Interview de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, avec France Info le 18 octobre 2018, sur les perquisitions concernant la France Insoumise, le remaniement ministériel et sur la politique du logement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, avec France Info le 18 octobre 2018, sur les perquisitions concernant la France Insoumise, le remaniement ministériel et sur la politique du logement.

Personnalité, fonction : DENORMANDIE Julien.

FRANCE. Ministre chargé de la ville et du logement

ti :
RENAUD DELY
Bonjour Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

RENAUD DELY
Alors, la France Insoumise a subi avant-hier une série de perquisitions dans ses bureaux au domicile aussi de Jean-Luc MELENCHON dans le cadre de deux enquêtes sur les assistants parlementaires d'une part et sur les comptes de la campagne présidentielle de 2017 d'autre part. Jean-Luc MELENCHON et certains de ses soutiens ont perturbé le déroulement de ces perquisitions. Tout le monde a vu ces images, voici ce qu'en disait Edouard PHILIPPE, le Premier ministre, c'était hier à l'Assemblée nationale, on l'écoute.

EDOUARD PHILIPPE – HIER
Les images que j'ai vues étaient d'une très grande violence. D'une très grande violence à l'égard de fonctionnaires de police qui exerçaient leur mission, d'une très grande violence à l'égard de procédures qui ne relèvent pas du gouvernement. Et je ne crois pas Monsieur le Député que nous gagnons quoi que ce soit à mettre en cause l'indépendance de la justice.

RENAUD DELY
Elle vous a choqué, Julien DENORMANDIE, l'attitude de Jean-Luc MELENCHON ?

JULIEN DENORMANDIE
Ah, les images m'ont profondément choqué, je suis tout à fait d'accord avec les propos du Premier ministre, les images elles étaient choquantes dans le comportement mais aussi dans les mots, les mots employés à l'encontre des fonctionnaires de police qui faisaient leur travail, dans le cadre de deux enquêtes que vous avez rappelé, sur l'une sur des emplois fictifs et l'autre sur…

MARC FAUVELLE
Présumés fictifs.

JULIEN DENORMANDIE
Présumés fictifs et l'autre sur des comptes de campagne. Il y a un Etat de droit, dans cet Etat de droit lorsque vous ouvrez des enquêtes, il y a la possibilité de faire des perquisitions, et ce qui est choquant c'est que monsieur MELENCHON doit, tout comme le parti de la France insoumise, respecter le fait qu'ils ne sont pas au-dessus des lois, que les lois s'appliquent à tout le monde, que les lois, d'autant plus lorsque vous avez voulu aspirer aux plus hautes fonctions, c'est-à-dire la fonction présidentielle, eh bien vous devez pleinement, entièrement les respecter. Et je vais vous dire, à l'Assemblée nationale, moi j'y étais, à l'Assemblée nationale ce qui était aussi très frappant c'est que, je ne sais pas si vous vous souvenez, mais Jean-Luc MELENCHON, fut un temps, avait critiqué très fortement Marine LE PEN au moment où Marine LE PEN ne voulait pas se soumettre justement aux demandes de la justice.

RENAUD DELY
Pendant la campagne présidentielle de 2017.

JULIEN DENORMANDIE
Pendant la campagne présidentielle. Eh bien aujourd'hui, lorsque Jean-Luc MELENCHON tient ces propos, il se fait applaudir par Marine LE PEN et par le Rassemblement national. Je pense que cela en dit long.

MARC FAUVELLE
Pourquoi Christophe CASTANER, le nouveau ministre de l'Intérieur, n'a-t-il pas porté plainte, si c'est si grave que ça ?

JULIEN DENORMANDIE
Parce qu'on va laisser les choses se faire. Moi je considère aussi que dans ce type de situation, il faut avoir une retenue, une retenue parce qu'on parle de quoi ? On parle d'une valeur fondamentale qui est la séparation des pouvoirs. Jean-Luc MELENCHON, dans ses propos, et c'est ça qui est choquant, pourrait sous-entendre qu'il y aurait une justice qui ne serait pas totalement indépendante du pouvoir exécutif. C'est purement et simplement scandaleux. L'un des fondements mêmes de notre République qui est complètement inscrit dans notre Constitution, c'est que la justice et le pouvoir exécutif sont totalement indépendants, totalement. Et c'est ça qui est le plus essentiel.

MARC FAUVELLE
Dans ce cas précis, on est dans le cadre, pardon d'être un peu technique, d'une enquête préliminaire qui a été ouverte, vous l'avez rappelé, pour des emplois présumés fictifs ou pour des comptes de campagne, et c'est donc bien un procureur qui est à la tête de cette enquête, procureur qui est nommé directement par le pouvoir et qui répond au pouvoir.

JULIEN DENORMANDIE
Mais, vous avez entendu comme moi les mots employés, les mots employés y compris pendant la perquisition à l'encontre des forces de police. Lorsque certaines personnes de la France insoumise peuvent sous-entendre que ces forces de police ne représentent pas les forces de police républicaines, ça veut tout dire. Aujourd'hui nous sommes dans un Etat de droit. Le président de la République, il est garant de la séparation des pouvoirs, c'est fondamental. Lorsque vous aspirez à être président de la République, vous devez en tout point respecter cette séparation des pouvoirs. Donc moi en tant que membre d'un gouvernement, je ne peux commenter les enquêtes judiciaires en cours. Je ne peux pas le faire, parce que je suis justement membre de cet exécutif. Mais quand j'entends la France insoumise ou Jean-Luc MELENCHON tenir ces propos ou avoir ces comportements, je suis effectivement choqué.

RENAUD DELY
Vous évoquez l'indépendance de la justice et la séparation des pouvoirs dont le président de la République est garant, Julien DENORMANDIE, mais on a appris il y a quelques semaines, il y a eu divers papiers qui ont été publiés à ce sujet que le président de la République il avait récusé dans un premler temps les trois premiers candidats à la succession du procureur de la République de Paris, François MOLINS, qui lui avaient été présentés par Nicole BELLOUBET, la garde des Sceaux.

JULIEN DENORMANDIE
Non mais ça, c'était vraiment un exemple type du faux débat.

RENAUD DELY
Pourquoi ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien parce que tout simplement le président de la République ou le Premier ministre ont respecté à la lettre, en tous points, la façon qu'on a de nommer les personnes que vous évoquez. Et de la même manière où certains essaient de faire naître des polémiques ici ou là, sur le cas présent, certaines oppositions ont essayé de faire naître une polémique là où il n'y en a absolument pas.

RENAUD DELY
Quand vous dites « on respecte en tout point la procédure », ça veut dire que ces candidats doivent aller plancher en quelque sorte, passer un oral devant le président de la République ou devant le Premier ministre ?

JULIEN DENORMANDIE
Non. Encore une fois, lorsque vous avez une procédure de nomination et que cette procédure elle est respectée, il n'y a aucun sujet derrière cela.

RENAUD DELY
En ce qui concerne le déroulement des perquisitions, la France insoumise s'est indignée du déploiement de forces, Jean-Luc MELENCHON évoquait une centaine de policiers qui ont été mobilisés, et le fait d'avoir été traité quasiment comme un criminel, comme un délinquant. Est-ce que cette mise en scène et ce déploiement de forces était justifié, est-ce qu'on n'en fait pas un peu trop ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais, dans votre question, elle est où la mise en scène ? Est-ce que la mise en scène c'est lorsque vous avez quelqu'un qui filme une perquisition, qui se filme en selfie dans une perquisition et qui ensuite la déploie sur tous les réseaux sociaux, pour montrer justement un comportement choquant à l'encontre des forces de l'ordre, est-ce qu'elle est là la mise en scène ou est-ce que la mise en scène se serait les forces de police, le pouvoir judiciaire qui, lorsqu'ils font une perquisition, vont perquisitionner plusieurs endroits, c'est plus d'une dizaine de lieux qui ont été perquisitionnés. Pourquoi plusieurs lieux ont été perquisitionnés ? Pour qu'au même moment l'ensemble des éléments et l'ensemble des preuves éventuelles puissent être collectés. Donc non, je pense que dans votre question, le terme de mise en scène n'est absolument pas du côté de la justice, il est clairement du côté de la France insoumise.

MARC FAUVELLE
Il n'y a rien pour vous qui soit gênant dans le fait par exemple de récupérer les téléphones portables, les agendas publics, les notes, d'un des visages de l'opposition en France, que tout cela parte, on a entendu Jean-Luc MELENCHON dire : « nos ordinateurs ont été siphonnés », encore une fois ce n'est pas Redoine FAÏD Jean-Luc MELENCHON, c'est l'un des leaders de l'opposition en France.

JULIEN DENORMANDIE
Ça je vous le confirme que ça n'est pas Redoine FAÏD…

MARC FAUVELLE
Vous nous le confirmez.

JULIEN DENORMANDIE
J'ai énormément de respect pour Jean-Luc MELENCHON, j'ai énormément de respect pour toutes les oppositions politiques, mais après…

MARC FAUVELLE
Ça ne pose pas un problème démocratique ?

JULIEN DENORMANDIE
Attendez, il y a une justice, une justice qui est indépendante. La justice fait son travail, la justice récupère les éléments dont elle a besoin. Dans cette question, ça pourrait là aussi sous-entendre qu'il puisse y avoir une utilisation de données récupérées par la justice, par d'autres, mais ça, ça n'existe pas dans un Etat de droit. La responsabilité du président de la République c'est justement d'avoir ces séparations du pouvoir. Donc non, laissons la justice faire son travail et c'est très bien ainsi.

MARC FAUVELLE
Julien DENORMANDIE, vous restez avec nous sur France Info, on est ensemble jusqu'à 09h00. On va jeter un oeil et une oreille aux titres de l'actualité à 08h40.

- Flash info -

MARC FAUVELLE
Julien DENORMANDIE, on va parler de la loi logement dans quelques instants, on va parler du remaniement également avec un sondage Odoxa pour France Info, mais d'abord on va redire un mot de Jean-Luc MELENCHON ou plutôt des propos tenus sur les réseaux sociaux par son avocat.

RENAUD DELY
Parce que justement à propos de son remaniement, son avocat, l'avocat de Jean-Luc MELENCHON a dénoncé sur Twitter la nomination de Gabriel ATTAL comme secrétaire d'Etat chargé de la jeunesse, il a évoqué une promotion canapé, parce que, explique l'avocat de Jean-Luc MELENCHON, celui-ci, Gabriel ATTAL vit en en couple avec quelqu'un qui appartient au cabinet de l'Elysée. Qu'est-ce que ça vous inspire ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est abject, c'est abject et je peux vous dire que je trouve ça même choquant que de tels propos puissent être relayés. Je veux dire, ce qui relève de la vie privée, de la vie privée, mais laissons-le dans la sphère de la vie privée. Moi je connais très bien que Gabriel ATTAL, depuis très longtemps, j'ai fait toute la campagne avec lui, je vous mets au défi de trouver quelqu'un qui ne salue pas les compétences de Gabriel ATTAL, qui est aujourd'hui la personne la plus jeune entrée dans un gouvernement sous la Vème République, parce que c'est une personne qui a porté des lois très compliquées, notamment sur la réforme Parcoursup, sur la réforme de l'entrée à l'université, c'est quelqu'un qui a fait énormément de bien à tous les étudiants qui nous écoutent aujourd'hui, et que certains puissent sous-entendre qu'il y ait de telle ou telle promotion, en essayant d'aller chercher des relations privées, pour une telle personne, je trouve ça scandaleux, abject, et je suis même choqué qu'on puisse en parler ce matin.

MARC FAUVELLE
Il faut des poursuites judiciaires ?

JULIEN DENORMANDIE
Je n'en sais rien, ce n'est pas la question des poursuites judiciaires, c'est juste une question de retenue et de déontologie, mais vous vous rendez compte, moi je me suis engagé en politique il y a 2 ans, je suis marié, j'ai 4 enfants, j'ai une vie privée, c'est mon jardin secret, c'est ce qui m'anime, c'est ce qui fait que je me lève le matin, est-ce que vous croyez que je m'engage en politique pour qu'ensuite un avocat ici ou là, un homme de droit en plus, si c'est un avocat, puisse aller sous-entendre que je fais tel ou tel métier par réseau que ma femme ou mes enfants auraient pu déployer ? Mais dans quel monde vit-on ? Gabriel ATTAL est quelqu'un de talent, c'est quelqu'un qui l'a démontré, c'est quelqu'un qui a été l'un des leaders de la majorité politique à l'Assemblée nationale. Mais faites le tour, allez dans l'Assemblée nationale, trouvez quelqu'un qui critique la compétence de cette personne. Et qu'aujourd'hui on puisse sous-entendre que de telles choses, je n'ai pas d'autre mot que de dire que je suis, je trouve cela totalement abjecte.

MARC FAUVELLE
Le remaniement, et on parle ensuite d'une loi qui concerne tous les Français, c'est la loi logement qui vient d'être adoptée.

RENAUD DELY
Le remaniement justement, il a fallu donc 15 jours, 15 jours d'attente pour que le président de la République et le Premier ministre modifient le gouvernement, et visiblement ces 15 jours d'attente n'ont pas satisfait les Français. Un sondage, un sondage Odoxa Dentsu-Consulting pour France Info et Le Figaro que nous publions ce matin révèle que 100 % des personnes interrogées sont insatisfaites de ce remaniement et considèrent que finalement tout ça pour ça, en quelque sorte, on en a, on a beaucoup attendu alors que le remaniement est d'une ampleur finalement assez modeste.

JULIEN DENORMANDIE
Moi je trouve que le remaniement il est le reflet du cap que le président de la République a rappelé lors d'une allocution télévisée il y a quelques heures, un cap très clair, c'est-à-dire qu'effectivement il n'y a pas de changement dans la politique, donc à celles et ceux qui s'attendaient à voir un virage ici ou là, non il n'y a pas de virage, il y a un cap très clair, il y a un projet politique, ce projet politique il a été défini au premier jour par le président de la République, il peut se résumer en un mot, c'est remettre le travail au centre de tout. C'est ce qu'on fait avec par exemple Muriel PENICAUD sur la réforme de la formation professionnelle, la réforme de l'assurance chômage, les ordonnances travail.

RENAUD DELY
Donc ce remaniement ne changera rien.

JULIEN DENORMANDIE
Mais, ce remaniement il ne change absolument pas le cap, le cap il est très clair, et on ira jusqu'au bout de ce cap, en revanche il est le témoin de la volonté du président de la République et du Premier ministre, d'avoir une équipe qui ne lâche rien, une équipe qui se lève le matin avec une seule volonté, c'est la volonté d'agir, et une équipe qui a un seul souci, c'est de pouvoir le faire le plus rapidement possible. Et puis après vous avez aussi un certain nombre de messages qui sont envoyés par ce remaniement, moi par exemple j'appartiens à un nouveau ministère qui est le ministère des Territoires, parce qu'on sait qu'aujourd'hui notre pays il souffre d'une fracture territoriale qui est immense. Vous n'avez pas une inégalité sociale et territoriale, ce n'est pas vrai, elle n'existe pas aujourd'hui dans notre pays, et donc le président de la République et le Premier ministre ont établi un ministère très important, qui le ministère des Territoires, où il y a trois ministres qui visent uniquement à lutter contre ces fractures territoriales.

MARC FAUVELLE
La loi ELAN a donc été adoptée hier à l'Assemblée nationale, loi sur le logement. On sait que les loyers et les prix de l'immobilier sont devenus insupportables aujourd'hui pour des millions de Français, quelle est la mesure dans votre loi qui peut faire baisser les loyers ou les prix en France aujourd'hui ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors, c'est une mesure qui vise à construire plus, mieux et moins cher, et comment vous faites ça ? Il y a notamment un élément essentiel, c'est de mettre plus d'innovation dans le secteur de l'immobilier.

MARC FAUVELLE
C'est-à-dire ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien c'est-à-dire qu'aujourd'hui quand vous voulez construire par exemple une maison ou un immeuble, tout est codifié, tout, mais jusqu'à la taille de la cheminée, tout est régi par la loi, et donc par cette foi logement, on apporte l'innovation dans le secteur de l'immobilier, on laisse la même qualité du bâti mais on dit aux professionnels : si demain vous avez de nouveaux matériaux, des matériaux d'ailleurs plus écologiques, si vous avez des nouveaux modes de construction, on voit bien aujourd'hui des nouveaux modes comme jusqu'à l'impression 3D par exemple, eh bien faites entrer cette innovation dans le secteur du logement, parce que ça permet de construire souvent moins cher, plus vite, en gardant les mêmes... la même qualité.

MARC FAUVELLE
François HOLLANDE appelait ça le choc de simplification. On n'a pas vu de baisse des prix en France.

JULIEN DENORMANDIE
Mais vous savez, le choc de simplification, sous François HOLLANDE, c'était quoi ? Ça a été de rajouter 70, je dis bien 70 textes réglementaires sur le logement, c'était ça le choc de simplification. Donc moi qu'est-ce que je fais ? Je réécris entièrement le code de la construction et j'en arrache une page sur cinq. Donc, vous verrez…

RENAUD DELY
Il y a trop de normes aujourd'hui, c'est parce qu'il y a trop de normes, trop de réglementations, et si on s'en débarrasse, l'immobilier repartira.

JULIEN DENORMANDIE
Aujourd'hui vous avez un secteur qui est figé, un secteur où effectivement tout est guidé par la norme. Qui définit le logement en France ? Ce sont soit des administrations, soit des parlementaires. Est-ce que c'est comme ça que vous arrivez justement à laisser les professionnels introduire l'innovation dedans ? Mais ça c'est un des pans, vous me demandiez une mesure, si on devait en retenir qu'une. Ensuite la loi logement, elle vise un deuxième point : à protéger les plus fragiles, parce que vous l'avez dit, le logement aujourd'hui c'est insupportable en France, c'est des loyers qui sont beaucoup trop élevés, mais c'est aussi un Français sur six qui a froid chez lui. Donc par la loi on prend des mesures radicales pour favoriser la rénovation énergétique des bâtiments, mais c'est aussi des populations qui sont totalement écartées du logement. Prenons les étudiants, aujourd'hui quand vous êtes un étudiant, eh bien c'est la galère absolue pour trouver un logement.

RENAUD DELY
Ça l'est encore plus depuis que les APL ont été baissées l'année dernière et gelées depuis, les APL, les Allocations Personnalisées au Logement.

JULIEN DENORMANDIE
La réforme des aides au logement qu'on fait et qu'on porte là dans cette loi de finances, elle ne touche en rien les étudiants, donc non. Mais par contre quand vous êtes un étudiant, aujourd'hui quel est votre principal problème ? C'est des cautions. Vous savez que vous êtes obligé d'appeler vos parents, vos grands-parents, vos amis ou autres pour pouvoir avoir cette personne qui cautionne votre bail. Eh bien aujourd'hui qu'est-ce qu'on fait ? On a créé un système de caution qui s'appelle VISALE, et j'invite tous les étudiants qui nous écoutent à aller sur le site, visale.fr, en quelques heures vous pouvez obtenir une caution qui est garantie par l'Etat et Action logement, vous allez voir votre propriétaire et vous lui dites : voilà, c'est ça la caution. C'est des mesures très concrètes que l'on prend et qui fonctionnent. Encore une fois visale.fr.

RENAUD DELY
Très concrètement, l'encadrement des loyers c'est une mesure qui est inadéquate à vos yeux ? Dans votre texte vous évoquez le fait de pouvoir l'expérimenter avec les collectivités qui le souhaitent.

JULIEN DENORMANDIE
Oui, parce que…

RENAUD DELY
Donc simplement le volontariat suffit, il faut que…

JULIEN DENORMANDIE
Oui parce qu'en fait l'encadrement des loyers, aujourd'hui on ne sait pas si ça marche ou pas. Moi j'ai une conviction, qui est qu'il faut aller au bout de l'expérimentation. On n'a pas assez de recul. Il y a eu simplement une année d'expérimentation à Paris et à Lille, avant que la justice ne casse cet encadrement.

RENAUD DELY
Et ensuite on a vu les loyers augmenter.

JULIEN DENORMANDIE
Non, aujourd'hui on…

MARC FAUVELLE
On sait que quand on l'enlève, les loyers augmentent.

JULIEN DENORMANDIE
Non, aujourd'hui c'est trop facile de dire ça. Donc qu'est-ce qu'on fait ? On dit : il faut aller au bout de l'expérimentation, donc on laisse la possibilité aux collectivités de faire cette expérimentation. Si ça marche on continuera, si ça ne marche pas, on arrêtera.

MARC FAUVELLE
Cette discussion continue et reprend dans une minute après l'info.

- Flash info -

MARC FAUVELLE
On va parler avec notre invité, Julien DENORMANDIE, ministre de la Ville et du Logement, de cette hypothèse de péage urbain. D'abord un mot sur le phénomène AIRBNB en France.

RENAUD DELY
Dans les centres des grandes villes, et notamment Paris mais pas seulement, ce phénomène AIRBNB, ces locations touristiques, perturbent le marché du logement. Votre texte essaye de l'encadrer mieux. Comment ? Quelles pénalités ? Comment contrôler ce système ?

JULIEN DENORMANDIE
Moi, je vais être très clair. AIRBNB ou les autres, c'est quelque chose de bien pour l'économie française. C'est quelque chose de bien pour les Français parce que ça vous permet de gagner en pouvoir d'achat à la fin du mois ou d'aller visiter des villes.

MARC FAUVELLE
C'est bien pour ceux qui ont déjà un logement et pour ceux qui en cherchent un, c'est l'enfer.

JULIEN DENORMANDIE
Non. Et le point précis, c'est que lorsque vous, vous êtes dans un logement et que vous utilisez pour quelques jours par an votre logement pour le louer à quelqu'un d'autre et gagner un peu d'argent, ça c'est très bien. Le problème de fond, c'est qu'aujourd'hui on a vu des professionnels d'AIRBNB naître. C'est-à-dire des personnes qui achètent des logements, qui n'y habitent pas, qui donc retirent ces logements du marché de la location pour ne faire que du AIRBNB et ça, ça ne peut pas durer. Parce que c'est ces logements-là qui, en fait, sortent du marché de la location…

RENAUD DELY
Comment faire ?

JULIEN DENORMANDIE
Et qui fait qu'à la fin, vous avez moins de logements où vous pouvez aller. Comment faire ? Par la loi, on prend des sanctions. On dit aux plateformes : « Vous devez respecter la loi », c'est-à-dire : par exemple à Paris aujourd'hui, il n'est pas possible, vous n'avez pas le droit de prendre un logement et de ne faire que du AIRBNB dessus.

RENAUD DELY
Vous sanctionnez les plateformes. Avec des amendes ?

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. On sanctionne des plateformes avec des amendes. On sanctionne également ceux qui sont devenus ces professionnels et qui détournent la loi avec des amendes.

MARC FAUVELLE
Jusqu'à combien de jours par an ça reste pour vous une pratique amateur et à partir de combien de jours ça devient professionnel ?

JULIEN DENORMANDIE
Ça reste amateur jusqu'à 120 jours par an.

MARC FAUVELLE
Ce qui est énorme. Quatre mois par an.

JULIEN DENORMANDIE
Oui, mais pourquoi 120 jours ? Parce qu'aujourd'hui, quand vous êtes considéré comme résident quelque part, c'est quand vous êtes au moins une année moins 120 jours, c'est pour ça. Et donc, si vous n'êtes pas là pendant 120 jours parce que vous avez une formation ou autre…

MARC FAUVELLE
Je peux vous donner un exemple très personnel ? J'ai vu passer il y a quelques jours un message sur les réseaux sociaux. Je crois que c'était une jeune femme qui disait : « Je cherche un deux pièces dans tel arrondissement de telle ville. J'ai une vingtaine d'annonces par les agents immobiliers et 400 sur AIRBNB. » Voyez l'ordre de grandeur aujourd'hui quand on cherche un logement dans ces villes.

JULIEN DENORMANDIE
Mais attendez, moi je suis le premier ministre en charge du logement qui a pris ce sujet à bras-le-corps et je suis le premier à dire que le sujet, ce n'est pas de taper ceux qui habitent dans un logement qu'ils louent quelques jours, même 120 jours. Ça ne pose aucun problème puisque, de toute manière, c'est là où vous habitez. Mais qu'en revanche, il faut taper très fort ceux qui sont devenus des vrais professionnels, qui achètent des appartements et qui ne font que du AIRBNB, et donc ces mêmes appartements sont retirés du marché de la location. Donc je suis le premier à prendre des mesures très fortes pour trouver de manière efficace une vraie solution pour apporter, justement, une réponse à la personne que vous que vous évoquiez. Et ça, ç'a été des mois de travail avec les plateformes et puis des mois de travail également avec les parlementaires pour que la loi puisse prendre, pour la première fois, de telles sanctions.

RENAUD DELY
Parmi tous ces Français qui cherchent un logement, il y a ceux qui cherchent un HLM. Les listes d'attente sont souvent extrêmement longues. Comment accélérer la mobilité du parc de logement social en France ?

JULIEN DENORMANDIE
Aujourd'hui, il faut d'abord plus construire là où c'est nécessaire ; on en parlait tout à l'heure. Et puis s'agissant du parc HLM, vous avez aussi beaucoup de personnes qui habitent dans des logements et les logements ne correspondent pas exactement à leurs besoins. Un exemple : vous êtes père de trois enfants et puis, au bout d'un moment, l'un de vos enfants quitte votre domicile et donc vous avez une chambre qui se libère. Bien dans le parc social, vous restez toujours dans le même appartement.

RENAUD DELY
Donc il faut davantage de contrôle de l'évolution de la situation des locataires dans les HLM ?

JULIEN DENORMANDIE
Non. Il faut de la mobilité. Je n'aime pas le terme de contrôle. Et qu'est-ce qu'on fait par la loi justement ? On dit aux bailleurs sociaux : tous les trois ans, vous devrez regarder la situation familiales des locataires et puis proposer aux locataires – et je dis bien proposer - un nouveau logement plus petit et donc avec un loyer moins cher.

MARC FAUVELLE
Pas d'obligation de quitter son logement quand la famille, par exemple, perd un de ses membres.

JULIEN DENORMANDIE
Aucune obligation mais une proposition, parce que c'est avantageux. Aux familles qui souhaitent avoir un appartement un peu plus petit mais avec un loyer moins cher, ça peut être avantageux.

MARC FAUVELLE
Je ne connais pas beaucoup de monde qui a envie d'avoir un appartement plus petit, même quand les enfants s'en vont du nid.

JULIEN DENORMANDIE
Ça dépend. Si ça vous permet de payer moins cher de loyer, je peux vous dire qu'il y a beaucoup de familles qui seront très contentes de ne pas avoir une pièce vide dans votre appartement.

MARC FAUVELLE
Julien DENORMANDIE, vous êtes ministre du Logement ; vous êtes aussi ministre de la Ville. Je voudrais connaître votre avis sur la possibilité qui est désormais et qui sera bientôt offerte aux villes et aux régions d'instaurer des péages urbains à leur entrée pour les automobilistes. Est-ce que vous y êtes favorable ?

JULIEN DENORMANDIE
En fait, c'est une décision qui relève des collectivités, ce n'est pas l'Etat. Donc moi, je ne vais pas vous dire : « Ici ou là, il faut en mettre », c'est les collectivités qui décident. Il s'avère que depuis 2007, la loi donne la possibilité aux collectivités de le faire – ça existe déjà - mais que cette loi, elle n'est pas du tout encadrée. Et donc, qu'est-ce que propose la ministre du Transport Elisabeth BORNE ? C'est d'encadrer la chose, de mettre des tarifs maximum par exemple, de ne le faire que si vous avez des alternatives par exemple.

MARC FAUVELLE
Qu'un banlieusard ait, par exemple, à payer 2,50 euros ou 5 euros, puisque ce sont les deux tarifs maximum qui sont envisagés aujourd'hui, vous semble bien pour le lien entre une ville et sa banlieue.

JULIEN DENORMANDIE
Non. Moi, vous savez, je suis attaché au lien entre la ville et la banlieue, profondément attaché. C'est l'une de mes principales missions. J'aurai par exemple cet après-midi à Clichy, sur un sujet fondamental que sont les jeunes de nos banlieues, les jeunes de nos banlieues qui n'arrivent pas à avoir de réseau, et je vais créer des réseaux notamment sur les stages de 3ème. Mais sur les péages urbains, c'est une question qui relève des collectivités locales.

MARC FAUVELLE
Vous n'avez pas d'avis là-dessus.

JULIEN DENORMANDIE
Mais ça dépend des cas de figure. Vous pouvez avoir des cas de figure où, pour lutter contre la congestion, c'est-à-dire des embouteillages, pour lutter contre les émissions, à ce moment-là un président de collectivité décide de le faire, mais ça n'est pas à l'Etat de le dire. C'est la ville, elle est gérée par les collectivités.

RENAUD DELY
A propos de la banlieue, il y a les questions de sécurité qui se posent en banlieue ; vous en fait vous-même une priorité. On écoute quelques secondes Gérard COLLOMB lorsqu'il a quitté le ministère de l'Intérieur il y a deux semaines.

GERARD COLLOMB, ANCIEN MINISTRE DE L'INTERIEUR
La situation est très dégradée et le terme de reconquête républicaine prend dans ces quartiers tout son sens.

RENAUD DELY
Julien DENORMANDIE, vous êtes ministre de la Ville aussi en charge de la banlieue. Il faut donc reconquérir, il faut que la République reconquiert ces territoires ?

JULIEN DENORMANDIE
Ce qui est sûr, c'est que la première des libertés dans les banlieues, c'est la sécurité et que l'insécurité aujourd'hui, elle se fait au détriment des habitants des quartiers, et que la sécurité ce n'est pas tout. Ce qu'il faut aussi, quand vous vous rendez compte que dans notre pays il est possible d'avoir un jeune de 12 ans qui se fasse tabasser à mort par d'autres gamins de 12 ans, c'est qu'il y a un problème plus profond. Ça n'est pas qu'un problème de sécurité : c'est un problème de redonner des espoirs, de l'espoir à nos jeunes de nos banlieues. Moi, c'est ce que je fais au quotidien. Tout à l'heure, j'évoquais mon déplacement à Clichy cet après-midi. Qu'est-ce que je vais faire ? Aujourd'hui quand vous êtes un jeune d'un quartier par exemple, dans le système éducatif vous n'avez jamais accès aux stages de 3ème, jamais. Et c'est vrai dans toutes les entreprises, ceux qui nous écoutent le savent très bien : les stages de 3ème, c'est pour les copains-copines. Bien, je lance aujourd'hui - je vous l'annonce – je lance aujourd'hui une grande plateforme, qui s'appelle monstagede3e.fr, qui permettra aux jeunes de banlieue d'avoir accès à 15 000 stages directement fournis par l'Etat ou par les entreprises. Ça n'est qu'un exemple. Mais il y a aussi de la discrimination à l'embauche, il y a aussi la formation – on met deux milliards -, il y a aussi l'éducation - on double les classes. Il faut investir dans la sécurité mais il faut investir dans l'humain également pour redonner de l'espoir à tous nos jeunes de nos quartiers.

MARC FAUVELLE
Merci Julien DENORMANDIE, invité de Franceinfo.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.

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