Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec RTL le 21 octobre 2018, sur le tourisme en France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec RTL le 21 octobre 2018, sur le tourisme en France.

Personnalité, fonction : LEMOYNE Jean-Baptiste.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de l'Europe et des affaires étrangères

ti : Q - On aurait tort de penser que le secrétaire d'Etat chargé du tourisme est parfaitement heureux. Certes, il y a 90 millions de touristes qui sont venus en France, nous sommes les champions du monde, il y en aura peut-être 100 millions l'an prochain, mais cela ne saurait suffire à son bonheur. Je parle sous votre contrôle M. Lemoyne.

R - Bonjour, Nous sommes en effet très heureux de ces bonnes performances avec une année 2018 qui s'annonce record. Vous l'avez dit vous-mêmes, nous étions champion du monde en terme de fréquentation en 2017, et nous le serons vraisemblablement en 2018 avec 90 millions de tourismes internationaux.

Vous avez raison, gouverner c'est prévoir, et donc je souhaite également anticiper car parfois, lorsqu'il y a de plus en plus de touristes internationaux, il y a une concentration de ces flux sur certains sites. On a vu à Barcelone, à Venise, et maintenant dans quelques destinations françaises, combien cela pouvait parfois générer des réactions. Il faut donc s'attaquer à ce problème.

Q - Si vous me permettez un exemple qui n'est pas de chez nous, c'est le syndrome de Venise.

R - Exactement, c'est tout à fait cela. J'étais il y a quelques jours à Annecy à la rencontre des hôteliers restaurateurs indépendants ; le maire de la station me signalait que, sur la saison estivale, il y avait une concentration très importante qu'il pouvait presque assimiler à du sur tourisme. Il est donc important de pouvoir travailler sur une meilleure répartition des flux touristiques sur l'ensemble du territoire.

Q - Ce que vous dites, c'est qu'il y a des lieux qui sont saturés et d'autres qui sont méconnus et ce n'est pas toujours juste. Cela dit, peut-on réorienter un tel flux touristique ? Peut-on persuader des Chinois d'aller passer leurs vacances sur le plateau du Larzac plutôt qu'à Cannes ou à Saint-Tropez ?

R - Tout à fait. Cela passe par plusieurs éléments. D'une part, il faut créer plus de lignes directes aériennes entre les grandes villes françaises et les grandes villes internationales. Prenez l'exemple de Marseille qui souhaiterait pouvoir mettre en place plus de lignes directes avec Saint-Pétersbourg parce que la Russie, comme la Chine ou comme l'Inde, émettent de plus en plus de touristes internationaux qui dépensent volontiers de l'argent sur notre territoire. Nous avons donc ce besoin d'ouvrir de nouvelles lignes vers nos métropoles de régions pour qu'elles soient plus facilement irriguées et nos territoires ruraux.

Par ailleurs, il y a un deuxième aspect, c'est travailler sur différents segments du tourisme : je m'explique. Vous le savez, la Bourgogne est chère à mon coeur, j'ai été sénateur de l'Yonne. Concernant l'oenotourisme par exemple, il y a une demande de nos amis du sud-est asiatique pour découvrir nos vins, les produits de nos terroirs. En valorisant l'oenotourisme, on peut faire découvrir d'autres territoires.

Q - Permettez-moi de vous rappeler que dans un entretien, vous avez déploré que l'on ne passe pas plus de temps à visiter les châteaux de la Loire. Mais y a-t-il suffisamment d'hôtels dans cette province pour accueillir tous les touristes qui sont demandeurs ?

R - Nous avons l'ambition, à la fois de préserver et de maintenir le tissus hôtelier parce qu'il faut investir pour avoir des hôtels qui ont les reins plus solides.

Q - Il y a 800 hôtels qui ont fermé cette année.

R - Absolument et vous pointez un vrai sujet, car certains hôtels n'avaient parfois pas la taille critique. Nous avons décidé de doubler les prêts hôtelleries que met en place la banque publique d'investissement, pour accompagner les hôteliers et investir.

Il faut dire aussi qu'il y a également d'autres solutions d'hébergements qui connaissent un succès. Je pense aux meublés de tourisme. C'est vrai, cela fait polémique, on voit grandir la mise en location à travers les plateformes internet de ces logements qui sont quand même une réponse, notamment dans le secteur rural où l'hôtellerie indépendante a parfois disparue.

C'est la raison pour laquelle mon message a été de dire aux hôteliers comme aux plateformes qu'il ne fallait pas s'opposer les uns les autres et qu'en fait, il y avait des complémentarités à explorer. J'ai pris mon casque bleu pour les mettre autour de la table.

Il y a aussi une montée en gamme des campings, l'hôtellerie de plein air se porte bien. Nous avons récemment pris des mesures pour les aider à conforter et à monter en gamme leur établissement, et de plus en plus, elle rencontre un succès croissant.

Q - Votre souhait serait-il qu'il y ait un peu moins de monde sur la Tour Eiffel ou au château de Versailles, et davantage dans une province méconnue ?

R - Mon souhait est que tout le monde tire son épingle du jeu en matière de tourisme, que la tour Eiffel continue à connaître le succès qui est le sien, mais on le voit bien, elle atteint aussi des limites, et par ailleurs, que l'on puisse avoir toujours plus de monde dans des sites comme Vézelay, ou l'abbaye de Fontenay, vous parliez des châteaux de la Loire ou autre.

C'est vrai que la France a un patrimoine formidable, ce n'est pas notre ami Stéphane Bern qui dira l'inverse, et ce patrimoine mérite d'être toujours plus connu et reconnu. Un certain nombre de sites qui sont emblématiques sont les premiers à être visités, mais je sais que les régions font un gros travail pour favoriser la connaissance de leur patrimoine et de leurs destinations.

Nous les accompagnons à l'international, nous avons signé ce que l'on appelle des contrats de destination et c'est ainsi que nous pouvons valoriser Biarritz autour du golf, que nous pouvons valoriser la Bretagne aussi. Nous espérons ainsi faire en sorte que les touristes aillent d'eux-mêmes découvrir et qu'ils sortent des sentiers battus.

Q - Une dernière question que je pose depuis plusieurs années à vos homologues, quand l'étalement des vacances promis aux Français mais aussi aux touristes qui viennent chez nous, quand cet étalement des vacances sera-t-il réalisé ? Quand les vacances seront-elles en juillet, et pas seulement en août ?

R - Il faut comprendre l'évolution de la façon dont on voyage et dont on prend ses vacances. On s'en souvient, il y a 20 ou 30 ans, les mois de juillet et août étaient sacrés. Aujourd'hui, les gens partent plus souvent mais moins longtemps. La saison estivale a donc tendance à se concentrer entre le 20 juillet et le 20 août, mais les gens repartent ensuite. En ce moment d'ailleurs, nous vivons un été indien, tout cela est propice à des weekends, à de courts séjours qui entretiennent eux aussi le tourisme.

Q - Cela est dû au dérèglement climatique.

R - Certes et on ne saurait se réjouir de certains épisodes exceptionnels et violents. Bien sûr nous nous associons à nos amis de l'Aude qui ont été durement touchés. Ce qui est certain, c'est que les gens partent plus souvent. Il y a d'ailleurs un enjeu parce qu'il y a aussi un tourisme à faire vivre l'hiver, mais aussi les autres saisons, le tourisme de montagne. Nous nous sommes fait prendre la première place par l'Autriche et il est important que l'on puisse remettre nos chers enfants sur des skis. En République Tchèque par exemple, ils ont instauré des classes de découvertes de ski obligatoires. J'en ai parlé avec Jean-Michel Blanquer, je pense qu'en France, nous avons aussi besoin de remettre un certain nombre de classes découvertes telles que celles-ci, pour que le ski et la montagne redeviennent des réflexes de vacances.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 23 octobre 2018

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