Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations à France-Inter le 22 octobre 2018, sur l'homophobie et les violences faites aux femmes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations à France-Inter le 22 octobre 2018, sur l'homophobie et les violences faites aux femmes.

Personnalité, fonction : SCHIAPPA Marlène, SALAME Léa.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations;

ti :


LEA SALAME
Bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

LEA SALAME
Merci d'être avec nous ce matin. Le 8 octobre un couple de jeunes femmes qui déjeunait sur un banc public se fait agresser par un individu, l'une d'elles prend un coup de poing au visage. Le 16 octobre le président d'Urgence homophobie se fait tabasser à la sortie d'un restaurant. Le 19 octobre un chauffeur VTC qui n'a pas supporté qu'un couple d'hommes s'embrasse sur la banquette arrière, les jette dehors avant de les frapper de coups de poing et de coups de pied. Le 20 un homme est insulté et roué de coups par quatre personnes à Paris. Marlène SCHIAPPA, y a-t-il une recrudescence des actes homophobes depuis quelques semaines en France, ou sont-elles, ces agressions, simplement plus médiatisées ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est une vraie question. Alors d'abord je voudrais évidemment, sans aucune ambiguïté, condamner très fermement l'ensemble de ces violences et également l'ensemble des propos homophobes, parce que je crois qu'il y a une forme de continuum de l'homophobie qui commence par des propos homophobes, qui tente de légitimer ensuite le passage à l'acte et à ces agressions. Nous, nous avons reçu, avec le porte-parole du gouvernement, Benjamin GRIVEAUX, une vingtaine d'associations LGBT+, pendant plus de 2 heures, et nous nous ensemble posé cette question de savoir s'il y avait une recrudescence ou si on médiatisait davantage ces violences. La réalité c'est que dans les chiffres, les chiffres du ministère de l'Intérieur, nous disent que ces violences sont stables, mais le rapport…

LEA SALAME
Qu'elles baissent, que le nombre de plaintes, c'est ça qui est paradoxal, c'est que le nombre de plaintes est en diminution nette, -37 % cette année par rapport à l'année dernière.

MARLENE SCHIAPPA
Voilà, mais le rapport de SOS Homophobie, lui, au contraire, nous dit que ces violences elles sont en hausse, et lui se base sur les appels et les visites dans les permanences de SOS Homophobie, de personnes qui viennent faire état d'agressions. Donc, je ne sais pas, mais dans tous les cas c'est inacceptable et inadmissible, et dans tous les cas il nous appartient, nous pouvoirs publics, d'apporter des réponses pour mettre fin à ces violences homophobes.

LEA SALAME
On va parler des réponses, mais est-ce que vous voyez un lien entre cette montée d'un climat homophobe, oublions les chiffres puisque c'est compliqué, mais en tout cas clairement d'un climat homophobe, où il y a une vraie recrudescence, et l'ouverture du débat sur la PMA à toutes les femmes ? Au moment du débat sur le mariage pour tous, en 2013, les actes homophobes avaient augmenté de 78 %. Est-ce que vous faites un lien ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, nous nous essayons justement de faire en sorte d'avoir un débat le plus apaisé possible, de ne pas crisper la société, pour faire en sorte justement de penser à ces couples et à ces familles, parce que, au final, au-delà des débats médiatiques, celles et ceux qui en sont les victimes, de ces débats violents, eh bien ce sont ces couples, et ces familles, et ces personnes, donc nous essayons de faire en sorte que non, néanmoins, dans un certain nombre de témoignages qui ont pu nous être rapportés, effectivement les débats sur la PMA peuvent avoir un effet boomerang difficile, de cet ordre.

LEA SALAME
Les associations réclament des mesures concrètes du gouvernement, ils vous demandent clairement une campagne de sensibilisation contre l'homophobie, une meilleure formation des policiers, des personnels de justice et de l'éducation pour améliorer la qualité d'écoute, et une circulaire conjointe des ministères de l'Intérieur et de la Justice pour rappeler l'arsenal juridique, pour qu'il soit mieux appliqué. Ces trois points, est-ce que vous allez faire droit à l'un de ces trois points ou à ces trois points ?

MARLENE SCHIAPPA
A beaucoup plus en réalité parce que, comme je vous l'ai dit, nous avons reçu très longtemps ces associations, moi je voudrais saluer le travail qu'elles mènent, et surtout leur état d'esprit constructif, parce que, c'est-à-dire que, elles viennent, elles dénoncent, mais elles viennent avec des propositions qui sont très concrètes, et leurs propositions elles vont me permettre, moi, de nourrir la feuille de route que je vais présenter au Premier ministre Edouard PHILIPPE, puisque vous savez que désormais j'ai en charge la lutte contre les discriminations, et donc autorité sur la délégation interministérielle qui s'occupe des luttes contre la haine, et notamment contre l'homophobie…

LEA SALAME
Mais sur ces trois points, est-ce que vous allez lancer une campagne de sensibilisation, oui ou non ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors on est en train de travailler, je ne peux pas vous dire oui ou non là, puisque là, très sincèrement, on en est au stade où on fait le diagnostic et on formule les propositions en interministériel, mais toutes ces propositions, moi, me paraissent intéressantes et recevables, et maintenant je veux qu'on travaille concrètement avec mes collègues pour voir lesquelles on retient, dans quel calendrier, à quels délais, et avoir un nouveau échange avec les associations pour voir si ça leur convient et si ça fait partie des réponses qu'elles estiment efficaces. Je pense que ce travail commun, de construction, il est vraiment important.

LEA SALAME
Il y a une question d'argent aussi, vous avez lancé un appel à projets de 2 millions d'euros en direction des associations, mais les associations LGBT disent il y en a seulement 500.000, sur les 2 millions, qui vont à la lutte contre l'homophobie, le reste ira au racisme et à l'antisémitisme. 500.000 ce n'est pas assez, ils disent.

MARLENE SCHIAPPA
Alors, sur le constat des chiffres elles ont raison, et c'est un appel à projets pour les associations de lutte contre la haine. Vous savez, moi je crois vraiment, et ça c'est un discours que je porte de longue date, que j'ai porté dans le livre que j'ai coécrit notamment sur la laïcité, moi je crois profondément à l'égalité républicaine et à la République une et indivisible. Et en matière de lutte contre les discriminations, je pense qu'il ne faut pas segmenter, et je pense que l'égalité ce n'est pas un camembert qu'on partage avec un morceau ici, un morceau là, et je crois que la lutte contre la haine ça comprend la lutte contre l'antisémitisme, la lutte contre le racisme, la lutte contre le sexisme, et bien sûr la lutte contre les LGBT+…

LEA SALAME
…Quand vous êtes victime directement, par exemple d'homophobie, qu'on vous noie au milieu du reste, est un problème.

MARLENE SCHIAPPA
Non, non, ce n'est pas du tout noyé, au contraire, c'est 2 millions, il y a 500.000 qui sont fléchés actuellement sur la lutte contre l'homophobie, la biphobie, la transphobie, s'il y a besoin de plus on trouvera de l'argent pour rajouter plus. Moi je crois qu'il faut vraiment commencer par construire les politiques publiques et ensuite l'argent à mettre en face on le trouve, la preuve, là Gérald DARMANIN m'a annoncé ce week-end qu'il faisait une levée partielle d'argent qui était bloqué, qui appartient à mon budget sur l'égalité femmes/hommes, donc moi je crois qu'on se bat, ce n'est pas facile…

LEA SALAME
Combien ?

MARLENE SCHIAPPA
On est en train de regarder les chiffres…

LEA SALAME
Vous n'avez pas eu le chiffrage du cadeau ?

MARLENE SCHIAPPA
Si, si, ce n'est pas un cadeau, c'est une levée, c'est une organisation, et je crois que l'argent on peut le trouver au final, que ce soit de l'argent public ou en faisant appel à des fonds privés, je crois que ça s'organise.

LEA SALAME
Autre catégorie qui est aussi parfois en souffrance, les enfants. Des personnalités de tous horizons, Elisabeth BADINTER, Sylviane AGACINSKI, Florence FORESTI, Nagui ou le footballeur Adil RAMI, ont signé ce dimanche une pétition adressée au président de la République, assortie d'une série de propositions pour faire de la protection de l'enfance une grande cause nationale. Faut-il faire de l'enfance une grande cause nationale ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, moi je crois qu'il y a plusieurs grandes causes. D'abord la grande cause du quinquennat c'est l'égalité entre les femmes et les hommes, et pour cette première année cette grande cause nationale elle est fléchée sur la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, et ça se traduit par des appels à projets et des soutiens, notamment au 39.19, qui a donc bénéficié d'une campagne de communication d'Etat, mais aussi de 120.000 euros, sur décision du Premier ministre, pour recruter trois écoutantes en plus, et avoir un objectif de 100 % d'appels…

LEA SALAME
D'accord, donc la protection de l'enfance grande cause nationale, c'est non ?

MARLENE SCHIAPPA
Donc ce que je veux vous dire c'est que là encore les choses ne sont pas cloisonnées, parce que, en réalité, quand vous avez des violences conjugales, intrafamiliales, eh bien les enfants en sont, soit également victimes directes, soit victimes collatérales en étant témoins. Et c'est pour ça que dans la loi que j'ai fait votée cet été, il y a une disposition, qui a été proposée par la députée de Marseille Alexandra LOUIS, qui vise à faire en sorte que lorsque les enfants sont témoins, de ces violences conjugales, on considère que c'est une situation aggravante.

LEA SALAME
Ils pointent votre loi dans cette pétition, la loi dites Schiappa sur les violences sexuelles ne changera rien au fait que 7000 viols de mineurs sont recensés chaque année, soit presque 20 par jour, et seulement 2 % donnent cas à une condamnation, ils vous demandent de revoir la définition du viol sur mineur.

MARLENE SCHIAPPA
Alors, la loi elle a vocation à amener une meilleure condamnation, à faire qu'il y ait davantage de condamnations, effectivement, c'est vrai, elle ne travaille pas sur la prévention, mais ce sont des choses qui vont ensemble et dans le cadre d'un plan global. La personne qui est en charge de la protection de l'enfance au gouvernement c'est ma collègue Agnès BUZYN, avec sa secrétaire d'Etat, dont je salue l'arrivée, Christelle DUBOS, qui va travailler également sur ces sujets. Donc, là encore, il y a un plan interministériel, une stratégie interministérielle qui est en préparation, notamment le travail que nous faisons avec Jean-Michel BLANQUER et Mounir MAHJOUBI pour protéger les enfants de l'accès aux sites pornographiques, je crois, est une des pierres de cet édifice.

LEA SALAME
Marlène SCHIAPPA, les dernières nominations successives de ces dernières semaines au gouvernement et à l'Assemblée nationale n'ont pas été marquées, c'est un euphémisme, par une éclatante présence des femmes, Christophe CASTANER à l'Intérieur, Franck RIESTER à la Culture, Richard FERRAND à l'Assemblée nationale, Gilles LE GENDRE comme président de groupe. Appliquer la parité est une chose, mais pousser des femmes aux vrais postes de pouvoir en est une autre, et de ce point de vue la République en marche est loin d'être exemplaire, allez-vous, Marlène SCHIAPPA, en vous présentant à la tête de la République en marche, casser cette dynamique et changer les choses ?

MARLENE SCHIAPPA
Plusieurs choses. D'abord ce n'est pas mon propos, parce que moi je crois, comme disait Françoise GIROUD, qu'on n'est jamais féministe pour soi, mais on est féministe pour les autres femmes, donc au-delà de ma personne la question c'est comment on fait en sorte que par exemple aux élections municipales on puisse trouver des candidates et notamment des têtes de liste, puisque vous savez qu'en France seulement 16 % des maires sont des femmes, donc on a véritablement un enjeu…

LEA SALAME
D'accord, pour vous, concernant votre hypothétique – d'abord est-ce que vous êtes candidate, vous nous dites ce matin « je suis candidate pour prendre la tête de la République en marche » ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, je suis en train de réfléchir, et il y a une ouverture des candidatures qui se fera bientôt, je discute…

LEA SALAME
Mais pourquoi vous, pourquoi vous en avez envie ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi j'en ai envie parce que j'ai commencé, au début de cette aventure j'étais référente de la Sarthe, j'ai construit ce mouvement au niveau local dans le département de François FILLON, la région de Bruno RETAILLEAU, on parlait de progressisme tout à l'heure, là on a l'opposé, et dans la ville du porte-parole de François HOLLANDE, et je suis attachée, j'aime ce mouvement, j'aime la République en marche, mais je ne suis pas la seule, il y a d'autres gens qui l'aiment, il y a d'autres gens qui seraient utiles et moi, ma volonté avant tout c'est d'être utile. Donc, si je suis utile là, j'irai là, si je suis utile ailleurs, j'irai ailleurs.

LEA SALAME
Mais si vous allez là, si vous êtes candidate, est-ce que vous démissionnez du gouvernement ? Parce que beaucoup de militants ont dit ce week-end, de la République en marche, ils disent « on veut un patron à plein temps, ça suffit le cumul CASTANER ministre et patron de la République en marche. »

MARLENE SCHIAPPA
Moi j'entends cette question, moi je porte la grande cause du quinquennat du président de la République et l'égalité femmes/ hommes, on vient y adjoindre la lutte contre les discriminations, donc je suis très attachée à ce que je fais au gouvernement, je ne quitterai pas mon poste au gouvernement sauf si bien sûr on me le demande, mais moi j'ai reçu aussi beaucoup de messages d'encouragements, de propositions, de soutiens, mais je n'élude pas la question, elle se pose.

LEA SALAME
Marlène SCHIAPPA était notre invitée, belle journée à vous.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 octobre 2018

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