Interview de M. Franck Riester, ministre de la culture à France-Inter le 23 octobre 2018, sur son installation au ministère, ses goûts en matière culturelle et la politique audiovisuelle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Franck Riester, ministre de la culture à France-Inter le 23 octobre 2018, sur son installation au ministère, ses goûts en matière culturelle et la politique audiovisuelle.

Personnalité, fonction : RIESTER Franck.

FRANCE. Ministre de la culture

ti :


ALI BADDOU
L'invité du « Grand entretien » ce matin est le nouveau ministre de la Culture et de la Communication Franck RIESTER, Léa SALAME est à mes côtés, pour intervenir le standard au 01.45.24.7000, l'application France Inter et les réseaux sociaux. Bonjour Franck RIESTER.

FRANCK RIESTER
Bonjour Ali BADDOU.

ALI BADDOU
Et merci d'avoir choisi France Inter pour votre première interview radio-télé de ministre, 13ème ministre en 25 ans, la rotation est rapide, à la Culture. Est-ce que vous avez lu MODIANO ?

FRANCK RIESTER
Pas encore.

ALI BADDOU
Pas encore. Vous avez appelés vos prédécesseurs, est-ce que vous avez eu Jack LANG au téléphone ?

FRANCK RIESTER
Jack LANG je l'ai eu, et je l'ai même vu, parce que le premier jour de ma nomination j'étais avec lui à Lima pour une magnifique exposition sur le patrimoine archéologique du Moyen-Orient, qui est une exposition magnifique qui utilise les technologies numériques pour valoriser ce qui était ce patrimoine exceptionnel qui a été ravagé par la barbarie, par la guerre, et par Daesh.

LEA SALAME
Et il vous a donné un conseil ?

FRANCK RIESTER
Il m'en a donnés quelques-uns, mais je vais les garder pour moi.

LEA SALAME
Secret. On ne vous connaît pas bien Franck RIESTER, on sait que vous suivez depuis longtemps les questions culturelles et audiovisuelles, est-ce que c'était votre rêve d'être ministre de la Culture, comme on a pu le lire ?

FRANCK RIESTER
C'est en tout cas une responsabilité éminente, qui est un grand honneur, mais aussi une énorme responsabilité, et donc effectivement, quand on fait de la politique, pouvoir assumer un jour une fonction comme celle-là c'est une, encore une fois, une satisfaction, mais surtout une responsabilité.

LEA SALAME
Quels sont vos goûts culturels, alors MODIANO ou pas, mais est-ce que vous êtes plutôt HOUELLEBECQ, PICASSO, Booba ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, je suis assez éclectique, j'aime à la fois la peinture du XVIIe, mais aussi la peinture abstraite française, j'aime à la fois la littérature, je dirais classique, parce que j'aime par exemple le théâtre classique, j'ai eu d'ailleurs… ma première sortie culturelle en tant que ministre c'était d'aller à la Comédie Française, il suffit juste de traverser le Palais Royal…

ALI BADDOU
…Oui, c'est l'avantage.

FRANCK RIESTER
Pour aller voir « Lucrèce Borgia » de Victor HUGO, c'est un spectacle magnifique, mais aussi la littérature plus contemporaine. Je viens de finir un livre magnifique qui est « Retour à Lemberg » de Philippe SANDS, qui est une histoire magnifique sur les difficultés terribles qu'ont vécu ces personnes qui ont habité dans l'Europe centrale juste avant la guerre. Et donc, en matière de musique, je peux aimer à la fois la musique classique, notamment j'aime beaucoup la musique baroque, mais aussi le rock, mon groupe préféré, voyez, c'est Coldplay, donc c'est très éclectique.

LEA SALAME
Donc pas Booba ?

FRANCK RIESTER
Pas trop Booba.

ALI BADDOU
Peut-être un jour Booba.

FRANCK RIESTER
Qui sait.

ALI BADDOU
Avec vous en tout cas c'est le retour d'un politique rue de Valois après Françoise NYSSEN, qui elle venait de la société civile. Il faut forcément un politique pour gérer ce petit mammouth ultra-complexe et technocratique qu'est le ministère de la Culture ?

FRANCK RIESTER
Non, pas nécessairement, mais c'est vrai que le fait de connaître le fonctionnement du Parlement, je suis parlementaire depuis 12 ans, notamment….

ALI BADDOU
Douze ans à la commission culture…

FRANCK RIESTER
Oui, c'est ça, 11,5 ans, et aussi de connaître ce qui est important en politique, c'est-à-dire la nécessité de bien être en relation avec tous les acteurs d'un sujet. Quand on est en politique on ne décide pas seul, on est en lien avec tous ceux que la décision concerne, et ça je crois que c'est très important. Pour autant, on peut très bien être dans la société civile et réussir, on peut très bien être en politique et réussir.

LEA SALAME
Ça fait 18 mois qu'Emmanuel MACRON est au pouvoir, il est, on peut le dire, un président intello, un président qui a lu, et pourtant, 18 mois après, on entend des critiques sur sa politique culturelle, « fragmentaire » a dit Jack LANG, « inexistante » a dit Marin KARMITZ, « désuète et très IVe République » dit un collectif d'arts du spectacle. Emmanuel MACRON a-t-il une politique culturelle et comment vous la définissez ?

FRANCK RIESTER
Oui, très clairement, je vous que d'ailleurs les attaques sont très injustes. Injustes pour le bilan du président de la République, mais aussi la ministre, il y a eu des choses très importantes de faites.

LEA SALAME
Françoise NYSSEN.

FRANCK RIESTER
Françoise NYSSEN. D'abord la question de l'accessibilité à la culture, on a besoin de rendre beaucoup plus accessibles les oeuvres majeures de l'Humanité, d'abord de la France, mais aussi rendre un accès plus facile aux artistes, et ça, ça passe notamment par des politiques de démocratisation culturelle, et il y a eu des avancées majeures. Regardez ce qui se passe en matière de circulation des oeuvres et circulation des artistes. Par exemple, à Coulommiers, pour la première fois, moi, depuis des années, on va avoir un PICASSO qui va venir au musée de Coulommiers, c'est un musée qui a de l'ambition, mais qui n'est quand même pas un grand musée national, bon, on va avoir un PICASSO.

LEA SALAME
Et alors, vous allez sortir « La Joconde » ou pas ? Ça c'était un sujet polémique.

FRANCK RIESTER
Oui, mais je pense que c'est important de faire circuler les oeuvres…

LEA SALAME
Même « La Joconde » ?

FRANCK RIESTER
« La Joconde » c'est un cas particulier, c'est tellement un oeuvre fragile et tellement attendue par les visiteurs du Louvre, que je pense qu'il ne faut pas focaliser là-dessus.

LEA SALAME
Donc elle ne bougera pas ?

FRANCK RIESTER
Il y a tellement de collections qui ne sont aujourd'hui absolument pas exposées au public, et qui nécessitent de l'être, que je pense que c'est une bonne chose de les faire circuler. Deuxièmement, il y a la question de l'éducation artistique et culturelle. Ça faisait des années que ministère de l'Education et ministère de la Culture n'arrivaient pas objectivement à avoir une ambition forte en matière d'avancer sur l'éducation artistique et culturelle, ça change, tant mieux. Ça change en matière du plan, avec le Plan chorale, ça change avec…

ALI BADDOU
Alors pourquoi s'être débarrassé de Françoise NYSSEN ? Je vous pose la question en souriant, mais… vous allez en tout cas défendre le budget du ministère de la Culture cette semaine à l'Assemblée, il n'y a pas de grande surprise majeure, mais une vraie question de fond. 85 % des crédits alloués à la création sont déjà affectés, d'ores et déjà affectés aux établissements, aux personnels, à tous les événements que vous organisez, avant même que vous ayez commencé à réfléchir, qu'est-ce que ça vous laisse comme capacité d'action ?

FRANCK RIESTER
Si vous voulez, il faut toujours se dire que dans le ministère de la Culture, effectivement, vous avez raison de le rappeler, il y a beaucoup d'opérateurs, ces opérateurs qui permettent d'organiser les visites dans les musées, d'entretenir tel ou tel élément du patrimoine, ces opérateurs-là il faut absolument continuer de les accompagner. Et pour autant, et je l'ai dit tout à l'heure, le rôle du ministre c'est de fédérer les initiatives, c'est de faire en sorte que, par exemple il y ait davantage de partage de bonnes pratiques en matière de découverte de nouveaux publics, en matière de nouvelles médiations, et ce travail de fédération des énergies il est essentiel. Et puis d'autre part il y a des choix politiques malgré tout, de priorité. On a un budget, là, que je vais présenter demain en commission des affaires culturelles à l'Assemblée nationale, qui est un budget conforté, avec un choix qui est fait d'appuyer sur le patrimoine et l'entretien du patrimoine, notamment, et donc il y a vraiment des leviers pour décider, et notamment législatifs, on va peut-être en parler tout à l'heure. Il y a la question de la loi, la réforme de la régulation de l'audiovisuel…

LEA SALAME
On arrive, on arrive, mais la culture.

ALI BADDOU
Mais d'abord un mot sur le patrimoine parce qu'il y a la restauration du château de Villers-Cotterêts, qui va coûter plus de 200 millions d'euros, pour en faire un laboratoire de la Francophonie, 466 millions pour restaurer le Grand Palais. Est-ce que c'est de grands travaux ont encore un sens ?

FRANCK RIESTER
Une grande ambition pour le patrimoine passe à la fois par un accompagnement de toutes les initiatives locales, et on aura une réflexion sur la loi mécénat, mais aussi sur la restauration de nos grands sites patrimoniaux. Le Grand Palais est un site exceptionnel qui nécessite d'être modernisé, sécurisé, et de lui donner la possibilité d'accueillir des expositions exceptionnelles et d'être à la hauteur de ce site symbole de notre pays, symbole de Paris. Quant au château de Villers-Cotterêts, c'est un château qui mérite d'être restauré, après l'ambition qu'on veut lui donner pour la suite, ça me paraît être encore à affiner, à affûter, parce que, il y a effectivement une dimension…

ALI BADDOU
Ça ne sera pas forcément un laboratoire de la Francophonie ?

FRANCK RIESTER
Si, l'ambition elle est très claire, après comment on traduit cette ambition dans une réalité sur le site de Villers-Cotterêts, ça doit être évoqué avec tous les acteurs qui seront impliqués dans la réalisation de ce projet.

LEA SALAME
Franck RIESTER, avant de parler de l'audiovisuel public, il y a un autre sujet, très délicat, le cinéma français. Le cinéma français vit une période de doute existentiel, son premier financier s'appelle CANAL+, l'accord de financement qui lie CANAL au cinéma français prend fin l'an prochain, en 2019. On a appris hier que la négociation entre les deux parties avait encore échoué, or dans 2 ans CANAL perd les droits de diffusion du foot français, son chiffre d'affaires risque donc de baisser et l'argent qu'il mettra dans le cinéma également. C'est très grave, comment pouvez-vous rassurer le cinéma français ?

FRANCK RIESTER
Alors, il y a des enjeux à long terme et des enjeux à court terme. Des enjeux à long terme, c'est la question du financement du cinéma, de la télévision et de la création audiovisuelle, à l'ère numérique, avec l'arrivée d'acteurs qui aujourd'hui n'ont pas les mêmes règles, non seulement de financement, mais aussi d'exposition des oeuvres…

ALI BADDOU
On va prononcer le gros mot, Netflix.

FRANCK RIESTER
Oui, les fameux GAFA. Bon, il y a des dispositions qui ont été prises au niveau européen, la directive SMA, la directive sur le droit d'auteur, qui vont nous donner des outils pour mieux rendre équitables les acteurs traditionnels, la télévision, le cinéma, par rapport aux nouveaux entrants que sont les GAFA…

LEA SALAME
Mais CANAL, la signature de cet accord qui échoue ?

FRANCK RIESTER
Et ça c'est une réflexion à long terme, il y aura des décisions législatives, il y aura des décisions réglementaires et il y aura aussi des échanges avec les différents acteurs pour trouver des bonnes solutions au financement de la création dans l'audiovisuel et dans le cinéma. A plus court terme, effectivement, les discussions qui sont conduites aujourd'hui entre les éditeurs de télévision, dont CANAL+, et les producteurs de contenus audiovisuels, et les exploitants de salles de cinéma, ce qu'on appelle les discussions sur la chronologie des médias, cette capacité que l'on a à exposer les films à la télévision ou dans les services de médias audiovisuels, et qui…

LEA SALAME
Qu'est-ce que vous dites à CANAL ce matin ?

FRANCK RIESTER
Qui doivent évoluer, cette réglementation qui a permis financement du cinéma et un bon financement de toute la filière cinéma, doit évoluer avec l'évolution des usages, et donc il faut un accord sur cette évolution de la chronologie des médias.

ALI BADDOU
Mais là la négociation est rompue.

FRANCK RIESTER
Donc elle était presque aboutie, il reste des discussions entre CANAL+ et les producteurs notamment, et les ayants-droit, je suis optimiste que ils prennent toutes leurs responsabilités, si ils ne devaient pas être en capacité de prendre leurs responsabilités, à ce moment-là la loi pourra trancher ce sujet-là. on ne peut pas, en France, ne pas faire évoluer le cadre réglementaire de la chronologie des médias, c'est essentiel, parce que c'est un moyen de tenir compte de la révolution des usages, et ça permettra, aussi, d'améliorer la qualité de l'offre légale pour les différents publics.

ALI BADDOU
L'un des gros dossiers sur votre bureau, Franck RIESTER, c'est la réforme de l'audiovisuel public, vous vous étiez prononcé pour une BBC à la française, qu'est-ce que vous entendez par là, est-ce qu'il faut unir FranceTélévisions et Radio France, est-ce que c'est ça la solution pour avoir un service public efficace, alors que ce sont déjà deux grandes maisons, chacune avec leur histoire, compliquée ?

FRANCK RIESTER
Je l'ai dit tout à l'heure, il y a une révolution numérique, il y a une révolution des usages, tous les groupes, publics et privés, s'organisent pour tenir compte de cette révolution, et ils s'organisent comment, en se rapprochant, en travaillant davantage ensemble, en mutualisant des moyens pour mobiliser le maximum de ressources, de moyens, vers les publics, vers les spectateurs, vers les auditeurs, et donc vers les internautes, et donc il faut absolument se rapprocher. Il y a des très belles initiatives qui ont été lancées depuis déjà plusieurs années, par les entreprises elles-mêmes, à l'initiative du gouvernement, il faut continuer. Mais ce qui est certain c'est que, je dirais, l'arrivée c'est évidemment, le point d'arrivée de tous ces partenariats, ce doit être un groupe qui réponde aux objectifs d'adaptation aux usages. Nous avons besoin d'avoir un audiovisuel public fort, ambitieux, qui réponde aux demandes de nos compatriotes, en matière d'accès à la culture, en matière d'information, en matière de, oui, d'accès à la culture, et de divertissement aussi.

LEA SALAME
Alors si vous le voulez…

ALI BADDOU
Vous décrivez France Inter là.

FRANCK RIESTER
Oui, mais c'est très bien, mais France Inter fait un travail remarquable, Radio France fait un travail remarquable, FranceTélévisions, il y a des équipes mobilisées pour offrir des contenus et des programmes de service public, pour autant on doit s'adapter, et on doit être en mouvement, parce que si on n'est pas en mouvement, à ce moment-là on est faible, à ce moment-là on est susceptible de ne pas être à la hauteur des enjeux et à la hauteur des attentes des Français par rapport à l'argent qu'ils mettent dans l'audiovisuel public.

LEA SALAME
Alors justement, puisque vous parlez d'argent, vous voulez un audiovisuel public fort, et vous demandez à cet audiovisuel public de faire des économies, beaucoup d'économies, est-ce que vous confirmez le chiffre annoncé de 190 millions d'économies demandées à l'audiovisuel public d'ici la fin du quinquennat, dont 160 millions pour FranceTélévisions ?

FRANCK RIESTER
C'est dans le schéma budgétaire prévu tel qu'il a été décidé, simplement, deux choses. Un, surtout pas entrer, sur les questions de réforme de l'audiovisuel public, sur uniquement le champ budgétaire. On est dans un pays où l'argent public est rare, où il faut faire des économies, et tout le monde doit en faire, bien évidemment, mais pour autant, ce n'est pas du tout à la hauteur des enjeux. Je vais vous dire, l'enjeu c'est comment on va pouvoir se doter d'un dispositif public, dans l'audiovisuel, qui réponde à la révolution des usages, à la révolution numérique…

ALI BADDOU
Donc une entreprise unique, ça vous l'avez dit.

FRANCK RIESTER
Je n'ai pas dit entreprise unique, ça vous avez mal entendu…

ALI BADDOU
J'essaye de comprendre.

FRANCK RIESTER
Non, non…

ALI BADDOU
De mettre des sous-titres.

FRANCK RIESTER
Là vous dites que j'ai dit ça, je n'ai pas dit ça, j'ai dit que nous avons besoin d'avoir un dispositif public répondant aux usages, répondant à la révolution numérique et à la révolution des attentes de nos compatriotes. Tous les groupes, publics et privés, s'organisent différemment, il faut qu'on s'organise différemment aussi. Il y a déjà eu des belles choses de faites, il y a notamment aussi la prise en compte des envies et des attentes des téléspectateurs ou des auditeurs, avec cette consultation qui a été lancée pour mieux comprendre les attentes et les besoins des auditeurs et des téléspectateurs…

LEA SALAME
Mais vous, le téléspectateur que vous êtes, ou l'auditeur que vous êtes, est-ce que vous voyez la différence entre une chaîne privée et une chaîne publique ?

FRANCK RIESTER
Mais bien sûr.

LEA SALAME
C'est quoi la différence, est-ce que vous arrivez à la définir ?

FRANCK RIESTER
Je crois que c'est dans la programmation, la place mise à la culture, la place mise à l'information, au décryptage de l'information, c'est aussi la présence de la publicité sur les antennes et sur les chaînes, c'est…

ALI BADDOU
Il faut supprimer la pub sur le service public de l'audiovisuel ?

FRANCK RIESTER
Je sais qu'on a beaucoup de sujets à voir, mais si vous me coupez à chaque fois que j'essaye de répondre…

ALI BADDOU
… réponses simples.

FRANCK RIESTER
Oui, alors, ces réponses simples risquent d'être caricaturales, donc j'essaye de développer un petit peu. Nous avons besoin, il y a une vraie attente, et il y a un vrai besoin, d'audiovisuel public, en matière d'information, en matière de divertissement, en matière de création. Il faut que l'on dote la France d'un dispositif public modernisé, qui mobilise ses moyens sur les contenus et sur les programmes plutôt que sur tout ce qui est la logistique, back-office comme on peut appeler, ou la logistique, c'est prioritaire. Ensuite, effectivement, moi je considère que la publicité ce n'est pas la priorité sur les groupes audiovisuels publics, pour autant…

LEA SALAME
Non, vous alliez plus loin.

FRANCK RIESTER
Il ne s'agit pour autant pas de casser des modèles économiques qui sont les modèles économiques actuels. Pour autant, moi j'estime effectivement, parce que je sais ce que vous allez dire, j'estime effectivement…

LEA SALAME
Et on va le dire aux auditeurs surtout, quand vous travailliez sur ces sujets comme député, vous étiez favorable à une suppression totale de la pub.

FRANCK RIESTER
J'étais favorable à garder une spécificité d'audiovisuel public qui permet de ne pas effectivement avoir de publicité sur les antennes et sur les chaînes, pour autant il y a un modèle actuel qui mixe publicité et redevance, et financement public, je pense que ce modèle-là, sur le temps long, avec toute la réforme que j'appelle de mes voeux, mérite d'évoluer, revenir à des fondamentaux qui me paraissent essentiels, parce qu'il faut qu'on voit la différence, qu'on entende la différence. Je rappelle quand même le slogan de France Inter qui était « Ecoutez la différence », et la différence on l'écoute, on s'en aperçoit, aussi, parce qu'il y a une absence de publicité qui perturbe l'écoute des programmes, à mon sens. Et puis je vais vous dire, on a un secteur audiovisuel privé qui a besoin aussi d'être accompagné, qui a besoin d'avoir un dispositif législatif qui soit modernisé, pour qu'il puisse traverser les crises économiques et même, je dirais les crises structurelles auxquelles il est confronté, et pour cela c'est bien de mobiliser ces financements-là sur l'audiovisuel privé. A financements privés, audiovisuel privé, à financements publics, audiovisuel public, je pense que c'est une règle simple, compréhensible, et qui permet de mieux différencier les différentes entreprises et les différents contenus.

ALI BADDOU
Vous avez parlé de redevance, justement on va filer au standard, bonjour Virgil.

VIRGIL
Bonjour.

ALI BADDOU
Une question au ministre de la Culture, Franck RIESTER.

VIRGIL
Bonjour Monsieur RIESTER. Vous parliez à juste titre, Monsieur RIESTER, d'une révolution de l'audiovisuel, je voulais savoir s'il était prévu une égalité de contenus par rapport au support télévisuel et le support internet ? Je vous cite un exemple. Je veux regarder un film le dimanche soir sur ARTE sur mon ordinateur, je tombe sur la mire puisqu'il y a des problèmes de diffusion. Autre chose aussi, je voulais savoir si la publicité allait être contrôlée sur ces plateformes parce qu'elle est de plus en plus anarchique, notamment sur l'audiovisuel public ?

FRANCK RIESTER
Alors l'histoire de la mire sur ARTE, ça je ne sais pas, donc je vais me renseigner, mais ce qui est certain c'est qu'il est important, et c'est un des enjeux, c'est de pouvoir rendre accessibles, quel que soit le support de diffusion des contenus, ces contenus-là au public, que ce soit la télé, que ce soit sur son ordinateur, que ce soit sur son smartphone, que ce soit sur différents dispositifs qui permettent d'accéder aux contenus, et donc ça c'est très important, et c'est une des raisons de ma motivation et de ma détermination à réformer l'audiovisuel public et de continuer l'oeuvre qui est déjà commencée. Deuxièmement, la deuxième question…

LEA SALAME
La redevance.

FRANCK RIESTER
Sur la redevance…

LEA SALAME
Est-ce que vous êtes favorable à la redevance pour tous, c'est-à-dire que tout le monde paierait une redevance, même s'il n'a pas un poste de télévision à la maison ?

FRANCK RIESTER
La question c'était la publicité, je ne suis pas sûr que ce soit la redevance la question…

LEA SALAME
Vous ne voulez pas répondre ?

FRANCK RIESTER
Si, si, je vais répondre. La question de la publicité, je pense que c'est important d'avoir une meilleure personnalisation de la publicité, avec la possibilité éventuellement de mieux cibler la publicité en fonction des lieux et en fonction des antennes, des programmes…

ALI BADDOU
Les patrons de TF1 et de M6 vont être contents puisqu'ils vous avaient interpellé, sitôt nommé, sur cette question justement.

FRANCK RIESTER
Je pense que c'est une question, perturber les équilibres avec la presse, notamment la presse régionale, il y a des équilibres à trouver, mais on doit évoluer, notamment parce que, c'est très clair avec cet auditeur, il y a une envie de ça de la part de nos compatriotes. Concernant la redevance, bien évidemment que c'est une ressource majeure pour l'audiovisuel public, c'est même la ressource de l'audiovisuel public, cette ressource-là doit être pérennisée, elle doit être confortée, et avec la fin, à terme, de la taxe d'habitation, ça nécessitera forcément une décision. Quelles seront les modalités de financement public de l'audiovisuel public, ça doit être travaillé, réfléchi, avec mon collègue du Budget, avec mon collègue de l'Economie et des Finances, avec le Premier ministre et le président de la République, et les parlementaires…

LEA SALAME
Et votre avis ?

FRANCK RIESTER
Et les parlementaires, et il me semble, ça en tout état de cause, que ça doit être un financement non budgétaire, c'est important, quand je dis non budgétaire c'est-à-dire ce n'est pas une ligne dans le budget de l'Etat, c'est plutôt un dispositif directement affecté à l'audiovisuel public, et dont les modalités doivent évoluer avec l'évolution des usages. Concrètement, je ne vais pas vous faire de grande annonce Léa SALAME, aujourd'hui, mais ce qui est certain c'est que…

LEA SALAME
Vous le dites sans le dire, que, oui, vous êtes favorable à la redevance pour tous.

FRANCK RIESTER
Ecoutez, c'est votre décryptage, mais en tout cas, pour ce qui me concerne, j'ai une grande ambition pour l'audiovisuel public, et qui dit grande ambition pour l'audiovisuel public dit financement pérenne et est important pour l'audiovisuel public.

ALI BADDOU
On va retourner au standard, Bonjour Grégory, vous avez une question pour le ministre.

GREGORY
Ecoutez, j'entends tout à fait vos propos, avec votre ambition pour l'audiovisuel public. Moi je découvre un usage, c'est Netflix, je suis assez fan, et j'entends dans vos modèles économiques qu'on pourrait avoir une redevance pour tous, aussi sur les usages du numérique, notamment les Smartphones et les tablettes, et éventuellement taxer des géants comme Netflix. Qu'est-ce que ça va concrètement représenter pour moi, une augmentation de la facture pour financer un audiovisuel public que je ne regarde pas ? C'est une interrogation.

ALI BADDOU
Votre réponse Monsieur le ministre.

FRANCK RIESTER
D'abord il faut de l'équité, on ne peut pas accepter qu'il y ait des grandes entreprises, fussent-elles américaines, ou fussent-elles de la nouvelle économie, qui ne payent pas les mêmes impôts que les entreprises françaises ou européennes, donc c'est le travail que mène Bruno LE MAIRE, et le gouvernement, avec ses collègues européens, pour avoir une fiscalité plus juste concernant les GAFAN. Deuxièmement, il y a la question d'un système qu'on a mis en place depuis des années, en France, et aussi d'une certaine façon en Europe, mais surtout en France, qui nous permet d'avoir une diversité culturelle, une diversité des programmes audiovisuels, une diversité du cinéma, un dynamisme du cinéma et de la production audiovisuelle en France qui doit être préservé, qui doit être conforté, mais ce qui veut pas dire qui ne doit pas s'adapter, et donc nécessité d'équité et nécessité d'adaptation. Donc les GAFAN doivent avoir une fiscalité similaire aux acteurs traditionnels et ils doivent contribuer, comme l'ont fait les acteurs traditionnels, au financement de la création européenne et française, c'est très important, ce qui n'empêchera pas que vous puissiez vous aussi continuer à regarder les séries américaines sur Netflix, mais que celles et ceux qui ont envie d'avoir autre chose que ces programmes-là, puissent le faire. Un des grands enjeux du ministère, et d'ailleurs je n'ai pas eu le temps de répondre à tout ce qui était le projet du président de la République, tout à l'heure, en matière culturelle…

ALI BADDOU
Il faudra que vous reveniez.

FRANCK RIESTER
Mais la question de la diversité, la diversité des contenus audiovisuels, la diversité de la création, la diversité des publics touchés par ces créations audiovisuelles ou ces créations culturelle, c'est essentiel, c'est un des grands enjeux, l'uniformisation culturelle c'est un de nos gros combats, nous devons lutter contre l'uniformisation culturelle, et ça passe par une fiscalité et une législation qui permettent de rendre davantage d'équité et faire participer ces acteurs-là au financement de la création et à l'exposition de la création.

ALI BADDOU
Question de Fabien via l'appli France Inter : qu'avez-vous à dire, Monsieur le Ministre, pour défendre le Pass culture, c'était l'une des grandes promesses du candidat Emmanuel MACRON, est-ce qu'il sera généralisé et quand ?

FRANCK RIESTER
Alors, il y aura un d'abord une expérience, l'expérience commence dans les semaines qui viennent, pour voir si ça fonctionne, si le public s'y retrouve, si le budget est raisonnable, si l'offre qui est proposée est facilement accessible, si c'est ergonomie. Vous savez, c'est une petit application, qui va permette, d'une façon géolocalisée, d'avoir accès à l'offre culturelle, diverse et variée, pour des jeunes de 18 ans, mais très vite l'idée c'est de l'ouvrir à tout le monde. Il y aura un appui financier, une espèce de budget qui sera mis à disposition des jeunes de 18 ans, mais l'idée c'est de l'ouvrir à tout le monde, enfin qu'on puisse avoir une application qui facilite l'accès à l'offre culturelle de ce pays, c'est quand même une belle idée…

ALI BADDOU
Un beau projet.

FRANCK RIESTER
Après il faut regarder concrètement comment ça se met en oeuvre.

LEA SALAME
Deux petites questions pour terminer, rapides si vous le voulez bien. D'abord, les sociétés des journalistes, une vingtaine de médias ont publié un communiqué pour condamner les propos, je cite, « outranciers, injurieux et menaçants » de Jean-Luc MELENCHON, et ses attaques systématiques sans fondement. Est-ce que vous soutenez ces journalistes ?

FRANCK RIESTER
Oui, tout à fait, je l'ai d'ailleurs à l'anniversaire des 100 ans du Syndicat national des journalistes, à l'Hôtel de ville la semaine dernière, je serai toujours aux côtés des journalistes qui sont attaqués. Ce qui fait une des spécificités d'une démocratie par rapport à un régime autoritaire ou totalitaire, c'est la liberté de la presse, et donc quand on est en responsabilités politiques on doit être garant de cette liberté de la presse. Et quand je vois, effectivement, un certain nombre de responsables politiques, à commencer par Jean-Luc MELENCHON, attaquer la presse, inciter à la haine vis-à-vis des journalistes, c'est grave, et c'est inacceptable. Et donc, je salue la décision qui a été prise par la direction de Radio France de porter plainte et j'estime que nous devons, nous les responsables politiques, être exemplaires en la matière. On a la chance d'être dans une démocratie, et donc la démocratie ça passe par la liberté de la presse, regardez ce qui se passe dans un certain nombre de pays où des journalistes sont assassinés, sont enfermés, sont torturés, c'est ça qu'on veut ?

ALI BADDOU
Justement un dernier mot à propos de la presse, que pensez-vous de l'idée que Le Monde, le journal d'Hubert BEUVE-MERY, puisse passer sous pavillon tchèque, racheté par l'oligarque Daniel KRETINSKY ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, ce n'est pas le cas aujourd'hui puisque c'est une participation minoritaire et qu'il est évident que la question d'un actionnariat étranger sur des grands titres de presse française, comme Le Monde, est une question importante, et vous me permettrez d'y travailler dans les quelques jours, semaines et mois qui viennent.

ALI BADDOU
On vous libère, on va vous laisser travailler justement, merci Monsieur le ministre d'être venu au micro d'Inter.

FRANCK RIESTER
Merci à vous deux.

ALI BADDOU
On vous invite d'ailleurs, si vous êtes libre demain soir, à voir la génial Cat POWER et Jean-Louis MURAT en concert à 20h00 à la Maison de la Radio. Merci.

FRANCK RIESTER
Merci de votre invitation.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 octobre 2018

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