Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec Radio Classique le 17 octobre 2018, sur la politique économique du gouvernement, Jean-Luc Mélenchon et la Justice, le Brexit et sur la politique budgétaire italienne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec Radio Classique le 17 octobre 2018, sur la politique économique du gouvernement, Jean-Luc Mélenchon et la Justice, le Brexit et sur la politique budgétaire italienne.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno, DURAND Guillaume.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances;

ti :

GUILLAUME DURAND
Nous sommes avec Bruno LE MAIRE, bonjour, bienvenue…

BRUNO LE MAIRE
Bonjour.

GUILLAUME DURAND
Vous êtes ministre de l'Economie, petit-déjeuner ensemble, les questions ne vont pas manquer car les réactions, évidemment, pleuvent à la fois sur le remaniement, l'intervention du président de la République et l'affaire Mélenchon qui prend des proportions considérables, notamment avec les images sur toutes les chaînes d'information.

(…) Chronique de Guillaume TABARD.

GUILLAUME DURAND
Bonjour Bruno LE MAIRE et bienvenue. Tout à l'heure j'évoquais un certain nombre de réactions à caractère politique, puisqu'on vient d'évoquer avec Guillaume TABARD à la fois le remaniement, et le texte, et la prestation du président de la République. Nicolas DUPONT-AIGNAN considère que ce qui a été dit hier est surréaliste, c'est totalement creux pour Marine LE PEN, c'est du bavardage paroissial pour Jean-Luc MELENCHON, et c'est complètement à bout de souffle pour Olivier FAURE. Donc, évidemment, c'est une avalanche de critiques qui sont logiques, puisqu'elles proviennent de l'opposition, mais ça prouve qu'il y a un doute qui est repris par la presse ce matin, puisque l'Opinion c'est « Les signaux faibles du remaniement. »

BRUNO LE MAIRE
Ça c'est la litanie, sans surprise, des opposants, qui ne trouvent rien à dire, que de critiquer le président de la République, c'est leur rôle et ils sont légitimes dans ce rôle. Moi j'ai trouvé, à l'inverse, que nous avions une déclaration apaisée, une déclaration sincère du président de la République, avec un message qui me paraît essentiel, il a été rappelé par Guillaume TABARD : nous gardons le cap, et nous traitons les problèmes à la racine. Et je pense que ce qui fait la force du président de la République, la force de cette majorité, du gouvernement auquel j'appartiens, c'est justement, malgré les difficultés, malgré un contexte international qui est tendu, malgré les difficultés au sein de l'Union européenne, nous tenons le cap de la transformation du pays, et c'est ce qui donnera des résultats et qui permettra à la France d'amorcer ce tournant du 21e siècle dans les meilleures conditions. C'est maintenant que ça se joue et c'est pour ça qu'il était essentiel que le président de la République rappelle : nous traitons les problèmes à la racine, et nous garderons le même cap.

GUILLAUME DURAND
Mais vous avez une grande expérience, je veux dire vous avez vu défiler plusieurs présidents de la République, Jacques CHIRAC, Nicolas SARKOZY, comme opposant François HOLLANDE, ce qui était quand même assez curieux dans l'intervention d'hier, qui a suivi ce remaniement, c'est son côté tranquille, presque, j'allais dire décalé, tout à l'heure je disais caravagesque. On a l'impression qu'il y avait presque une intention de ne pas marquer l'opinion.

BRUNO LE MAIRE
Moi j'aime beaucoup Caravage, donc je prends ça pour un compliment, mais je vous dis « apaisée. » C'est un homme qui sait où il va et qui est déterminé à suivre ce cap.

GUILLAUME DURAND
Après toute la séquence qu'on vient de connaître, après les 6 mois compliqués, après les sondages…

BRUNO LE MAIRE
Oui, moi c'est ce que je crois profondément. Regardez, je vous donne un exemple qui aujourd'hui fait légitimement le débat, celui du prix des carburants. Beaucoup de gens disent « le diesel est trop cher, les carburants sont devenus trop chers », et je sais que ça pèse sur beaucoup de Français qui sont obligés d'employer leur voiture chaque matin pour se rendre à leur travail. La solution qui a été retenue depuis des années et des années c'est de dire « allez, c'est trop difficile, on repart en arrière, on essaye de baisser artificiellement le prix du diesel et le prix de l'essence. » Nous, ce que nous souhaitons faire, c'est au contraire accélérer la conversion énergétique et faire en sorte que le plus grand nombre de Français puissent changer leur véhicule, c'est la prime à la conversion, avoir accès à de l'hybride électrique ou accès à des véhicules électriques lorsqu'ils habitent en ville, et donc garder ce cap de la transition énergétique. Mais c'est ce qui donnera des résultats, c'est ce qui nous permettra, au bout du compte, d'arriver à lutter contre le réchauffement climatique, c'est cette ténacité et cette constance qui, à mon avis, sont recherchées par les Français et sont attendues de la part du gouvernement.

GUILLAUME DURAND
Mais, Bruno LE MAIRE, même le président de la République – d'ailleurs on va l'entendre – il a reconnu qu'il devait, ou qu'il a entendu un certain nombre de critiques qui ont marqué ses six derniers mois.

EMMANUEL MACRON
Ces derniers mois ont en effet pu rendre moins perceptible ce sens, parce que parfois, par ma détermination, ou mon parler vrai, j'ai pu déranger ou choquer certains, et j'entends les critiques.

GUILLAUME DURAND
Voilà, il entend les critiques, et au même moment, justement, on entend violemment Jean-Luc MELENCHON lors d'une double perquisition, à son domicile et à ses bureaux. Ecoutons-le.

JEAN-LUC MELENCHON
Vous me trouvez une drôle de tête, c'est parce que je fais l'objet d'une perquisition. Dites partout que ceci est naturellement un acte politique. Ne me touchez pas monsieur, vous n'avez pas le droit de me toucher, personne ne me touche, ma personne est sacrée, je suis parlementaire.

GUILLAUME DURAND
Voilà donc pour les propos de Jean-Luc MELENCHON. Je le disais tout à l'heure, cette affaire est considérée par Jean-Luc MELENCHON comme une affaire de police politique, et ça vient forcément polluer la tranquillité que vous évoquiez tout à l'heure, vous parliez d'un ton apaisé du président de la République, mais regardez les chaînes d'info ce matin, tout le monde parle de cette affaire avec MELENCHON, donc est-ce qu'il y a une intention, est-ce qu'il y a une main invisible du pouvoir dans cette double perquisition ?

BRUNO LE MAIRE
Certainement pas, et moi je vous dis avec la même sérénité et le même calme que Monsieur MELENCHON doit comprendre que nous sommes dans un état de droit, que les pouvoirs sont séparés, il y a le pouvoir exécutif, il y a le pouvoir législatif, dont il est un des représentants, et il y a le pouvoir judiciaire, et que dans notre état de droit le pouvoir judiciaire est indépendant. Monsieur MELENCHON doit comprendre que les règles sont les mêmes pour tous, que l'on soit élu ou que l'on ne soit pas élu, les règles sont les mêmes pour tous.

GUILLAUME DURAND
Perquisition chez Dominique de VILLEPIN, perquisition chez François FILLON…

BRUNO LE MAIRE
Il y a eu des perquisitions sur bien d'autres responsables politiques, on n'en n'a pas fait autant de gorges chaudes, Monsieur MELENCHON doit comprendre que dans un Etat de droit la justice est indépendante, elle prend ses décisions de manière indépendante.

GUILLAUME DURAND
Mais il n'y a jamais eu la main du président de la République dans cette affaire-là ?

BRUNO LE MAIRE
Mais certainement pas, et comment est-ce qu'on peut imaginer cela ?

GUILLAUME DURAND
Parce que Marine LE PEN a elle aussi, à un moment…

BRUNO LE MAIRE
Mais c'est bien ce qui me préoccupe dans le débat public, Guillaume DURAND, c'est de voir des oppositions qui, sans aucune preuve, sans aucun élément matériel, mettent en cause le pouvoir exécutif, quand le pouvoir judiciaire fait de manière indépendante son travail. J'entends Monsieur MELENCHON nous dire « je suis la République »…

GUILLAUME DURAND
« Je suis sacré. »

BRUNO LE MAIRE
« Je suis sacré, je suis la République », Monsieur MELENCHON n'est pas la République, Monsieur MELENCHON ne peut pas s'approprier à lui seul la République, la République c'est tous les Français, la République c'est toute la nation française, et moi ce qui me choque justement, ce n'est pas que la justice fasse une perquisition, les règles sont les mêmes pour tous, ce qui me choque c'est qu'un élu puisse s'approprier la République et dire qu'il représente à lui tout seul la République. Ce qui me choque c'est que Monsieur MELENCHON puisse dire que sa personne est sacrée et que son site, et que son parti, seraient inviolables pour la justice. La justice agit de manière indépendante, si elle prend ses décisions et si elle organise une perquisition c'est qu'elle a les éléments factuels qui justifient la décision qu'elle prend.

GUILLAUME DURAND
Est-ce que ce remaniement est tiède ? Par exemple je prends la Une de l'Opinion ce matin, « Les signaux faibles du remaniement. » Je ne vais pas redonner tous les ministres qui ont été promus, d'abord il y a une stabilité du point de vue du pôle économique que vous représentez, donc ici même ce matin, mais est-ce qu'il était impossible de trouver d'autres personnalités que celles qui ont été trouvées, est-ce qu'il y a un côté non événement dans cette affaire-là ?

BRUNO LE MAIRE
Je vais vous dire, les personnalités ne sont pas ce qui est décisif, ce qui est décisif c'est la politique qui est choisie et menée par le président de la République et par le Premier ministre, et cette politique elle est tout sauf tiède. Nous avons adopté il y a quelques jours à l'Assemblée nationale le projet de loi sur la croissance et la transformation des entreprises, dont nous parlons depuis des mois, sur lequel j'ai travaillé avec les parlementaires, avec les élus locaux, avec les entrepreneurs, avec les salariés, pendant des mois. Eh bien je peux vous dire que ce n'est pas tiède et que nous avons eu des débats extraordinairement constructifs et intéressants à l'Assemblée, mais au terme de ce projet de loi, qui a été adopté en première lecture à l'Assemblée nationale, nous simplifions les seuils sociaux pour les entreprises, nous supprimons le seuil de 20 salariés, nous supprimons le prélèvement de 20 % sur l'intéressement pour que tous les salariés voient la juste rémunération de leur travail et puissent avoir un meilleur salaire net à la fin du mois. Nous cédons les participations de l'Etat dans AEROPORTS DE PARIS, dans ENGIE, dans la FRANCAISE DES JEUX, nous redéfinissons la place de l'Etat et de l'entreprise dans l'économie française, c'est tout sauf tiède. C'est courageux, c'est volontariste et c'est ce qui donnera des résultats.

GUILLAUME DURAND
Justement Bruno LE MAIRE, je parlais d'expérience politique tout à l'heure, ce qui n'est pas de la flagornerie, mais vous savez que nous sommes dans un contexte qui est un contexte, à partir du moment où il y a une nouvelle présidence de la République qui est intervenue, lui-même l'a reconnu, par effraction, dans un contexte politique. On a beaucoup reproché à François HOLLANDE justement d'attendre, d'attendre, d'attendre, comme dans Godot justement, le retournement de la courbe du chômage, sur des bases qui étaient exclusivement économiques. Là vous nous parlez, avec raison, d'économie, mais le macronisme au pouvoir c'est aussi de la politique, et ce n'est pas le retournement d'une situation économique, qui est problématique, qui va changer la nature politique d'un régime qui est en difficulté.

BRUNO LE MAIRE
Mais le régime n'est pas en difficulté, moi je conteste cette analyse-là. Nous sommes un gouvernement, et une majorité, au travail, qui va très loin dans la transformation du pays, c'est vrai sur le champ économique, je viens de le rappeler, nous allons, en 5 ans, redéfinir ce qui aurait dû être fait depuis des années, la place respective de l'Etat et de l'entreprise dans l'économie. Nous allons transformer le système d'assurance chômage, nous allons transformer le système de retraite en mettant sur pied un système de retraite par points, donc tout ça ce sont des transformations en profondeur.

GUILLAUME DURAND
Mais on reste dans le caractère économique.

BRUNO LE MAIRE
Non.

GUILLAUME DURAND
C'est la transformation de fond, mais la crise elle est, depuis l'affaire Benalla, elle est… c'est une crise du pouvoir, c'est une crise au fond… même Alain DUHAMEL qui est un homme plutôt modéré, dit « au fond, celui qui est en cause, ou ce qui est en cause c'est la personnalité même d'Emmanuel MACRON et son comportement. »

BRUNO LE MAIRE
Je ne crois pas que ce soit le cas et moi, je vais vous dire, s'il y a une crise politique qui m'intéresse c'est celle qui dépasse les frontières de la France, celle qui touche aujourd'hui toute l'Europe, celle qui a justifié, d'ailleurs, Guillaume TABARD en parlait tout à l'heure, le choix que j'ai fait il y a maintenant 16 mois, de rejoindre Emmanuel MACRON. Quel était mon diagnostic à ce moment-là ? C'est que l'opposition allait être désormais entre ceux qui croient à une France qui exerce son leadership en Europe et ceux qui estiment qu'il faut que la France se replie, entre ceux qui croient au libre échange, au commerce, et ceux qui estiment qu'il faut fermer les frontières et faire du commerce uniquement…

GUILLAUME DURAND
Ça va être la bataille des européennes.

BRUNO LE MAIRE
Et ça va être la bataille des européennes. Et tout ce qui s'est passé depuis n'a fait que valider le choix politique que j'ai fait il y a 16 mois, c'est-à-dire que ce qui existait il y a 16 mois au niveau national avec l'affrontement entre Marine LE PEN et Emmanuel MACRON, a cessé de se développer et de prendre une ampleur de plus en plus importante partout en Europe. C'est vrai en Allemagne avec les élections en Bavière, c'est vrai avec ce qui se passe en Italie, c'est vrai dans tous les pays européens. Et le vrai enjeu des élections européennes, dans 8 mois, sera est-ce que nous voulons renforcer la démocratie ou est-ce que nous voulons des régimes autoritaires ? Ce sera ça la vraie question européenne.

GUILLAUME DURAND
Il est 8h27 sur l'antenne de Radio Classique, nous allons évidemment marquer une pause de publicité, écouter la revue de presse de Michel GROSSIORD et aborder toutes ces questions, est-ce qu'effectivement, sur le plan européen, la stratégie d'Emmanuel MACRON est la bonne, est-ce que la situation internationale sur le plan économique est totalement explosive, est-ce que, en matière justement de déficit, en matière d'économie, l'Etat en fait suffisamment ? C'est Bruno LE MAIRE qui est l'invité de la matinale, après qu'il ait réagi donc aux critiques politiques qui ont été apportées, donc à la fois au remaniement et à l'intervention du président de la République.
(…)

GUILLAUME DURAND
Nous sommes avec Bruno LE MAIRE, le ministre de l'Economie. Les réactions n'ont pas manqué concernant le remaniement, les déclarations d'Emmanuel MACRON, et celles de l'opposition, reste maintenant évidemment les questions économiques, la perspective soulignée par de nombreux experts, éventuellement d'une crise mondiale sur le plan de l'endettement, mais nous parlerons aussi de la situation de la France, des dépenses publiques, de FORD et puis de la culture, puisque ça vous passionne, avec un programme qui est pour le moins varié puisqu'il s'agira de Chopin, de Camus et de Emimen.
(…)

GUILLAUME DURAND
Nous sommes avec Bruno LE MAIRE, il est 8h43 sur l'antenne de Radio Classique, nous allons parler évidemment d'économie, de culture, mais d'abord une question toute simple, concernant Franck RIESTER le nouveau ministre de la Culture, il semblerait que ce soit sous votre influence qu'il ait été nommé par le président de la République.

BRUNO LE MAIRE
Le président de la République prend des décisions sous aucune influence, et certainement pas la mienne. C'est la décision du président de la République, du Premier ministre…

GUILLAUME DURAND
Mais vous étiez pour.

BRUNO LE MAIRE
En revanche je ne cache pas que je suis très heureux de voir Franck RIESTER, qui était un de mes soutiens, pendant la campagne de la primaire, les plus déterminés et les plus efficaces, rejoindre le gouvernement, je pense qu'il le mérite largement. Il a une vraie connaissance des sujets culturels, une grande connaissance des sujets audiovisuels, et à un moment où nous allons engager une transformation en profondeur de l'audiovisuel public, je suis certain que ce sera un atout précieux.

GUILLAUME DURAND
Est-ce qu'il est vrai qu'il a coiffé sur le poteau Claire CHAZAL ?

BRUNO LE MAIRE
Mais je n'en sais rien, je vais vous dire…

GUILLAUME DURAND
Sourire, nous sommes à la radio.

BRUNO LE MAIRE
J'ai toujours indiqué que je souhaitais poursuivre mon travail comme ministre de l'Economie et des Finances, le président de la République et le Premier ministre m'ont renouvelé leur confiance, j'en suis très heureux, et donc je travaille sur les sujets qui sont les miens.

GUILLAUME DURAND
Concernant justement la fiscalité et le diesel, on en a parlé tout à l'heure ensemble, et c'est dans la presse ce matin, évidemment à l'horizon, si on laisse le détail de côté, la grande question c'est celle de la bataille du pouvoir d'achat. Donc, est-ce que ce n'est pas un handicap pour justement obtenir le but que vous souhaitez, c'est-à-dire une amélioration du pouvoir d'achat, que d'avoir une fiscalité verte qui fait augmenter, pour beaucoup de gens, la note, la douloureuse ?

BRUNO LE MAIRE
La grande bataille, pour moi, c'est la bataille du travail, qui doit payer, et toutes les mesures que nous prenons permettent aujourd'hui à des millions de salariés, de la classe moyenne, d'avoir à la fin du mois une meilleure rémunération, et ce sera de plus en plus le cas avec les heures supplémentaires et avec le développement de l'intéressement. Et la deuxième grande bataille c'est la lutte contre le réchauffement climatique. Il faut savoir ce qu'on veut, on ne peut pas nous dire…

GUILLAUME DURAND
Donc on ne touche pas au dispositif actuel ?

BRUNO LE MAIRE
Non, moi je ne souhaite pas que nous touchions à ce qui était prévu comme trajectoire fiscale sur le diesel et sur l'essence. En revanche, je souhaite que nous accélérions la transition énergétique. Qu'est-ce qui aujourd'hui fait le réchauffement climatique ? C'est principalement les habitations, le chauffage, et c'est le transport, nous traitons les deux sujets. Sur l'habitation nous mettons plus d'1,5 milliard sur le crédit d'impôt à la transition énergétique, pour que les bâtiments conservent davantage la chaleur, qu'ils soient plus imperméables et que nous évitions des déperditions d'énergie. Et de l'autre côté, sur l'énergie et les transports, nous avons mis en place une aide à la conversion pour les véhicules, pour que tous ceux qui veulent changer de véhicules puissent avoir 1000 euros de prime, pour ceux qui sont soumis à l'impôt sur le revenu, 2000 euros pour ceux qui ne sont pas soumis à l'impôt sur le revenu. Moi j'entends la majorité qui nous dit il y a une vraie difficulté avec les personnes qui prennent leur véhicule au diesel et qui se rendent au travail le matin. Je suis élu d'un département rural, ils ont raison de souligner le problème, dès que je vais à Evreux, à Pacy-sur-Eure, à Verneuil-sur-Avre, dans ma circonscription, tous mes électeurs me disent exactement la même chose, et tous mes concitoyens, lorsque je me déplace en France, me disent « on a une vraie difficulté avec ça. » Je le reconnais. Maintenant c'est quoi la solution, on revient en arrière, et à nouveau on subventionne les carburants qui polluent, à nouveau on subventionne l'utilisation des énergies fossiles ou est-ce qu'on accélère…

GUILLAUME DURAND
Non, mais le raisonnement il est arithmétique, si vous supprimez les cotisations sociales sur les salaires, mais que d'un autre côté vous mettez les impôts, qui sont des impôts indirects, qui sont plus forts !

BRUNO LE MAIRE
Guillaume DURAND, je reviens juste sur la question de l'essence et du diesel, et du transport quotidien des Français, parce qu'elle est très importante. Si notre majorité souhaite aller plus loin pour accélérer la conversion et la transformation des véhicules que les Français emploient au quotidien, ça j'estime que ça mérite que nous le regardions, mais autant je suis défavorable à l'idée de revenir sur une mesure qui permet progressivement de sortir de l'utilisation des énergies fossiles, autant, si la majorité propose d'augmenter tout ce qui aide à la conversion des véhicules pour que davantage de Français puissent avoir accès, soit à des véhicules électriques, soit à des véhicules moins polluants, soit à de l'hybride rechargeable, eh bien dans ce cas-là je trouve que ça se regarde.

GUILLAUME DURAND
Beaucoup de questions. D'abord FORD Blanquefort, vous avez dit « c'est inacceptable, on va se battre », donc le désengagement de FORD de ce site industriel, on va se battre, mais comment, c'est vous le ministre ?

BRUNO LE MAIRE
Comment, en appelant le président de FORD, comme je l'ai fait hier…

GUILLAUME DURAND
Avec quel résultat ?

BRUNO LE MAIRE
J'ai eu 30 minutes de discussion avec lui, pour lui dire « écoutez, franchement, je ne comprends pas, il y a deux solutions sur la table, vous fermez ou vous acceptez un repreneur », c'est quand même mieux d'accepter un repreneur. Une fois qu'on a fait une croix sur un site industriel il ne rouvre pas, donc ça mérite de se battre.

GUILLAUME DURAND
Il vous a répondu quoi ?

BRUNO LE MAIRE
J'ai appelé le ministre des Finances américain, j'ai appelé le conseiller économique du président TRUMP, je ne lâcherai rien, sur ce sujet, comme sur les autres, parce que si nous voulons bâtir l'industrie de demain, on ne le fera pas sur les ruines de l'industrie d'hier, ce n'est pas vrai, et il faut se battre pour chaque emploi industriel. La discussion est difficile avec FORD, il ne faut pas se le cacher, je n'ai aucune garantie à l'heure où je vous parle, mais ce que je peux vous dire c'est que la décision de FORD, qui était arrêtée la semaine dernière, c'était de fermer définitivement le site de Blanquefort à Bordeaux…

GUILLAUME DURAND
Pour l'instant les discussions continuent.

BRUNO LE MAIRE
Et que depuis mon intervention, auprès de l'administration américaine, Monsieur MNUCHIN, comme Monsieur Larry KUDLOW, conseiller économique du président TRUMP, et auprès du président de FORD, la décision est suspendue, FORD va regarder les autres options, donc nous continuons à échanger.

GUILLAUME DURAND
Question concernant le Brexit, c'est la grande inquiétude, alors il y a beaucoup de sujets, il y a évidemment le fait qu'il y ait 1,2 million Britanniques qui vivent dans les 27 pays de l'Union européenne, on ne sait pas très bien, si les négociations sont interrompues, quels sont les droits qui vont être les leurs, est-ce qu'ils vont perdre, ou est-ce qu'ils vont devenir tout simplement des sans-papier égarés au milieu de l'Europe continentale. Mais, aujourd'hui, ce matin Bruno LE MAIRE, qui doit faire un effort entre les Britanniques et nous ?

BRUNO LE MAIRE
Mais tout le monde fait un effort, avec un objectif qui est clair, qui a été rappelé par le président de la République, nous voulons un accord. L'accord il est dans l'intérêt de tout le monde, il est dans l'intérêt des Britanniques, il est dans l'intérêt des Européens…

GUILLAUME DURAND
Mais dans votre esprit…

BRUNO LE MAIRE
Et je pense qu'on n'en n'est pas loin, je pense que nous ne sommes pas loin d'un accord, en particulier grâce au travail remarquable qui a été fait par le négociateur Michel BARNIER, je pense que les Britanniques ont mis beaucoup d'eau dans leur vin et qu'ils ont progressé depuis la proposition dite de « Chequers » qui n'était pas acceptable parce qu'elle remettait en cause l'intégrité du marché unique européen, il y a des progrès qui ont été faits par nos amis Britanniques, il y a des concessions qui ont été faites, Michel BARNIER a engagé les négociations, et j'espère que, peut-être pas à ce Conseil européen qui va démarrer dans quelques heures, mais que dans les semaines qui viennent nous pourrons trouver un accord…

GUILLAUME DURAND
Mais il n'y aura pas, ce que beaucoup ont décrit comme un Singapour sur Tamise, c'est-à-dire qu'il ne va pas y avoir, à quelques encablures de Paris une brutale baisse de la politique fiscale en termes justement de taux, à la fois sur les particuliers et les entreprises, du gouvernement de Theresa MAY, qui ferait une telle concurrence à la France que le mouvement qui a amené les banquiers en France pourrait les ramener massivement en Grande-Bretagne, y compris les sièges de grandes entreprises ?

BRUNO LE MAIRE
Moi ce que je constate, Guillaume DURAND, c'est que depuis que nous avons renforcé l'attractivité de la place financière de Paris il n'y a jamais eu autant d'annonces de banques américaines et britanniques qui décidaient de s'installer en France, et les résultats, de ce point de vue-là, sont d'excellents résultats, que ce soit JP MORGAN, BANK OF AMERICA ou d'autres banques, encore, anglo-saxonnes, aujourd'hui la place financière de Paris est en train de devenir attractive. Nos amis Britanniques, ils sont souverains, ils feront bien ce qu'ils veulent, mais il y a une ligne rouge qui n'est pas négociable, on ne peut pas avoir accès aux 450 millions de consommateurs du marché unique européen sans respecter les règles du marché unique européen.

GUILLAUME DURAND
Question, toujours à caractère économique, l'ancien président du CREDIT LYONNAIS, Jean PEYRELEVADE, a expliqué il y a quelques jours dans les colonnes des Echos que de toute façon le quinquennat d'Emmanuel MACRON, je parle sur le point de vue économique, c'était terminé. C'est-à-dire que comme les économies n'ont pas été suffisantes, ce quinquennat, à terme, le bilan économique de ce quinquennat sera pire que celui de François HOLLANDE.

BRUNO LE MAIRE
Oui, les cassandres aiment beaucoup se répandre sur les ondes, je préfère les hommes de bonne volonté, et de volonté tout court, aux cassandres, moi je suis convaincu du contraire.

GUILLAUME DURAND
Vous connaissez les chiffres, 1000 milliards de prélèvements obligatoires, c'est-à-dire les impôts plus les prélèvements sociaux.

BRUNO LE MAIRE
Moi je connais les chiffres, les chiffres, qu'est-ce qu'ils disent ? Ils disent que pour la première fois depuis 10 ans nous avons enfin un déficit sous les 3%, les chiffres ils disent que nous sommes sortis de la procédure pour déficit public excessif, les chiffres disent que nous avons inversé la tendance, continue depuis 10 ans, à l'augmentation des prélèvements obligatoires, l'augmentation de la dépense publique et l'augmentation de la dette. Nous avons trouvé une situation qui était ce qu'elle était, une dégradation continue des finances publiques, nous avons commencé à inverser la tendance, et les résultats sont là, enfin le fait est que la France, qui depuis 10 ans…

GUILLAUME DURAND
Non, mais reconnaissez qu'il y a une bataille sur les chiffres.

BRUNO LE MAIRE
Mais il n'y a pas de bataille à avoir sur les chiffres.

GUILLAUME DURAND
Quand on passe la barre des 1000 milliards !

BRUNO LE MAIRE
Moi je ne fais pas les chiffres, Guillaume DURAND, il y a des statistiques qui sont formelles, il y a des décisions politiques qui sont formelles, l'Europe a sorti la France de la procédure pour déficit public excessif parce que nous avons, avec le président de la République, avec Gérald DARMANIN, avec le Premier ministre, pris les décisions courageuses qui s'imposaient.

GUILLAUME DURAND
D'accord, mais tous ceux qui vous écoutent voient bien que sur leur feuille d'impôt, en dehors de la suppression des cotisations sociales, la douloureuse continue, qu'on continue à être champions d'Europe des prélèvements.

BRUNO LE MAIRE
Mais, il y a un effort qui a été demandé, je l'ai dit à votre antenne à plusieurs reprises, aux retraités, pour financer un travail qui doit payer davantage. Ce qu'on peut mettre aussi en avant, et moi c'est ce que je préfère, mettre en avant, c'est les millions de salariés français qui ont vu que leurs cotisations assurance maladie, assurance chômage, étaient supprimées, les millions de salariés français qui vont voir que s'ils font des heures sup il n'y aura plus de prélèvement dessus, les millions de Français qui travaillent dans des TPE, chez les commerçants, chez les artisans, dans les toutes petites entreprises, qui aujourd'hui à plus de 85 % n'ont pas accès à un accord d'intéressement, demain ils pourront avoir accès à un accord d'intéressement…

GUILLAUME DURAND
Emmanuel MACRON avait dit 18, 24 mois, pour l'ensemble des résultats, pour marquer justement, pour montrer aux Français que ça marche cette politique économique qui a été commencée par la loi Travail et qui s'est poursuivie par la loi PACTE, mais on est… ça fait 30 % du quinquennat qui s'est déjà écoulé, donc il va falloir que ça apparaisse.

BRUNO LE MAIRE
Ce qui apparaît aujourd'hui c'est que vous avez une croissance qui est solide, une croissance de 1,7 % qui est solide. Je ne vais pas multiplier les chiffres, ce que je veux dire simplement, c'est que nous sommes dans la bonne voie, qu'il faut poursuivre le travail de transformation en profondeur, et peut-être même, je vais vous dire, y compris sur les finances publiques, la réduction de la dépense publique et la réduction de la dette, l'accélérer. Ce qui serait fatal c'est de changer de cap, et ce qui est la bonne décision, le bon choix, c'est ce qui a été rappelé hier par le président de la République, on garde le même cap.

GUILLAUME DURAND
Question. Est-ce que vous considérez que la politique budgétaire italienne est – je vais employer un mot vulgaire, mais – délibérément dingue, et que ça crée actuellement une sorte de deuxième Grèce, comme on l'a connue il y a plusieurs années en Europe ?

BRUNO LE MAIRE
C'est à la Commission de juger le budget italien…

GUILLAUME DURAND
Oui, mais moi c'est vous que j'ai en face de moi.

BRUNO LE MAIRE
Oui, mais c'est à la Commission de juger parce que c'est elle qui est responsable. Moi la seule chose que je veux expliquer c'est qu'on est 19, on est tous dans le même bateau, on est dans une union monétaire, on a choisi la même monnaie, et personne ne peut considérer que son sort ne dépend pas de celui des autres. Quand on a la même monnaie, toutes les décisions qui sont prises à Berlin, Rome, Paris ou Bruxelles, ont une incidence sur tous les autres pays de la zone euro, et le repli, les décisions prises sans aucune considération pour nos partenaires, ne mèneront absolument nulle part, elles ne feront qu'affaiblir la zone euro.

GUILLAUME DURAND
Je voudrais qu'on écoute un certain nombre de réactions qui viennent de tomber justement, on a écouté les réactions tout à l'heure, et puis nous conclurons cet entretien. Voici Marine LE PEN, voici ce qu'elle vient de dire sur LCI.

(…) Extraits de propos de Marine LE PEN sur LCI, de François BAYROU sur France Info, de Jean-Luc MELENCHON sur BFM TV.

GUILLAUME DURAND
MACRON, l'homme du baratin, l'homme qui n'a fait aucun mea culpa. Donc MELENCHON-LE PEN.

BRUNO LE MAIRE
Oh, la violence, elle est du côté de monsieur MELENCHON et madame LE PEN. Et la sérénité et la constance, elles sont du côté du président de la République et du gouvernement. Voilà ce que je constate. Alors, bien sûr, je comprends que ça puisse énerver que nous gardions la même politique, le même cap, les mêmes choix économiques, mais c'est ce sur quoi nous avons été élus par les Français. J'ai été élu parlementaire sur un projet qui était celui du président de la République, et que nous appliquons. Et en démocratie, respecter sa parole, c'est ce qu'il y a de plus important. Alors, que les extrêmes s'énervent parce que nous respectons les règles fondamentales de la démocratie, que ça soit sur nos engagements de campagne, où, je le redis, vis-à-vis de monsieur Jean-Luc MELENCHON, vis-à-vis d'une décision de justice…

GUILLAUME DURAND
Est-ce que vous considérez par exemple qu'un homme comme MELENCHON est disqualifié ce matin ?

BRUNO LE MAIRE
C'est leur problème…

GUILLAUME DURAND
Après ce qui s'est passé…

BRUNO LE MAIRE
Mais c'est les Français qui jugeront. Moi, ce que je dis simplement, une fois encore à monsieur MELENCHON, c'est que les règles de la démocratie, c'est appliquer le projet sur lequel on a été élu, et tenir ses promesses. Les règles de la démocratie et de l'Etat de droit, c'est que la justice est indépendante, et que personne n'est au-dessus des lois.

/// Extrait du discours d'Albert CAMUS, Prix Nobel de littérature ///

GUILLAUME DURAND
Merci Bruno LE MAIRE d'être venu ce matin sur l'antenne de Radio Classique…

BRUNO LE MAIRE
Merci à vous. Et merci... les paroles de CAMUS qui sont quand même ce que la France a de meilleur.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 octobre 2018

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