Interview de M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, avec BFMTV le 18 octobre 2018, sur la politique de l'environnement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, avec BFMTV le 18 octobre 2018, sur la politique de l'environnement.

Personnalité, fonction : RUGY François de, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :
JEAN-JACQUES BOURDIN
François de RUGY, bonjour.

FRANÇOIS DE RUGY
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous, vous êtes notre invité ce matin. Premier rang protocolaire dans le gouvernement, derrière le Premier ministre, ministre d'Etat, seul ministre d'Etat, c'est pas mal ça ! Ministre, c'est pas mal pour l'écologie, c'est un signe ?

FRANÇOIS DE RUGY
C'est le signe que l'écologie est une des premières priorités du gouvernement, évidemment tout ne tient pas au rang protocolaire, ni pour la thématique de l'écologie, ni pour une autre d'ailleurs, parce que l'éducation, la santé, la sécurité, tout cela est très important évidemment. Mais celles et ceux qui pouvaient avoir des doutes sur l'importance de l'écologie dans ce gouvernement peuvent constater que, en effet, le président de la République, le Premier ministre, et je les remercie d'ailleurs de leur confiance renouvelée, pour ce qui me concerne, puisque j'avais été nommé il y a six semaines, mais cette confiance renouvelée montre l'importance de la transformation écologique dans nos différentes transformations…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, le protocole c'est une chose, les faits autre chose. Regardons les faits. Aude…

FRANÇOIS DE RUGY
Dans les faits aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va voir. Aude, dans l'Aude, 14 morts, des milliers de sinistrés, est-ce que vous avez une première réévaluation des dégâts matériels ? Non, pas encore, c'est un peu tôt.

FRANÇOIS DE RUGY
Non, pas encore, vous savez, nous sommes allés sur place avec le Premier ministre dès le lundi après-midi, et c'est un peu effarant d'ailleurs, quand vous voyez des ponts arrachés, 50 routes qui ont été coupées, dont certaines se sont effondrées, et puis surtout ces 14 victimes, donc l'aspect dramatique des conséquences de ces inondations, nous l'avons tous en tête. Nous devons aussi avoir en tête que des leçons des précédentes très graves inondations de 1999 ont été tirées dans de nombreux domaines, mais nous allons continuer, et moi on fera une opération transparence, sur qu'est-ce qui s'est passé, comment ça s'est passé, et comment on peut encore améliorer la protection des habitants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et les premières aides d'urgence ne sont toujours pas arrivées, 300 euros par adulte, 100 euros par enfant, mais ça va arriver là, très vite !

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, ce sont des mesures exceptionnelles qui ont également été prises par l'Etat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Par l'Etat, bien. Un mot, Jean-Luc MELENCHON, son comportement vous a-t-il étonné, franchement ?

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, parce que même si on connaît le caractère parfois sanguin, voire colérique, je l'ai souvent vu à l'Assemblée nationale, de Jean-Luc MELENCHON, là nous sommes quand même dans des circonstances particulières, face à des policiers, face à des magistrats, dans le cadre d'une procédure judiciaire tout ce qu'il y a de plus normal. Le fait qu'il y ait des perquisitions dans une procédure judiciaire c'est normal, et donc il n'y aurait pas dû y avoir cette réaction, qui non seulement est outrancière, mais qui n'est pas respectueuse de nos institutions et des personnes, aussi, les personnes qui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous comprenez les poursuites éventuelles contre lui ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ça c'est encore autre chose, mais je comprends, en tout cas j'ai entendu la réaction des syndicats de policiers et de magistrats, et bien sûr je la comprends. D'ailleurs il a dit « je suis la République », c'est un peu prétentieux tout de même de dire ça…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un député c'est aussi la République, non ?

FRANÇOIS DE RUGY
Mais, chaque élu qui défend la République, qui prétend même l'incarner, doit évidemment défendre l'indépendance de la magistrature, le bon déroulement des procédures judiciaires, parce que la République elle ne se divise pas, ce n'est pas pour les uns et pas pour les autres, et la République c'est un tout où il y a justement le bon déroulé des procédures judiciaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, entrons dans votre secteur. Energie, transports, bâtiment, agriculture, la France est en retard, je dis bien en retard, sur ses objectifs climatiques, et prend d'ailleurs de plus en plus de retard. Sur les émissions de gaz à effet de serre, par exemple, est-ce que ces émissions vont croître en 2018, cette année ?

FRANÇOIS DE RUGY
Nous n'avons pas encore les résultats, nous pensons que non, mais je ne veux pas être trop affirmatif. Ce qui est sûr, vous avez raison, c'est que par rapport à des objectifs fixés il y a quelques années, notamment en 2015, nous sommes malheureusement au-dessus, donc c'est un appel à l'action, à la mobilisation, d'abord bien sûr de l'Etat, des pouvoirs publics, mais de tout le monde, parce que c'est l'affaire de tout le monde. Après, vous le savez, en Europe, dans le monde, tout le monde n'a pas les mêmes émissions de gaz à effet de serre, nous nous en avons plutôt moins dans le domaine de la production d'électricité, et nous allons encore réduire, puisque nous allons fermer progressivement les centrales à charbon…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui seront fermées quand, définitivement ?

FRANÇOIS DE RUGY
Nous avons dit d'ici 2022, donc d'ici la fin du mandat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et ce sera maintenu ?

FRANÇOIS DE RUGY
Et il se trouve que je reçois aujourd'hui même, au ministère, des élus des territoires concernés, et puis ensuite je me rendrai sur chaque site, d'ailleurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur chaque site, et ce sera fermé en 2022…

FRANÇOIS DE RUGY
D'ici 2022, oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Toutes les centrales à charbon ?

FRANÇOIS DE RUGY
C'est notre objectif, parce que, on ne peut pas dire à nos voisins Allemands, ou à nos partenaires Polonais, de l'Union européenne, qui ont beaucoup plus de charbon dans la production d'électricité, « fermez des centrales à charbon », si nous nous ne le faisions pas, c'est une question de crédibilité. Ce n'est pas facile…

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'imagine.

FRANÇOIS DE RUGY
Et il faut en discuter avec les salariés pour assurer leur reconversion, pour assurer aussi l'accompagnement des territoires concernés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
François de RUGY, on va entrer dans le concret. Est-ce que vous allez par la loi permettre aux villes françaises, de plus de 100.000 habitants, et même de plus de 500.000 habitants, de mettre en place des péages urbains ?

FRANÇOIS DE RUGY
Nous avons un projet de loi sur les transports, et la mobilité, qui est en préparation, il suit son cours, il va bientôt être présenté en Conseil des ministres, puis ensuite débattu au Parlement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand, Conseil des ministres, début novembre ?

FRANÇOIS DE RUGY
D'ici, voilà, dans l'automne, et au Parlement sans doute en janvier ou en février prochain. Donc, c'est la première fois depuis 1982, ce n'est pas tous les jours en France qu'on fait une loi d'orientation sur les transports, donc il y aura énormément de mesures. Il y aura également une opération transparence et vérité sur les investissements, quels investissements on fait et quels financements il y a pour les réaliser, parce qu'il y a eu tellement de promesses par le passé qui n'étaient pas financées, qu'il y a des dérives. Dans ces mesures il y a, en effet, un certain nombre de choses qui ont été réclamées par les élus locaux, et notamment la question du péage urbain…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, est-ce que la loi autorisera une municipalité à mettre en place le péage urbain ?

FRANÇOIS DE RUGY
Il faut savoir que la loi l'a déjà autorisé, c'est les lois Grenelle, qui ont été faites il y a une dizaine d'années, mais elles avaient prévu des conditions qui fait que les élus locaux, éventuellement intéressés, je ne sais pas s'il y en aura, in fine, n'ont pas pu le mettre en place, donc, il y aura des possibilités. Il y aura des limites, c'est-à-dire qu'on ne pourra pas dépasser un certain niveau de péage…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire qu'un maire…

FRANÇOIS DE RUGY
Et ensuite ce seront les élus locaux qui décideront.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Exactement, mais, un maire pourra instaurer un péage urbain, on est bien d'accord, dans des villes de plus de 100.000 habitants, on est bien d'accord, c'est 2,50 euros je crois, par jour, pour les véhicules particuliers, c'est cela ?

FRANÇOIS DE RUGY
C'est le plafond que la loi fixera.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas plus de 2,50 euros…

FRANÇOIS DE RUGY
On verra au Parlement ce qui sera décidé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui…

FRANÇOIS DE RUGY
Mais ce sera sans doute débattu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, d'accord, mais c'est ce qui sera dans le projet de loi, on est bien d'accord ?

FRANÇOIS DE RUGY
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
2,50 euros par véhicule dans les villes de plus de 100.000 habitants…

FRANÇOIS DE RUGY
Au maximum.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Maximum, et 5 euros maximum dans les villes de plus de 500.000 habitants, c'est bien cela ?

FRANÇOIS DE RUGY
Voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et 10 euros maximum pour les poids lourds, c'est bien cela, ce sont les chiffres ?

FRANÇOIS DE RUGY
C'est ce que… encore une fois, vous faites bien de le dire, parce que jusqu'à présent il n'y avait pas de cadre clair, et notamment pas de plafond. Mais je veux rappeler que les villes qui l'ont fait, c'est à l'étranger, en France aucune ville ne l'a fait, mais par exemple Stockholm en Suède l'a fait, il y a même eu un référendum sur le sujet et les Suédois ont validé, mais au bout de plusieurs années de fonctionnement, ils l'ont mis en fonctionnement et ils ont fait un référendum après, ce qui est assez intelligent d'ailleurs, parce que les Suédois avaient le choix. Ils ont obtenu des résultats. Est-ce qu'une ville française voudra faire pareil et avoir, du coup, des moyens pour financer les infrastructures ? Ce seront les élus locaux qui décideront, et donc il faudra que ce soit fait en toute transparence et de façon démocratique, à l'échelle locale, ce n'est pas l'Etat qui le décidera ou l'imposera à quel que territoire que ce soit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Continuons à parler du climat. Les prix du pétrole flambent, on le sait, les taxes sur l'essence et le gasoil augmentent, est-ce que compte tenu de l'augmentation des prix du pétrole vous allez geler les taxes prévues pour l'année prochaine sur l'essence et le gasoil ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non. Nous avons prévu une trajectoire, comme on dit, c'est-à-dire que… vous savez que sur les taxes sur les carburants, comme d'autres taxes, il y a un débat tous les ans à l'Assemblée nationale et au Sénat. Parfois, c'est arrivé, on dit « n l'augmente cette année, mais bon, l'année prochaine non, on ne le fera plus, ou on verra bien » et puis tous les ans il y avait de nouveau le débat et surtout, tous les ans, les Français, qu'ils soient des particuliers, avec leur voiture, ou des entreprises, avec leurs camions ou leurs bus, etc., se posaient la question, « quel va être le niveau de prix de l'année prochaine ? » Là on a fait une opération en toute transparence, ça a été voté l'année dernière, de dire voilà quelle est la trajectoire sur 5 ans, et en effet c'est une trajectoire à la hausse parce que nous considérons que c'est un moyen de… c'est un levier de changement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous ne remettez pas en cause cette hausse des taxes ?

FRANÇOIS DE RUGY
Après nous avons des mesures d'accompagnement, parce que le but ce n'est pas de prélever des taxes, c'est que les comportements changent et que les Françaises et les Français, si on parle des particuliers, puissent avoir des voitures qui consomment moins, qui polluent moins et qui consomment moins.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors justement, d'abord première question. Matthieu ORPHELIN, que vous connaissez bien, qui est député La République en marche, propose d'aider les ménages qui habitent dans des zones rurales, ou périurbaines, et qui utilisent beaucoup leur véhicule diesel par exemple, les aider, il a même déposé un amendement. Est-ce que vous soutenez cet amendement ?

FRANÇOIS DE RUGY
L'amendement devait être examiné hier soir et on n'a pas eu le temps parce que le débat a un peu traîné.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais, il sera examiné aujourd'hui. Est-ce que vous le soutenez, le gouvernement ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ce que nous proposons c'est des mesures qui vont dans le même sens, je crois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous ne soutenez pas cet amendement ?

FRANÇOIS DE RUGY
C'est-à-dire que l'amendement qu'il propose, il propose de faire différentes catégories de Français, entre les ruraux, les urbains, etc., nous nous proposons d'avoir des mesures qui s'adressent à tous les Français et qui soient des mesures qui permettent des…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous ne soutiendrez pas cet amendement…

FRANÇOIS DE RUGY
On va continuer à travailler sur les mesures qui permettent aux Français…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors quelles mesures, puisque vous ne soutenez pas cet amendement, quelles mesures proposez-vous ?

FRANÇOIS DE RUGY
D'abord je veux juste rappeler une petite chose. Aujourd'hui, si vous faites un plein de 60 litres, pour beaucoup de voitures c'est à peu près la jauge, et que vous calculez ce que coûte l'augmentation des taxes, c'est-à-dire 7,5 centimes depuis l'année dernière, sur le gasoil, c'est la hausse la plus forte, vous avez 4,56 euros de plus par plein. Mais, il faut être honnête, si vous faites l'ensemble de l'augmentation des prix…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est beaucoup quand même.

FRANÇOIS DE RUGY
…30 centimes, et donc ça fait, à ce moment-là, 18 euros. Si vous faites 15.000 kilomètres par an, c'est la moyenne des Français à peu près, j'ai calculé, ça vous fait 270 euros de plus par an, je donne les chiffres parce que sinon on entend un peu tout et n'importe quoi, ce qui fait 22,50 euros de plus par mois. Nous, ce que nous voulons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour ceux qui roulent peu quand même !

FRANÇOIS DE RUGY
15.000 kilomètres, c'est la moyenne des Français, après on peut faire les calculs pour 20.000 ou pour 10.000…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin, ceux qui utilisent leur voiture pour travailler, qui font 30 ou 40 kilomètres pour aller bosser, c'est un peu différent !

FRANÇOIS DE RUGY
Ça peut être un peu plus, on peut regarder tout, et moi je ne minimise pas le coût. Après, si vous pouvez acheter une voiture, parce que les gens disent tout de suite « je ne peux pas acheter une voiture électrique », oui, non, mais entre la voiture électrique zéro essence, ou zéro diesel, et la voiture que vous avez aujourd'hui, il y a la possibilité d'avoir une voiture qui consomme moins. A ce moment-là vous pouvez économiser sur ce surcoût. Comment ? Avec la prime à la conversion que nous avons mise en place l'année dernière, voyez, nous n'avons pas attendu que le problème se pose, nous l'avions anticipé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Prime à la conversion pour les véhicules hybrides ?

FRANÇOIS DE RUGY
Alors, aujourd'hui cette prime à la conversion, et c'est une grande nouveauté par rapport au dispositif qui avait existé par le passé, elle est ouverte aux véhicules neufs et d'occasion. Pourquoi ? Parce que vous avez aujourd'hui, sur le marché de l'occasion, des voitures qui polluent moins. Et on va finir sans doute l'année, on me dit 250 ou 280.000 Français, alors qu'on en avait prévu 100.000, avec ce…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'annoncez-vous ce matin ?

FRANÇOIS DE RUGY
Et on va l'augmenter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez augmenter cette prime à la conversion ?

FRANÇOIS DE RUGY
On est déjà à 1000 ou 2000 euros selon qu'on est un ménage imposable ou non-imposable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez la passer à combien ?

FRANÇOIS DE RUGY
On va, pour les véhicules hybrides rechargeables, qui sont une nouvelle catégorie de véhicules qui se développe sur le marché français, mais qui est un peu plus chère, donc c'est des véhicules où vous pouvez faire des trajets en tout électrique, vous preniez l'exemple de la personne qui va travailler tous les jours, qui fait 20, 30, 40 kilomètres, 50 kilomètres tous les jours, eh bien elle fera, en tout électrique, eh bien là on aura donc une prime qui pourra monter jusqu'à 2500 euros.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jusqu'à 2500 euros.

FRANÇOIS DE RUGY
Voilà, que ce soit, encore une fois, pour un achat neuf ou d'occasion, car il commence y avoir ce type de voitures sur le marché de l'occasion.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le climat toujours. L'élimination des hydrofluorocarbures, les gaz HFC, est-ce que vous allez taxer ces gaz ?

FRANÇOIS DE RUGY
Il y a des amendements, de députés de la majorité, et le gouvernement déposera aussi un amendement dans le même sens, pour dire que cette source d'émissions de gaz à effet de serre, qui n'est pas très connue…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous allez taxer ?

FRANÇOIS DE RUGY
On va proposer un système où on dira que, d'ici 2020, si les industriels – parce qu'on parle du froid industriel, on ne parle pas réfrigérateur au domicile – si les industriels font des efforts, il n'y aura pas de taxe, s'ils réduisent ces émissions, si en revanche ils n'ont pas fait les efforts, il y aura cette taxe, et ça permettra de réduire une source d'émissions de gaz à effet de serre qui est équivalente aujourd'hui aux centrales à charbon.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui est concerné là, uniquement les entreprises, pas les particuliers ?

FRANÇOIS DE RUGY
Tous les industriels du froid. Vous savez que si vous allez dans un supermarché vous avez des rayonnages entiers de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De climatisation…

FRANÇOIS DE RUGY
De réfrigération, ou alors des entrepôts frigorifiques. Mais par exemple dans les supermarchés, c'est un bon exemple, parce que les Français peuvent aller vérifier, vous avez aujourd'hui des supermarchés qui investissent tout simplement dans des rayons avec des portes, et donc si vous avez un rayon avec des portes, eh bien vous économisez beaucoup d'énergie, si vous n'avez pas de porte, ça veut dire que vous réfrigérez votre rayon, mais aussi tout le magasin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Soutien aussi à la sortie des chaudières à fuel.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui. Aujourd'hui, en France, il y a près de 4 millions de Français qui se chauffent au fuel, par le passé c'était une des chaudières, d'ailleurs, que les chauffagistes installaient facilement. Nous avons déjà, aujourd'hui, un crédit d'impôt transition énergétique qui permet jusqu'à 30 % de financer le changement, nous allons élargir, c'est ce que nous proposons aussi comme accompagnement, augmenter ce niveau, on va en discuter avec, non seulement à l'Assemblée, mais avec les professionnels…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jusqu'où ?

FRANÇOIS DE RUGY
Nous allons sans doute intégrer aujourd'hui un certain nombre de travaux qui n'étaient pas les travaux d'installation, d'enlèvement des vieilles chaudières, etc., alors qu'il y avait juste l'équipement qui était subventionné, et nous allons voir avec les professionnels. Notre objectif, et ça nous allons le faire dans la durée, pas simplement là maintenant alors que les prix du pétrole augmentent, c'est qu'en France on puisse sortir, que les Français soient libérés de ces chaudières au fuel parce que c'est ce qui émet le plus de gaz à effet de serre comme mode de chauffage.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La Programmation Pluriannuelle de l'Energie c'est pour quand ?

FRANÇOIS DE RUGY
C'est pour la fin du mois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Fin du mois ?

FRANÇOIS DE RUGY
Normalement le 30 octobre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous sommes aujourd'hui le 18, normalement le 30 octobre.

FRANÇOIS DE RUGY
Dans 12 jours, d'ici 12 jours.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui va présenter, c'est le président de la République ou c'est vous ?

FRANÇOIS DE RUGY
Je pense que le président de la République s'engagera personnellement, en tant que chef de l'Etat, et je trouve que c'est un très bon signe, sur cette question, qui est la stratégie de la France pour les 10 ans qui viennent, parce qu'il faut être précis vis-à-vis des Français, parce qu'avec les sigles on s'y perd, la stratégie pour les 10 ans qui viennent, dans le domaine de l'énergie, pas simplement d'ailleurs dans le domaine de l'électricité, ce sera aussi les carburants, ce sera aussi le gaz renouvelable, ce sera aussi la chaleur, on parlait du chauffage, vous savez que se développent dans beaucoup de villes, même des communes moyennes, ou petites, des réseaux de chaleur, c'est ce qui coûte le moins cher et c'est ce qui est le plus écologique. Vous savez, mon objectif, d'ailleurs, d'une manière générale, c'est qu'on fasse une bonne alliance entre la protection de la planète et la protection du porte-monnaie, parce que quand on fait des économies d'énergie on pollue moins, et on dépense moins.

JEAN-JACQUES BOURDIN
De nouveaux EPR seront construits ?

FRANÇOIS DE RUGY
Alors, ça, c'est un sujet…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Franchement…

FRANÇOIS DE RUGY
Non, mais c'est l'avenir de la filière nucléaire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais…

FRANÇOIS DE RUGY
Industrie nucléaire française...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous, vous êtes favorable à la construction de nouveaux EPR ou pas ?

FRANÇOIS DE RUGY
Moi, je dis des choses, j'essaie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Franchement…

FRANÇOIS DE RUGY
J'essaie qu'on soit rationnel, et donc qu'on regarde le coût, le coût…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, aujourd'hui, ça coûte trop cher ?

FRANÇOIS DE RUGY
Aujourd'hui, le projet EPR de Flamanville, il n'est pas encore opérationnel, alors qu'il aurait déjà dû être mis en service il y a plusieurs années, et son coût a dérivé. En Angleterre, EDF, la filière nucléaire française, a passé un contrat avec un coût du kilowattheure, du mégawatheure, qui est de 100 euros à peu près, eh bien, c'est 40 % de plus que le prix du marché, et c'est 40 % de plus que l'éolien terrestre ou le photovoltaïque, donc il faudra se poser la question. Et par ailleurs, il faut être concret, si on veut ouvrir de nouvelles centrales nucléaires, un jour, c'est-à-dire, on parle dans dix ans, eh bien, il faudra en fermer plus et plus vite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La Montagne d'or en Guyane, est-ce que, franchement, il faut donner l'autorisation, franchement ?

FRANÇOIS DE RUGY
Alors, nous avons fait un débat public, la Commission nationale du débat public a rendu son rapport, il y a quelques semaines, et a conclu qu'il y avait beaucoup de problèmes, problèmes de fond…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous dites non ce matin ?

FRANÇOIS DE RUGY
Et problèmes de forme. Moi, j'ai dit, dès que j'ai été nommé, que ce projet devait être revu de fond en comble, je le redis, et par ailleurs…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous dites non ce matin ?

FRANÇOIS DE RUGY
Je fais les choses dans l'ordre, avec les élus de Guyane, que je vais rencontrer la semaine prochaine, donc voyez que ce n'est pas à la Saint-Glinglin, et donc les élus de Guyane, nous allons discuter ensemble, voir comment on peut sortir de ce problème…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ça vous paraît un projet irréaliste, sincèrement, aujourd'hui ?

FRANÇOIS DE RUGY
Eh bien, non seulement, alors, ce n'est même pas uniquement la question de savoir s'il est réaliste ou pas, c'est qu'il pose beaucoup de problèmes environnementaux il pose aussi des problèmes, on va dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
300 à 400 millions d'euros d'argent public…

FRANÇOIS DE RUGY
Sur la façon de conduire...

JEAN-JACQUES BOURDIN
... Enfin, bon, etc., etc.

FRANÇOIS DE RUGY
Il y a beaucoup de problèmes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Du cyanure, enfin, bon, c'est une catastrophe…

FRANÇOIS DE RUGY
Mais par ailleurs, il faut aussi être…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Battez-vous contre…

FRANÇOIS DE RUGY
Mais, je travaille, vous savez, moi, je préfère créer les conditions de bonnes décisions sans faire forcément des déclarations tonitruantes, mais il y a des décisions qui seront prises dans les semaines qui viennent sur ce projet qui de fait est un mauvais projet…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes très réticent. Mauvais projet. Est-ce que vous connaissiez Emmanuelle WARGON avant qu'elle ne soit nommée secrétaire d'Etat auprès de vous, sincèrement ?

FRANÇOIS DE RUGY
Je l'ai rencontrée, et le président de la République…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous la connaissiez avant ?

FRANÇOIS DE RUGY
Et le président de la République et le Premier ministre m'ont consulté…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, d'accord, mais…

FRANÇOIS DE RUGY
Mais je ne la connaissais pas avant…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne la connaissiez pas…

FRANÇOIS DE RUGY
J'aurais pu parce que vous savez qu'elle a travaillé dans le domaine social sur la Garantie Jeunes dans le précédent mandat, sous le précédent gouvernement à la demande d'ailleurs de Michel SAPIN, qui était ministre du Travail à l'époque, elle a travaillé sur le RSA, dans le gouvernement encore précédent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle a aussi défendu l'huile de palme…

FRANÇOIS DE RUGY
Dont Martin HIRSCH était le haut-commissaire au RSA…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle a aussi défendu l'huile de palme…

FRANÇOIS DE RUGY
Elle était, depuis trois ans, au sein du groupe DANONE, après avoir fait une longue carrière de fonctionnaire, au service plutôt des questions sociales, de travail, d'emploi et formation. Elle a travaillé pendant trois ans au sein du groupe DANONE…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, non, mais d'accord, mais enfin, ce n'est pas une raison pour défendre l'huile…

FRANÇOIS DE RUGY
Mais est-ce que c'est interdit ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est interdit quoi, l'huile de palme ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non, non, d'être nommée secrétaire d'Etat quand on a travaillé dans le privé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non, non, d'accord, mais c'est gênant…

FRANÇOIS DE RUGY
Ou quand on a été haut fonctionnaire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non, mais je suis d'accord avec vous. Mais c'est gênant quand même cette prise de position…

FRANÇOIS DE RUGY
Non, mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, sincèrement ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ce qui serait gênant, c'est si elle disait en tant que secrétaire d'Etat aujourd'hui : nous allons développer l'usage de l'huile de palme en France alors que ce n'est pas notre politique, bon. Mais, en revanche, moi, je vais vous dire, parce qu'il faut être concret, elle a oeuvré au sein du groupe DANONE pour enclencher, conduire des transformations, et sur quels sujets ? Parce que le groupe DANONE, c'est un groupe agro-alimentaire, que tous les Français connaissent, c'est l'eau en bouteille, donc c'est la question de : qu'est-ce qu'on fait des bouteilles plastique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quatrième plus gros producteur de plastique dans le monde…

FRANÇOIS DE RUGY
Est-ce qu'on les réduit, est-ce qu'on les recycle. Qu'est-ce qu'on fait d'une manière générale des déchets…

JEAN-JACQUES BOURDIN
TOTAL en fabrique en Arabie saoudite pour aller le vendre en Chine. Vous avez vu ça ?

FRANÇOIS DE RUGY
Bon, et justement, donc qu'est-ce qu'on en fait ? Et est-ce qu'on change ? Et elle, c'est ce qu'elle a commencé à enclencher, elle a vu les difficultés, les obstacles, les inerties, le conservatisme, eh bien, moi, je trouve que cette expérience, elle est très intéressante pour le gouvernement et pour mon ministère, c'est-à-dire d'avoir à la fois une bonne connaissance des aspects sociaux, vous savez, elle sera à mes côtés pour rencontrer les élus et les responsables des centrales à charbon, eh bien, c'est un enjeu social aussi en même temps que d'être un enjeu écologique. Et donc son expérience de conduire des transformations, moi, je trouve qu'elle est tout à fait utile pour le gouvernement, c'est d'ailleurs ce qu'a souhaité faire Emmanuel MACRON depuis sa nomination, c'est avoir des gens qui ont des expériences dans la vie professionnelle, privée, dans les entreprises, dans l'Etat, comme des gens qui ont une expérience politique comme la mienne, vous voyez, nous avons deux profils complètement différents, moi, j'ai une expérience d'élu, d'élu de terrain, d'élu national, de responsable politique, et elle, elle a une expérience de la haute Fonction publique, et par ailleurs, dans le domaine social, et par ailleurs, dans une entreprise privée, eh bien, je crois que c'est bien la coopération de ces deux expériences qui sera utile pour ce ministère.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci François de RUGY d'être venu nous voir ce matin.

FRANÇOIS DE RUGY
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 octobre 2018

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