Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse à France-Info le 22 octobre 2018, sur la violence à l'encontre des enseignants. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse à France-Info le 22 octobre 2018, sur la violence à l'encontre des enseignants.

Personnalité, fonction : BLANQUER Jean-Michel, ACHILLI Jean-François .

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse;

ti :


JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Merci d'être avec nous ce matin sur France-Info. Quelle a été votre première réaction lorsque vous avez découvert la vidéo de cette enseignante tenue en joue par un élève de 15 ans ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
J'ai été à la fois choqué et scandalisé évidemment comme tout un chacun, je pense, et évidemment, ma première réaction, dès vendredi, a été que toute la plus grande fermeté se manifeste à ce moment-là, donc c'est ce qui s'est passé d'ailleurs, dès vendredi, nous avons eu à la fois la plainte déposée, la garde à vue des deux jeunes qui avaient commis ces faits, et les premières mesures donc, les premières mesures probatoires.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous avez pu lui parler à cette enseignante, comment va-t-elle ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, c'est le recteur de Créteil qui a immédiatement été en contact avec elle et qui continue à la suivre, je lui parlerai cette semaine, forcément…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Elle est en arrêt ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Elle est en arrêt, elle est forcément traumatisée par ce qui s'est passé et aussi par l'écho qui est donné à tout ça. Ça, on peut le concevoir, mais maintenant, ce dont elle a besoin, c'est de calme, justement.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Hier soir, l'élève a donc été mis en examen pour violences aggravées, il reconnaît les faits, il risque jusqu'à 40 mois de prison, il dit qu'il a agi par rigolade.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c'est évidemment absurde comme réponse, c'est aussi ce que dit un jeune de 15 ans dans ce genre de circonstances, il faut lui prêter l'importance que ça a, c'est-à-dire, pas une très grande importance, ce qu'il est important de voir, c'est que nous devons d'abord réagir avec fermeté à chaque fois qu'une chose comme ceci arrive, c'est ce qui s'est passé, il n'y a aucun laxisme dans ce qui s'est passé depuis vendredi, bien au contraire…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
La plainte a été déposée non pas au moment de l'agression jeudi dernier à Créteil, mais le lendemain, une fois que la vidéo a commencé à circuler.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Parce que la professeure ne l'avait pas signalée jeudi, donc…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Pourquoi elle ne l'avait pas signalée ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, c'est ce qu'on lui a demandé. Je pense qu'elle était assez traumatisée par ce qui s'est passé, elle l'aurait probablement fait le lendemain quoiqu'il arrive, le fait est que c'est le vendredi matin qu'elle l'a dit, et qu'à partir de là, on a déclenché tout ce qu'il fallait, mais…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ça veut dire que si la vidéo n'avait pas circulé autant sur les réseaux sociaux, peut-être qu'on ne serait pas en train de parler de cette affaire ce matin ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, c'est-à-dire, peut-être aussi que si la vidéo n'existait pas, le fait lui-même n'aurait pas existé non plus, on peut faire plusieurs conjectures autour de ça, il est certain que les téléphones portables de toute façon jouent un effet pervers quoiqu'il arrive. Mais ce qui est certain, c'est que la consigne que j'ai donnée depuis que je suis arrivé dans mes fonctions de ministre, depuis un an et demi maintenant, c'est : on ne met aucun problème sous le tapis, et je le dis clairement, je le dis à votre micro, mais je l'ai dit à tous les cadres de l'Education nationale depuis le début, on ne met pas les problèmes sous le tapis, on n'est pas dans la logique du « pas de vagues », au contraire, à chaque fois qu'il y a un fait, petit, moyen ou grand, il doit être sanctionné de façon proportionnée, vis-à-vis des élèves, l'objectif, c'est toujours d'avoir une sanction éducative. Ça peut aller jusqu'à l'exclusion quand c'est nécessaire, et il peut y avoir des suites pénales quand c'est nécessaire, ce qui est évidemment le cas dans une affaire comme celle-ci. Donc nous ne sommes pas du tout dans une logique de laxisme, loin s'en faut, et tous les acteurs doivent se responsabiliser sur ce sujet, c'est-à-dire que les adultes qui travaillent dans les établissements, d'abord, sont solidaires entre eux vis-à-vis de ce type de fait, et ensuite, les signalent, et ensuite l'institution est derrière eux pour qu'il y ait sanction et que le message passe chez les jeunes, parce qu'il n'y a rien de pire que le sentiment d'impunité dans ces cas-là, et c'est ce sentiment d'impunité qui débouche sur cette espèce d'état d'esprit de pseudo rigolade dont vous parliez il y a un instant.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Jean-Michel BLANQUER, on est frappé par une chose en regardant cette vidéo, c'est l'enseignante elle-même qui semble rester particulièrement calme, alors on ne sait pas si elle est terrorisée à ce moment-là, est-ce qu'elle savait à votre connaissance que c'était une fausse arme ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je n'en sais rien, et ce n'est pas ce qui m'importe le plus, si vous voulez, je pense que, à chaque fois qu'il y a une vidéo, il faut avoir beaucoup de prudence dans l'analyse que l'on en fait…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'est pour ça que je vous pose la question comme ça…

JEAN-MICHEL BLANQUER
On a un petit extrait, encore une fois, aujourd'hui, la priorité avec elle, c'est surtout qu'elle soit plus au calme, qu'on puisse la rassurer…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
On ne sait pas si elle savait que l'arme était factice ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, honnêtement, je ne sais pas, donc, je ne vais pas vous inventer la réponse, je pense qu'elle était, et on a tout le temps, là, maintenant de l'enquête pour le savoir. Ne sur-interprétons pas ce qu'on voit, ce sont quelques secondes d'une vidéo, restons la tête froide, et d'ailleurs, tout ce que j'ai à dire sur ce sujet n'est pas en réaction à ce fait spécifiquement, je rappelle que depuis un an et demi, nous avons beaucoup agi sur ces enjeux de sécurité, j'ai créé une équipe sécurité au ministère sur cette question, dirigée par un préfet, dès que Christophe CASTANER est arrivé la semaine dernière dans ses fonctions, j'ai parlé de cela avec lui pour que nous ayons une action concertée, puisque le sujet est multiforme, il y a le sujet de la classe, le sujet de l'établissement, et puis, il y a le sujet de ce qui se passe autour de l'établissement, par exemple, les phénomènes de gangs, les phénomènes de trafics de drogues, tous ces sujets donc sont multiples. Et nous n'avons pas attendu ce qui s'est passé jeudi pour agir, simplement…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Comment est-ce qu'on empêche – pardon Jean-Michel BLANQUER – un élève d'entrer avec une arme vrai ou fausse dans un établissement aujourd'hui ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, ça fait partie pour le coup des progrès que nous devons avoir dans les temps qui viennent, avec, là encore, des solutions qui peuvent être techniques, entendues avec les collectivités locales, j'ai entendu parler des portiques, je ne suis pas certain que ce soit la bonne solution, parce que ça peut poser d'autres problèmes de sécurité…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Pas certain ou c'est non les portiques de sécurité ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je dis : tout se discute, et notamment avec les collectivités locales…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Même ça, même les portiques ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, je ne suis pas très partisan de cela, parce que vous créez d'abord une atmosphère, et ensuite, un engorgement à l'entrée qui posent d'autres problèmes de sécurité, mais d'autres techniques, comme la vidéosurveillance par exemple, qui existe dans certains établissements…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ça n'empêche pas d'entrer avec une arme dans son cartable…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, mais ça a beaucoup d'effets sur… ça a eu beaucoup d'effets pour améliorer la sécurité dans pas mal d'endroits…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
La vidéosurveillance, à l'intérieur des établissements ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Des contrôles inopinés…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ou à l'extérieur, pardon…

JEAN-MICHEL BLANQUER
A l'intérieur et à l'extérieur aussi, aux abords bien entendu, le travail sur la détection de métaux, mais de manière ciblée sur certains élèves, à certains moments…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'est-à-dire des contrôles à l'entrée avec un détecteur de métaux ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, par exemple, ça, ça peut être plus efficace que les portiques. Je ne vais pas rentrer dans cette discussion technique maintenant, mais elle est ouverte en tout cas, elle est ouverte avec les collectivités locales en toute sérénité, encore une fois, on ne doit pas être simplement dans la réaction à ce fait divers, mais dans une action structurelle qui est menée depuis un an et demi, qui a donné d'ailleurs de premiers résultats, je rappelle que, encore une fois, en matière de sécurité, nous avons créé un système de signalement qui nous permet d'avoir les idées beaucoup plus claires sur ce qui se passe. Nous avons, sur certains sujets – qui sont des sous-ensembles, des problèmes de vie scolaire – avancé fortement, je pense à ce que nous avons fait sur l'enjeu des atteintes à la laïcité qui aujourd'hui sont à la fois recensées, font l'objet d'interventions spécifiques, donc nous sommes totalement mobilisés sur ces enjeux de sécurité qui sont la condition d'une vie scolaire normale, rappelons que quand on fait ça, on protège les faibles, on protège, on évite qu'il y ait la loi du plus fort dans nos établissements, et on installe les valeurs de la République, parce qu'il faut la sécurité pour qu'il y ait évidemment tout le reste, c'est-à-dire, les apprentissages normaux qui se qui se réalisent. Donc la philosophie du gouvernement et l'action que je pratique est clairement une action de fermeté sur ces sujets, mais aussi de sérénité, de façon justement à ce qu'il y ait une sérénité des apprentissages.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Interdire les portables au lycée, c'est une bonne idée ou pas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, comme vous le savez, nous venons de voter une loi pour l'interdiction systématique…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Une possibilité aujourd'hui offerte…

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est ça, cette loi permet, d'une part, elle rend automatique l'interdiction à l'école et au collège, donc…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Là, c'était un lycée…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et là, il s'agit d'un lycée, mais cette loi a aussi prévu que les lycées peuvent le faire.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Est-ce que vous souhaitez qu'ils le fassent ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je recommande aux lycées, en fonction des situations, en fonction des abus qu'ils peuvent constater de l'usage du téléphone portable, en tout cas, a minima, de réglementer assez fortement l'usage du téléphone portable, dont on voit bien qu'il est à l'origine souvent de cyber harcèlement, d'actions de harcèlement contre un élève, voire contre un professeur pour pouvoir le filmer et ensuite faire les malins sur les réseaux sociaux, tous ces sujets – on le sait – sont liés à cela, au téléphone portable, et donc, oui, c'est une recommandation que l'on peut avoir vis-à-vis des communautés éducatives des lycées, mais tout ça doit se faire au cas par cas, parce qu'encore une fois, chaque établissement est quand même un cas particulier en matière de sécurité. Et d'ailleurs, l'autre chose que nous avons entamée depuis plusieurs mois, c'est un plan de sécurisation de chaque lycée de France, que j'ai demandé en début d'année à tous les chefs d'établissement et qui sera prêt en cette fin d'année civile et qui nous permet d'avoir une vision claire de la situation de sécurité de chaque établissement sous tous les angles de la sécurité.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Merci à vous Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Merci. Ministre de l'Education, votre réaction ce matin sur France Info.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 octobre 2018

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