Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec Public Sénat le 18 octobre 2018, sur les perquisitions concernant la France Insoumise, les relations avec l'Arabie saoudite après l'assassinat d'un journaliste saoudien, la politique économique et sur le Brexit. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec Public Sénat le 18 octobre 2018, sur les perquisitions concernant la France Insoumise, les relations avec l'Arabie saoudite après l'assassinat d'un journaliste saoudien, la politique économique et sur le Brexit.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno, VIGUIER Cyril.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances;

ti :

CYRIL VIGUIER
L'invité politique ce matin, en direct sur ce plateau, c'est le ministre de l'Economie et des Finances. Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Et merci d'être là avec nous ce matin. Pour vous interroger à mes côtés, Marcelo WESFREID du FIGARO, pour Public Senat. Bonjour Marcelo.

MARCELO WESFREID
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Et bonjour Patrice MOYON de Ouest France.

PATRICE MOYON
Bonjour Cyril.

CYRIL VIGUIER
Merci d'être là, vous êtes spécialiste économie de ce plus grand quotidien régional de France, d'abord, et premier quotidien d'Europe francophone. Bruno LE MAIRE, Jean-Luc MELENCHON est entendu ce matin par la Police judiciaire à Nanterre, dans le cadre de deux enquêtes préliminaires sur les emplois présumés fictifs d'assistants parlementaires européens et sur ses comptes de campagne de 2017. Quand vous avez vu les images que nous avons tous vues, hier, vous avez pensé quoi, vous, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
D'abord, j'ai pensé qu'il avait fondu un plomb, et que ce comportement était inacceptable. La justice est la même pour tous, personne n'est au-dessus des lois, et la personne de Jean-Luc MELENCHON n'est pas sacrée. Il est un citoyen comme les autres, comme je suis un citoyen comme les autres. Et puis, au-delà de ça, c'est des images qui m'ont choquées, parce que toute cette mise en scène…

CYRIL VIGUIER
On les voit pendant que vous parlez.

BRUNO LE MAIRE
... est révoltante, mise en scène d'un homme politique qui met à mal les règles de droit, qui s'en prend à des fonctionnaires de police qui font leur travail, qui est un travail qui n'est pas facile. Si la justice a ordonné ces perquisition, c'est qu'elle a les faits nécessaires pour le faire, et la justice, je le rappelle à monsieur MELENCHON, est indépendante dans notre pays.

MARCELO WESFREID
Est-ce que Jean-Luc MELENCHON a encore sa place, pour vous, au Parlement comme élu ?

BRUNO LE MAIRE
C'est à Jean-Luc MELENCHON de tirer toutes les conséquences de son comportement d'hier. Je pense que le plus simple pour Jean-Luc MELENCHON, comme ça arrive à chacun, chacun peut faire des erreurs dans sa vie, le mieux c'est de le reconnaître et de s'excuser, et je pense que ce serait à l'honneur de Jean-Luc MELENCHON de s'excuser, auprès des fonctionnaires de police qu'il a maltraités, et auprès de la justice qu'il a insultée, en remettant en cause son indépendance.

MARCELO WESFREID
Est-ce que vous avez vu au passage, les images de son échange avec une journaliste de la télévision publique, avec un accent du Sud, de Toulouse, et il se moque de son accent. Comment vous réagissez ?

BRUNO LE MAIRE
Non, je n'ai pas vu, enfin je vais vous dire, je ne passe pas mes journées à regarder les vidéos de monsieur MELENCHON qui sont mises en scène sur les réseaux sociaux, j'ai mieux à faire. Simplement, il s'en est pris à la justice française, je pense que ce n'est pas acceptable dans un Etat de droit. Il s'en est pris à des fonctionnaires de police qui font un travail difficile, dans ce cas-là comme dans d'autres, je pense que le mieux pour Jean-Luc MELENCHON serait de reconnaître : « J'ai dérapé, je m'excuse ».

MARCELO WESFREID
Alors, avant d'aborder les dossiers territoriaux, il y a une polémique cette fois mondiale, elle concerne, c'est un journaliste d'Arabie Saoudite qui a été tué et dépecé semble-t-il, c'est assez atroce, dans un consulat en Turquie. Vous êtes attendu le 23 octobre à Ryad pour un forum d'entrepreneurs. Est-ce que vous irez dans ce contexte ?

BRUNO LE MAIRE
Non, je n'irai pas à Ryad la semaine prochaine. Le président de la République l'a dit très clairement, ces faits sont graves et nous voulons savoir toute la vérité.

MARCELO WESFREID
Vous boycottez ce rendez-vous.

BRUNO LE MAIRE
Les conditions ne sont pas réunies aujourd'hui pour que je me rende à Ryad, à un forum des investisseurs. J'ai appelé hier mon homologue saoudien pour l'avertir que je ne participerai pas à ce forum.

CYRIL VIGUIER
Quelle a été sa réaction ?

BRUNO LE MAIRE
L'essentiel maintenant, c'est que toute la vérité, toute la lumière soit faite sur cette affaire.

CYRIL VIGUIER
Quelle était la réaction de votre collègue saoudien ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense qu'il peut parfaitement comprendre que dans les circonstances actuelles, le ministre de l'Economie et des Finances français ne se rende pas à Ryad. Il faut que la vérité soit faite, l'affaire est grave, les faits sont graves, ça heurte beaucoup de monde à travers la planète, donc c'est aujourd'hui au pouvoir saoudien de faire toute la lumière sur cette affaire. Mais en attendant que les investigations soient menées jusqu'au bout, en attendant que la lumière soit faite, je crois que le mieux est de ne pas se rendre à Ryad.

MARCELO WESFREID
Ça remet en cause nos relations diplomatiques avec l'Arabie Saoudite, ce sont nos alliés actuellement.

BRUNO LE MAIRE
Non, absolument pas. Ryad et l'Arabie saoudite ce sont des partenaires stratégiques pour la France, à bien des titres, là aussi le président de la République a eu l'occasion de le rappeler, Jean-Yves LE DRIAN, on le rappelle régulièrement, donc ça ne remet pas en cause ce partenariat stratégique entre la France et l'Arabie Saoudite, mais pour le moment, il y a des faits qui sont graves, toute la lumière doit être faite et donc je ne me rendrai pas à Ryad la semaine prochaine.

CYRIL VIGUIER
Manifestation aujourd'hui des retraités, Bruno LE MAIRE, notre chaîne partenaire sur la Côte d'Azur, Azur TV, a rencontré pour nous un retraité qui souhaitait vous interpeller. On l'écoute et on revient à vous.

UN RETRAITE
Bonjour Monsieur le Ministre. Donc, je vois que bon la CSG augmente, les retraites le contraire, baissent. Et si vous commencez, d'une façon systématique, à augmenter un petit peu la CSG et ne pas du tout augmenter les retraites, eh bien non seulement les retraités vont perdre mais c'est tout, ce qu'il y a tout autour, c'est-à-dire les commerces, et les métiers de bouche et tout. Donc, qu'allez-vous faire Monsieur le Ministre pour remédier à ça et être un peu plus, disons, correct et surtout honnête avec les retraités ?

CYRIL VIGUIER
Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Il y a un effort important qui a été demandé aux retraités, et ça je le reconnais très volontiers. C'est un choix de politique économique et c'est un choix que j'assume, que je mets en oeuvre, parce que l'objectif c'est, avec cette hausse de la CSG, de financer la revalorisation des salaires de millions de salariés français. C'est ça l'objectif, et je veux le redire aux retraités à qui on a demandé un effort, aujourd'hui des millions de salariés voient que leur salaire net augmente, parce qu'on a supprimé les cotisations assurance chômage, supprimé les cotisations assurance-maladie et c'est financé par cette augmentation de la CSG pour les retraités. Je veux redire également que pour tous les petits retraités, il y a des efforts considérables qui ont été faits : revalorisation des petites retraites, nous allons à la demande du Premier ministre examiner un lissage sur environ 300 000 personnes, pour que l'effet de seuil soit moins important, donc il y a un effort qui est demandé aux retraités, nous le lissons pour les plus petites retraites et le sens de tout cela. C'est mieux valoriser le travail en France.

PATRICE MOYON
Valoriser le travail, mais Valérie RABAULT, députée socialiste, dans un entretien aux Echos dit qu'entre la moindre revalorisation des retraites et la hausse de la CSG c'est un demi-mois de pouvoir d'achat en moins pour les retraités. Qu'est-ce que vous lui répondez ?

BRUNO LE MAIRE
Je réponds qu'elle peut intégrer là-dedans la suppression de la taxe d'habitation, qui va se faire progressivement sur le quinquennat, et quand vous regardez le montant de la taxe d'habitation, je pense que Valérie RABAULT pourra revoir ses chiffres. Donc il faut intégrer l'ensemble de la politique économique du gouvernement. Je lui réponds que, aujourd'hui, la priorité, la priorité absolue du ministre de l'Economie, c'est de créer de l'emploi, de l'activité et de la prospérité pour tous les Français, et qu'à force d'avoir couru plusieurs lièvres à la fois, comme on l'a fait depuis 30 ans, dans telle priorité, on saupoudre ici ou là, on est arrivé à rien. Moi j'ai une priorité : de la prospérité pour tous les Français, sur tous les territoires. Et c'est vrai que ça nous conduit à demander des efforts à certains, et je le reconnais bien volontiers que ce sont des efforts qui sont parfois difficiles, lourds, mais au bout du compte vous aurez une France dans laquelle enfin, enfin, enfin, le travail sera récompensé.

PATRICE MOYON
Mais on se voit bien que c'est une question sensible, y compris dans les rangs de la majorité, puisque des députés de La République En Marche, contre l'avis du gouvernement, ont fait adopter un amendement permettant de moduler la hausse de la CSG. Qu'est-ce que, comment est-ce que vous comprenez ces divergences ?

BRUNO LE MAIRE
Moi je le comprends parfaitement la sensibilité du sujet. Vous savez, je suis élu local. Je suis élu à Evreux, je me rends dans ma circonscription et puis je circule le plus possible en France, j'étais il y a quelques jours dans le Morbihan. Tous les retraités que j'ai rencontrés, même quand je suis descendu à la gare d'Auray, il y avait le Conseil municipal qui a eu la gentillesse de m'accueillir, il y avait les retraités dans le Conseil municipal, la première chose qu'ils m'ont dite c'est : écoutez, les retraites pour nous c'est dur. Donc on n'est pas déconnecté, il n'y a pas un gouvernement qui serait claquemuré à Paris et puis et des élus locaux qui sauraient mieux que les autres ce qui se passe sur le terrain. Nous sommes tous conscients de l'effort qui a été demandé aux retraités. Moi j'écoute les propositions qui sont faites pas la majorité, c'est son rôle de nous alerter, de nous avertir, de faire des propositions, mais moi je suis là pour tenir un cap, celui qui a été fixé par le président de la République : créer des emplois pour tous, et que ces emplois soient les mieux rémunérés possible.

MARCELO WESFREID
Alors, toujours cette majorité décidément remuante, a fait passer un autre amendement pendant l'examen du budget, c'est sur la question de la demi-part des veuves, c'est-à-dire elle a prévu des systèmes pour faire un geste en direction des personnes qui sont touchées par cette suppression. Alors pourquoi ne pas revenir sur, ne pas rétablir cette demi-part des veuves qui a été rappelons-le supprimée sous Nicolas SARKOZY ?

BRUNO LE MAIRE
Mais, je comprends toutes les inquiétudes, toutes les attentes qui peuvent être manifestées par notre majorité. J'étais hier soir sur le banc pour examiner le projet de loi de finances, jusque vers 01h00 du matin et j'y retourne dans quelques instants. Et moi j'aime beaucoup ces débats. Et c'est le rôle de la majorité de nous alerter, de faire des propositions. Mais sur la demi-part des veuves, moi je ne pense pas que ce soit aller dans la bonne direction. On peut toujours redonner aux uns, redonner aux autres, et je vais vous dire, si j'avais des milliers de milliards d'euros disponibles dans les caisses de l'Etat, à redistribuer à ceux qui en ont le plus besoin, mais je serais très heureux de pouvoir le faire, mais il y a, au-delà de l'exigence de création de travail et d'emploi pour tous les Français bien rémunérés, il y en a une deuxième, et les deux vont ensemble : il faut rétablir les comptes publics français.

MARCELO WESFREID
Attendez, qu'on vous comprenne bien, est-ce que vous êtes contre cet amendement, est-ce que vous pensez qu'il va dans la mauvaise direction ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne dis pas qu'il va dans la mauvaise direction, je dis simplement que pour nos finances publiques, aujourd'hui, il n'est pas soutenable, c'est tout ce que je dis. Nous avons aujourd'hui une nécessité absolue, c'est de rétablir les finances publiques françaises.

MARCELO WESFREID
C'est votre majorité qui a fait passer cet amendement mardi.

BRUNO LE MAIRE
Bien entendu, ça ne m'a pas échappé, mais je redis que pour moi le rétablissement des finances publiques c'est une priorité, nous le faisons en prêtant une attention particulière aux personnes qui sont les plus fragiles, je redis qu'on a fait un mouvement important pour les petites retraites, nous allons revaloriser l'allocation adulte handicapé, nous allons le faire sur la prime pour l'emploi pour aider tous ceux qui aujourd'hui ne trouvent pas de travail et en reprendre un dans les meilleures conditions possibles, mais il y a un moment donné où il faut que nous puissions présenter des finances publiques saines. Parce que, ce que je constate, depuis 30 ans…

PATRICE MOYON
Une dette publique d'ailleurs qui est en train de battre des records.

BRUNO LE MAIRE
Mais oui, mais vous voyez bien que…

PATRICE MOYON
100 % du PIB.

BRUNO LE MAIRE
Il y a des exigences qui sont parfois totalement contradictoires. D'un côté on va me dire : il faut donner de l'argent pour les veuves. Pourquoi pas, bien entendu que je comprends à quel point le problème peut être sensible. Ma mère est veuve, donc je le sais que ça peut être un sujet sensible, mais de l'autre côté on va me dire : le niveau d'endettement atteint des niveaux catastrophiques, il faut absolument réduire cet endettement. Moi je tiens le cap, c'est mon rôle de ministre de l'Economie et des Finances. Je veux une France qui crée du travail, et dans laquelle les gens qui travaillent ne sont pas en difficulté parce que leur rémunération augmente grâce à la suppression des cotisations, aux heures supplémentaires et l'intéressement. Et je veux dans le même temps, et c'est absolument essentiel, rétablir des finances publiques, parce que quand on engage toujours plus de dépenses publiques, qu'est-ce qui se passe ? Moi je veux bien qu'on dépense 203, 300, 400, 500 millions d'euros, un milliard de plus, pour aider les uns ou pour aider les autres. Demain, nous serons obligés d'augmenter les impôts pour financer ces dépenses supplémentaires. Et je refuse d'augmenter ces impôts.

MARCELO WESFREID
Bruno LE MAIRE, on apprend aujourd'hui que les communes de plus de 100 000 habitants pourront installer des péages à leur entrée pour éviter la circulation trop dense, de fait c'est des taxes en plus pour les gens.

BRUNO LE MAIRE
Mais la cohérence qui est derrière tout ça, le travail, le rétablissement des finances publiques et la lutte contre le réchauffement climatique qui passe par une action forte sur le logement et les transports, qui sont les 2 secteurs les plus émetteurs de CO2 et qui posent le plus de problèmes sur le réchauffement climatique.

PATRICE MOYON
Mais vous savez bien que la…

BRUNO LE MAIRE
Donc moi je veux qu'on offre la possibilité aux communes qui le souhaitent, de mieux contrôler ces trafics routiers qui sont excessifs et les péages peut être une solution.

PATRICE MOYON
Mais vous savez bien que les plus modèles, souvent parce que le logement est trop cher, ont dû aller, doivent aller habiter à 30, 40, voire parfois 50 km, donc avec un péage urbain ce sont encore les plus modestes qui vont payer la facture de la transition énergétique.

BRUNO LE MAIRE
Ce sera aux communes, c'est elles qui ont la liberté de mettre ou non en place ces péages. Ce sera à elles d'étudier aussi les modalités pour que les ménages modestes soient les moins touchés. Par ailleurs, la question que vous posez, elle est très intéressante, parce que ça pose la question de notre modèle de développement économique. Qu'est-ce que nous voulons à échéance de 25 ou de 30 ans ? La responsabilité d'un politique ce n'est pas d'avoir le nez collé contre la vitre, c'est de regarder loin devant lui. Ce que je souhaite quand je parle de nouvelle prospérité française, c'est une prospérité pour tous les Français, et sur tous les territoires. Je souhaite, et c'est pour ça que je me bats tant pour qu'on maintienne l'emploi sur des communes rurales, dans des départements qui sont plus reculés, parce que le développement économique ne doit pas se concentrer exclusivement dans des grandes métropoles qui seront engorgées, saturées, mais il doit se développer sur tout le territoire, c'est un des enjeux majeurs.

CYRIL VIGUIER
Mais, Bruno LE MAIRE, il y a aussi le prix à la pompe que paient les gens dans leur vie quotidienne, qui augmente régulièrement, ça va de pair avec ces péages…

BRUNO LE MAIRE
Alors, on a ce débat depuis hier à l'Assemblée nationale, mais c'est un vrai débat, là encore, moi, je prends ma voiture tous les week-ends pour, soit, aller dans ma circonscription…

CYRIL VIGUIER
Sans chauffeur…

BRUNO LE MAIRE
Sans chauffeur, parce que je vois sur les réseaux sociaux : ah, lui, il ne sait pas, il a un chauffeur, non, désolé, je prends ma voiture le week-end, je conduis mes enfants, je vais à la pompe, je vois 1,53 euro, 1,54 le litre, c'est cher, je vois bien que mon plein, il est passé de 65, 68 euros à 75, 77 euros, et encore, je n'ai pas la chance ou la difficulté qu'ont certains de devoir prendre tous les jours leur voiture pour se rendre sur le lieu de travail, donc j'ai conscience que pour tous ceux qui travaillent, qui sont dans des zones rurales, qui n'ont pas d'autre choix que de prendre leur voiture, oui, aujourd'hui, c'est plus cher, mais nous devons accélérer la conversion, nous devons faire en sorte d'offrir des solutions à toutes ces personnes pour que, demain, sur le long terme, ce soit moins cher pour elles, la prime à la conversion, 1.000 euros pour ceux qui aujourd'hui payent l'impôt sur le revenu, 2.000 euros pour ceux qui ne sont pas soumis à l'impôt sur le revenu, ça doit permettre à tous ceux qui sont obligés de prendre leur véhicule de changer leur véhicule dans les meilleures conditions possibles, et de réduire leur consommation de carburant au bout du compte, parce que quand vous changez de véhicule, en règle générale, vous prenez un véhicule qui consomme 10 à 15 % de moins ; aller vers le futur, aller vers cette transition écologique, ça demande des choix politiques courageux, c'est ce que nous faisons…

PATRICE MOYON
Mais vous savez bien que la grande majorité du parc automobile français, aujourd'hui, ce sont des véhicules anciens, qui roulent au diesel, est-ce qu'il ne faudrait pas que le gouvernement aille plus loin justement dans le coup de pouce pour faciliter cette transition ?

BRUNO LE MAIRE
Mais j'y suis prêt, mais vous voyez bien que le choix politique, il est simple, soit, on défend le passé avec tous les risques que ça comporte et que je trouve inacceptables pour le réchauffement climatique, soit, on engage vraiment la transition énergétique et on soutient les Français pour qu'ils puissent aller dans cette direction de transition énergétique, notamment les ménages les plus modestes, c'est la prime à la conversion. Et pour répondre à votre question, moi, je suis prêt à ce qu'on améliore cette prime à la conversion, regardez, les véhicules hybrides rechargeables aujourd'hui ne sont pas traités de la même manière que les véhicules électriques, alors que l'hybride rechargeable, il y a beaucoup de véhicules notamment français qui sont disponibles sur le marché tout de suite, je souhaite que nous regardions comment est-ce que nous pouvons mieux intégrer dans la prime à la conversion les véhicules hybrides rechargeables.

PATRICE MOYON
Vous êtes prêt à faire des annonces sur ce sujet ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien, je vous les fais ce matin.

MARCELO WESFREID
La taxe d'habitation, le gouvernement a fait un geste important, mais certains maires en ont profité pour remonter un peu leur taux au passage, vous avez, le gouvernement, décidé de diffuser la liste des maires des communes qui en ont profité…

BRUNO LE MAIRE
La liste des communes, pas des maires…

MARCELO WESFREID
Des communes. Alors, les associations d'élus sont vent debout en disant que c'est une stigmatisation scandaleuse, est-ce que c'est la meilleure façon de retisser les liens avec les élus locaux ?

BRUNO LE MAIRE
C'est étonnant comme on nous demande de faire toujours la transparence sur les chiffres, sur les données, et moi, j'y suis très favorable, je fais la transparence sur quasiment toutes les données qui sont disponibles en matière de fiscalité pour que chacun puisse se faire son jugement et son opinion. Et là, quand on fait la transparence sur les communes, je dis bien les communes, pas les maires, qui font le choix d'augmenter leurs impôts locaux, là, tout d'un coup, ça devient absolument insupportable, anti-démocratique et inacceptable, moi, je crois à la transparence sur l'ensemble des décisions publiques. Certains maires ont fait le choix d'augmenter leurs impôts locaux, c'est leur choix, ils sont libres de le faire, mais je ne vois pas pourquoi cette information serait cachée aux Français.

CYRIL VIGUIER
C'est Bruno LE MAIRE, le ministre de l'Economie et des Finances, qui est notre invité politique ce matin en direct sur ce plateau. Les problèmes de l'adaptation, Bruno LE MAIRE, au monde industriel d'aujourd'hui avec le cas symbolique de l'usine Ford, à Blanquefort, on en a parlé dans le JT des territoires, il y a un instant, en Gironde, il est emblématique, ce problème. Vous y êtes allé cette semaine, avant de rentrer dans le détail, on va écouter un salarié de l'usine pas tout à fait comme les autres, vous allez le voir, il a été candidat à l'élection présidentielle, c'est Philippe POUTOU qu'a rencontré télé TV7, la chaîne du groupe Sud-Ouest, en Gironde, pour nous.

PHILIPPE POUTOU
Donc, le gouvernement, il a intérêt à sauver aussi la face, et le dossier FORD, c'est un dossier politique pour lui, un dossier important, et c'est peut-être ça l'intérêt qu'on a en commun, c'est que LE MAIRE veut montrer qu'il est capable de faire des trucs quand même, qu'il n'est pas juste un ministre godillot, et puis, d'un autre côté, nous, on a besoin de sauver nos emplois.

CYRIL VIGUIER
Ministre godillot, pas ministre godillot ?

BRUNO LE MAIRE
Je reconnais bien monsieur POUTOU, que j'ai eu l'occasion du coup de rencontrer assez souvent, mais c'est vrai, ça n'arrivera peut-être pas très souvent, mais nous sommes sur la même ligne avec monsieur POUTOU, il faut sauver les emplois. Et je pense qu'on ne bâtit pas l'industrie du futur, l'industrie 4.0, sur les ruines de l'industrie d'hier. Cette idée qu'il faut tout détruire pour reconstruire, je n'y crois pas, je crois à des processus progressifs, où on garde nos capacités industrielles, où on garde nos implantations dans toute la mesure du possible. Aujourd'hui, sur le site de Blanquefort, il y a 864 emplois…

CYRIL VIGUIER
Et vous avez un repreneur !

BRUNO LE MAIRE
Il y a un repreneur qui est disponible, il s'appelle PUNCH, et qui va demander des efforts à Blanquefort et qui va demander des efforts aux salariés, mais qui permet de maintenir ouverte l'usine de Blanquefort, et FORD, celui avec lequel on travaille depuis deux ans, m'explique : eh bien, non, on ne veut pas de repreneur, nous, on veut fermer, on ne veut plus entendre parler de cette usine, on ferme, et puis, ensuite, on s'en va. Mais c'est une attitude que j'estime irresponsable, je l'ai dit au président de FORD, j'ai eu une longue discussion avec lui lundi, pour lui dire, franchement, cette décision, elle n'est pas acceptable pour le gouvernement français, elle n'est pas acceptable pour les élus locaux, Alain JUPPE et Alain ROUSSET, et elle n'est pas acceptable pour les salariés…

PATRICE MOYON
Alors Alain ROUSSET, justement, propose de modifier la législation pour obliger la société quand elle ferme, quand elle a repreneur, d'accepter, de l'obliger à accepter le repreneur. Est-ce que vous êtes prêt à modifier la législation ?

BRUNO LE MAIRE
Moi, je suis prêt à tout, regardez, je pense qu'il faut faire attention à l'attractivité de notre pays, et surtout, je crois qu'aujourd'hui, nous n'avons pas le temps d'engager des travaux sur une loi. Les délais se comptent en jours, c'est dans les jours prochains ou dans les semaines prochaines que FORD doit prendre une décision qui sera une décision définitive, et les choses sont très simples, soit FORD confirme sa décision de fermeture, et c'est fini, ce sera un plan social avec 864 emplois supprimés derrière, et je ne m'y résigne pas, je considère que c'est incompréhensible, inacceptable, et je vais vous dire, ce n'est pas le capitalisme dont je veux, ce capitalisme qui raye d'un trait de plume 864 emplois quand il y a une reprise disponible, ça n'est pas mon capitalisme et ça n'est pas ma vision de l'économie, ou alors nous arrivons à convaincre FORD, et dans ce cas-là, il y aura une reprise, les emplois sont maintenus, ce sera moins d'emplois, mais d'ici cinq ou dix ans, on peut espérer que le site de Blanquefort retrouve le même niveau d'emplois, voire davantage que celui qu'il a aujourd'hui. Moi, mon choix est fait, et je peux vous dire que je vais me battre avec toute l'énergie nécessaire pour que nous ayons gain de cause

MARCELO WESFREID
Bruno LE MAIRE, le grand quotidien Le Monde pourrait passer dans les mains d'un entrepreneur tchèque, est-ce que c'est un dossier que vous regardez au gouvernement de près ?

BRUNO LE MAIRE
Alors, nous regardons tous les dossiers, mais ma priorité aujourd'hui, je le dis très sincèrement, c'est Blanquefort, c'est ASCOVAL et les salariés d'ASCOVAL, c'est G.E, j'ai reçu hier le président de GENERAL ELECTRIC qui – je le rappelle – a des milliers d'emplois en France, GENERAL ELECTRIC traverse une passe extraordinairement difficile, donc j'ai eu un long échange hier avec le président de G.E pour lui dire : vous ne faites pas de suppressions d'emplois sèches en France, vous gardez les sites ouverts, il est aujourd'hui sur le site de Belfort, donc ce sont ça aujourd'hui mes priorités.

MARCELO WESFREID
Alors, la semaine a été marquée par le remaniement, les sondages – il y a un sondage Odoxa aujourd'hui qui sort – montrent que les Français sont sceptiques et se demandent à quoi bon tout ça, pourquoi avoir attendu aussi longtemps, qu'est-ce que ça va concrètement changer ce changement d'équipe ?

BRUNO LE MAIRE
Moi, je crois que le plus important dans ce changement, je vais peut-être vous surprendre, c'est la continuité de la politique, vous savez, les hommes et les femmes, ils passent, les équipes ministérielles, elles peuvent changer, personne n'est irremplaçable.

MARCELO WESFREID
Ça n'est pas un changement, vous avez bien vu l'impopularité du chef de l'Etat.

BRUNO LE MAIRE
Non, moi, je crois surtout que le plus important dans le message qu'a passé le chef de l'Etat, c'est la constance de la politique, parce que sur tous les grands sujets qu'on vient d'aborder, que ce soit la transformation industrielle du pays, que ce soit la transformation pour faire face au changement climatique et la nouvelle fiscalité verte, qui va nous amener à changer nos comportements, que ce soit la politique pour l'emploi, la meilleure rémunération du travail, il n'y a que la constance qui paiera. Regardez sur le financement du travail et la meilleure rémunération, on a commencé par la suppression des cotisations assurance maladie, assurance chômage, d'ici quelques mois, nous aurons supprimé, au 1er janvier 2019, nous aurons supprimé le forfait social, la taxe de 20 % sur l'intéressement, et j'ai bon espoir que des millions de salariés demain pourront bénéficier de l'intéressement, alors qu'aujourd'hui, ils n'y ont pas droit. Ensuite, nous aurons la suppression des cotisations salariés sur les heures supplémentaires, c'est cette politique de long terme qui, au bout du compte, fera que d'ici 12 mois, 14 mois, 20 mois, je ne sais pas, des millions de Français se rendront compte que, tiens, l'idée que le travail paie, effectivement, on le constate au quotidien dans notre rémunération, c'est la constance qui paiera.

CYRIL VIGUIER
Alors il y a des embûches sur notre route, Bruno LE MAIRE, c'est ce no deal avec les Anglais, on se dirige tout droit vers un no deal avec des problématiques quotidiennes pour les gens, les camions qui passeront moins bien, des conséquences directes pour nous, comment vous jugez cette situation aujourd'hui, vous êtes le ministre de l'Economie et des finances ?

BRUNO LE MAIRE
Du point de vue économique, ce n'est évidemment pas une bonne nouvelle, le président de la République l'a répété hier, nous allons tout faire pour essayer de trouver un accord, moi, je tiens à saluer le travail qu'a fait Michel BARNIER, il a fait un travail exceptionnel dans la négociation, et un deal est préférable à l'absence de deal. Mais le pire de tout, c'est le mauvais deal, c'est-à-dire un accord qui affaiblirait l'Union européenne, parce que ça laisserait la Grande-Bretagne, sortie de l'Union européenne, avoir accès au marché unique sans être obligée de se soumettre aux règles de production du marché unique, ça, ce n'est pas acceptable, c'est une ligne rouge absolue, on ne doit rien faire qui affaiblisse le marché unique ou l'Union européenne. Après, il vaut mieux être prévoyant, et à la demande du Premier ministre, nous avons engagé des travaux avec toutes les entreprises concernées, notamment les PME, les TPE, celles qui ont le moins de moyens financiers pour faire face à ce Brexit, en leur disant : voilà ce que vous devez faire, nous leur avons envoyé un certain nombre d'indications qu'elles doivent suivre dès maintenant pour se préparer à la possibilité qu'il n'y ait pas d'accord avec la Grande-Bretagne.

MARCELO WESFREID
Est-ce que vous êtes favorable à ce que l'on repousse à 2020 l'entrée concrète, la mise en place concrète du Brexit ? Qui actuellement, rappelons-le, est pour mars 2019.

BRUNO LE MAIRE
Michel BARNIER a indiqué, il a fait beaucoup de propositions dont une proposition nouvelle qui est de donner une période de transition d'un an supplémentaire.

MARCELO WESFREID
Vous y êtes favorable, la France...
BRUNO LE MAIRE

C'est au président de la République de trancher pour savoir si oui ou non c'est l'intérêt de la France d'avoir une année supplémentaire. Moi je crois que notre intérêt c'est de tout faire jusqu'à la dernière minute, pour avoir un accord avec la Grande-Bretagne, mais la ligne rouge absolue c'est une décision qui fragiliserait le marché unique et l'Union européenne. Enfin, je vais être très concret avec vous, si ce mug est produit en Grande-Bretagne, qui ne respecte pas les conditions environnementales ou de production du marché unique, mais qu'on laisse malgré tout ce mug rentrer librement dans le marché unique, on affaiblit tout le marché unique, ce n'est pas la peine de se mettre ensemble, de travailler ensemble, de fixer des règles ensemble, environnementales, de sécurité sanitaire, de sécurité de production. Donc ça ce n'est pas négociable. Parce que c'est notre avenir en commun à 27, qui est en jeu. Donc c'est à la Grande-Bretagne, qui a pris souverainement cette décision de sortir de l'Union européenne, de trouver les voies et moyens pour aller vers un accord. Mais ma responsabilité de ministre de l'Economie aujourd'hui c'est de dire à toutes les PME, toutes les TPE qui nous écoutent : nous avons engagé un travail d'information pour toutes les entreprises françaises, vous avez des décisions à prendre, vous avez des mesures conservatoires à prendre tout de suite, au cas où il n'y aurait pas d'accord, donc pour toutes les PME, TPE, entreprises françaises, qui sont concernées par le commerce avec la Grande-Bretagne, elles vont être informées, recevoir des informations directement de mon ministère, je leur recommande de suivre ces indications.

PATRICE MOYON
Bruno LE MAIRE autre sujet européen, sujet sur lequel vous êtes très en pointe, celui de la taxation des GAFA. Il y a un projet de directive qui devrait être adopté en janvier 2019, avec taxation de 3 % du chiffre d'affaires des GAFA, dès lors qu'ils réalisent 750 millions je crois, d'euros de chiffre d'affaires, qu'est ce qui coince aujourd'hui ? Il y a quand même un certain nombre de pays européens qui sont défavorables à ce projet, je pense à l'Irlande, est-ce que vous espérez obtenir un accord ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, mais ce qui coince, je vais vous dire très sincèrement, c'est comme toujours en Europe, c'est le manque de volonté politique, ce n'est qu'une question de volonté politique, la taxation des gens du numérique. Tous les problèmes techniques ont été réglés, et tous ceux qui avancent à nouveau des obstacles techniques, s'en servent de prétexte à leur absence de volonté politique. Il est temps que l'Europe sache ce qu'elle veut devenir, soit elle est un continent soumis…

PATRICE MOYON
Mais comment vous allez…

BRUNO LE MAIRE
... qui accepte que des gens du numérique comme GOOGLE, APPLE, AMAZON, aient 14 points de taxation de moins que les entreprises européennes ? Soit nous sommes un continent souverain, ce que nous voulons construire avec le président de la République, et dans ce cas-là la fiscalité internationale elle est la même pour tous. Les entreprises géantes du numérique doivent être taxées de la même manière que les entreprises françaises, allemandes, italiennes, espagnoles ou européennes. Et dès la semaine prochaine je me rendrai au Parlement européen, à Strasbourg, pour appeler tous les Etats européens à s'engager maintenant sans délai, pour conclure sur cette taxation des géants du numérique. Les discussions ça suffit, les palabres ça suffit, les prétextes ça suffit, il y a des millions de citoyens européens qui attendent aujourd'hui que les Etats et que les ministres des Finances prennent leurs responsabilités.

CYRIL VIGUIER
Vous voulez un accord.

BRUNO LE MAIRE
Nous, en France, nous avons pris nos responsabilités. Je veux un accord et surtout je veux une décision, parce que je vois venir des élections européennes, où des millions de citoyens vont nous dire : mais dites donc, vous faites quoi vous pour nous protéger, pour nous défendre ? Moi je vais voir des libraires, des petits commerçants, qui vont nous dire : vous faites quoi face aux géants du numérique pour qu'il y ait un peu d'équité fiscale ? Et je vais leur dire : on n'a rien fait ? Moi je dis à tous mes collègues ministres des Finances, tous ceux qui déjà se sont engagés, je les remercie, tous ceux qui hésitent encore : faites attention à ce qui se prépare en Europe. Des millions de citoyens aujourd'hui ne comprennent plus l'absence de décision en ordre.

CYRIL VIGUIER
Merci…

PATRICE MOYON
A quoi pourraient être affecté les 5 milliards d'euros de recettes ?

CYRIL VIGUIER
C'est fini…

BRUNO LE MAIRE
Déjà, ayons les recettes, prenons la décision, on sera bien quoi en faire.

CYRIL VIGUIER
Merci beaucoup Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie et des Finances d'avoir été notre invité politique


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 octobre 2018

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