Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la jeunesse à LCI le 23 octobre 2018, sur les projets du ministère de l'éducation nationale et notamment le service national universel. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la jeunesse à LCI le 23 octobre 2018, sur les projets du ministère de l'éducation nationale et notamment le service national universel.

Personnalité, fonction : ATTAL Gabriel.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la jeunesse

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CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bonjour à tous. Notre invité est le nouveau secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale Jean-Michel BLANQUER. Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL, SECRETAIRE D'ETAT AUPRES DU MINISTRE DE L'EDUCATION NATIONALE ET DE LA JEUNESSE
Bonjour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous êtes aussi le plus jeune ministre de la Vème République, plus jeune encore que François BAROIN qui était porte-parole du gouvernement. Vous l'avez battu de quelques mois. Avoir vingt-neuf ans et être ministre, c'est un avantage ou un inconvénient ?

GABRIEL ATTAL
Ni l'un ni l'autre, j'espère. Je crois avoir été nommé par le président de la République et le Premier ministre parce que j'ai montré depuis un an et demi à l'Assemblée nationale que je travaillais. J'étais rapporteur du projet de loi sur l'orientation et la réussite des étudiants, Parcoursup, et parce que je crois vraiment dans la politique qui est menée par ce gouvernement, cette majorité, et j'ai envie d'y contribuer, d'y apporter ma pierre.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vingt-neuf ans, se retrouver là à l'Elysée après le Conseil des ministres pour la photo de famille, qu'est-ce qui se passe dans la tête à ce moment-là ?

GABRIEL ATTAL
C'est forcément un moment très émouvant, je ne vais pas dire l'inverse. Se retrouver au Conseil des ministres, c'est-à-dire le sacro-saint des politiques publiques, de là où se décident de grandes réformes pour le pays, c'est forcément très émouvant mais ça donne aussi des responsabilités. C'est vrai que parfois, quand on est jeune, on doit travailler plus que les autres pour montrer qu'on est crédible et légitime. Donc je vais travailler et j'ai déjà commencé.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va en parler. Vous avez des dossiers, notamment le service national universel, dont on va parler dans quelques instants. Vous avez de la chance, vous êtes encore convoqué au Conseil des ministres mercredi, alors que les secrétaires d'Etat ce n'est pas chaque semaine. Vous ferez donc votre deuxième Conseil des ministres mercredi ; c'est ça ?

GABRIEL ATTAL
Oui, oui. Parce que les sujets de politique éducative vont être discutés. L'éducation, c'est une des grandes priorités du quinquennat d'Emmanuel MACRON ; on l'a vu. Le dédoublement des classes en REP et REP+, les moyens supplémentaires mis à l'école pour permettre de renforcer le nombre de professeurs, notamment dans les quartiers défavorisés, la loi qui va être présentée par Jean-Michel BLANQUER sur la scolarisation des enfants à trois ans, la réforme de la formation des enseignants, tout ça c'est des chantiers majeurs. Et puis, évidemment, il y a des chantiers sur lesquels je vais intervenir plus particulièrement : le service national universel, les associations, l'engagement et la jeunesse.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et puis, vous arrivez évidemment dans ce ministère dans la tourmente de cette vidéo qu'on voit depuis jeudi, qui a été postée par un élève, où on voit l'agression - avec un pistolet en plastique certes – mais l'agression d'une professeure par son élève qui réclame d'être noté présent au cours. Ça dit quoi de notre société et de l'école, cette vidéo ?

GABRIEL ATTAL
C'est très choquant et très grave. J'ai été très choqué par les images et j'ai beaucoup pensé à cette professeure qui a, elle aussi évidemment, été extrêmement choquée et blessée par ce qui s'est passé. S'en prendre…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Elle ne savait pas, en fait, que c'était un pistolet en plastique.

GABRIEL ATTAL
Oui, j'imagine. J'imagine.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Elle a été très calme parce qu'elle pensait que l'arme était en plastique, mais pas du tout. Elle a été très choquée. Elle était choquée quand on voit cette vidéo.

GABRIEL ATTAL
Bien sûr, mais c'est normal d'être choqué. S'en prendre à un professeur, ça doit être considéré comme s'en prendre à un pompier, à un policier, à un gendarme, à un hospitalier. Ça veut dire s'en prendre à un serviteur de la République. C'est pour ça qu'il faut des réponses extrêmement fermes et exemplaires. Il y a la justice qui est saisie, il y a le conseil de discipline de l'établissement qui est saisi.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il sera exclu probablement de l'établissement après les vacances de la Toussaint.

GABRIEL ATTAL
Je pense qu'il y a assez peu de suspense sur l'avenir de cet élève.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais quand même ce qui est intéressant, ce que ça révèle, c'est la libération de la parole des professeurs. Il y a ce fameux hashtag sur les réseaux sociaux #PasDeVague parce que jusqu'à présent, on ne disait aux professeurs ce que vous dites. On leur disait : « Ne dites rien, taisez-vous. On étouffe l'affaire, il ne s'est rien passé. Circulez, il n'y a rien à voir. » Et tout d'un coup, grâce à cette vidéo, enfin les professeurs estiment qu'ils vont enfin pouvoir témoigner et partager avec nous, avec tous les Français, ce qu'ils vivent au quotidien.

GABRIEL ATTAL
Là-dessus, je ne suis pas d'accord avec vous. Dès son arrivée au ministère de l'Education, Jean-Michel BLANQUER a insisté sur le fait qu'il fallait un changement culturel. Qu'il fallait rétablir une forme d'autorité à l'école, qu'il fallait rétablir un respect des professeurs et ça commence dès le plus jeune âge. C'est pour ça qu'il a insisté sur l'école de la confiance, sur le respect, le respect d'autrui. Jean-Michel BLANQUER, c'est quelqu'un qui est engagé dans le système éducatif depuis longtemps. Quand il était recteur à Créteil…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
A Créteil justement.

GABRIEL ATTAL
C'est le premier à avoir créé les unités mobiles de sécurité qui, depuis, ont été généralisées sur l'ensemble du territoire et qui sont intervenues sur un certain nombre de lycées dans ce territoire. Il avait pris comme conseiller sécurité un commissaire de police ; à l'époque, ça avait fait débat. C'était le premier à avoir fait ça. Jean-Michel BLANQUER, c'est quelqu'un qui a toujours eu chevillée au corps cette volonté d'ordre, d'autorité, de sécurité dans les établissements scolaires.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais là, vous défendez votre ministre et c'est normal. Mais concrètement, on a eu plein de témoignages hier notamment sur LCI de professeurs qui nous disent : « J'ai vu un couteau de cuisine traverser la salle de classe et le proviseur m'a demandé de ne rien dire. Qu'en fait, ce n'était pas si grave et on a rendu le couteau de cuisine à la mère de l'enfant. »

GABRIEL ATTAL
Evidemment. Ce que je vous dis, c'est que Jean-Michel BLANQUER impulse un changement culturel parce que c'est ça qu'il faut dans les établissements. De là à ce que ça produise des effets partout, tout le temps, immédiatement, évidemment la réponse est non. Moi je comprends et j'entends. J'ai regardé les tweets qui ont été postés sur ce hashtag, je crois qu'il y en a plus de cinquante mille.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Cinquante-six mille. Cinquante-six mille, c'est que disait tout à l'heure Thierry MOREAU. Cinquante-six mille tweets venant de quatorze mille personnes différentes.

GABRIEL ATTAL
Evidemment. Je les ai vus, ces tweets. Il y a, je pense, un grand sentiment d'omerta chez beaucoup de professeurs, un sentiment que des choses ont été laissées sous le tapis. Là-dessus aussi, Jean-Michel BLANQUER a été extrêmement clair.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
L'omerta, c'est vous qui prononcez le mot : il y avait l'ormeta dans l'éducation nationale.

GABRIEL ATTAL
Il ne faut plus donner le sentiment que les choses sont mises sous le tapis. Là-dessus, encore une fois, Jean-Michel BLANQUER a pris des engagements extrêmement clairs. Un exemple : les conseils de discipline et les sanctions disciplinaires. C'est vrai qu'il y a beaucoup de cas où celles-ci ne sont pas prononcées. Pourquoi ? Parce que pour certains, pour des établissements, le nombre de conseils de discipline, le nombre de sanctions disciplinaires dit évidemment des choses sur la situation de cet établissement. Et donc, les chefs d'établissement ont pu avoir tendance à faire en sorte qu'il y en est moins.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bien sûr. Qu'est-ce que vous dites ce matin aux proviseurs qui nous regardent ? Vous leur dites : « Tant pis, il faut assumer. Il faut être transparent » ?

GABRIEL ATTAL
Evidemment, c'est ce qu'a dit le ministre de l'Education nationale. Il faut plus de transparence et il faut plus de sanctions. Là-dessus, qu'est-ce qui va se passer ? Dans les jours qui viennent, il va y avoir une rencontre très importante entre Jean-Michel BLANQUER et Christophe CASTANER, le ministre de l'Intérieur, à laquelle je participerai aussi pour revoir justement le lien entre le ministère de l'Intérieur et le ministère de l'Education nationale, pour revoir l'échelle des sanctions - parce qu'il faut aussi qu'il y ait une échelle plus importante des sanctions en fonction de la gravité des faits -, et puis l'effectivité, l'application des sanctions. Tout ça, ça a déjà commencé à être travaillé. Des annonces vont être faites dans les jours qui viennent. Il faut aussi impliquer les associations. Moi, je suis particulièrement en charge du monde associatif. Il y a des associations qui peuvent et qui doivent continuer et renforcer leur intervention en milieu scolaire sur le cyber-harcèlement, sur la question des violences, sur l'égalité entre les jeunes filles et les jeunes garçons. Tous ces sujets-là, il va falloir avancer.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il y a du travail.

GABRIEL ATTAL
Oui. Il y a du travail mais c'est pour ça qu'on est là. Il y a du travail qui a commencé depuis un an et demi que ce gouvernement a été nommé. Moi, j'ai le sentiment que ce travail-là va dans le bon sens.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Regardez Gabriel ATTAL, ces chiffres encore. Il y a quatre cent quarante-deux agressions par jour de différents degrés dans les établissements scolaires français. Ce qui est intéressant aussi, c'est que 9 %... Donc quatre cent quarante-deux incidents, c'est le nombre d'incidents recensés chaque jour. 9 % des établissements, 10 %, concentrent la moitié de ces incivilités, agressions, violences. Est-ce qu'il faut faire un effort particulier vers ces établissements-là et qu'est-ce que vous proposez ? Est-ce qu'il faut mettre des portiques ? Est-ce qu'il faut mettre des agents de sécurité dans les lycées ? Est-ce qu'il faut mettre de la vidéosurveillance partout ? Quelles sont les solutions ? Est-ce que c'est sécuritaire ou pas ?

GABRIEL ATTAL
Il faut évidemment renforcer, concentrer les efforts sur des territoires où ces situations sont les plus fréquentes. Encore une fois, c'est l'objet des mesures qui vont être annoncées par les ministres dans la semaine. Donc moi, je ne veux pas déflorer évidemment ces annonces. Il y a un travail très sérieux qui est en train d'être refait. Je n'ai aucun doute sur le fait que les mesures seront appropriées ; elles ont déjà commencé à l'être. Moi, c'est ça aussi le message que je veux faire passer. C'est qu'on ne sait pas réveillé avec cette affaire. Il y a des mesures très fortes qui ont été prises depuis un an et demi, qui vont continuer à être prises. Il faut continuer à avancer ; c'est ce qui sera fait dans la semaine.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce qu'il y a une responsabilité particulière des parents ? Est-ce qu'on a finalement fermé les yeux sur la déresponsabilisation des parents dans la structure familiale ? J'ai vu hier ce tweet d'Eric CIOTTI des Républicains qui réclame de réactiver la suspension des allocations familiales pour les parents qui ont des enfants qui sont responsables de ce type d'actes. Vous voyez : « Je demande à Jean-Michel BLANQUER de rétablir la loi Ciotti permettant de supprimer les allocations familiales aux parents d'élèves perturbateurs. »

GABRIEL ATTAL
Oui. Ça, c'est l'éternelle rengaine qui revient chez notamment Eric CIOTTI. Si ça avait prouvé ses effets, on le saurait et ça serait aujourd'hui en vigueur. Evidemment qu'il faut une responsabilisation des familles. Là aussi Jean-Michel BLANQUER n'a eu de cesse de le dire et, là aussi, on va avancer notamment avec les associations pour voir comment est-ce que les familles peuvent être davantage impliquées. Parce que c'est vrai qu'on parle de mineurs qui sont sous la responsabilité de leur famille : on n'est pas dans le cas de majeurs et, donc, on est dans une situation différente. Là-dessus aussi, il y a énormément de choses à faire et on va continuer dans les jours qui viennent.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc vous nous annoncez dans la semaine qui vient, dans les dix jours qui viennent, une série de mesures conjointes du ministère de l'Education nationale et du ministère de l'Intérieur.

GABRIEL ATTAL
Oui, bien sûr. Il y a une réunion, encore une fois, qui a été annoncée. Un comité stratégique avec le ministre de l'Intérieur et Jean-Michel BLANQUER auquel je participerai, qui aura lieu demain. Donc tout ça va donner lieu à des annonces très fortes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous avez un dossier propre, au moins un, celui du service national universel. Je rappelle que c'est une promesse du président MACRON dans la campagne : réinstaurer un service universel pour tous les jeunes, garçons et filles. Ça prend du temps. On a vu qu'il y avait des désaccords entre l'armée, entre le ministre de la Défense, entre le ministre de l'Education. Qui allait payer, combien de temps ça allait durer, le président voulait six mois, un an. Finalement, on est sur un mois plus trois mois. D'abord 1. c'est quoi finalement ce service national universel ? 2. c'est quand ? Et 3. qu'est-ce que vous allez mettre à l'intérieur ?

GABRIEL ATTAL
D'abord, c'est une réforme d'ampleur. C'est une réforme extrêmement puissant et c'est sans doute la réforme de société la plus forte du quinquennat d'Emmanuel MACRON. C'est pour ça qu'il y a évidemment…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et c'est vous qui la portez notamment.

GABRIEL ATTAL
Je la porterai avec Jean-Michel BLANQUER évidemment. Mais c'est pour ça qu'il y a beaucoup de questions qui se posent. Que les questions que vous avez évoquées se posent et c'est normal sur une réforme le creuset républicain, le creuset générationnel comme on dit, de mixité sociale où des jeunes qui viennent d'horizons sociaux et géographiques différents se retrouvent à un moment T au service de quoi ? Au service des valeurs de la République. Au service - c'est quelque chose qui me tient beaucoup à coeur - de la protection de l'environnement. Au service de la préparation dans la réaction à des événements de catastrophes naturelles ou des attaques. Et évidemment, et c'est un objectif qui est très fort, qui est aussi dans le périmètre sur lequel je vais travailler au ministère, pour l'engagement. Il faut développer cette culture de l'engagement chez les jeunes. Il y a énormément de jeunes qui vous disent : « J'ai envie de m'engager. J'ai envie de m'engager au service de l'intérêt général. J'ai envie de m'engager pour les autres mais je ne sais pas comment le faire. »

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors les réponses aux questions, ça va commencer quand ?

GABRIEL ATTAL
L'objectif, c'est de commencer dès l'année prochaine, dès 2019. Evidemment, il y aura une montée en charge progressive. On est en train de travailler sur cet objectif.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça va durer combien de temps ?

GABRIEL ATTAL
Alors il y a deux phases qui ont été annoncées. Une première phase obligatoire de deux fois quinze jours, et puis une seconde phase volontaire avec un engagement plus long de six mois qui peut être un service civique, qui peut être un engagement dans les cadets de la défense, qui peut être un engagement auprès des pompiers volontaires par exemple.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Les deux fois quinze fois, on est d'accord, ça sera obligatoire et ça sera sous forme de casernement ? On devra dormir sur le lieu de formation ?

GABRIEL ATTAL
Je veux quand même rappeler le processus. Il y a un groupe de travail avec des personnalités très diverses...

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous avez fini la consultation là.

GABRIEL ATTAL
Qui a fait un premier rapport dans lequel il y a plusieurs hypothèses sur lesquelles on est en train de travailler. Il y a des annonces qui seront faites dans les mois qui viennent sur l'architecture concrète de ce dispositif ; on est en train de travailler là-dessus. Et on travaille sur la base de quoi ? De ce rapport et d'une consultation numérique qu'on a demandée et qu'on a souhaité ouvrir à tous les jeunes. On a mis en place un questionnaire sur Internet et j'appelle vraiment les jeunes qui nous écoutent à se connecter : consultation-snu.fr.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Combien ont répondu jusqu'à présent ?

GABRIEL ATTAL
A ce stade hier soir, on était à peu près à soixante-deux mille réponses de jeunes à ce questionnaire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est pas mal sur une classe d'âge.

GABRIEL ATTAL
C'est beaucoup.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Une classe d'âge, c'est huit cent mille personnes.

GABRIEL ATTAL
Oui, c'est beaucoup.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Soixante-deux mille, ce n'est pas si mal.

GABRIEL ATTAL
Sur plusieurs classes d'âge évidemment, mais c'est beaucoup soixante-deux mille. Ce que je veux rappeler, c'est que ce questionnaire est en ligne jusqu'à la fin de la semaine, jusqu'à vendredi soir. Donc moi ce que je dis aux jeunes, c'est : « Connectez-vous, donnez votre avis, allez faire vos propositions. » Je me déplacerai dans la semaine encore auprès de jeunes, notamment dans une journée de défense et de citoyenneté pour échanger avec eux. Il y a un Hackathon qui a été organisé au ministère, qui est extrêmement intéressant, avec des représentants des jeunes, des représentants des associations, de toutes les parties prenantes. On est en train de faire remonter des idées. L'objectif, c'est d'être innovant et d'être efficace. Et là-dessus, je suis assez serein sur le fait qu'on va avancer.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc il y aura deux fois quinze jours obligatoires et, après, des modules de trois à six mois d'engagement volontaire.

GABRIEL ATTAL
Ce sera annoncé dans les mois qui viennent. Mais je pense que ce qui est important aujourd'hui, c'est de parler des objectifs vraiment. C'est que les jeunes, en en sortant, aient rencontré et passé un moment au service des valeurs de la République avec des jeunes qu'ils n'auraient peut-être pas rencontrés par ailleurs. Aient davantage envie ou en tout cas aient davantage les moyens de s'engager s'ils le souhaitent. L'engagement, c'est une valeur qui est très importante, qu'Emmanuel MACRON, président de la République, met en avant régulièrement. Il faut s'engager dans des associations, il faut s'engager dans des services civiques, il faut s'engager dans les cadets de la défense, auprès des pompiers si on le souhaite. Et tout ça, c'est une culture qu'il faut développer dans l'enseignement scolaire, qu'il faut développer avec le service national universel, qu'il faut développer tout au long de la vie en renforçant l'engagement, y compris des moins jeunes, parce qu'il y a des personnes qui travaillent ; qui ont envie de s'engager aussi. Et ça, ça fait partie de ma feuille de route au ministère.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors hier, Emmanuel MACRON a passé la journée dans l'Aude auprès des sinistrés des inondations de la semaine dernière. On a vu un président très compassionnel, très à l'écoute. Ça fait partie d'une stratégie de communication aussi. C'était nécessaire pour le président de se montrer en proximité, proche des gens ? Ça lui a parfois été reproché de parler d'un peu haut.

GABRIEL ATTAL
C'est toujours la même chose. Parfois, on explique le président de la République n'est pas assez dans la compassion et, quand il l'est, que c'est une stratégie de communication. Vous avez vu les images, je les ai vues aussi. Quand on se retrouve face à des gens qui ont tout perdu, face à des gens qui n'ont plus de maison, qui n'ont plus d'affaires, qui parfois ont perdu malheureusement des proches, comment ne pas être ému face à ces situations ? Moi, j'ai vu un président sincèrement et réellement ému et c'est normal : on se retrouve face à des détresses humaines qui sont extrêmement fortes. Alors il faut que la réponse soit adaptée, elle l'est. Plein de choses ont été annoncées : quatre-vingts millions d'euros pour les communes pour les infrastructures qui ne sont pas assurables, les routes, les ponts et caetera. Une aide d'urgence pour les personnes sinistrées et surtout, je crois que ce qui est important et ç'a été dit par le président de la République, c'est que l'accompagnement se fasse dans la durée. Parce que je pense que les Français ont été habitués ces dernières années à ce que, quand il y a des catastrophes, il y ait des annonces qui soient faites, il y ait plein de ministres, un président et puis que derrière il n'y ait pas de suivi.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Là, il a annoncé quatre-vingts millions d'euros déjà.

GABRIEL ATTAL
Oui. Et il s'est engagé surtout, et c'est quelque chose de très important, à ce que les ministres et à ce que le gouvernement continuent à se rendre dans l'Aude, continuent à voir que les mesures sont appliquées. Parce que qu'est-ce qu'attendent les gens qui ont tout perdu ? Ils attendent notamment que leurs assurances réagissent vite, soient au rendez-vous rapidement pour pouvoir se reconstruire. Donc il va falloir que le gouvernement suive ça de très près ; ç'a été annoncé par le président. Les ministres continueront à venir dans l'Aude, seront à portée d'interpellation des personnes qui ont tout perdu pour être sûrs que les choses évoluent.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors dans le couple exécutif, il y a donc Emmanuel MACRON et Edouard PHILIPPE, le Premier ministre. On sort d'une séquence politique un peu mouvementée avec la rentrée, la démission de Nicolas HULOT, de Gérard COLLOMB, le remaniement sans fin dont vous êtes finalement issu. Il a duré longtemps mais il vous a profité. On voit que dans les sondages, notamment le sondage dans le JDD ce week-end, que c'est Edouard PHILIPPE qui tire profit de cette séquence : plus sept points auprès des Français alors que le président stagne. Vous, vous êtes plutôt proche d'Emmanuel MACRON, vous le connaissez depuis longtemps. Vous découvrez Edouard PHILIPPE, j'imagine, autour de la table du Conseil des ministres et dans son équipe désormais.

GABRIEL ATTAL
Moi, je suis proche d'Emmanuel MACRON, j'ai fait sa campagne. Je suis aussi proche du Premier ministre qui est mon Premier ministre, je suis membre de son gouvernement.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Depuis très peu de temps, depuis dix jours.

GABRIEL ATTAL
Oui. J'étais membre de sa majorité quand j'étais député. Honnêtement, il faut arrêter de faire des… Je sais que c'est ce que beaucoup de journalistes et de commentateurs politiques font : il n'y a pas de distinction à faire entre le président et le Premier ministre. C'est un couple exécutif, ils agissent ensemble. Qu'il y ait des petites variations sondagières sur l'un, sur l'autre : on le voit parfois, ce n'est pas la même, et caetera, honnêtement ce n'est pas très surprenant. Je pense qu'il ne faut pas rester le nez sur les sondages, parce que si on l'avait fait, je pense qu'Emmanuel MACRON n'aurait pas été candidat à l'élection présidentielle et n'aurait pas gagné l'élection présidentielle. Donc moi, je suis assez serein par rapport à tout ça. Ce qui compte, c'est les actes. C'est qu'il y ait un mouvement très fort de transformation qui a été engagé dans le pays depuis un an et demi, qu'il faut qu'il continue. Il y a des grandes réformes sont menées actuellement sur le budget, par exemple. Il y en a d'autres qui vont arriver sur les retraites, sur le marché du travail. Tout ça, c'est un mouvement qu'on va poursuivre.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors vous parliez des réformes sur le budget. On sait depuis une semaine que, ça y est, on a un prochain nouveau record : plus de mille milliards d'euros de prélèvements et charges sur les Français et les entreprises. Un nouveau record. Et puis, on apprend aujourd'hui, ce matin, que finalement la réforme du 0 reste à charge sur l'optique, sur les prothèses auditives, sur les dents, va coûter finalement de l'argent. De toute façon, il faut bien que quelqu'un paye et que les mutuelles vont augmenter. Regardez ce chiffre notamment pour les personnes âgées, encore eux : leur mutuelle d'ici 2021 va très nettement augmenter, beaucoup plus que pour une famille avec enfants. 9,5 % en moyenne de hausse des mutuelles ; seulement 2,5 pour les moins de soixante ans. On prend aux Français ce qu'on leur donne de l'autre ?

GABRIEL ATTAL
Moi là-dessus, je pense qu'il faut être extrêmement prudent. Vous dites « va augmenter » : qu'est-ce que c'est ces chiffres ? Ils sont issus d'une étude d'un cabinet privé de conseils en assurance santé qui est repris par la presse, qu'il faut évidemment regarder. Moi, je me fis aux engagements du gouvernement et aux engagements des complémentaires santé. Il y a eu une très grande discussion pour arriver au reste à charge 0, pour faire en sorte que les Français et notamment les personnes âgées n'aient plus de reste à charge sur l'optique, l'audioprothèse et le dentaire. C'est une négociation et une concertation qui a eu lieu pendant plusieurs mois. Qu'est-ce qu'il y a eu à la fin ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais vous avez eu des engagements de leur part ?

GABRIEL ATTAL
Un engagement des complémentaires à ne pas augmenter leurs tarifs avec un soin particulier pour les retraités modestes. Qu'est-ce qui va être fait dans les mois qui viennent ? 1. Un observatoire de la réforme justement pour faire la transparence totale sur les prix des complémentaires des mutuelles. Ça, ça va être fait. Des rencontres régulières entre la ministre de la Santé Agnès BUZYN et les complémentaires, y compris dans les jours ou les semaines à venir, je crois. Je n'ai pas l'agenda exact mais, en tout cas, très prochainement. Pour continuer à demander des comptes et pour avoir une transparence totale sur les prix.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc leur engagement, c'est quoi, aux mutuelles ? L'engagement qu'elles ont fait au gouvernement, c'est de ne pas augmenter les mutuelles ?

GABRIEL ATTAL
Oui. Et je veux rajouter un point important puisqu'on parlait du budget. Dans le budget de la Sécurité sociale qui va être examiné à partir d'aujourd'hui au Parlement, il y a une mesure très forte qui fait qu'on étend la CMUC, donc la CMU contributive, aux retraités, à beaucoup de retraités modestes. Cinq cent mille supplémentaires qui vont en bénéficier. C'est pour le coup, là aussi, un gain de pouvoir d'achat pour les retraités modestes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc vous nous dites ce matin : « Les mutuelles n'augmenteront pas, comme le dit ce cabinet, de 9 % pour les personnes âgées » ?

GABRIEL ATTAL
Elles s'y sont engagées et le gouvernement sera vigilant à ce que ça soit tenu. Et j'appelle encore une fois à la prudence sur des études de cabinets privés, de conseils en assurance santé qui sont repris par la presse. C'est intéressant toujours de regarder ces études et parfois ça alerte le gouvernement. Je pense qu'il faut quand même être serein et se fier aux engagements des parties prenantes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors là pour le coup, ce n'est pas des études, c'est des chiffres concrets : les prix à la pompe du carburant. Le diesel, vous nous dites : « Oui, c'est pour l'écologie. Il fallait réaligner les fiscalités. » Sauf que l'essence aussi augmente. Maintenant d'ailleurs, le diesel est plus cher que l'essence mais l'essence, ça continue à augmenter. On a l'impression que c'est un peu un prétexte, qu'au fond on continue d'augmenter la fiscalité sur l'essence.

GABRIEL ATTAL
Là encore, enfin on est quand même…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Quand les Français vont à la pompe, c'est ce qu'ils voient.

GABRIEL ATTAL
Je comprends parfaitement votre question mais on est aussi dans des injonctions contradictoires. Les Français et beaucoup de Français nous disent : « Il faut protéger l'environnement. Il faut lutter contre la pollution. » Vous parliez tout à l'heure de la démission de Nicolas HULOT. Il y a beaucoup d'émotion autour de cette question de l'environnement et c'est légitime. A partir de là, qu'est-ce qui pollue aujourd'hui ? C'est notamment le diesel, c'est l'essence et donc il y a un moment où il faut agir, sinon on n'est pas au rendez-vous des responsabilités. Ce qui est important, c'est quoi ? C'est de ne pas être dans une écologie punitive.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est un peu ce qu'on ressent.

GABRIEL ATTAL
Non. Etre punitif, c'est quoi ? C'est augmenter la fiscalité sans donner de solution de transition aux personnes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et sans baisser les autres fiscalités.

GABRIEL ATTAL
Qu'est-ce qu'on a fait ? On a créé une prime à la conversion. Cette prime à la conversion, elle explose. C'est-à-dire qu'on est très largement au-dessus de ce qui était attendu en nombre de Français pour bénéficier de cette prime. Cette prime, c'est quoi ? C'est quand même de mille à deux mille cinq cents euros pour l'achat d'un véhicule propre. On augmente de cent cinquante millions d'euros le budget prévu pour cette prime dans le prochain budget. On a des solutions alternatives et, d'ailleurs, les Français s'en emparent. Je pense que c'est ça : c'est la photo globale qu'il faut regarder.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc il n'y aura pas de restriction pour la prime à la conversion.

GABRIEL ATTAL
Non, bien sûr.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On pourra changer sa voiture. Merci beaucoup Gabriel ATTAL d'avoir été avec nous ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 octobre 2018

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