Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à France 2 le 19 octobre 2018, sur le remaniement ministériel et les relations entre l'Etat et les collectivités territoriales. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à France 2 le 19 octobre 2018, sur le remaniement ministériel et les relations entre l'Etat et les collectivités territoriales.

Personnalité, fonction : FESNEAU Marc, WITTENBERG Jeff.

FRANCE. Ministre charge des relations avec le Parlement;

ti : JEFF WITTENBERG
Bonjour Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Bonjour.

JEFF WITTENBERG
Vous êtes l'un des nouveaux visages de ce gouvernement, on va parler dans quelques instants de cette équipe remaniée. Mais d'abord une question d'actualité, les nouveaux éléments qui touchent le parti de Jean-Luc MELENCHON la France Insoumise, la justice soupçonne l'existence d'un système de surfacturation ; et le leader de la France insoumise considère, Jean-Luc MELENCHON, qu'il y a une forme d'acharnement sur sa personne et sur son mouvement politique. Qu'en pensez-vous ?

MARC FESNEAU
Moi je m'en tiens toujours à la même ligne, d'abord c'est de respecter l'institution judiciaire et le travail de la police judiciaire. Donc il ne m'appartient pas – et encore moins comme membre du gouvernement – de commenter les procédures en cours. Et 2, j'ai été un peu choqué, pour dire les choses et je crois que beaucoup de Français l'ont été, par l'attitude lors des perquisitions de Jean-Luc MELENCHON. Je trouve que… il sait ce que c'est que les institutions de la République, il réclame qu'on respecte les parlementaires et il a raison d'ailleurs, mais il faut aussi respecter les institutions qui sont les institutions de la police et la justice. On ne peut pas jeter l'opprobre sur la police et la justice qui fait son travail, c'est normal qu'elle fasse son travail. S'il est de bonne foi, il n'y a pas de raison de ne pas penser le contraire d'ailleurs, mais s'il est de bonne foi la justice le saura et le dira. Donc je ne pense pas qu'il y ait besoin en permanence de dire « c'est un acharnement » parce que ça serait lui, la justice fait son travail.

JEFF WITTENBERG
Mais précisément Marc FESNEAU, sur la forme les crédits qui ont été… sont venus de toutes parts, mais sur le fond est-ce qu'il a tort de dire qu'il y a une sorte de justice particulière pour lui, comme d'ailleurs pour le Rassemblement national, le parti de Marine LE PEN qui lui aussi se place en dehors du système, se revendique en dehors du système. Je rappelle par exemple que votre parti, le MoDem, a subi des perquisitions dans le cadre d'une enquête également. Est-ce que cela a été fait de la même façon un peu spectaculaire, on va dire ?

MARC FESNEAU
Oui… enfin c'est monsieur MELENCHON qui est allé – excusez-moi – devant la porte alors qu'il y avait la police judiciaire pour un peu mettre en scène et se filmer, disons les choses comme elles sont. Mais l'ensemble… quand il y a des enquêtes préliminaires, c'est normal qu'il y ait des procédures de cet ordre. Il y en a eu dans beaucoup de partis, la plupart des cas d'ailleurs…

JEFF WITTENBERG
Comme la vôtre, oui !

MARC FESNEAU
Dans la plupart des cas, elles n'ont pas mené à des poursuites plus lointaines. La justice fait son travail, je pense qu'il faut que ni les uns ni les autres ne mette en scène. Et donc je pense qu'il faut être à chaque fois prudent quand il y a des procédures comme celle-là, je trouve que la remise en cause et le fait de bousculer – quand on est parlementaire de la République et quand on est un responsable important comme Jean-Luc MELENCHON – de bousculer la police, c'est l'institution qu'on bouscule au-delà de bousculer physiquement quelqu'un et je trouve que ce n'est pas… ça ne va pas dans le bon sens en tout cas. Pour tout le monde, ça ne va pas dans le bon sens et je ne crois pas qu'il y ait d'acharnement particulier, je pense que la justice fait son travail.

JEFF WITTENBERG
Alors le remaniement du gouvernement qui fait que ce matin, vous êtes là avec nous, ce remaniement n'a pas fait bouger les lignes dans l'opinion, si l'on en croit par exemple un sondage publié hier dans Le Figaro, même parmi les électeurs de la majorité, le mécontentement global face à la politique du gouvernement, face au couple exécutif reste présent. Qu'est-ce qu'il faudrait faire pour finalement redonner la confiance ?

MARC FESNEAU
D'abord je ne suis pas sûr que l'objectif du remaniement soit simplement en 24 heures de bouleverser ce que peuvent être des grandes tendances d'opinion…

JEFF WITTENBERG
De donner peut-être un nouveau souffle, pour reprendre l'expression de Richard FERRAND.

JEFF WITTENBERG
Mais il y a des signaux qui ont été donnés, l'objectif c'est de donner un nouveau souffle mais le nouveau souffle ça ne se produit pas comme ça en 24 heures. L'idée je crois c'était, pour le président de la République et le Premier ministre, de consolider la majorité sur la base qu'il a pu former en 2017, principalement la République en Marche. Le groupe que je présidais, le groupe MoDem et donc le MoDem, puisque nous avons autour de François BAYROU contribué je crois significativement à l'arrivée d'Emmanuel MACRON. Et puis par ailleurs, la capacité à partir de ce noyau central si je peux dire, d'élargir sur notre droite, puisque Didier GUILLAUME entre comme ministre de l'Agriculture et il vient plutôt des rangs du Parti socialiste pour dire des choses ; et Franck RIESTER à la Culture, donc l'idée c'est de consolider. Et puis 2, je pense qu'on consolide la confiance, on la retrouve si on est à l'oeuvre, à l'action et qu'on explique le travail que nous faisons. Et donc je pense que c'est ça qui est le plus important.

JEFF WITTENBERG
Monsieur FESNEAU, vous le dites vous-même, un peu de gauche, un peu de droite, un peu plus de MoDem, finalement c'est un remaniement très politique, on est quand même assez loin des objectifs…

MARC FESNEAU
Non, c'est du nouveau monde tel que l'a décrit Emmanuel MACRON depuis son élection…

JEFF WITTENBERG
Non… c'est un remaniement qui correspond… c'est plutôt l'ancienne politique que vous décrivez.

MARC FESNEAU
Souvenez-vous de ce que nous disions et peut-être vous disiez globalement, pas vous personnellement, il y a 18 mois, c'était la capacité de rassembler par-delà les clivages ; et de créer à partir de nos centrales de nouveaux horizons pour ceux qui avaient envie de partager les horizons politiques que nous proposions. C'est exactement ce avec quoi nous renouons à travers ce remaniement et c'est ça qui est nouveau, pardonnez-moi de le dire, qu'on puisse retrouver dans le même gouvernement un certain nombre de gens qui viennent plutôt des horizons de la droite, plutôt des horizons de la gauche et qui ont envie… ou du centre et qui ont envie de défendre la même politique, je pense que là on renoue avec ce qu'était l'élan de 2017 et 2017 ce n'était pas il y a un siècle, 2017 c'était il y a un an.

JEFF WITTENBERG
Ce qui était nouveau aussi monsieur FESNEAU, c'était des personnalités comme Nicolas HULOT, Jean-Michel BLANQUER qui reste dans le gouvernement qui était hors du système politique. Et là, là on les cherche un petit peu…

MARC FESNEAU
Oui, enfin il y a 2 secrétaires d'Etat aux ministres qui viennent hors du champ politique…

JEFF WITTENBERG
Au niveau des secrétaires d'Etat.

MARC FESNEAU
Je pense que c'est aussi la cohérence politique et de ce que nous proposons qui compte.

JEFF WITTENBERG
En tout cas c'est votre collègue et amie Jacqueline GOURAULT, une figure du MoDem, qui doit elle retisser le lien avec les élus locaux, un lien qui s'est fortement distendu ces derniers mois. François BAROIN à la tête des villes, Dominique BUSSEREAU à la tête des départements et Hervé MORIN à la tête des régions critiquent de toutes parts le gouvernement, considérant qu'il fait preuve de mépris. Et il y a notamment quelque chose qui met le feu aux poudres, c'est le petit mot qui accompagnait la taxe d'habitation cette année que beaucoup ont reçu et qui précise que dans certaines villes, si la taxe d'habitation a augmenté, c'est la faute de votre maire dit en substance le ministre du Budget.

MARC FESNEAU
C'est plutôt… c'est une oeuvre de transparence, il y a un an l'Association des maires de France avait publié la carte de la DGF pour expliquer que finalement, contrairement à ce que nous disions la DGF, la dotation globale de fonctionnement pardon était en baisse dans les communes. Or c'était des éléments liés à la population, il y a d'autres éléments techniques… que dans la feuille d'impôt, alors que nous faisons une mesure qui va en direction du pouvoir d'achat, nous puissions indiquer : voilà la part de ce qu'a fait l'Etat pour la baisse ; et quand il y a une augmentation que ça puisse être dit et explicité devant les citoyens, je pense que la…

JEFF WITTENBERG
C'est la transparence administrative, dit Monsieur BAROIN.

MARC FESNEAU
Non, non, ce n'est pas… alors le « balancetonmaire » c'est de la délation, parce que nous étions nombreux à être choqué de ce hashtag comme on dit, parce que je pense qu'il n'y a pas lieu de faire de la délation. D'ailleurs toutes ces données sont des données publiques, toutes ces données sont des données publiques, mais on ne peut pas dire à la fois « nous, on veut me prendre une mesure de baisse du pouvoir d'achat et se retrouver dans la situation où des maires, pour des raisons diverses, souvent parce qu'ils pensent qu'ils en ont besoin pour équilibrer leur budget augmentent leurs budgets, et qu'on vienne dire : regardez, l'Etat n'a pas la part de son effort…

JEFF WITTENBERG
…Vous ne comprenez pas que c'était mal vécu cette… cette façon de préciser que si l'impôt augmente, c'est la faute du maire et pas de l'Etat ?

MARC FESNEAU
Non, je pense que… je crois que ce qui a pu être mal vécu, c'est plutôt le « balancetonmaire ». Moi j'ai été maire jusqu'à il y a un an, donc je vois très bien ce que peut être le vécu d'un maire, j'ai été maire d'une commune de 700 habitants, donc je suis un maire typique de la strat des communes de France si je peux dire, je vois très bien ce qui peut être mal vécu…

JEFF WITTENBERG
Il y a un lien à retisser ou pas ?

MARC FESNEAU
Mais que nous ayons… mais que nous ayons besoin de transparence et d'expliquer ce qui est la part de baisse de l'Etat… quand ça augmente les grandes associations d'élus ne se privent pas de le dire ; et quand ça baisse c'est bien de le dire et quand c'est lié aux décisions des élus locaux et c'est leur responsabilité, c'est bien de le dire aussi.

JEFF WITTENBERG
Vous êtes ministre maintenant, donc vous êtes lié à la solidarité gouvernementale, je le comprends, mais il y a quelques jours vous n'étiez si j'ose dire qu'un élu local, est-ce que vous admettez qu'il y a aujourd'hui une confiance qui est rompue et qu'il faut rétablir ?

MARC FESNEAU
Non mais qu'il y ait le besoin de renouer le dialogue, c'est incontestable, je pense qu'il y a peut-être des choses qui ont pu être mal comprises. Reconnaissons aussi qu'il y a une part d'injustice et une grande part d'injuste dans tout ça, sur le gouvernement qui pour la première fois depuis 6 ou 7 ans n'a pas baissé les dotations, ce qui était un élément central de la crise qu'il y avait avec les élus. Par ailleurs et ça ne nous défausse pas de notre responsabilité, beaucoup de réformes – agrandissement des régions, agrandissement des intercommunalités, parfois fusion des communes encore que je pense qu'il ne faille pas les contraindre à la fusion – ont fait que le paysage s'est profondément bouleversé et… devant lequel on est. Et puis 2ème chose, il faut… je pense que les uns et les autres on est au service des habitants des territoires, donc il faut faire en sorte que au-delà des postures et parfois…

JEFF WITTENBERG
Des postures, pour vous ce sont des postures ?

MARC FESNEAU
Parfois il y a quelques postures, il faut qu'on renoue le dialogue parce qu'il ne faut pas que ça se fasse au détriment du territoire. Ça ne peut pas fonctionner les collectivités contre l'Etat ou l'Etat contre les collectivités. Jacqueline GOURAULT, qui connaît beaucoup mieux que moi encore ces questions, est là pour renouer et renforcer le dialogue dans un ministère qui concentre l'ensemble des outils, ce qui est une bonne nouvelle aussi. Mais je pense qu'on a besoin de renouer le dialogue de bonne foi, la question n'est pas d'être… je pense que la question territoriale mérite elle aussi de dépasser les clivages partisans ; et parfois j'ai le sentiment qu'ils ont été un peu attisés parfois de façon injuste.

JEFF WITTENBERG
Eh bien ! On vous a entendu, merci beaucoup Marc FESNEAU…

MARC FESNEAU
Merci à vous.

JEFF WITTENBERG
Je transmets de la part de nos amis et voisins de France 3 un rendez-vous politique important pour ce week-end, Bruno LE MAIRE, le ministre de l'Economie sera l'invité de Francis LETELLIER dimanche à 12 h 10 dans l'émission Un Dimanche En Politique donc sur France 3. Merci Monsieur FESNEAU.

MARC FESNEAU
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 octobre 2018

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