Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la jeunesse à Europe 1 le 18 octobre 2018, sur la jeunesse et le service national universel. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la jeunesse à Europe 1 le 18 octobre 2018, sur la jeunesse et le service national universel.

Personnalité, fonction : ATTAL Gabriel, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la jeunesse;

ti :


AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
A 29 ans, vous êtes le plus jeune membre d'un gouvernement de la 5ème République. Alors votre point commun avec MBAPPE, c'est que vous êtes le plus jeune joueur de votre équipe, il se trouve qu'en plus d'être le plus jeune, MBAPPE est aussi le meilleur, c'est votre ambition, j'imagine.

GABRIEL ATTAL
Moi, je veux être bon, parce que c'est une marque de confiance assez forte du président et du Premier ministre de me nommer aujourd'hui au gouvernement, il faut travailler, pour moi, c'est la seule solution, entre guillemets, c'est la seule méthode pour faire ses preuves, et c'est vrai que quand on est jeune, il y a peut-être beaucoup de jeunes qui vont travailler aujourd'hui qui nous écoutent, quand on est jeune et qu'on travaille, quel que soit d'ailleurs le secteur, on doit souvent en faire un peu plus que les autres pour montrer qu'on est crédible et légitime là où on est, donc, eh bien, je vais travailler beaucoup.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors peut-être cela vous agace-t-il qu'on vous parle de votre âge, à propos de l'âge, voilà ce que dit MBAPPE.

KYLIAN MBAPPE
Il n'y a pas de : tu as l'âge ou tu n'a pas l'âge, ça ne veut rien dire ça, si tu es bon, tu es sur le terrain, tu assumes, si tu n'es pas bon, tu te tais et tu restes sur le banc et tu regardes les autres, moi, tu ne me parles pas d'âge, tu parles peut-être quand je ne suis pas là, mais quand je suis là, tu ne me parles jamais d'âge, tu ne me parles que de football et de niveau.

AUDREY CRESPO-MARA
C'est pareil en politique ?

GABRIEL ATTAL
Oui, moi, je comprends qu'on me parle de mon âge, mais c'est vrai que si j'ai été nommé, ce n'est pas pour mon âge, en tout cas, je n'espère pas, j'étais député depuis un an et demi, j'ai été rapporteur d'un texte très important, le projet de loi sur l'orientation et la réussite des étudiants, Parcoursup. J'ai travaillé, j'ai porté des amendements, je vais travailler au gouvernement, voilà, et puis, j'ai entendu Valéry GISCARD D'ESTAING d'ailleurs juste avant qui disait : l'important, ce n'est pas l'âge, c'est le projet, et moi, je crois au projet d'Emmanuel MACRON et j'ai envie de l'accompagner au gouvernement.

AUDREY CRESPO-MARA
Gabriel ATTAL, vous faites partie des « MACRON boys » comme on dit, votre jeunesse vous permet d'incarner le renouveau, mais votre parcours, il est très classique, finalement, j'ai compté, sur 7 membres du gouvernement qui ont moins de 40 ans, vous êtes 4 à avoir fait Sciences-Po, vous sortez du même moule.

GABRIEL ATTAL
Moi, je ne crois pas que Sciences Po soit un moule, je le dis...

AUDREY CRESPO-MARA
Un peu quand même…

GABRIEL ATTAL
C'est une formation qui est politique, qui est juridique, c'est une école qui ouvre aussi à l'extérieur où il y a des expériences à l'étranger, des expériences de terrain. Moi, vous disiez : vous êtes jeune, donc vous incarnez le renouveau, moi, je ne pense pas que ça soit uniquement une question d'âge, il y a des personnes qui incarnent le renouveau en politique au gouvernement – Jean-Michel BLANQUER, c'est son cas, Muriel PENICAUD – qui viennent de la société civile, voilà, la jeunesse, c'est un état d'esprit déjà, et ensuite, le renouveau, c'est aussi le renouveau des pratiques, de la manière de faire de la politique, et ça, il y a énormément de gens au gouvernement qui l'incarnent.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, jeune, 29 ans, je le disais, c'est pour ça qu'auprès de Jean-Michel BLANQUER, on vous a confié la jeunesse peut-être, mais que savez-vous de la jeunesse aujourd'hui, vous la définiriez comment ?

GABRIEL ATTAL
C'est très compliqué, je crois que c'est BOURDIEU qui disait : la jeunesse n'est qu'un mot, il y a des jeunesses, il y a des jeunes, on ne peut pas considérer qu'il y a un stéréotype du jeune qui représenterait tous les jeunes, et moi, évidemment je ne considère pas que je suis représentatif de la jeunesse dans son ensemble…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais elle est comment, elle est optimiste, pessimiste ?

GABRIEL ATTAL
Moi, je pense qu'elle est optimiste, et surtout, je pense qu'elle a envie de s'engager, et ça, c'est quelque chose qui me frappe, qui me frappe depuis plusieurs années que je suis élu maintenant, beaucoup de jeunes disent : j'ai envie de m'engager, j'ai envie de m'engager pour l'intérêt général, j'ai envie de m'engager dans l'humanitaire, mais je ne trouve pas les voies pour m'engager, le moyen, le vecteur qui va me permettre d'aller m'engager dans une structure, dans une association. Et mon travail, ça va être de renforcer ces vecteurs et de permettre à des jeunes qui ont envie de s'engager de le faire, dans des associations notamment.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, avant de parler de votre travail, ce n'est pas un peu beaucoup le même jour, une dizaine de perquisitions à La France Insoumise, chez Jean-Luc MELENCHON, au total, une centaine de policiers armés mobilisés, c'est l'ennemi public numéro un MELENCHON ?

GABRIEL ATTAL
Moi, je ne vais pas faire de commentaires sur ce que décide la justice, et d'ailleurs…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous avez bien un avis sur la question…

GABRIEL ATTAL
Si vous me réinvitez un matin, et que c'est, on ne sait jamais, une personnalité de La République En Marche qui était poursuivie…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous n'avez pas d'avis sur la question ?

GABRIEL ATTAL
Je ne ferai pas de commentaires non plus. Ce qui est certain, c'est que quand je vois l'attitude qui a été celle de Jean-Luc MELENCHON et de ses troupes face un procureur notamment qui a été physiquement bousculé, je comprends, entre guillemets, que des policiers étaient présents pour assurer l'ordre, c'est tout ce que je peux dire au vu des images, moi, je ne suis pas ce dossier, c'est la justice qui s'en occupe, donc, je n'ai pas de commentaires à faire sur le fond.

AUDREY CRESPO-MARA
Sur la démesure, vous savez ce qu'on vous oppose, certes, l'affaire BENALLA, il y a eu perquisition à l'Elysée, mais quand il y a eu perquisition chez Alexandre BENALLA, ils n'avaient pas les clés, les policiers sont repartis, son coffre-fort a eu le temps de disparaître, et ça donne l'impression d'un deux, deux mesures aux yeux de certains.

GABRIEL ATTAL
Honnêtement, moi, je n'étais pas présent sur cette perquisition, Alexandre BENALLA, c'est une personne privée qui ne travaille plus pour le gouvernement, vous avez dit que l'Elysée a été perquisitionné, typiquement…

AUDREY CRESPO-MARA
Il travaillait pour l'Elysée…

GABRIEL ATTAL
Je crois savoir que l'Elysée aurait pu s'y opposer, ils ne l'ont pas fait, enfin, je veux dire, tout est ouvert, et la justice, on la laisse faire son travail. Il faudrait que chacun en fasse de même, en tout cas, moi, ce qui m'a choqué, interpellé, c'est les discours, et notamment ce que j'ai entendu de Jean-Luc MELENCHON ; on ne peut pas considérer, quand on est élu, qu'on est au-dessus des lois et qu'on n'est pas un justiciable comme les autres…

AUDREY CRESPO-MARA
Il croit être au-dessus des lois ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien, c'est ce qu'il a dit, il a dit : je ne suis pas un passant dans la rue, je suis sacré…

AUDREY CRESPO-MARA
Je suis la République…

GABRIEL ATTAL
Je suis sacré, je suis une personne sacrée parce que je suis élu, et donc je ne suis pas un justiciable comme les autres, et il a mis son écharpe tricolore qu'on a en tant qu'élu, que j'ai eue quand j'ai été élu député, en disant : j'ai mon écharpe, vous ne pouvez pas me poursuivre. Mais comment est-ce qu'on peut dire un truc pareil ? Et les Français qui nous écoutent, eux, ils n'ont pas d'écharpe tricolore, et ils considèrent que quand ils font des choses, s'ils ont des choses qu'on peut leur reprocher, ils sont poursuivis par la justice, ça doit être pareil pour les élus et pour Jean-Luc MELENCHON.

AUDREY CRESPO-MARA
Jean-Luc MELENCHON, perquisitionné, Marine LE PEN privée de financement, François FILLON écarté de la vie politique. Que répondez-vous à ceux qui y voient des coups politiques ?

GABRIEL ATTAL
Moi, je réponds encore une fois que la justice est indépendante…

AUDREY CRESPO-MARA
Et c'est ça qui est en doute…

GABRIEL ATTAL
Et que le temps où la justice était au service du politique, il est révolu, et on démontre depuis un an et demi que tout est fait pour garantir cette indépendance de la justice, on a une Garde des sceaux qui le garantit, il n'y a pas de justice politique dans ce pays, et heureusement, heureusement qu'on est sorti de ce temps-là.

AUDREY CRESPO-MARA
Parlons du service national universel, dont vous êtes en charge, remettre en place le service national, quand, comme vous, Emmanuel MACRON, on est, allez, content d'y avoir échappé, est-ce que ce n'est pas un peu déplacé ?

GABRIEL ATTAL
Alors, ce n'est pas un retour du service militaire ou de la conscription comme elle existait auparavant, c'est la mise en place d'un dispositif nouveau qui vise – j'en parlais tout à l'heure – notamment à favoriser l'engagement, encore une fois, il y a des jeunes qui veulent s'engager, il faut leur donner le goût, la culture de l'engagement dès la seconde, en l'occurrence, puisque c'est à partir de 16 ans que ce service national va se déployer et s'organiser, moi, j'ai le sentiment que beaucoup de jeunes sont très intéressés par ce dispositif, ont envie de savoir évidemment concrètement comment ça va fonctionner…

AUDREY CRESPO-MARA
Alors comment ça va fonctionner, donc il y a une première phase obligatoire d'un mois, la seconde phase, facultative, est de six mois, qui va encadrer ces jeunes, ce sera militaire forcément, non, pas forcément ? Expliquez-nous un peu.

GABRIEL ATTAL
Alors, on fonctionne mthodiquement et par étapes, qu'est-ce qu'il y a eu ces derniers mois ? Un groupe de travail d'experts, avec des personnes du monde militaire, du monde associatif, qui représentent aussi la jeunesse, qui ont été intégrées dans un groupe de travail et qui ont réfléchi à l'architecture du dispositif. Ça a donné ce que vous venez de dire, c'est-à-dire deux phases, une première obligatoire d'un mois, c'est-à-dire deux fois quinze jours, et une seconde volontaire, facultative, de plusieurs mois, qui ressemble un peu à un service civique. A partir de là, se posent d'autres questions, et donc on a ouvert une nouvelle phase, c'est une consultation des jeunes, parce que c'est important de les entendre, c'est important qu'ils fassent remonter leurs idées et qui disent aussi comment est-ce qu'ils voient les choses, moi, je crois à la co-construction. Donc il y a eu des réunions de consultation dans des lycées, avec des jeunes ces dernières semaines et ces derniers mois, il y a une plateforme numérique en ligne, et c'est l'occasion pour moi de le redire, un site Web, où il y a un questionnaire, et où tous les jeunes peuvent contribuer, donner leur avis et apporter leurs idées sur ce dispositif : « consultation-snu.fr. » J'invite les jeunes – c'est ouvert jusqu'à demain soir – à s'y connecter et à faire remonter leurs idées.

AUDREY CRESPO-MARA
Et ce ne sera pas forcément le retour du militaire, vous savez que ça va être aussi le retour des combines pour pouvoir éviter de le faire, non ?

GABRIEL ATTAL
Moi, je ne crois pas, encore une fois, mais je suis d'un naturel optimiste, et par ailleurs…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous croyez vraiment que c'est la priorité des Français de voir leurs enfants faire un service national aujourd'hui, ce n'est pas d'avoir du travail ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien, moi, je crois que les Français, ils ont envie qu'il y ait un moment de mixité et de brassage social, et qu'aujourd'hui, on est dans un pays où malheureusement il y a eu une ghettoïsation, une ségrégation territoriale dans certains quartiers, et qu'il faut aujourd'hui que la jeunesse ait des moments de rencontres collectives, qu'il faut ce moment autour des valeurs de la République, où les jeunes se rencontrent au service de causes, c'est l'objet, encore une fois, du service national universel, de causes d'intérêt général, associatives, et qu'il faut leur permettre de s'engager.

AUDREY CRESPO-MARA
Et un début expérimental en 2019. Merci Gabriel ATTAL.

NIKOS ALIAGAS
Merci Audrey CRESPO-MARA. Merci Gabriel ATTAL. J'ai une phrase, tiens, pour vous, une citation d'André MALRAUX : la jeunesse est une religion dont il faut toujours finir par se convertir. Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 octobre 2018

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