Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à France 2 le 23 octobre 2018, sur les témoignages d'enseignants agressés verbalement ou physiquement, le reste à charge zéro et la fiscalité des carburants. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à France 2 le 23 octobre 2018, sur les témoignages d'enseignants agressés verbalement ou physiquement, le reste à charge zéro et la fiscalité des carburants.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin.

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement

ti : CAROLINE ROUX
Je reçois Benjamin GRIVEAUX, porte-parole du gouvernement alors que le Hashtag PasDeVague s'étend sur les réseaux sociaux, après, vous le savez, la vidéo d'une prof braquée qui a enflammé les réseaux sociaux. Bonjour Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Des élèves se dézippaient la braguette avant de m'asseoir pour me mettre mal à l'aise, on m'a demandé de mieux gérer ma classe. Cette année, j'ai été rappelé à l'ordre par ma hiérarchie après la plainte de parents pour avoir dit à un élève d'arrêter de parler, PasDeVague, le hashtag PasDeVague, on ferme les réseaux sociaux, ce sont des professeurs qui racontent que leur hiérarchie leur a demandé de baisser d'un ton. Qu'est-ce que vous leur répondez ce matin et qu'est-ce que vous répondez à ce malaise, à cette colère parfois qui s'exprime ?

BENJAMIN GRIVEAUX
J'en dis que le plus insupportable, c'est le nom même que porte ce mouvement, PasDeVague. Le plus insupportable, c'est d'imaginer que leur direction, leur administration parfois, leur a dit, surtout on ne dit rien, on met la poussière sous le tapis, on n'évoque pas ces sujets-là, parce que ça veut dire qu'il y a beaucoup d'enseignants qui ont été confrontés à ces pratiques, on le voit avec ce hashtag et avec… chacun raconte son histoire. C'est la vague Metoo l'an dernier, c'est le PasDeVague cette année et je crois que ce qui est important, c'est d'abord qu'ils puissent dire les choses, ces enseignants et qu'il faut qu'on puisse les entendre. Et ensuite c'est la question des sanctions.

CAROLINE ROUX
Des solutions, juste le fait qu'ils puissent dire les choses, qu'est-ce que vous pensez lorsque vous entendez certains membres du SNES qui disent que Jean-Michel BLANQUER, il n'était pas si ferme lorsqu'il était recteur d'académie de Créteil entre 2007 et 2009. Il faisait comme les autres…

BENJAMIN GRIVEAUX
Moi, je ne vais pas rentrer dans la polémique entre un syndicat et le ministre de l'Education, franchement ça mérite mieux que ça, ça mérite que chacun gauche, droite, syndicats d'enseignants, on soit à la hauteur du sujet. On a des enseignants qui sont en souffrance, qui sont insultés, qui se font menacer, qui se font braquer…

CAROLINE ROUX
Et ça fait des années que ça dure.

BENJAMIN GRIVEAUX
Et ça fait des années que ça dure, donc j'appelle tout le monde à avoir un peu de décence et être au bon niveau d'interpellation. A la fois c'est une interpellation pour les pouvoirs publics et ça, il y a une réponse faite par Jean-Michel BLANQUER…

CAROLINE ROUX
Pour les syndicats aussi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Pour les syndicats, mais pour l'ensemble, pour la communauté éducative et je mets dedans les parents.

CAROLINE ROUX
Pourquoi vous dites ça sur la communauté éducative par exemple ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je dis ça parce que ça interpelle évidemment les enseignants, les directions d'école et les parents, ça interpelle tout le monde. Ce n'est pas le rôle de l'école d'éduquer les enfants, je le dis, c'est le rôle aussi des parents, et donc c'est comment ensemble on arrive à faire ça. Moi, je vais vous dire, Caroline ROUX, il y a une certitude, c'est que les gamins quand ils sont 12 par classe, ce qu'on a fait, à 6 ans et à 7 ans en CP et en CE1, ils ne sont pas 10 ans après avec une arme factice en train de braquer…

CAROLINE ROUX
Mais là il faut une réponse urgente.

BENJAMIN GRIVEAUX
J'entends, mais il y a d'abord l'urgence, il y a aussi le travail sur le temps long. Je suis sûr d'une chose, c'est que ceux qu'on a là aujourd'hui à 12 par classe, dans 10 ans, ils ne braqueront pas des armes factices et j'espère que ceux qui nous succéderont dans 10 ans, on n'aura pas sujet-là. Et maintenant il y a l'urgence du moment.

CAROLINE ROUX
L'urgence, c'est les solutions. Alors il y a des solutions qui sont évoquées par l'opposition par exemple, qu'on entend souvent dans le débat public, vous parliez des parents, suspension des allocations familiales pour les familles de mineurs délinquants, abaissement de la majorité pénale, installation de portiques à l'entrée des établissements scolaires, parmi ces propositions-là est-ce qu'il y en a une dont vous dites, il faudra peut-être y aller ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais c'est franchement de la démago, ça fait 10 ans qu'ils racontent ça, le portique, l'arme, elle est factice donc ça change quoi ? Rien, zéro. Les allocations familiales, quand vous avez 3 enfants, il y en a un qui ne va pas bien et qui fait ça, vous pénaliser les deux autres ? Non, mais ça n'a pas de sens. Ça fait 10 ans…

CAROLINE ROUX
L'abaissement de la majorité pénale ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais de la même manière, ça fait 10 ans qu'on rabâche les mêmes choses, que la droite l'a proposé, c'était dans le programme de Nicolas SARKOZY et qu'ils ne l'ont pas fait. Donc ce n'est pas ça la bonne réponse.

CAROLINE ROUX
Alors une autre solution.

BENJAMIN GRIVEAUX
La bonne réponse, elle est où ? Le type qui fait ça, l'adolescent qui braque, il doit être sorti de l'école, il doit être jugé, il doit être mis dans un centre éducatif fermé, il y a 51 centres qui existent, on va en ouvrir 20 nouveaux avec un encadrement spécial. Il n'est pas question d'être laxiste avec ceux qui se comportent de manière aussi…

CAROLINE ROUX
Ils n'ont pas vocation à rester à l'école ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ils n'ont pas vocation à rester à l'école tant que ces problèmes de comportement ne sont pas réglés, parce qu'ils empêchent les autres dans la classe de travailler et parce qu'ils créent un climat qui est insupportable pour les enseignants.

CAROLINE ROUX
La réponse à PasDeVague, c'est CASTANER ou BLANQUER ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais c'est les deux. C'est les deux, c'est CASTANER dans la partie, disons plus répressive et c'est BLANQUER, dans la partie préventive mais aussi dans la responsabilisation de son administration. Quand Jean-Michel BLANQUER dit, quand il y a un comportement comme ça, il y a un conseil de discipline obligatoire, on ne reporte pas la chose. Il faut regarder la réalité en face et arrêter de se voiler la face et c'est un sujet qui dépasse les clivages politiques et dont la société doit, eh bien s'emparer pleinement.

CAROLINE ROUX
21 %, j'ai envie de dire ce matin seulement des Français ont confiance dans le gouvernement pour assurer leur protection, comment vous expliquez ce chiffre-là, c'est l'effet COLLOMB ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, moi, je ne sais pas ce que c'est que ce sondage.

CAROLINE ROUX
Un sondage Fiducial-Odoxa.

BENJAMIN GRIVEAUX
Très bien, mais je vais vous dire, ce que je sais, c'est que jamais autant de moyens n'ont été consacrés, jamais sous la 5ème République à nos questions de sécurité.

CAROLINE ROUX
Justement il y a un paradoxe…

BENJAMIN GRIVEAUX
Non mais on a supprimé 10.000 postes de police sous le quinquennat entre 2007 et 2012, ça prend du temps.

CAROLINE ROUX
C'est ça qu'on paie ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, quand vous enlevez les policiers dans les rues, les gens, ils s'en rendent compte, les Français ne sont pas idiots. Quand nous, on va simplifier la procédure pénale qui fait que vous aurez plus de policiers qui feront du temps de police et moins de temps administratif, parce qu'on a noyé notre police sous la paperasserie administrative, ça va se voir. Mais ça prend du temps de réparer les erreurs du passé et je suis désolé, on va embaucher 10.000 policiers sur le quinquennat, ça a commencé, les budgets augmentent mais ça prend du temps, vous ne formez pas un policier en six mois.

CAROLINE ROUX
Alors deux sujets que j'aimerais aborder avec vous ce matin, deux sujets de colère, on va peut-être le dire comme ça. Malgré la promesse du gouvernement sur le reste à charge zéro, sur les frais dentaires, optiques, auditives, qui était une promesse de campagne du candidat MACRON, les complémentaires santé pourraient augmenter leurs tarifs de 6,8 % sur 3 ans, c'est une étude qui est publiée aujourd'hui, pour les retraités ce serait une hausse de 9,3 % prévue, c'est à ça que vous vous attendiez ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Un, les mutuelles se sont engagées à ne pas augmenter les prix et donc c'est une étude, c'est un rapport. Moi, je les invite à respecter les engagements qu'elles ont pris devant l'Etat, parce que si elles ne respectent pas les engagements pris devant l'Etat, l'Etat prendra ses responsabilités.

CAROLINE ROUX
Ça veut dire quoi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il n'est pas question que les mutuelles se refassent la cerise sur le dos des Français, ça c'est hors de question, c'est un engagement du président.

CAROLINE ROUX
Ça veut dire quoi, l'Etat prendra ses responsabilités ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est un engagement du Président de la République, on a des moyens par la loi, on est en train de discuter le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, les parlementaires peuvent parfaitement s'en emparer, que les mutuelles respectent les engagements qu'elles ont pris devant l'Etat, ça c'est la base.

CAROLINE ROUX
On voit naître sur les réseaux sociaux, c'est l'autre colère, des pétitions en ligne pour demander la baisse des prix des carburants. Il est à combien le litre de gasoil ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais…

CAROLINE ROUX
Vous savez à combien il est ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il a augmenté, je vais vous dire, il a augmenté de 25 % en deux ans, je le sais.

CAROLINE ROUX
1,53 le litre, c'est beaucoup.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je sais que c'est beaucoup, mais…

CAROLINE ROUX
Et c'est pour un foyer, le carburant représente, on le sait, un tiers, je vous le dis juste parce qu'un tiers du budget des familles, la hausse prévue en 2019 représentera un coût supplémentaire de 240 euros en moyenne pour les ménages.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce n'est pas un tiers des budgets des familles, ce n'est pas exact. Ce n'est pas un tiers des budgets des familles par mois, ce n'est pas vrai, ou alors vous passez votre journée dans votre voiture à rouler en diesel. Non mais Caroline ROUX, il ne faut pas raconter n'importe quoi.

CAROLINE ROUX
240 euros par mois pour les ménages.
BENJAMIN GRIVEAUX

Un tiers du budget des familles, c'est en général ce qu'on consacre au logement. Ca n'est pas vrai que c'est le même montant, on va dire les choses et on va prendre les vrais chiffres. Mais ceux qui s'alarment de ça, sont les mêmes, qui la larme à l'oeil, nous disaient Nicolas HULOT s'en va, c'est terrible. On ne peut pas avoir dans notre pays un combat sincère pour l'écologie contre le réchauffement climatique et dire on ne change rien à nos comportements. Qu'est-ce que fait le gouvernement ? Il y a l'augmentation des prix du diesel et ça, ça n'est pas une surprise, on l'a annoncé dès la campagne présidentielle. L'alignement, la convergence entre le diesel et à essence mais, on met en face quoi, la prime à la conversion et on a, nous, prévu, juste je termine juste….

CAROLINE ROUX
J'entends bien mais vous avez le moyen de jouer sur ces taxes-là, 60 % du prix du pétrole, du gasoil, ce sont les taxes. Est-ce que ce matin vous dites aux gens qui vous regardent et qui vont faire le plein, on ne bougera pas ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Un, je leur dis, il y a une prime à la conversion des véhicules, l'Etat n'a jamais fait autant et vous savez où est-ce que les gens utilisent cette prime à la conversion, dans les territoires ruraux et dans la France dite périphérique. Ca va jusqu'à 2.000 euros par véhicule, je leur dis ça, c'est une bonne dépense de l'Etat et on est là pour vous accompagner, ça marche bien. Vous savez, on avait prévu 100.000 primes à la conversion par an, vous savez combien on va en faire cette année ?

CAROLINE ROUX
Non.

BENJAMIN GRIVEAUX
Le double, 200.000. Les Français, ils ont compris, ils ne se font pas avoir par des campagnes qui sont très bien conduites par ailleurs par nos opposants mais, je vous assure qu'ils sont aussi responsables.

CAROLINE ROUX
C'est non, c'était la question que je vous posais.

BENJAMIN GRIVEAUX
Quand on a aimé Nicolas HULOT, eh bien on assume d'avoir une fiscalité comportementale.

CAROLINE ROUX
Vous ne bougerez pas sur ce sujet-là ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Nous n'avons pas l'habitude de changer nos fusils d'épaule lorsqu'on s'engage dans la transition énergétique, on le fait, jusqu'au bout.

CAROLINE ROUX
C'est dit. Merci Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 octobre 2018

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