Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec RTL le 19 octobre 2018, sur la question du glyphosate et sur son appartenance politique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec RTL le 19 octobre 2018, sur la question du glyphosate et sur son appartenance politique.

Personnalité, fonction : GUILLAUME Didier, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation;

ti :
YVES CALVI
Elizabeth MARTICHOUX, vous recevez ce matin le nouveau ministre de l'Agriculture, Didier GUILLAUME.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Didier GUILLAUME.

DIDIER GUILLAUME
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin sur RTL, vous êtes effectivement dans votre fief de la Drôme où vous allez visiter tout à l'heure des lycées agricoles, on va en parler, mais je voudrais aborder tout de suite un dossier que vous avez trouvé sur votre bureau en haut de la pile, qui crispe de plus en plus, c'est le glyphosate, Didier GUILLAUME. Vous, vous êtes plutôt Nicolas HULOT ou Stéphane TRAVERT ?

DIDIER GUILLAUME
Moi je suis Didier GUILLAUME et je suis fier et honoré que le président de la République ait pensé à moi pour ce poste de ministre de l'Agriculture, et je suis là pour appliquer le programme présidentiel. De quoi s'agit-il sur le glyphosate ? Tout le monde sait qu'il faut en sortir, l'Europe était partie sur 15 ans, et puis après on est descendu à 5 ans. Le président de la République a pris un engagement de sortir de glyphosate dans 3 ans. Moi je peux vous dire ce matin Elizabeth MARTICHOUX, sur RTL, que dans ce quinquennat, nous connaîtrons la fin du glyphosate.

ELIZABETH MARTICHOUX
Parce que l'échéance, elle se rapproche, c'était en novembre 2017 le tweet d'Emmanuel MACRON qui effectivement fixait à 3 ans la borne, le délai pour sortir du glyphosate. Maintenant ça fait 2 ans. Vous serez prêt, les agriculteurs surtout seront prêts ?

DIDIER GUILLAUME
Nous sommes à 2 ans et demi de cette échéance, si c'est 3 ans et quelques mois ce n'est pas le sujet. C'est quoi la trajectoire ? C'est de se dire qu'aujourd'hui il faut la transformation de notre agriculture, il faut que la transition agro-écologique arrive, il faut user moins d'intrants, moins de pesticides, on voit bien ce qu'il en est, tout le monde est d'accord, et les agriculteurs eux-mêmes, les organisations professionnelles agricoles sont d'accord pour dire qu'il y a une transition à opérer, et que évidemment il faut sortir du glyphosate. En même temps, nous sommes dans un environnement ouvert européen, il y a des pays autour de nous qui utilisent encore ce produit. Moi ce que je veux dire aujourd'hui à nos compatriotes, à nos concitoyens, aux Françaises et aux Français, nous allons arrêter le glyphosate, nous allons sortir du glyphosate, nous allons le faire dans des délais qui permettent à l'agriculture française, aux agriculteurs, d'arriver à trouver des substitutions afin que notre agriculture continue à produire. Parce que c'est bien de ça dont il s'agit, il faut de la souveraineté alimentaire, il faut des produits qui soient avec une traçabilité, des produits sûrs, c'est ce que veulent nos concitoyens, et donc il faut encore quelques semaines, mais le gouvernement, sous l'autorité du chef de l'Etat, a pris des engagements, la France arrêtera le glyphosate.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous renouvelez l'engagement ce matin, vous aviez voté au Sénat, on le rappelle, contre l'interdiction, contre l'introduction de l'interdiction dans la loi, du glyphosate, là-dessus vous ne n'avez pas évolué, il n'est pas question, à un moment…

DIDIER GUILLAUME
Non, je n'ai pas évolué, parce que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous savez qu'il y a des députés qui continuent de réclamer que cette interdiction elle figure dans la loi, parce que tant qu'il n'y a pas de loi, ils estiment que l'engagement, eh bien il est fragile.

DIDIER GUILLAUME
Je ne crois pas, moi je crois aux engagements pris par le chef de l'Etat, je vous l'ai annoncé très clairement sur votre antenne ce matin, nous allons sortir du glyphosate, que ce soit dans la loi ou que ce ne soit pas dans la loi, ce n'est pas le sujet…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous n'avez pas bougé sur…

DIDIER GUILLAUME
Non non, mais, excusez-moi, je crois que c'est un sujet trop important. Il y a des gens qui sont très sensibles à ce sujet, d'ailleurs nous devons tous l'être et je ne voudrais pas moi qu'il commence à y avoir des débats un peu durs entre les députés de la majorité, les citoyens etc. Il n'y a pas ceux qui voudraient continuer…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais ils sont là des débats très durs. On a entendu tout à l'heure…

DIDIER GUILLAUME
Non, mais je veux vous le dire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, Didier GUILLAUME, juste, on a entendu tout à l'heure Cendra MOTIN, qui est une députée LREM, comme vous, elle a voté contre l'interdiction, or elle reçoit des insultes, elle reçoit des menaces de mort, comme d'autres parlementaires. Il y a une, certaine une agressivité mais qui traduit une exaspération terrible des anti-glyphosate. Vous leur dites quoi ?

DIDIER GUILLAUME
Mais, il y a une exaspération terrible de toute la société française. Cette société française elle mérite, non pas d'être exaspérée, mais d'être plutôt emporté sur un objectif. Moi, ce que je veux dire aux uns et aux autres, nous n'avons pas voté, et Cendra MOTIN à qui j'amène tout mon soutien, n'a pas voté contre l'arrêt du glyphosate, la loi c'était la loi de EGALIM, dont il s'agissait d'augmenter les prix pour les agriculteurs…

ELIZABETH MARTICHOUX
Les Etats Généraux de l'Alimentation.

DIDIER GUILLAUME
Suite aux Etats généraux de l'Alimentation. La question était de savoir, il y avait un amendement, que de dire : est-ce qu'on met dans la loi ou pas ? Si nous avions mis dans la loi, si le gouvernement à l'époque avait mis dans la loi la sortie du glyphosate, aujourd'hui, pour un certain nombre d'agriculteurs, nous serions dans l'impasse. Les agriculteurs ne sont pas là pour polluer, ils sont là pour produire des produits de qualité saine, donc le gouvernement, le chef de l'Etat annonce que nous allons sortir du glyphosate, nous allons en sortir.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous l'avez dit, oui.

DIDIER GUILLAUME
Ce que je veux dire, c'est qu'il nous faut, oui il nous faut encore quelques mois pour arriver à faire cette transition, nous allons y arriver, moi j'en appelle vraiment au calme, parce que nous avons tous, nous avons tous la même orientation, la même philosophie.

ELIZABETH MARTICHOUX
Les ravages des pesticides, ça traduit une énorme exaspération, et puis ça débouche sur des drames, des drames épouvantables, on en a parlé sur RTL largement, les bébés nés sans bras dans plusieurs régions, il y a le soupçon que ça vienne des pesticides, il y a des accusations qui sont formulées, mais pour l'instant, scientifiquement, il n'y a pas de preuves. On apprend ce matin, dans le journal Le Parisien, que la chercheuse qui a lancé l'alerte sur ce potentiel scandale, est sous le coup d'une procédure de licenciement, toute son équipe aussi. Vous comprenez qu'on se pose la question ce matin Didier GUILLAUME. On veut arrêter l'enquête ?

DIDIER GUILLAUME
Non, alors, écoutez, moi j'ai lu cela dans Le Parisien ce matin, je ne sais pas de quoi il retourne pour cette association, moi ce que je veux dire c'est que le monde, la planète comme la France, a besoin de lanceurs d'alertes…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il faut les protéger ?

DIDIER GUILLAUME
... les lanceurs d'alertes nous permettent vraiment parfois de faire sortir un certain nombre de sujets. Là vous l'avez dit vous-même Elisabeth MARTICHOUX, il y a peut-être des soupçons, mais il n'y a aucune preuve scientifique, et là nous devons là encore ne pas fracturer la société, il s'agit de ne rien étouffer, moi je ne connais pas ce dossier de cette association et pourquoi il pourrait y avoir ce licenciement. Ce que je veux dire, c'est à la science, c'est aux scientifiques, de faire la preuve ou non qu'il y a des conséquences entre les pesticides ou pas.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc, votre confrère de l'Environnement, François de RUGY, avait dit sur RTL : il faut une nouvelle enquête. Vous appuyez sa demande. Il faut une nouvelle enquête ou vous craignez que les agriculteurs soient montrés du doigt dans le fond ?

DIDIER GUILLAUME
Ah non non non, mais moi je ne crains pas que les agriculteurs soient montrés du doigt, parce que les agriculteurs sont des femmes et des hommes qui veulent produire le mieux possible, avec le moins d'intrants possible. Vous savez, entre il y a maintenant 20 ou 30 ans et aujourd'hui, les agriculteurs de France ont fait leur mue, et pas du tout les mêmes pratiques, pas du tout les mêmes façons de produire, aujourd'hui ce qui compte c'est la qualité. Regardez le bio comme il a avancé dans tous les départements et dans mon département de la Drôme qui est le premier département de France, c'est le cas aussi. Regardez tout ce que veulent les Français avec les circuits courts, avec l'approvisionnement local, tout ça il n'y a pas de sujets, je vous le dis très sincèrement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous appuyez la demande d'enquête.

DIDIER GUILLAUME
Sur la question sur la question des bébés sans bras, il faut que la science fasse son travail. Moi je ne suis pas favorable à l'obscurantisme évidemment, donc nous allons voir comment les choses vont se faire, il faut surtout que les scientifiques regardent ce qu'il en est.

ELIZABETH MARTICHOUX
Didier GUILLAUME, les viticulteurs sont rudement éprouvés par les inondations meurtrières dans l'Aude. Vous serez aux côtés d'ailleurs d'Emmanuel MACRON lundi, qui va sur place ?

DIDIER GUILLAUME
Aujourd'hui, ce que je veux dire après le Premier ministre, après le chef de l'Etat, c'est toute ma compassion pour les familles des victimes. C'est vraiment toute ma solidarité, ce ne sont pas des mots vous savez, parce que ça compte, moi je suis un homme de terrain, un homme de la campagne, toute ma solidarité vis-à-vis des audoises et des audois, et puis évidemment tout mon soutien aux agriculteurs, aux viticulteurs de l'Aude. Lorsque nous allons arriver sur l'aspect agricole et sur l'aspect viticole, eh bien évidemment tout sera mis en oeuvre afin d'aider les viticulteurs à passer cette mauvaise passe. Mais d'abord, là encore, le temps des sujets à regarder est un peu plus long que simplement dire : qu'est-ce qu'on va faire, qu'est-ce qu'on ne va pas faire. Aujourd'hui ce qui remonte à mon ministère, n'est pas encore assez clair pour savoir quel est le niveau. On sait que les pertes sont énormes, mais on ne sait pas ce qu'il en est, donc il faut attendre quelques jours, mais rassurez-vous, ou plutôt je veux rassurer les viticulteurs de l'Aude, l'Etat sera au rendez-vous.

ELIZABETH MARTICHOUX
Emmanuel MACRON, vous ne serez donc pas forcément à ses côtés lundi, vous l'avez vu avant votre nomination, vous êtes socialiste, vous êtes toujours au Parti socialiste ou vous êtes En Marche ?

DIDIER GUILLAUME
Non, moi j'ai... Non, j'ai quitté le Parti socialiste à l'issue de la primaire, puisque j'ai fait un choix clair avec des milliers et des milliers de socialistes…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez voté Emmanuel MACRON au premier tour.

DIDIER GUILLAUME
C'est celui de voter Emmanuel MACRON, au premier tour évidemment, parce que je considérais que c'était celui…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous n'êtes plus au PS.

DIDIER GUILLAUME
Ah non non, je ne suis plus au PS.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et est-ce que vous êtes En Marche ?

DIDIER GUILLAUME
Je suis dans la majorité. Non je n'ai pas adhéré à En Marche, je pense que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous êtes un macroniste, mais pas En Marche.

DIDIER GUILLAUME
Je pense que ça n'aurait pas eu de sens de passer... Moi je suis macroniste, je suis dans la majorité présidentielle, je soutiens évidemment au gouvernement, mais même avant, l'action du chef de l'Etat et du gouvernement, moi je trouve qu'ils vont dans le bon sens, il faut protéger des Français, il faut libérer l'économie, jamais un gouvernement n'aura fait autant de réformes, et moi je me sens bien dans ce gouvernement, mais je me sentais bien depuis plus d'un an dans cette majorité.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ah ben vous venez d'arriver.

DIDIER GUILLAUME
Non mais dans cette majorité.

ELIZABETH MARTICHOUX
Dans cette majorité. Il y a un épisode récent, permettez-moi que j'y revienne, vous concernant, parce que ça a pu étonner. Vous avez annoncé votre décision de quitter la vie politique, vous avez fait un texte qui était très clair, pour prendre un poste dans le privé, et puis vous vous êtes aperçu qu'il n'était pas rémunéré, et là, on peut comprendre que vous ayez besoin de gagner sa vie comme tout le monde, mais vous êtes revenu à la vie politique. Et on s'est dit : est-ce que c'est bien constant.

DIDIER GUILLAUME
Non non, mais je peux comprendre que ça peut surprendre, je n'ai pas quitté la vie politique, et je n'y suis pas revenu puisque j'ai continué à être sénateur dans toute cette période. Il m'avait été proposé la présidence du Comité d'organisation de la Coupe du monde en France, par le gouvernement et par la Fédération française, ce n'était pas un problème de rémunération, mais c'était un problème de responsabilités vis-à-vis notamment du budget de cet événement. J'ai décliné ce projet parce que ça n'allait pas, je suis toujours resté sénateur, moi ma constance elle est toujours la même, celle de servir mon pays et celle de faire de la politique pour permettre à mes concitoyens de vivre le mieux possible.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous visitez aujourd'hui des établissements scolaires agricoles, on y reviendra, vous plaidez pour qu'il y ait plus d'élèves, qu'ils soient plus attractifs, c'est pour ça que vous êtes dans la Drôme ce matin, c'est votre première sortie de ministre, merci d'avoir été ce matin sur RTL, merci à Frédéric PERRUCHE le correspondant à Lyon qui a assuré la liaison avec vous de Bourg-lès-Valence. Je vous souhaite une très bonne journée Monsieur le Ministre de l'Agriculture, Didier GUILLAUME.

YVES CALVI
L'engagement du nouveau ministre de l'Agriculture, Didier GUILLAUME, sur RTL. Dans ce quinquennat nous connaîtrons la fin du glyphosate et dans l'affaire des bébés sans bras il faut que la science fasse son travail et nous ne voulons rien étouffer.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 octobre 2018

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