Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à Sud Radio le 18 octobre 2018, sur les violences dans le milieu étudiant. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à Sud Radio le 18 octobre 2018, sur les violences dans le milieu étudiant.

Personnalité, fonction : VIDAL Frédérique, ROGER Patrick.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation;

ti :


PATRICK ROGER
Bonjour Frédérique VIDAL.

FREDERIQUE VIDAL
Bonjour.

PATRICK ROGER
Alors commençons par cette affaire ce matin, la famille d'un étudiant mort pendant une soirée alcoolisée porte plainte contre la grande école CentraleSupelec. Selon la famille interrogée par RTL, le jeune étudiant a sombré, jeux d'alcool, soirée à répétition, absence en cours sans qu'il n'y ait eu une réaction de cette école d'ingénieurs. Est-ce qu'il y a une responsabilité de l'école dans cette histoire ?

FREDERIQUE VIDAL
D'abord moi ce que je tiens à dire, c'est qu'évidemment je suis bouleversée par la mort de ce jeune ; qu'une fois de plus c'est l'effet d'une alcoolisation massive et voilà, et on se dit que c'est de notre responsabilité à tous d'expliquer qu'il y a une différence entre un événement festif, entre faire la fête et puis cette capacité qu'on les jeunes aujourd'hui à assimiler ça à une alcoolisation massive. Vous savez qu'il y avait eu un drame similaire l'an dernier avec le décès de David MARAIS, on a travaillé toute l'année avec sa famille pour mettre en place justement une charte qui rappelle à tous qu'est-ce que l'on doit faire pour organiser une soirée voilà, c'est quelque chose de terrible sur ce drame particulièrement j'ai demandé une enquête, j'ai fait interdire l'alcool sur tout le campus de CentraleSupelec, mais…

PATRICK ROGER
Vous avez immédiatement réagi.

FREDERIQUE VIDAL
C'est une responsabilité que nous devons tous prendre, de faire savoir que l'alcoolisation massive ce n'est pas comme ça qu'on fait la fête voilà vraiment.

PATRICK ROGER
Alors quand vous dites une mobilisation de tous : les parents, les jeunes mais aussi les écoles, les universités, qui doivent alerter dans le cas précis. Est-ce que par exemple l'école aurait dû donner l'alerte un petit peu plus tôt sur les absences à répétition sur les comportements de ce jeune ?

FREDERIQUE VIDAL
Bon alors je ne connais pas, je ne connais pas le détail mais plus généralement c'est un engagement effectivement à la fois des établissements, des étudiants, il faut qu'on mette en place des systèmes de prévention, il faut qu'on mette en place de la formation, c'est tout l'objet de la contribution vie étudiante qui doit vraiment aider à ce que plus aucun jeune qui démarre ses études ne se retrouve dans ce sentiment de solitude qui parfois peut l'amener, voilà, à s'alcooliser et à perdre la vie.

PATRICK ROGER
Oui parce que il y a un stress par les études et certains peuvent dériver c'est ce que vous voulez dire quoi, et puis quand on est jeune à un moment donné, on a envie de se changer la tête, les idées quoi, mais alors bon là c'est terrible, tomber dans cet alcool ou la drogue parfois.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument mais vraiment le moment des études, c'est aussi le moment où on finit de mûrir où on crée sa propre personnalité et il y a des moments qui peuvent être très très durs même quand on est un étudiant brillant j'allais dire même parfois parce qu'on est un étudiant très brillant avec la sensation de finalement de réussir moins bien que ce qu'on réussissait avant ou de se sentir seul ou de se trouver dans un environnement qui est nouveau, qui est inconnu qui rend solitaire et c'est tout le sujet de comment est-ce qu'on construit une vie étudiante ? Comment est-ce qu'on prend en compte aussi ce qui est autour des études ? C'est vraiment l'objet…

PATRICK ROGER
Parce qu'il y a de la pression qui est assez forte, est-ce que les profs eux-mêmes aussi doivent en avoir conscience ? Est-ce qu'ils doivent accompagner, signaler ? Est-ce qu'on doit mettre aussi des assistants sociaux peut-être un petit peu plus dans l'enseignement supérieur ?

FREDERIQUE VIDAL
C'est vraiment une prise en charge globale et je crois que les établissements en sont tout à fait conscients et c'est pourquoi on a pu travailler avec eux toute l'année à la mise en place de cette charte mais plus largement sur le sujet de la vie étudiante et de la vie de campus.

PATRICK ROGER
Oui c'est ça, parce que vous avez lancé aussi un plan il y a quelques jours pour éviter les dérapages cette fois lors des week-ends d'intégration et les fameux bizutages. Vous en êtes où et est-ce que ça prend forme tout ça ?

FREDERIQUE VIDAL
Oui absolument donc c'est à la fois un guide et une charte que nous avons travaillé et co-rédigé avec la famille de David MARAIS qui a trouvé la mort l'an dernier aussi suite à une alcoolisation massive.

PATRICK ROGER
C'était où déjà rappelez-le pour les auditeurs ?

FREDERIQUE VIDAL
C'était à Rennes et vraiment…

PATRICK ROGER
Il y a toujours du bizutage on l'a vu encore récemment au CHU de Toulouse avec des élèves infirmiers.

FREDERIQUE VIDAL
Le bizutage, c'est très clairement interdit mais au-delà d'action de bizutage, d'action d'humiliation etc…, il y a toute la question des week-ends d'intégration et des soirées festives qui sont quasi systématiquement associés à de l'alcool, de l'open bar etc… et c'est vraiment ce sujet de l'alcoolisation massive…

PATRICK ROGER
Donc il faut interdire l'alcool dans ces soirées ?

FREDERIQUE VIDAL
Non parce que la question d'une interdiction et de coercition vous le savez, on a affaire à des jeunes et donc qu'est-ce qu'ils vont faire ? Ils vont faire des soirées totalement off…

PATRICK ROGER
Faut que ce soit un peu plus encadré ?

FREDERIQUE VIDAL
Il faut que ce soit encadré et il faut qu'il y ait une prise de conscience des jeunes eux-mêmes, des établissements, on ne laisse pas seul un copain qui est super alcoolisé parce qu'on sait qu'il peut y avoir un drame à la fin.

PATRICK ROGER
Oui Frédérique VIDAL, ministre de l'Enseignement supérieur de la Recherche et de l'Innovation, vous êtes avec nous ce matin sur Sud Radio, là nous étions au coeur de votre sujet, il y a un autre sujet plus politique, c'est la prise de parole d'Emmanuel MACRON, le remaniement, séminaire gouvernemental. Quelles sont les consignes qui sont données ? Parce qu'il faut aller chercher un nouveau souffle, une nouvelle mobilisation a dit Emmanuel MACRON.

FREDERIQUE VIDAL
C'était surtout un temps d'accueil et un temps d'échanges des nouveaux ministres…

PATRICK ROGER
C'était du bizutage alors pour les nouveaux quoi.

FREDERIQUE VIDAL
Non, ce n'était pas du bizutage, c'était vraiment l'explication de la façon dont nous fonctionnons beaucoup d'interministériels, ça a été rappelé. Rappeler aussi tout ce qui avait déjà été fait, puisque maintenant ces nouveaux ministres vont porter toute l'action du Gouvernement. Le Président de la République a rappelé à redonner le sens et évidemment c'est toujours très important de redonner le sens, et puis le Premier ministre et le Gouvernement, nous, nous sommes dans l'action dans la déclinaison de ce qui donne ce sens.

PATRICK ROGER
Et on va beaucoup plus échanger, ce sera un peu moins verticale, ce qui a été reproché par certains.

FREDERIQUE VIDAL
Alors honnêtement, on n'est pas un Gouvernement qui fonctionne de façon en silo si je puis dire.

PATRICK ROGER
Ça discute beaucoup ça échange ?

FREDERIQUE VIDAL
Ça échange énormément sur l'ensemble des sujets que j'ai eu à traiter moi cette année ça a toujours été en interministériel, que ce soit les plans de lutte contre les pesticides et la sortie du glyphosate, que ce soit les études de santé, que ce soit l'accès à l'enseignement supérieur, que ce soit le l'apprentissage, la professionnalisation, tout ça, ça se travaille toujours en interministériel.

PATRICK ROGER
Frédérique VIDAL, comment vous expliquez que 58% des Français sont mécontents de la composition du nouveau Gouvernement ? C'est un sondage IFOP Sud Radio CNEWS, pourquoi ?

FREDERIQUE VIDAL
42 % des Français sont contents enfin…

PATRICK ROGER
Alors vous le prenez dans l'autre sens.

FREDERIQUE VIDAL
Oui mais non c'est une boutade. Je ne sais pas ce que ça veut dire et si je me replace il y a deux ans de ça, qu'est-ce que ça veut dire être content ou pas d'un nouveau Gouvernement le jour où il est nommé ? Je crois que ce qui est important c'est que nous soyons dans l'action, c'est que nous continuons à porter le changement et la transformation qui sont attendus par les Français et j'allais dire, le jugement il viendra à une fois que nous aurons agi.

PATRICK ROGER
Et puis effacer l'affaire BENALLA, les démissions d'HULOT, de COLLOMB etc… qui ont terni quand même l'image de l'action de l'ensemble du Gouvernement et d'Emmanuel MACRON.

FREDERIQUE VIDAL
Alors ce sont des situations différentes mais qui à chaque fois sont des situations individuelles et en tout cas ça n'a pas remis en cause au sein du Gouvernement notre envie de continuer à travailler au service du déploiement du programme du Président.

PATRICK ROGER
Venons-en à Jean-Luc MELENCHON, il va devoir s'expliquer ce matin devant les policiers, il a dépassé les bornes selon vous ?

FREDERIQUE VIDAL
Ce qu'il a fait c'est totalement inadmissible, d'abord moi je veux être très très clair, les forces de sécurité et la police sont là pour nous protéger, ils mettent leur vie en danger pour que nous, nous puissions vivre dans un monde le plus sûr possible et dieu sait que ce monde n'est pas très sûr en ce moment. On ne s'en prend pas aux forces de police d'abord on ne perd pas ses nerfs de cette façon-là ensuite quelle image là encore, c'est un responsable politique qui est visible…

PATRICK ROGER
Les policiers ont déjà du mal, ont déjà des difficultés à se faire respecter, vous estimez que la jeunesse…

FREDERIQUE VIDAL
C'est terrible cette image qu'il a donné vraiment.

PATRICK ROGER
Oui mais lui il dénonce une justice politique, le jour du remaniement, il y a cette décision.

FREDERIQUE VIDAL
J'allais dire, j'allais presque retourner cet argument.

PATRICK ROGER
C'est-à-dire ?

FREDERIQUE VIDAL
Le jour du remaniement vous pensez vraiment que première chose que souhaite faire un nouveau Gouvernement c'est demander ce genre de choses. Enfin c'est n'importe quoi…

PATRICK ROGER
Oui mais Frédérique VIDAL, il dit aussi qu'il y deux poids, deux mesures.

FREDERIQUE VIDAL
La justice est indépendante et je crois que c'est très important en France, voilà, la justice la police, enfin on touche avec ça à tout ce qui fait que nous vivons en démocratie.

PATRICK ROGER
Oui, il dit : « deux poids deux mesures dans l'affaire BENALLA, BENALLA avait été prévenu, les policiers n'ont pas enfoncé la porte, ils n'avaient pas les clés ils sont revenus le lendemain ». Là c'est différent.

FREDERIQUE VIDAL
Là aussi, la perquisition, le responsable des locaux était présent au moment de la perquisition, c'est lui qui décide d'arriver pour quelque part faire un coup de force et faire un coup de pub. Il fonctionne quand même beaucoup comme ça, vous avez à votre collègue journaliste encore hier, enfin comment peut être élu de Marseille et de dire qu'on ne comprend pas l'accent de tous les différents territoires français, enfin c'est incroyable. Dire à cette à cette jeune femme qu'elle ne parle pas français parce qu'elle a l'accent de Toulouse mais on croit rêver. Je crois qu'il a vraiment perdu complètement son sang-froid et c'est grave pour un responsable politique.

PATRICK ROGER
Les insoumis qui étaient aussi derrière les grèves étudiantes…

FREDERIQUE VIDAL
On a vu des députés de La France insoumise venir empêcher les étudiants de passer les examens qui avaient été reprogrammés.

PATRICK ROGER
C'est anti-démocratique alors ?

FREDERIQUE VIDAL
Oui pour moi vraiment toutes les bornes ont été dépassées, on a touché l'éducation, la police, la justice, enfin tout ce qui fait qu'on est dans une démocratie.

PATRICK ROGER
Frédérique VIDAL ministre de l'Enseignement supérieur, le mot de la fin avec Cécile DE MENIBUS.

CECILE DE MENIBUS
La loi relative à la lutte contre la manipulation de l'information vient d'être votée, vous êtes en charge de l'Enseignement supérieur. Faut-il repenser l'éducation des étudiants et quelle mesure peut-on mettre en place pour lutter contre ça ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors moi je crois que c'est vraiment quelque chose qui se fait dès le plus jeune âge et c'est très important et ce n'est pas à vous que je vais l'apprendre, il faut apprendre à recouper des sources. On vit dans un monde aujourd'hui où la quantité d'informations ou d'opinions se répand à une vitesse incroyable notamment au travers des réseaux sociaux et c'est très important de savoir faire la part des choses et c'est pour ça que cette année j'ai souhaité que la Fête de la science qui donc diffuse la culture scientifique et technologique, soit centrée sur : qu'est-ce que la méthode scientifique ? Quelle est la différence entre une opinion est un fait établi ? Et je crois que ça s'apprend dès le plus jeune âge d'autant plus qu'on baigne dans un monde où la quantité d'informations non triées, si je puis dire, est énorme.

CECILE DE MENIBUS
Et ce matin pour vous, nous avons un invité surprise.

DANY MOREAU IMITATION DE MICHEL CYMES
Bonjour Michel CYMES, quand ça gratte ou ça pique, ce n'est pas l'herpès, c'est du CYMES. Frédérique VIDAL, vous qui êtes ministre de l'Enseignement supérieur, vous avez déclaré : « La France a besoin de diplômés, alors est-ce que vous assumez vraiment cette déclaration car je suis bien placé pour savoir que les études ça ne sert à rien la preuve, j'ai fait bac+8 pour au final faire le même job qu'Arthur et Nagui ?

FREDERIQUE VIDAL
Ça ne m'étonne pas et je reconnais bien là l'humour de Michel CYMES. Bien sûr que la France a besoin de diplômés mais ceci dit, la valeur professionnelle de quelqu'un ne se résume pas à son diplôme, sa valeur personnelle non plus d'ailleurs, je vous assure que vous trouvez absolument le même pourcentage de personnes exceptionnelles avec ou sans diplôme.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 octobre 2018

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