Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec Cnews le 22 octobre 2018, sur les inondations dans l'Aude, la sécheresse, le glyphosate, le bio, la maltraitance animale et sur la politique agricole commune. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec Cnews le 22 octobre 2018, sur les inondations dans l'Aude, la sécheresse, le glyphosate, le bio, la maltraitance animale et sur la politique agricole commune.

Personnalité, fonction : GUILLAUME Didier, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation;

ti :

ROMAIN DESARBRES
Le Salon de l'alimentation, c'est en ce moment. Qu'est-ce qu'on va manger, tiens, dans les années à venir ? Ça sera une des questions qui va être posée à Didier GUILLAUME, le nouveau ministre de l'Agriculture, qui est l'invité ce matin de Jean-Pierre ELKABBACH, dans la matinale. C'est tout de suite.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le ministre, tout nouveau, et tout neuf, ministre de l'Agriculture, bienvenue Didier GUILLAUME.

DIDIER GUILLAUME
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonjour merci d'être avec nous. L'Aude est en train de lutter contre les conséquences d'une semaine de cauchemar. Ce matin le président de la République est attendu dans les communes qui ont été le plus sinistrées par cette semaine, il devrait traduire, on peut le penser en actes, son émotion et la solidarité nationale. Mais vous, qu'est-ce que vous proposez aux agriculteurs dont les terres ont été profondément touchées ?

DIDIER GUILLAUME
D'abord, moi je veux exprimer toute ma compassion aux familles des victimes et toute ma solidarité aux Audoises et aux audois, parce que la situation est dramatique. Le Premier ministre s'est rendu sur place, le président de la République y va ce matin, la solidarité de l'Etat sera totale. L'Etat mettra tout en oeuvre, des mesures exceptionnelles, pour aider. La priorité c'est le relogement, c'est les familles, c'est la reconstruction. Mais bien évidemment, lorsque nous aurons le point exact de la situation agricole qui est absolument catastrophique, les vignes sont détruites, eh bien dans la foulée de la solidarité nationale, je mettrai tout en oeuvre avec mon ministère pour aider directement les viticulteurs, les agriculteurs touchés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et comment protéger les sols qui ont été touchés ?

DIDIER GUILLAUME
Eh bien là, nous verrons, parce que ce qui se passe là-bas, c'est absolument dramatique. Les torrents de boue ont tout dévasté, il va falloir sûrement recommencer à nouveau, peut-être à certains endroits des plantations, d'autres des aménagements, nous verrons. Mais moi je veux affirmer à tous les agriculteurs de l'Aude, que l'Etat sera à leurs côtés, pour les aider, l'Etat sera présent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans votre domaine, on évoque à la fois les cieux ou la météo, pour que ici l'appui cesse, ou ailleurs que la pluie arrive, c'est la sécheresse. En effet, il y a des lacs, des étangs, des champs qui sont secs, et toutes les cultures sont atteintes. Il y a un besoin d'eau dans ces régions. Qu'est-ce que vous faites ?

DIDIER GUILLAUME
Oui, c'est le point essentiel aujourd'hui d'actualité sur l'ensemble du territoire français, c'est la sécheresse. On voit bien que le réchauffement climatique, l'augmentation des températures, fait que, aujourd'hui, la situation d'agriculteurs et notamment des éleveurs est catastrophique, il y a un besoin de fourrage, de paille, exceptionnel, et aujourd'hui…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors ?

DIDIER GUILLAUME
Eh bien l'Etat, là encore, est en train de regarder, je rencontre les organisations agricoles aujourd'hui, l'Etat sera à leurs côtés. Je vais me rendre sur place en fin de semaine dans le Nord de la France, dans l'Est de la France, pour regarder la situation, et là l'Etat sera aux côtés d'eux, en débloquant des mesures exceptionnelles, des avances de la PAC ont déjà été versées au niveau de 60 %, nous allons aller plus loin, nous allons regarder cela, parce que si la situation restait en l'état, nous mettrions en péril un certain nombre d'exploitations, et ça ce n'est pas possible.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais c'est un phénomène qui va durer. Vous dites bien, le réchauffement climatique et le besoin d'eau, or il n'y a pas de retenue d'eau, les Verts s'y sont opposés.

DIDIER GUILLAUME
Il y a deux choses. Il y a la situation actuelle, conjoncturelle, la sécheresse sur laquelle j'annoncerai des mesures, en relation avec le Premier ministre, dans les dans les jours qui viennent, et puis il y a la situation globale de l'eau. Aujourd'hui il y a un besoin d'eau pour l'agriculture française et pour l'irrigation, mais en même temps, nous devons faire en sorte que la ressource en eau devienne pérenne le plus possible. L'Etat a mis en place des assises de l'eau, dont les conclusions sont rendues en 2019. Les agriculteurs utilisent beaucoup moins d'eau qu'il y a 20 ans, 30 % de moins d'eau qu'il y a 20 ans.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ils en ont besoin toujours.

DIDIER GUILLAUME
Mais nous voyons bien qu'il y a besoin d'eau, donc moi je veux…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et alors ?

DIDIER GUILLAUME
Dans le cadre des Assises de l'eau, qui sont des Assises qui regroupent l'ensemble des partenaires, nous allons regarder comment le besoin en eau pour l'agriculture française peut s'exprimer, et ce que nous pourrons mettre en place. Il ne s'agit pas de gaspiller les ressources en eau, je veux le dire vraiment, la ressource en eau est trop fragile, il n'est pas question de la gaspiller, mais il faut regarder comment l'équilibre peut se faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça pour éviter des rationnements. A votre tour, Didier GUILLAUME, d'être confronté à la polémique et aux conséquences des pesticides, du glyphosate. On les voit partout, on les redoute partout, est-ce que vous seriez devenu, à partir d'une phrase que vous avez prononcée, le ministre des pesticides ou le défenseur des pesticides ?

DIDIER GUILLAUME
Non. C'est assez drôle d'ailleurs, moi qui était président du département de la Drôme pendant 11 ans, qui est en effet le premier département bio de France…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sans OGM, si je me rappelle.

DIDIER GUILLAUME
Le premier département sans OGM, qui pousse les circuits courts, qui pousse la restauration collective, qui a mis en place un procédé pour faire en sorte que les agriculteurs puissent accéder aux marchés publics. Ça m'a fait un peu drôle de voir que cette polémique, qui est partie d'un journaliste qui n'avait pas écouté totalement mon intervention, et après, vous savez à la campagne Jean-Pierre ELKABBACH, on dit : quand on veut tuer son chien, on l'accuse de la rage. Je pense que certains ont profité de la première chose. De quoi s'agit-il ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On ne le dit pas seulement à la campagne.

DIDIER GUILLAUME
Je veux réaffirmer ici…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non non, mais ... les bébés malformés, on dit un mystère, etc., la phrase qui avait été retenue, « des soupçons mais sans aucune preuve scientifique ». Et la phrase est mal passée.

DIDIER GUILLAUME
Mais oui, parce que là nous parlions des bébés sans bras, mais je veux réaffirmer qu'après la fin des néonicotinoïdes, c'est ce gouvernement, en 2020, qui interdira l'utilisation du glyphosate. C'est ce gouvernement qui vient de lancer un plan Ambition bio, comme jamais il n'a eu lieu. C'est ce gouvernement qui va faire en sorte, avec la loi EGalim, suite aux Etats généraux de l'Alimentation…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, mais vous ?

DIDIER GUILLAUME
Je vais vous répondre ce qui a été fait. Moi j'ai dit simplement à la question qui m'a été posée sur les bébés sans bras, que pour l'instant il n'y avait pas de certitude, d'ailleurs hier ma collègue Agnès BUZYN a relancé une enquête avec l'ANSES, l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire, pour regarder ce qu'il se passe. Moi je veux là encore exprimer ma solidarité avec les familles, mais pris une phrase…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous êtes favorable aussi à cette enquête.

DIDIER GUILLAUME
Mais bien sûr qu'il faut une enquête, elle est indispensable pour regarder si oui ou non il y a une liaison entre les pesticides et le fait que ces bébés soient nés sans bras. Mais, ce que je veux vous dire, c'est que moi ministre de l'Agriculture, les lobbies ne pourront pas franchir la porte de mon ministère.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah, parce que les lobbies, ils frappent.

DIDIER GUILLAUME
Tous les lobbies de France frappent. Moi je suis…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les lobbies internationaux et mondiaux !

DIDIER GUILLAUME
Moi je suis le défenseur de l'agriculture et le protecteur des agriculteurs, mais je ne suis soumis à aucun lobby. Ce qui m'importe c'est l'intérêt général. Et oui, ce gouvernement et mon action sera conduite vers la transition énergétique, vers la transition, vers l'agro-écologie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va voir, on va voir, mais donc ce matin on doit dire et on va vous suivre, Didier GUILLAUME anti-pesticides, Didier GUILLAUME anti…

DIDIER GUILLAUME
Vous allez un peu vite. Didier GUILLAUME est celui qui avec le gouvernement, le chef de l'Etat, s'est engagé, interdira le glyphosate en 2020.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et anti-lobbies.

DIDIER GUILLAUME
Et anti-lobbies, et nous devons aller plus loin pour réduire les intrants, réduire les pesticides, les agriculteurs font beaucoup d'efforts dans leurs méthodes pour y arriver et je veux saluer leur engagement, l'Etat les aidera à sortir de ça.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il y a il y a toujours le dilemme entre les sciences et le principe de précaution qui est inscrit dans la loi. Un politique qu'est-ce qu'il fait ? Il attend les résultats des recherches scientifiques ou dans certains cas il dit : je fais appel au principe de précaution.

DIDIER GUILLAUME
Le politique, il doit prendre ses responsabilités. La différence entre l'administration et le politique c'est le politique qu'il agit. Nous, nous ne sommes pas des commentateurs, nous sommes des acteurs, donc dès qu'il y ait une situation difficile, il faut agir. Lorsque nous voyons ce qui se passe avec les bébés nés sans bras, les bébés à (?) des maltraitances, le gouvernement lance une enquête. Ça ne veut pas dire que l'on présage du résultat de cette enquête, mais il vaut y aller…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et les experts seront indépendants, évidemment.

DIDIER GUILLAUME
Mais les experts sont indépendants. Lorsque nous voyons qu'il y a des difficultés avec le glyphosate, le glyphosate est un produit dangereux, nous l'interdisons, c'est ça la réalité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui mais dans trois ans, S'il est dangereux, pourquoi attendre 3 ans ?

DIDIER GUILLAUME
Non mais attendez, je vais vous dire très clairement. L'Europe voulait l'interdire dans 15 ans, dans 10 ans, et puis arrivé à 5 ans, le président de la République a dit : non, nous allons être plus vertueux, nous allons aller plus vite que tous les autres pays européens, nous allons le faire dans 3 ans, mais en même temps, il faut accélérer la recherche, afin de faire en sorte que la transition se passe et que nous arrivions à ce que les agriculteurs aient des solutions. C'est-ce qu'il va y avoir. Mais, Jean-Pierre ELKABBACH, dire : le glyphosate sera interdit dans 3 ans, c'est une mesure et c'est une décision exceptionnelle.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc la France a été entendue ou en tout cas…

DIDIER GUILLAUME
Est la première.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
... elle le fait pour elle-même.

DIDIER GUILLAUME
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez dit que vous avez été président du département de la Drôme pendant 11 ans, la Drôme qui était effectivement le premier département bio, si je puis dire, et qui encourageait le bio, et qui a utilisé les moyens pour y arriver. Là, ministre de l'Agriculture depuis quelques jours, qui serez-vous, ministre des agriculteurs, ministre de l'Agriculture, ministre de l'agro écologie ? C'est-à-dire de la transition.

DIDIER GUILLAUME
Je vais vous répondre très précisément, parce que je suis ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation. Aujourd'hui, l'un ne va pas sans l'autre. Il y a 20 ou 30 ans on parlait d'agriculture, mais aujourd'hui on parle d'alimentation. La demande de nos concitoyens pour avoir une alimentation sûre, une alimentation avec une traçabilité forte, une alimentation dont on peut être sûr que les produits sont de qualité, c'est indispensable. Donc moi je suis le ministre de l'Agriculture et je veux être le ministre les agriculteurs, mais je veux être le ministre de la Transition vers la…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De la conversion.

DIDIER GUILLAUME
De la transition vers l'agro-écologie, le ministre de toutes les transitions, la transition des bonnes pratiques, avec une performance économique, parce que nous avons besoin d'une agriculture qui soit productive et qui exporte. Est-ce que vous savez Jean-Pierre ELKABBACH que la balance du commerce extérieur de l'agriculture est excédentaire de 6 milliards d'euros ? C'est important de le dire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui oui, il faut qu'elle continue.

DIDIER GUILLAUME
Il faut qu'elle continue et je vais…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et qu'on n'importe pas n'importe quel produit qui vient de l'étranger.

DIDIER GUILLAUME
J'étais au Salon international de l'alimentation, justement pour promouvoir nos entreprises agroalimentaires, pour aller à l'export, mais en même temps, il faut une agriculture qui soit protectrice des sols, protectrice de l'environnement, avec des circuits courts, avec du bio, sans pesticides, c'est dans cette direction que nous allons.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Justement, il faut 3 ans, d'après ce que j'ai lu, il faut 3 ans de repos au sol et à la terre pour la transformation en producteur de bio. Est-ce que l'Etat va aider justement cette conversion par des compensations financières, les agriculteurs ?

DIDIER GUILLAUME
Bien sûr, bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce que sinon, ils ne pourraient pas le faire.

DIDIER GUILLAUME
Pour faire une conversion en bio, il faut 3 ans, reposer les sols, on ne va pas entrer dans la technique. L'Etat aide les agriculteurs qui veulent se convertir en bio, par des aides directes, par des conseils, et sur les territoires les chambres d'agriculture jouent un rôle important, je veux les saluer, parce qu'avec leurs techniciens, leurs élus, elles accompagnent, ils accompagnent les agriculteurs, et puis les collectivités locales le font, moi comme président de département j'aidais beaucoup à la conversion, à l'investissement, sur du matériel bio.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez inauguré hier le Salon le l'alimentation. Qu'est-ce qui vous a impressionné le plus ?

DIDIER GUILLAUME
Ce qui m'a impressionné, c'est l'innovation, l'innovation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire, pour les consommations d'aliments, de nourriture.

DIDIER GUILLAUME
Les entreprises agroalimentaires sont dans l'innovation constante, sont d'abord des entreprises connectées, et de quoi s'agit-il ? Il faut que nous arrivions à exporter nos produits de qualité. Aujourd'hui la France est le pays où la sécurité sanitaire est un des meilleurs au monde. Et comme tous les citoyens du monde veulent cela, hier j'ai rencontré une dizaine de ministres dans des réunions ou dans des contacts directs, tout le monde dit la même chose : nos concitoyens, que soit en Ukraine, que soit en Inde, j'ai vu la ministre indienne, que ce soit ailleurs, disent : nos concitoyens veulent des produits qui soient sûrs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, ils disent bravo, mais nous, les concitoyens, les Français, on voit bien que par exemple et ils vont faire appel à des protéines végétales de plus en plus souvent, de bonne ou de mauvaise qualité, ou alors ils mangent de moins en moins de viande, pour la santé publique, et en même temps parce qu'il y a peut-être un climat ou une mode.

DIDIER GUILLAUME
Non mais je crois que, ce que je souhaite moi, c'est que pendant le temps où je resterai à ce ministère, c'est que les Françaises et des Français se disent : les produits que je mange, qu'ils soient des produits agricoles directs ou des produits transformés, sont sûrs. Que la qualité sanitaire est importante, c'est cela la réalité, et pour se faire, il faut que tout le monde tire dans le même sens. On ne va pas opposer les uns aux autres !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il faut aller au Salon de l'alimentation pour aller voir les innovations.

DIDIER GUILLAUME
Oui il faut aller au Salon de l'alimentation.

DIDIER GUILLAUME
130 ONG viennent de lancer à travers toute l'Europe une pétition pour demander à la Commission de Bruxelles d'interdire l'élevage des animaux en cages, et dans Le Figaro il y a quelques jours – je ne sais pas si vous l'avez lu –le philosophe Luc FERRY a signé la pétition, et il dit : il ne s'agit pas d'interdire l'élevage – dit Luc FERRY – mais d'en finir avec ce qui confine à une véritable torture pour les animaux. Le problème que vous avez en face de vous désormais c'est la souffrance animale. Comment vous y répondez ?

DIDIER GUILLAUME
Moi je veux lutter contre la maltraitance animale, c'est absolument évident, et dans la loi EGalim, suite aux états généraux de l'agriculture et de l'alimentation, des mesures ont été prises. Il y a interdiction de toute construction d'élevage de poules pondeuses en cage par exemple, c'est dans la loi. Alors, ce n'est pas encore en application parce que la loi va entrer en vigueur, mais c'est en application. Je crois qu'il faut aller dans cette direction.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'on n'est pas en train de changer d'univers, pour ne pas dire de civilisation ? Quand l'Occident des villes, communie de plus en plus avec l'animal qui est jugé presque l'équivalent, pour ne pas dire l'égale de l'homme, je lis, que l'humanisme pour certains de ceux qu'on appelle les animalitaires, l'humanisme est un racisme, l'animal, il n'y aurait entre l'animal et l'homme plus de frontière. Qu'est-ce qu'en pense le ministre de l'Agriculture et des agriculteurs ?

DIDIER GUILLAUME
Non, je pense qu'il faut faire attention quand on va dans cette…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est un problème.

DIDIER GUILLAUME
Il faut faire attention quand on va dans cette direction. Dans tous les produits, dans la restauration collective les gens doivent manger ce qu'ils veulent, moi je suis opposé aux repas de substitution, je suis opposé à une journée de repas végétarien, une journée de repas... non. Il faut, chacun doit faire comme il veut, ceux qui veulent manger de la viande en mangent, ceux qui ne veulent pas en manger, n'en mangent pas. Il n'y a pas de problème. Ceux qui veulent être végétariens, le sont, et ceux qui ne veulent pas manger de porc…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, est-ce que l'animal est l'équivalent de l'homme ?

DIDIER GUILLAUME
Mais, aujourd'hui, je crois qu'il faut faire attention de ne pas aller trop loin, dans toutes les religions monothéistes l'animal n'a jamais été l'équivalent de l'homme. Alors, moi je pense qu'il faut absolument lutter contre la maltraitance, il faut absolument arriver à faire en sorte que les choses se passent mieux, dans les abattoirs des mesures ont été prises, moi je veux aller plus loin, la souffrance, la maltraitance animale ce n'est absolument pas possible, mais en même temps je ne veux pas rentrer dans le débat philosophique. Je serai le garant de ceux qui auront des bonnes pratiques dans l'élevage. Je dis bien : il faudra aller plus loin dans les années qui viennent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Un mot sur la Politique agricole commune, avec le Brexit et les nouvelles dépenses qui sont liées aux migrants, à la défense et à la sécurité, le budget de la PAC, on voit bien qu'il va évoluer et sans doute après les élections européennes. Simplement, est-ce que la France peut accepter une réduction de ce qui lui revient pour les agriculteurs français ?

DIDIER GUILLAUME
La France bat de toutes ses forces, avec le chef de l'Etat, le Premier ministre, Nathalie LOISEAU, la ministre des Affaires européennes, moi-même et tout le gouvernement, pour que la PAC soit préservée et soit beaucoup plus forte. On voit bien qu'aujourd'hui, et vous l'avez très bien dit Jean-Pierre ELKABBACH, avec les gros sujets de société, le terrorisme, la sécurité, tout cela, eh bien les migrants, il y a des budgets qui devront augmenter, mais je veux le dire ici, si le budget de la PAC était entamé très fortement, alors c'est l'histoire rurale de notre pays qui disparaîtrait, c'est des centaines d'entreprises agricoles, d'exploitations agricoles qui pourraient disparaître. Donc je vais me battre pour que le niveau de la PAC, au niveau européen, soit le plus élevé possible, afin qu'on continue d'avoir des aides directes aux agriculteurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ça veut dire que si ça ne marche pas, on renationalise la politique agricole française, on la nationalise ?

DIDIER GUILLAUME
Non, ce n'est plus possible. Aujourd'hui, la politique agricole elle est en grande partie européenne, la France a obtenu 9,5 milliards dans la dernière PAC, il va falloir se battre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il ne faut pas y toucher, vous dites, pas de nationalisation de la politique.

DIDIER GUILLAUME
Non.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dernière remarque. Dans le tourbillon des échanges et des changements qui sont en cours et qui sont à venir et qui vont bouleverser le nombre et le rôle prochain des agriculteurs, qu'est-ce que vous demandez à eux et à la société toute entière ?

DIDIER GUILLAUME
Je pense qu'il faut réconcilier les agriculteurs et la société. Il n'y a pas…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ça, on le dit tout le temps.

DIDIER GUILLAUME
Oui, mais je vais essayer…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourquoi, on est tellement fâché ? Je ne crois pas.

DIDIER GUILLAUME
Je vais essayer d'en faire la démonstration. Il faut arrêter de montrer du doigt toujours, il faut arrêter d'opposer. Moi, à la fin de mon ministère, si je m'aperçois que l'agriculture a un avenir, et si je m'aperçois que les jeunes ont envie de devenir agriculteurs, alors je serais fier et nous aurons réussi notre action. C'est la raison pour laquelle j'ai voulu placer comme une priorité de mon ministère, l'enseignement agricole, la formation, l'apprentissage, la recherche. Il faut des jeunes formés, et si les jeunes sont formés, ils seront les meilleurs promoteurs de la transition agro-écologique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vive les agriculteurs, pour la France et pour l'économie française. Merci d'être venu.

DIDIER GUILLAUME
Merci à vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A bientôt.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 octobre 2018

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