Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture, avec BFM TV le 23 octobre 2018, sur la question des pesticides, la sécheresse, la PAC,les taxes ur l'alcool, la maltraitance animale et sur les produits bio dans les cantines scolaires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture, avec BFM TV le 23 octobre 2018, sur la question des pesticides, la sécheresse, la PAC,les taxes ur l'alcool, la maltraitance animale et sur les produits bio dans les cantines scolaires.

Personnalité, fonction : GUILLAUME Didier.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation

ti :

LAURENT NEUMANN
Bonjour Didier GUILLAUME.

DIDIER GUILLAUME
Bonjour.

LAURENT NAUMANN
Vous étiez sénateur de la Drôme, vous êtes depuis peu ministre de l'Agriculture, vous êtes donc un élu rural, vous connaissez bien les questions agricoles, vous étiez je crois rapporteur au Sénat de la loi d'avenir pour l'agriculture à l'époque de François HOLLANDE, il se trouve que lors de votre passation de pouvoirs avec votre prédécesseur Stéphane TRAVERT, vous avez prononcé cette phrase, je vous cite, « Il ne faut céder à aucun lobby », est-ce que ce matin, vous, ministre de l'Agriculture, vous pouvez me dire que durant votre ministère vous ne céderez jamais sur aucun sujet, à aucun lobby ?

DIDIER GUILLAUME
Tant que je serai ministre, Laurent NEUMANN, les lobbies n'auront pas accès au ministère de l'Agriculture et n'auront pas accès à mon bureau. Je crois que lorsqu'on a cette responsabilité, nous l'avons pour la l'intérêt général, pas pour des intérêts particuliers. Il faut entendre ce que disent les uns et les autres, entendre ce que nous dit la société. Que nous dit la société ? Nous voulons une agriculture sûre, une agriculture saine, nous voulons une nourriture qui ait de la traçabilité. Nous voulons de moins en moins de pesticides. Nous voulons la suppression de produits qui pourraient être malsains et nous ne l'entendrions pas, non.

LAURENT NAUMANN
Mais vous savez pourquoi je vous pose cette question, Didier GUILLAUME ?

DIDIER GUILLAUME
Non.

LAURENT NAUMANN
Parce que vos premières déclarations ont quand même semé un peu le doute, vous étiez interrogé sur les malformations important de chez certains nourrissons dans trois départements français et vous avez affirmé, je vous cite, qu'il revenait aux scientifiques de prouver la nocivité des pesticides. Mais pardon la nocivité des pesticides, elle est connue et depuis longtemps.

DIDIER GUILLAUME
Je suis désolé, mais c'est une phrase sortie de son contexte et je n'ai pas dit cela. Lorsque la question a été posée dans une radio, quelle est la situation pour les bébés sans bras, je pense que les scientifiques doivent continuer à regarder. D'ailleurs ma collègue Agnès BUZYN a lancé un nouveau une enquête pour faire cette vérification. Je ne veux pas d'amalgame, autant je ne veux pas de lobby, mais je ne veux pas d'amalgame. Et je sais qu'il y a eu un déferlement sur les réseaux sociaux.

LAURENT NAUMANN
C'est le moins qu'on puisse dire, j'ai noté la petite phrase de Benoît HAMON hier, il dit, autant nommer au ministère de l'Agriculture le PDG de Monsanto, en gros vous seriez le représentant des lobbies au ministère de l'Agriculture.

DIDIER GUILLAUME
Il y a une phrase populaire chez moi qui dit, quand on veut tuer son chien, on l'accuse de la rage. Je crois que je peux peut-être gêner certains. Je sais que peut-être dans mon ancienne famille politique, ça ne leur a pas fait plaisir que j'entre au gouvernement. J'ai été président d'un département de la Drôme, j'ai fait de ce département le premier département bio de France, avec une surface agricole utile de 16 % pour l'agriculture bio.

LAURENT NAUMANN
Alors que c'est 6 % sur l'ensemble du territoire.

DIDIER GUILLAUME
C'est peut-être même un peu moins. J'étais le premier département non OGM, je me suis battu contre les pesticides, j'ai affirmé sous l'autorité du président de la République qu'en France le glyphosate sera interdit en 2020.

LAURENT NAUMANN
On va y venir.

DIDIER GUILLAUME
Nous serons le premier pays en Europe.

LAURENT NAUMANN
Donc vous êtes un ministre de l'Agriculture qui sait pertinemment que les pesticides suscitent des cancers, tuent les abeilles, dérèglent le climat, créent des malformations chez toute une série d'animaux, vous savez tout ça ?

DIDIER GUILLAUME
Mais je sais tout ça, Laurent NEUMANN et je sais aussi que nous allons être le premier pays en Europe pour la production bio, que nous allons être le premier pays en Europe à réduire les pesticides, mais lorsque l'on me pose la question sur les bébés sans bras, moi, je ne suis pas pour l'obscurantisme. Moi, je suis un homme éclairé et je veux que les scientifiques fassent l'a démonstration, si les bébés sans bras, c'est lié ou pas, c'est tout ce que j'ai voulu dire.

LAURENT NAUMANN
Vous avez dit, il y a un instant, que vous avez soutenu la nouvelle enquête réclamée par la ministre de la Santé, Agnès BUZYN, mais pardon pourquoi l'agence sanitaire a-t-elle arrêté d'enquêter, avant même qu'on ait trouvé les causes probables de ces malformations ?

DIDIER GUILLAUME
Je ne sais pas, je ne peux pas vous répondre.

LAURENT NAUMANN
Du coup, on est obligé de créer une nouvelle enquête ?

DIDIER GUILLAUME
Il y a une nouvelle enquête et puis nous allons regarder les choses et lorsque cette enquête sera au bout, nous aurons les résultats. Vous savez il faut s'appuyer sur la médecine, il faut s'appuyer sur la science, c'est de cela dont nous avons besoin.

LAURENT NAUMANN
Yannick JADOT, l'eurodéputé Europe Ecologie-Les Verts a proposé un registre national des malformations, est-ce que c'est une bonne idée, est-ce que vous soutenez cette initiative ?

DIDIER GUILLAUME
Non, je ne soutiens pas cette initiative parce que c'est à madame BUZYN de regarder après l'enquête qui sera faite avec l'ANSES, l'Agence nationale de sécurité sanitaire, pour voir comment les choses se passeront.

LAURENT NAUMANN
Non mais pardon, avant d'avoir le résultat de l'enquête, rien n'empêche de faire un registre.

DIDIER GUILLAUME
C'est à ma collègue, Agnès BUZYN, de s'exprimer sur le sujet, je lui laisse le loisir de s'exprimer si elle le souhaite.

LAURENT NAUMANN
Alors vous allez évoquer la question du glyphosate, en l'occurrence, je cite votre phrase, ça a été une de vos premières déclarations quand vous êtes arrivé au ministère, vous avez dit, je serai celui avec le gouvernement qui interdira le glyphosate en 2020, mais qui vous dit qu'en 2020, il y aura des produits de substitution pour les agriculteurs ?

DIDIER GUILLAUME
Parce que nous allons pousser beaucoup les filières à faire cette transition, je veux être le ministre…

LAURENT NAUMANN
Là dans les deux ans qui viennent.

DIDIER GUILLAUME
Je veux être le ministre qui sera le ministre de la transition vers l'agro-écologie, c'est indispensable.

LAURENT NAUMANN
Donc en deux ans, on va réussir à faire, ce qu'on n'a pas fait en 10 ans ?

DIDIER GUILLAUME
Mais ça a déjà commencé Laurent NEUMANN, ça a déjà commencé, simplement à un moment il faut booster, à un moment il faut dire avancer, il faut donner des dates. Vous savez l'Europe était partie sur 15 ans pour l'interdiction, puis sur 10 ans, plus sur 5 ans, le président de la République a dit 3 ans, eh bien nous allons faire en sorte que dans 3 ans ce soit interdit. Il faut des produits de substitution, la recherche est en train de travailler, la recherche publique comme la recherche privée. J'ai discuté déjà avec les uns et les autres et il faut que les filières agricoles fassent un effort, accélèrent cette transition ?

LAURENT NAUMANN
Et si en 2020, il n'y a pas ces fameux produits substitution, on repousse la date encore ?

DIDIER GUILLAUME
Non, si en 2020, il n'y a pas ces produits de substitution, le glyphosate sera interdit, c'est la raison pour laquelle il faut avancer à marche forcée.

LAURENT NAUMANN
Mais alors du coup, j'ai du mal à comprendre, si vous êtes si sûre de vous, pourquoi ne pas avoir inscrit dans la loi l'interdiction totale du glyphosate, c'était simple ?

DIDIER GUILLAUME
Non, ce n'était pas simple du tout, parce que d'abord, On a levé la loi sur l'alimentation et sur l'agriculture, ensuite parce que nous ne pouvons pas assurer que pour 100 % des filières, la solution sera retenue et si il y a quelques semaines ou quelques mois pour telle ou telle filière, nous voulons aider les agriculteurs à aller plus loin, nous ferons des points d'étapes.

LAURENT NAUMANN
Donc vous nous dites, qu'il risque d'y avoir des exceptions, il n'y aura peut-être des filières qui seront exemptées, que la date ne sera peut-être mouvante…

DIDIER GUILLAUME
Non, ce n'est pas ce que je vous dis, vous voulez aller vite, mais ce n'est pas ce que je vous dis, je vous dis qu'en 2020 le glyphosate sera interdit en France.

LAURENT NAUMANN
Pour tout le monde.

DIDIER GUILLAUME
Pour tout le monde, pour tout le monde et qu'il faudra aider les filières à cette transition, c'est ce que mon ministère va faire, c'est ce que les scientifiques vont faire.

LAURENT NAUMANN
Didier GUILLAUME, il y a un autre sujet majeur, on a suffisamment dit notamment dans l'Aude à quel point le sud de la France a été noyé sous les trombes d'eau, mais il se trouve que d'autres régions à l'inverse subissent une sécheresse absolument sans précédent, je crois qu'il y a plus d'une soixantaine de départements qui sont concernés par des arrêtés préfectoraux, il y en a même la moitié d'entre eux qui ont des niveaux d'alerte dits de crise. Je vais vous poser une question extrêmement simple, je sais que le sujet vous concerne directement, est-ce que vous considérez qu'il faut créer un plan calamité nationale pour tout le pays ou en tout cas pour ces départements là ?

DIDIER GUILLAUME
Non pas pour tout le pays.

LAURENT NAUMANN
En tout cas pour ces départements.

DIDIER GUILLAUME
Bien sûr, bien sûr, bien sûr.

LAURENT NAUMANN
Il n'est pas déclenché pour le moment.

DIDIER GUILLAUME
Le président de la République l'a dit pour l'Aude, ça sera des calamités qui seront, sur lesquelles l'Etat va travailler et en ce qui concerne la sécheresse…

LAURENT NAUMANN
Il n'est pas déclenché pour le moment ce plan ?

DIDIER GUILLAUME
En ce qui concerne la sécheresse, les préfets ont une mission de faire remonter au ministère la situation département par département, les calamités agricoles vont se réunir, le comité va se réunir en décembre, fin novembre début décembre, ça a été vu avec les organisations professionnelles agricoles et d'ici là nous regardons ce que nous pouvons faire.

LAURENT NAUMANN
Donc d'ici la fin de l'année, il y aura des mesures concrètes pour aider les agriculteurs notamment qui sont touchés de plein fouet.

DIDIER GUILLAUME
Bien sûr, il y en a déjà eu des mesures concrètes, l'exonération de la taxe sur le foncier non bâti, il y a des aides PAC, Politique Agricole Commune qui ont été versées en avant…

LAURENT NAUMANN
Les transports pour acheminer le fourrage…

DIDIER GUILLAUME
Ça nous verrons parce que les transports pour acheminer les fourrages, ça permet aussi, comme ça a déjà été le cas aux pays étrangers, aux Allemands, à d'autres de venir aussi acheter du fourrage et de faire de la spéculation. Donc nous verrons les mesures, nous travaillons avec les professionnels, il y aura un plan de calamités agricoles qui sera mis en place, l'Etat sera à leurs côtés, mais cela montre bien Laurent NEUMANN que le dérèglement climatique, il est là, ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il y a de la sécheresse, ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il y a des inondations. Aujourd'hui on voit que tout est décalé, il a fait un été indien absolument formidable, une chaleur et puis on annonce de la neige, Christophe PERSON a annoncé de la neige pour ce week-end. Donc nous devons regarder cela et si encore il y avait des sceptiques pour dire que le plan climat de Paris a été un échec, eh bien non, c'est une réussite et il faut aller encore plus loin.

LAURENT NAUMANN
Les accords de la COP21.

DIDIER GUILLAUME
Les accords de la COP21.

LAURENT NAUMANN
Vous venez d'hériter d'un budget, d'un ministère dont le budget est en baisse de 10 % et de toute une série de sujets qui ont pour certains été laissés en jachère par votre prédécesseur. Et notamment un qui me paraît majeur qui est la question du revenu agricole. Vous savez que dans ce pays, il y a un agriculteur sur 3 qui vit avec moins de 350 euros par mois. Il se trouve qu'il y a des négociations commerciales qui viennent d'être engagées entre les fournisseurs de produits agricoles et des distributeurs, est-ce que vous pouvez nous dire ce matin ce que vous à titre personnel, vous souhaitez faire pour que ces agriculteurs aient un revenu décent ?

DIDIER GUILLAUME
D'abord, je ne peux pas vous laisser dire que Stéphane TRAVERT n'a rien fait puisque c'est lui qui a fait voter la loi EGalim, la loi sur l'agriculture et l'alimentation qui justement va permettre de revaloriser le revenu des agriculteurs et je veux le remercier. Simplement la loi va être promulguée vraisemblablement la semaine prochaine, il y aura des ordonnances à prendre qui vont prendre peut-être 5 ou 6… Oui d'accord mais enfin donc c'est long. Mais bien sûr que c'est long, mais enfin c'est le premier gouvernement qui va mettre en place un revenu des agriculteurs supérieur à ce qu'il était.

LAURENT NAUMANN
Dans ce texte de loi, si je ne dis pas de bêtises, le gouvernement a promis, normalement d'ici fin novembre, un relèvement du seuil de 10 % des ventes à perte. Sauf que je suis allé voir le texte, il n'y a aucune sanction pour les distributeurs qui ne joueraient pas le jeu. Pardonnez-moi, créer une loi où il n'y a pas de sanction pour ceux qui ne l'appliquent pas, ça risque de rester lettre morte.

DIDIER GUILLAUME
On n'est pas uniquement dans un pays de sanctions, vous savez la sanction, c'est le consommateur.

LAURENT NAUMANN
Donc en gros, c'est au bon vouloir des distributeurs.

DIDIER GUILLAUME
Non, la sanction, c'est le consommateur mais je vais les rencontrer, c'est à eux de bouger aussi. La suppression, le relèvement du seuil de revente à perte est quelque chose de très important. C'est quoi cette loi ? Elle est bâtie sur deux choses, il faut que le revenu de l'agriculteur soit supérieur et c'est la raison pour laquelle nous avons construit différemment le prix, les filières vont en parler, enfin franchement travailler 7 jours sur 7 du matin très tôt au soir très tard et se dire je vais vendre un produit agricole moins cher, inférieur à ce qu'il me revient, je comprends cette désespérance. Et moi, je ne veux plus de cette désespérance des agriculteurs, je ne plus des agriculteurs qui se suicident, je ne veux plus voir tout cela, voir des gens qui n'ont plus les moyens.

LAURENT NAUMANN
Donc vous vous assurerez que cette loi serait bel et bien appliquée ?

DIDIER GUILLAUME
Evidemment la loi sera appliquée et il y a un autre sujet aussi sur lequel je veux mettre en garde, moi, je n'aime pas qu'on dise, mais les Français sont prêts à payer plus cher pour avoir de la qualité, non, il y a des Français qui peuvent se le permettre, moi ce que je veux, c'est que tous les Français sans payer plus cher aient de la qualité et c'est là où il faut que la transformation fasse des efforts, que les industriels fassent des efforts et que les grandes surfaces fassent des efforts, parce que ça ne peut pas être de la bonne alimentation pour les riches et de la mauvaise alimentation pour les pauvres.

LAURENT NEUMANN
Il y a un autre sujet qui concerne directement les agriculteurs, c'est la réforme de la PAC, la Politique Agricole Commune, elle doit être réformée en ce moment, elle entrera en application en 2021, et il se trouve que la Commission européenne a préconisé une baisse de 5 %, justifiée par la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne, sauf que la France reçoit 9 milliards d'euros environ par an, 5 % de moins ça veut dire que 450 millions de moins pour les agriculteurs. Sérieusement, c'est tenable ça ?

DIDIER GUILLAUME
D'abord nous n'en sommes pas là. Le président de la République, le Premier ministre, Nathalie LOISEAU la ministre des Affaires européennes et moi-même, allons nous battre. Il faut que l'Europe continue à vivre. Aujourd'hui de quoi s'agit-il ? C'est la fin de l'Europe peut être, c'est la fin de notre espace économique, de notre espace social, et ce débat que le président de la République a voulu mettre sur la table entre les progressistes et les nationalistes, entre les progressistes et les conservateurs, c'est quelque chose de très important.

LAURENT NEUMANN
Est-ce que vous êtes capable de nous dire ce matin que vous, ministre de l'Agriculture, les revenus provenant de l'Europe pour l'agriculture française, ne baisseront pas ?

DIDIER GUILLAUME
Enfin, personne n'est capable d'assurer ce genre de sujet, puisque la négociation de la PAC ça va durer encore 2 ans. Nous y sommes à l'intérieur. Un, nous voulons une politique agricole commune forte, et je crois, et européenne, et je crois qu'aujourd'hui c'est gagné, tout le monde a bien compris que bien sûr il faut de l'argent pour les réfugiés, pour les migrants, pour la lutte contre le terrorisme etc. évidemment, mais la Politique Agricole Commune, elle est indispensable. Pourquoi ? Pour une raison simple, c'est que moi je veux être le ministre de la souveraineté alimentaire française. C'est indispensable, et il faut une souveraineté alimentaire européenne, et c'est pour cela qu'il faut que le budget de la Politique Agricole Commune soit le plus élevé possible et donc nous allons nous battre dans cette direction et avant la fin du match on ne déclare pas forfait où on n'arrête pas.

LAURENT NEUMANN
Je suis sûr que la semaine dernière, enfin il y a une dizaine de jours de cela, vous avez dû lire cette pétition publiée par une série de médecins qui a été adressée à la ministre de la Santé Agnès BUZYN, réclamant de taxer plus fortement l'alcool pour assurer la prévention et les soins. Je vais vous poser une question extrêmement simple : est-ce qu'il faut taxer plus le vin qu'il ne l'est aujourd'hui, ou est-ce que vous dites à la manière de POMPIDOU : arrêtez d'emmerder les Français ça suffit ?

DIDIER GUILLAUME
Non mais je pense qu'il ne faut pas toujours parler de taxes, il ne faut pas toujours parler de taxes. La santé ce n'est pas plus de taxes, l'agroécologie ce n'est pas plus de taxes, la transition écologique ce n'est pas plus de taxes, bien sûr parfois il faut donner des signes et il faut les assumer, moi j'entends…

LAURENT NEUMANN
Et quand on vous dit que l'alcool tue prématurément 49 000 personnes par an, on ne change rien, on continue comme ça ?

DIDIER GUILLAUME
Attendez, mais arrêtez de dire sans cesse on ne change rien, on ne change rien, on ne change rien.

LAURENT NEUMANN
Ah non, moi j'attends vos réponses.

DIDIER GUILLAUME
Mais je suis en train de vous répondre, je dis que je ne veux pas répondre systématiquement par des taxes, parce que les Français en ont marre des taxes.

LAURENT NEUMANN
Non mais vous savez pourquoi ils ont publié cette pétition, parce qu'ils sont allés regarder les taxes, 1 % de taxe sur le prix du vin, 32 % sur un alcool fort, 65 % sur un paquet de cigarettes. Il faut peut-être rééquilibrer les choses.

DIDIER GUILLAUME
Oui mais enfin, vous savez très bien aussi Laurent NEUMANN que d'abord le vin est un produit de la gastronomie française, ensuite ce n'est pas uniquement en buvant du vin que les gens meurent ou les gens ont des accidents de la route, dans les sorties de boîtes de nuit…

LAURENT NEUMANN
C'est l'excès qui tue.

DIDIER GUILLAUME
Dans les sorties de boîtes de nuit, malheureusement ce n'est pas en buvant du vin, que après avoir bu du vin que les jeunes ont des accidents…

LAURENT NEUMANN
Rassurez-moi, vous ne me dites pas ça parce que dans votre département il y a 20 000 hectares de vignes.

DIDIER GUILLAUME
Non, je ne vous dis pas ça du tout. Je vous dis simplement que moi je veux défendre une conception globale de l'agriculture, de notre société française, où il faut faire de la prévention. C'est bien ce qu'ils ont fait, parce qu'il faut faire de la prévention, il faut dire aux uns et aux autres, aux jeunes notamment, que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, quel que soit cet alcool.

LAURENT NEUMANN
L'autre, un des autres sujets que vous avez abordés, assez rapidement, c'est la maltraitance animale, et très tôt vous avez vous avez dit que vous vouliez à titre personnel lutter contre ce que vous considérez comme un fléau. Mais enfin, je suis allé voir aussi la loi qui vient d'être votée, je constate qu'on peut continuer tranquillement à élever des poules en cage, qu'il n'y a toujours pas de caméras dans les abattoirs. Moi je voudrais savoir ce que vous, à titre personnel, vous allez faire.

DIDIER GUILLAUME
Non mais vous faites des résumés qui sont un peu, un peu drôles.

LAURENT NEUMANN
Ce que je viens de dire n'est pas faux, rassurez-moi.

DIDIER GUILLAUME
Ce n'est pas totalement vrai. Sur les poules en cage, il ne peut plus y avoir aucune modernisation, aucune rénovation, aucune construction…

LAURENT NEUMANN
C'est vrai.

DIDIER GUILLAUME
Eh bien oui, mais c'est une avancée qui n'existait pas…

LAURENT NEUMANN
Mais tout ce qui existe, continue à fonctionner de la même manière.

DIDIER GUILLAUME
Si on vous disait aujourd'hui on ferme tout, ou est-ce que vous prenez des oeufs, ou est-ce que vous prenez des poules, et il y aurait des centaines et des milliers de chômeurs. Donc attention, là cette transition elle se fait à marche…

LAURENT NEUMANN
Donc qu'est-ce que vous faites de plus pour la maltraitance animale ? Ou contre la maltraitance animale ?

DIDIER GUILLAUME
C'est ce qu'il y a dans cette loi, c'est ce qu'il y a dans la loi EGalim, plus de modernisation de bâtiments, plus d'élevages, de nouveaux bâtiments de poules en cages, d'expérimentation pour les caméras dans les abattoirs, il faut inciter aux bonnes pratiques, il faut lutter contre la maltraitance animale, c'est absolument évident, en même temps il faut discuter avec les uns et les autres, travailler, vous, vous avez l'habitude parce que vous êtes devant une caméra toute votre journée, c'est votre métier, mais travailler dans un abattoir avec une caméra, il peut y avoir aussi d'autres choses. Donc nous allons avancer dans cette direction, il faut lutter contre la maltraitance animale, il faut changer les pratiques. Il y a beaucoup de transition à faire dans notre pays. Il y a la transition écologique elle est évidente et François de RUGY et le gouvernement y est tout entier tourné, il y a la transition économique, et le président de la République avec l'augmentation du pouvoir d'achat, la baisse des charges généralisée, tout cela va dans le bon sens. Et puis il y a la transition vers l'agro-écologie, nous sommes en train de gagner ce pari, parce que les paysans de France veulent avancer dans cette direction, et nous y arriverons.

LAURENT NEUMANN
Justement, la loi dit : d'ici 2020 les cantines devront se réapprovisionner à 50 % en produits bio et locaux. Le problème c'est que, vous le disiez tout à l'heure, il n'y a que 6 % des surfaces agricoles qui sont en bio en France. On fait comment concrètement ?

DIDIER GUILLAUME
Mais c'est très simple, ce n'est pas parce qu'il n'y a que 6 % de surfaces agricoles en bio qu'on ne peut pas…

LAURENT NEUMANN
Mais comment on les fournit toutes ces cantines ?

DIDIER GUILLAUME
Mais c'est très facile, moi je l'ai fait dans mon département, il y a des marchés, il y a des appels publics…

LAURENT NEUMANN
Alors comment on oblige les autres départements à produire suffisamment ?

DIDIER GUILLAUME
Eh bien c'est la loi, c'est justement la loi. Là vous me disiez qu'il fallait le mettre dans la loi. C'est dans la loi, il va falloir que tous les départements, pour la restauration scolaire dans les collèges, pour les cantines, pour les écoles primaires, le fassent, mais vous savez il y a déjà beaucoup de départements, beaucoup de territoires qui sont avancés dans cette direction. Je vous le disais, le bio, la traçabilité, les produits à haute qualité nutritionnelle, tout cela c'est parti et nous allons avancer, et grâce à la loi, eh bien dans la restauration scolaire demain, il y aura des produits bio.

LAURENT NEUMANN
Je voudrais vous poser une question personnelle pour terminer. Au mois de janvier dernier, vous avez annoncé que vous quittiez la politique. Neuf mois plus tard, vous êtes ministre de l'Agriculture, comment on fait pour vous croire après ça ? Parce que c'est vrai que c'est un grand écart absolument terrible.

DIDIER GUILLAUME
Quelle histoire. Je n'en reviens pas moi-même. Pour tout vous dire, il y a 9 mois et il m'a été proposé à la fois par la Fédération française de rugby et par le gouvernement de faire de la politique autrement, d'être l'ambassadeur de la candidature de la Coupe du monde…

LAURENT NEUMANN
Et puis vous êtes revenu au Sénat.

DIDIER GUILLAUME
Je n'ai jamais démissionné.

LAURENT NEUMANN
Et on passe comme ça sans problème, pardonnez-moi, du hollandisme, parce que vous étiez un proche de François HOLLANDE au macronisme, sans souci.

DIDIER GUILLAUME
Je n'ai jamais démissionné du Sénat, j'ai continué à être sénateur pendant toute cette durée, il je trouve que ça ne s'est pas fait, et quant à votre deuxième question, moi j'ai voté pour Emmanuel MACRON au premier tour de l'élection présidentielle, parce que je pense que c'était le seul qui pouvait nous éviter les extrêmes. J'ai soutenu son programme, je soutiens les orientations politiques de cette majorité, il se trouve qu'il y a une semaine il m'a été proposé ce poste, le président de la République et le Premier ministre ont pensé que je pouvais l'exercer dans de bonnes conditions, j'ai accepté.

LAURENT NEUMANN
Merci Didier GUILLAUME.

DIDIER GUILLAUME
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 octobre 2018

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