter des réponses à la désertification médicale. Et couplé au fait que, on met fin au numerus clausus, en matière d'études de santé, ça, c'est des mesures structurantes qui vont permettre aux territoires d'avoir un égal accès aux soins.

ORIANE MANCINI
Alors, vous l'avez dit, Jean-Baptiste LEMOYNE, vous êtes ancien maire. 6.000 maires ont décidé d'augmenter le taux de taxe d'habitation dans leur commune, est-ce que vous les comprenez, ces maires ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Il y en a donc 30.000 qui ont décidé de ne pas augmenter, regardons cela, ça signifie que plus de 80 % ont fait le choix de la stabilité fiscale sur la taxe d'habitation. Et chapeau à eux, parce que ça se fait dans un contexte où ce n'est jamais évident, et en tous les cas, ce que je veux dire, c'est que, au moment où d'ailleurs le département de l'Aude est touché par des intempéries, moi, je veux tirer un grand coup de chapeau au maire, j'en ai été un, je sais ce que c'est qu'être maire d'une commune de 500 habitants, où il y a de fortes attentes de la population, où vous reposez avec une équipe naturellement, mais…

ORIANE MANCINI
Mais vous comprenez ces maires qui ont été obligés d'augmenter le taux de taxe d'habitation, parce qu'ils disent qu'ils n'ont plus les moyens de boucler leur budget ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors, vous savez, c'est dur de s'exprimer par des généralités, parce que, il n'y a pas une commune qui ressemble à une autre, maintenant, ce que je peux dire, c'est que les outils sont là pour faire en sorte que, en tous les cas, cette suppression de la taxe d'habitation, elle soit compensée, donc les maires n'ont pas besoin de l'augmenter pour trouver des recettes qui auraient disparu, elle est compensée, cette taxe d'habitation, qui est allégée aujourd'hui de 30 % pour 80 % des foyers. Et donc, moi, je crois que…

ORIANE MANCINI
Vous pensez qu'ils l'ont augmentée pour des raisons politiques ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Encore une fois, il n'y a pas une situation qui ressemble à une autre, certains peut-être qui ont fait une augmentation de 30 %, j'ai vu parfois ce niveau-là, n'y ont pas été avec le dos de la cuillère, mais parfois, vous avez besoin effectivement de faire une petite augmentation de 2 ou 3 %, sans que ça soit scandaleux, donc, ce qui est sûr, c'est que, moi, je ne suis pas de ceux qui jettent la pierre aux maires, parce que les maires, ce sont vraiment les piliers, les ciments de la République, et c'est vraiment la relation de ceux qui n'en ont pas, c'est celui qui est au four et au moulin matin midi et soir.

ORIANE MANCINI
Ceux qui jettent la pierre aux maires, c'est notamment ceux qui ont mis un « #balancetonmaire. »

PASCAL JALABERT
Oui, ce n'est pas la classe quand même…

ORIANE MANCINI
Notamment les Marcheurs, ça vous a choqué ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Oui, je ne sais pas qui a lancé ça, mais en tous les cas, je trouve ça très maladroit.

PASCAL JALABERT
Oui, donc, on va aller sur le domaine international, qui est le vôtre, le Brexit, semaine cruciale avec le sommet européen jeudi, vendredi, la France est-elle prête s'il n'y a pas d'accord ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors, bien sûr, nous nous mettons... alors nous souhaitons, point numéro un, nous souhaitons obtenir un accord, Michel BARNIER est missionné et fait un travail fantastique, mais ce n'est pas évident…

ORIANE MANCINI
Alors ça semble compromis, vous y croyez encore à cet accord ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors, il y a rendez-vous mercredi et jeudi, Conseil européen à Bruxelles, mais le président de la Commission européenne, Jean-Claude JUNCKER, a d'ores et déjà annoncé que pour lui si ce n'est pas cette semaine, il y avait encore le mois de novembre pour y arriver, ce qui est sûr, c'est qu'il faut se préparer à toutes les situations, gouverner, c'est prévoir, donc même si nous souhaitons un accord il faut se préparer au fait qu'il y en ait pas et de ce point de vue-là, le gouvernement a présenté au Conseil des ministres, le 3 octobre dernier, c'était il y a dix jours, justement un projet de loi d'habilitation nous permettant de prendre par ordonnances toutes les mesures nécessaires tout simplement pour faire en sorte que, un Français résidant en Grande-Bretagne qui voudrait revenir puisse faire valoir ses titres universitaires britanniques, que tout simplement, en matière de continuité des transports dans le tunnel sous la Manche, eh bien, les trains ne soient pas arrêtés en plein milieu à cause, voilà, tout simplement de ce hard Brexit. Donc tout ça, nous nous y préparons…

ORIANE MANCINI
Alors, projet de loi sur lequel, le Conseil d'Etat a émis quelques réserves, est-ce que ça, ça vous inquiète ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
J'ai regardé de près, en réalité, le Conseil d'Etat... comment dire... dans ses réserves, a lui-même nuancé ses réserves en disant que, il comprenait que tous les éléments ne puissent pas être présents dans le projet de loi initial, compte tenu des enjeux de négociation, c'est comme si nous mettions sur la table un certain nombre d'éléments et d'équilibres liés à la négociation, donc tout ça va être précisé dans la discussion parlementaire.

ORIANE MANCINI
Alors, les présidents de régions tirent la sonnette d'alarme, notamment Xavier BERTRAND et Hervé MORIN. Qu'est-ce que l'Etat va faire pour aider les régions à surmonter un Brexit en cas de no deal ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ce qui est sûr, c'est que le ministre de l'Action et des comptes publics a présenté, encore une fois, en Conseil des ministres, il y a dix jours, justement, nous a dit combien ses services, les douanes, étaient mobilisés pour se préparer à cette hypothèse-là, notamment, il y a eu de l'identification, je sais, d'un certain nombre d'emprises foncières, pour pouvoir, le cas échéant, mettre en place un certain nombre d'entrepôts, puisque, naturellement, des marchandises vont devoir être vérifiées, tout en circulant, donc, tout cela, ce sont des éléments qui sont pris en compte par les ministres compétents.

PASCAL JALABERT
Oui, pour rester en Europ, on va passer en Allemagne, donc hier, élections dans la région de Bavière, qui est une des plus riches d'Allemagne, revers pour le parti allié d'Angela MERKEL, la chancelière est affaiblie, mauvaise nouvelle pour la France ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ce qui est sûr, c'est que le couple franco-allemand, il est très important dans cette construction européenne, et donc, ce que je veux dire, c'est que le couple franco-allemand, eh bien, il a besoin d'une France forte et d'une Allemagne forte. Et donc c'est vrai que tout ce qui peut induire des interrogations n'est jamais bon, vous le savez, les Allemands ont mis plusieurs mois avant de constituer la grande coalition, c'est un moment où, du coup, nous n'avons pas pu forcément progresser dans les chantiers européens, mais on est à la croisée des chemins en Europe, et donc ce couple franco-allemand doit être plus solide que jamais, et surtout, plus en initiative que jamais parce qu'on le voit, en matière par exemple commerciale, on ne peut pas se laisser imposer un certain nombre de décisions par les Etats-Unis, en matière environnementale, on doit être au rendez-vous des défis, parce que, regardez l'état de la planète, et de ce point de vue-là, moi, je me réjouis que la semaine dernière, François de RUGY ait trouvé un accord avec ses collègues européens pour que, on baisse de 35 % les émissions de CO2 des voitures d'ici 2030. Donc tout ça, nous, on a une vision avec le président de la République qui est celle d'une Europe à la fois audacieuse, qui protège, vous vous souvenez de son discours de la Sorbonne, et donc les élections européennes, dans quelques mois, permettront, je l'espère, de bien faire en sorte que les peuples européens fassent ces choix-là.

PASCAL JALABERT
Oui, alors, vous avez parlé du couple franco-allemand, il y avait le trio France-Allemagne-Italie, or, là, l'Italie, elle est à peu près en désaccord sur tout, cela dit, elle présente un budget en déficit, on ne fait pas mieux, sur les migrants, on les a quand même laissés tomber pendant des années à gérer tout seuls le flot des migrants, est-ce qu'au fond, on ne fait pas le jeu des populistes ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais vous évoquez le sujet migratoire par exemple, ce qui est assez drôle, pardonnez-moi l'expression, c'est de voir d'ailleurs Matteo SALVINI, ministre de l'Intérieur italien, et le président hongrois, se congratuler, s'embrasser alors que c'est parce que la Hongrie a refusé d'accueillir et d'effectuer, je dirais, quelque part, sa mission de solidarité, que l'Italie s'est retrouvée dans ces situations-là…

PASCAL JALABERT
On ne les a pas beaucoup aidés les Italiens quand même !

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Et donc, ce que je veux dire, c'est que l'Italie, naturellement, était en première ligne, mais je crois que, justement, il y a une mission de solidarité européenne qui doit s'exercer pour que ces sujets-là soient réglés, ce n'est pas à l'échelle nationale qu'on arrive à les régler, ça, c'est sûr.

CYRIL VIGUIER
C'est Jean-Baptiste LEMOYNE, le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, qui est notre invité ce matin. On va parler de Francophonie, vous rentrez d'Erevan, donc une secrétaire générale francophone, Louise MUSHIKIWABO, une forte tête aux commandes de la Francophonie, c'est ce qu'on entend.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Une diplomate de talent. Avoir une femme africaine, c'est une première à la tête de l'organisation internationale de la Francophonie, et au moment où justement le continent africain représente une part prépondérante de l'espace où l'on parle le français, je trouve que c'est un très beau signal. Je reviens d'Arménie effectivement où j'ai accompagné le président de la République et où nous avons tenu ce sommet, c'est un sommet d'espérance, parce que nous allons dans deux ans vers les 50 ans de la Francophonie, et nous avons accueilli quatre nouveaux membres, avec des pays comme la Gambie, l'Irlande Malte et l'Etat de la Louisiane...

CYRIL VIGUIER
C'est le tour de l'Afrique ou pas, là ? C'est le tour de l'Afrique ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, mais ça montre quoi ? Ça montre une attractivité de la Francophonie, il y a des pays qui ne sont pas francophones, je dirais, historiquement, mais qui souhaitent se rallier à la Francophonie et proposer plus d'enseignement de langue française dans leur système scolaire par exemple, parce que, ils se rendent compte que la Francophonie, c'est un espace considérable de 300 millions de personnes, et c'est un espace d'opportunités pour étudier, pour apprendre, pour travailler. Bref, je crois que nous, les Français, on se sent très spontanément européens, et mon cri du coeur d'ailleurs, c'est de dire à tous vos auditeurs et téléspectateurs, mais : sentons-nous aussi francophones, parce que c'est un espace qui a du sens et dans lequel on doit se projeter, dans lequel il y a énormément de choses à accomplir.

ORIANE MANCINI
Mais le Rwanda est aujourd'hui un pays anglophone, est-ce que ça ne brouille pas le message de la Francophonie ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, le Rwanda est un pays plurilingue, c'est-à-dire qu'on y parle français, on y parle anglais et on y parle le kinyarwanda qui est la langue nationale, et, vous le savez, le président de la République il n'oppose pas les langues les unes aux autres. Il s'agit d'ailleurs, la plupart du temps, de favoriser, nous ce qu'on souhaite c'est favoriser l'enseignement de deux langues partout dans le monde parce que ce qu'on constate, c'est quoi, c'est que c'est le français qui est le plus souvent choisi comme la deuxième langue, et donc il y a tout un travail, par exemple, pour que la Francophonie puisse peser, à l'UNESCO, à l'ONU, pour obtenir cet enseignement des deux langues étrangères, obligatoire, partout dans le monde.

CYRIL VIGUIER
Vous étiez favorable à l'adhésion de l'Arabie Saoudite ou pas, vous-même ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Vous savez, le sujet il a été reporté, et on peut bien le comprendre, compte tenu du contexte. L'Arabie Saoudite d'elle-même, d'ailleurs, a retiré sa candidature, et maintenant, nous avons une réflexion…

CYRIL VIGUIER
Mais vous, vous étiez favorable ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ecoutez, en tous les cas les derniers événements montrent qu'il y a besoin de gages solides et sérieux parce que la francophonie ce sont des valeurs, et naturellement il faut… à tout cela.

CYRIL VIGUIER
Donc non.

ORIANE MANCINI
Alors justement, pour parler de l'Arabie Saoudite, depuis le 2 octobre, on est sans nouvelle de Jamal KHASHOGGI éditorialiste critique du pouvoir saoudien, disparu au consulat d'Arabie Saoudite à Istanbul, des informations laissent craindre un assassinat commandé par le pouvoir saoudien. Contrairement à Donald TRUMP qui promet un châtiment sévère si la responsabilité de l'Arabie Saoudite est engagée, les Européens ont une réaction plutôt timorée, pourquoi cette indulgence avec l'Arabie Saoudite ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors, je ne peux pas tout à fait vous suivre, parce que le président de la République l'a dit il y a quelques jours d'ailleurs à Erevan…

ORIANE MANCINI
Il attend que la vérité soit faite.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Il trouve la situation très préoccupante, il va s'entretenir lui-même avec le président turc, avec le prince héritier et le roi d'Arabie Saoudite, donc la France ne reste pas inerte, parce que, naturellement, le fait d'avoir des journalistes qui puissent exercer leur mission, et même critiques, et c'est normal, eh bien, est essentiel, ça fait partie naturellement des valeurs que nous défendons. Et donc, les Européens ne sont pas restés inertes, il y a d'ailleurs eu hier une réaction conjointe des ministres des Affaires étrangères français, britannique, allemand, justement pour dire les choses de façon très ferme.

CYRIL VIGUIER
En décalage…

ORIANE MANCINI
… Que la lumière soit faite, sans promettre de sanctions. Est-ce qu'on va continuer à vendre des armes à l'Arabie Saoudite ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais, vous savez, la France et l'Arabie Saoudite n'ont pas des relations économiques qui sont, à ce point-là, privilégiées, l'Arabie Saoudite a beaucoup investi dans ses relations avec les Etats-Unis, naturellement… ce que je veux dire, c'est qu'il peut exister des échanges, mais nous avons des systèmes de contrôle, par rapport à nos ventes d'armes, pour s'assurer que ces armes ne sont pas utilisées sur des théâtres d'opérations comme ceux que vous mentionnez.

PASCAL JALABERT
Un mot sur le traité de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada, il n'est toujours pas ratifié en France, c'est pour quand ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors, tout simplement la représentation nationale, l'Assemblée, le Sénat, ont souhaité avoir une étude d'impacts très précise, et ils ont raison, donc nous avons mandaté le CEPII, des inspections, pour pouvoir fournir une étude d'impacts très solide, très sérieuse, pour voir quels sont les impacts. En tous les cas, ce qu'on peut voir au bout d'un an d'application provisoire, c'est que les filières agroalimentaires françaises, elles ont profité à plein par exemple dans le secteur du lait, dans le secteur des vins et spiritueux, et il y avait des craintes sur le secteur bovin, ces craintes n'ont pas été réalisées, aujourd'hui, le Canada n'est pas outillé pour répondre à la demande européenne et à nos standards.

ORIANE MANCINI
Et du coup la ratification ça sera après les Européennes ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ça viendra le moment venu, dès que les éléments et l'étude d'impacts sera prête.

CYRIL VIGUIER
Merci beaucoup. Vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, et vous attendez, ou vous avez eu un coup de téléphone, puisqu'on va parler du remaniement dans un instant, qu'on attend bien entendu dans les heures, maintenant, qui arrivent. Merci Jean-Baptiste LEMOYNE.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 octobre 2018

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