Déclaration de M. Franck Riester, ministre de la culture, sur l'architecture, la protection du patrimoine et la politique culturelle, Paris le 19 octobre 2018. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Franck Riester, ministre de la culture, sur l'architecture, la protection du patrimoine et la politique culturelle, Paris le 19 octobre 2018.

Personnalité, fonction : RIESTER Franck.

FRANCE. Ministre de la culture

ti :

« Être architecte, l'être tout à fait, c'est refuser les conventions et les idées reçues, se révolter même contre elles quand le refus n'est pas suffisant. C'est être créateur, être libre, ne pas subir d'influence. »

Ces quelques mots nous rappellent toute la grandeur de votre art.

Ce ne sont pas les miens, mais ceux de Paul Andreu, qui nous a quittés il y a quelques jours. Aux quatre coins du monde, des aéroports, des théâtres, des stades et des musées portent sa signature. Partout, ils font rayonner notre architecture.

J'ai une pensée émue pour lui, sa famille et ses proches, au moment de remettre la plus haute distinction française en la matière : le Grand Prix national de l'architecture.

Il en avait été lauréat, en 1977, année de la loi fondatrice sur l'architecture.

Son oeuvre n'aura jamais cessé d'être fidèle aux valeurs de ce prix : l'excellence, l'audace, l'avant-garde.

C'est un honneur pour moi de le remettre ce soir.

Et un plaisir de vous accueillir, au ministère de la Culture, pour rendre hommage à votre profession, à vos métiers.

Ce ministère est votre ministère.

Il est le ministère de tous ceux qui font vivre l'architecture : tous les artistes qui la conçoivent et la construisent ; qui l'enseignent ; qui la protègent.

Par vos créations d'aujourd'hui, vous bâtissez notre patrimoine de demain.

C'est également un plaisir de lancer avec vous les troisièmes Journées nationales de l'architecture.

Trois jours qui constituent la première mesure de la stratégie nationale pour l'architecture.

Trois jours qui permettent au grand public de découvrir votre métier, sa réalité.

Trois jours qui éveillent les regards et les curiosités.

Trois jours qui, progressivement, s'imposent comme un moment majeur de notre vie culturelle :

De 400 événements pour la première édition il y a 2 ans, nous sommes passés à plus de 1600 cette année. Je m'en réjouis.

Avec votre mobilisation, partout en France, sont organisées des visites de chantiers, d'espaces urbains et d'agences.

Je veux saluer les actions de l'ensemble de vos réseaux, pleinement impliqués pour la réussite de cette nouvelle édition :

Merci au réseau des conseils d'architecture, d'urbanisme et d'environnement ; au réseau des maisons de l'architecture ; au réseau des Ecoles nationales supérieures d'architecture ; au réseau des Villes et pays d'art et d'histoire.

Merci également à la Cité de l'architecture et du patrimoine, à Arc en Rêve ; et à toutes les initiatives que vous portez, chacune et chacun, à l'occasion de ces Journées.

Aujourd'hui, la première d'entre elles est réservée au jeune public. J'y suis particulièrement sensible : nous devons éduquer les regards, les sensibiliser à l'architecture dès le plus jeune âge.

Expliquer que l'architecture, ce ne sont pas seulement des monuments. Ce sont aussi nos lieux de vie ou de travail ; c'est ce qui nous entoure, partout dans nos territoires, à tout moment.

Vous me permettrez d'avoir une pensée pour les logements sociaux du quartier de Vaux, à Coulommiers, ce quartier où j'ai passé ma scolarité.

Un quartier construit par les Grands prix nationaux d'architecture 1985, Michel Andrault et Pierre Parat.

Un quartier caractéristique de leurs « immeubles-gradins », installés le long d'une allée piétonne au parcours sinueux, offrant de véritables terrasses paysagères… Je n'imaginais pas qu'un Grand prix de l'architecture ait signé une construction si quotidienne, une construction si proche de moi.

Voilà le sens de ces Journées.

C'est de permettre à chacun d'entre nous de mieux prendre conscience de l'architecture en France.

Et c'est le premier défi que nous relèverons, collectivement.

En France, l'architecture se trouve face à un paradoxe.

De l'extérieur, les nations du monde nous envient : Il faut dire que nous sommes l'un des rares pays où l'architecture est déclarée d'intérêt général. C'est une chance. La loi de 1977 sur l'architecture a :

- Conforté la profession réglementée

- Mis en place des dispositifs d'exercice de l'architecture, d'accès à la commande garantissant l'indépendance de l'architecte,

- Doté les CAUE de missions essentielles pour nos territoires et le grand public,

- Et créé la Mission interministérielle pour la qualité de la construction publique.

A cet encadrement réglementaire a priori protecteur et favorable, il faut ajouter l'attachement profond à l'architecture et aux architectes de la part des élus de nos territoires.

Je suis bien placé pour le savoir, pour avoir été élu local pendant 23 ans, dont 10 en tant que maire.

Par ailleurs, nous ne manquons pas de talents.

20 000 entreprises d'architecture, réparties dans toute la France, font vivre plusieurs dizaines de milliers d'emplois à haute valeur ajoutée…

… sans compter tous les diplômés en architecture qui travaillent dans les collectivités, au sein de l'Etat, chez les aménageurs, dans les organismes de formation et de recherche, chez les maîtres d'ouvrage.

Mais de l'intérieur, la réalité qui est la vôtre est bien plus contrastée. Je la connais :

Je sais la fragilité économique, qui menace tant d'architectes, dans toute leur diversité de statuts et d'expériences.

Je sais aussi qu'un meilleur équilibre de la commande est nécessaire.

Une des clés sera de replacer l'architecte au coeur des attentes de notre société.

C'est en alliant architecture et patrimoine, en alliant l'ensemble des parties prenantes, nationales et territoriales, que nous y parviendrons.

Cette dynamique est d'ores et déjà à l'oeuvre, grâce aux travaux en cours de la mission « valeurs de l'architecture ».

Elle s'inscrit dans le contexte de l'élaboration et de l'examen de la loi ELAN.

Sur ce sujet, j'entends les craintes que vous avez pu exprimer.

Cette mission doit permettre de créer les conditions d'une meilleure valorisation de votre métier.

Elle réunit dix professionnels autour de madame Marie-Christine Labourdette.

Je tiens à saluer votre engagement.

Vous avez mené une série d'auditions à Paris et en régions. Vous avez vu l'énergie et l'engagement des acteurs de terrain pour promouvoir l'architecture. Vous avez également vu les difficultés auxquels ils sont confrontés.

Les premières propositions de cette mission me seront remises prochainement.

Nous aurons alors l'occasion de les partager avec vous tous.

A ce besoin d'une meilleure considération des architectes, il faut ajouter la nécessaire valorisation de leur oeuvre, de leur production. Voilà le second défi qui s'impose à nous.

Nous avons besoin des architectes pour répondre aux enjeux de notre temps.

Nous avons besoin de vous dans la protection de notre environnement. Pour rénover thermiquement, pour adapter le bâti aux nouveaux usages des habitants.

Nous avons besoin de vous pour être à la pointe de ce combat, pour notre planète. Nous le devons aux générations futures.

C'est votre rôle de porter une architecture durable, qui favorise la transition écologique. Elle est notre priorité à tous. Nous sommes tous convaincus de sa nécessité.

C'est aussi le rôle des élus et de l'ensemble des donneurs d'ordre de veiller à l'utilisation de techniques novatrices, de nouveaux matériaux de construction comme les écomatériaux.

Par exemple, dans ma circonscription, je me suis battu pour soutenir et même inciter à la construction en béton de chanvre.

Ce combat, je continuerai à le porter, tout comme celui de de l'innovation. Les textes nous permettent aujourd'hui de mener d'intéressantes expérimentations. Nous devons y réfléchir ensemble. Parce que les enjeux climatiques, les questions de neutralité énergétique, de construction passive nous concernent tous.

Il nous revient donc de transformer, mais aussi de préserver, de valoriser le bâti.

De lui redonner vie.

Parce que l'architecture du XXe siècle et d'aujourd'hui, c'est déjà notre patrimoine !

« Ne rien détruire avant d'être sûr de proposer mieux » : telle était la devise Roland Simounet, lauréat du Grand Prix National de l'architecture.

Si nous n'y veillons pas, dans 200 ans, l'histoire architecturale de la France s'arrêtera au XIXe siècle – alors même que 4 Français sur 5 habitent dans un bâti construit après-guerre.

Nous pouvons agir. Tant de quartiers sont à réinvestir.

En 2019, nous fêterons le 20e anniversaire de la politique de labellisation de l'architecture contemporaine, initiée par Catherine Trautmann et confortée par la loi LCAP de 2016 ; une politique qui accompagne les propriétaires des édifices dans une transformation respectueuse de leurs qualités.

C'est l'occasion pour le ministère d'engager une grande campagne de labellisation :

- En faveur de l'architecture d'équipements culturels de nos territoires ;

- Et en faveur des créations et réalisations de nos Grands Prix nationaux d'architecture, justement.


Mesdames et messieurs,
Chers amis,

Depuis plus de 40 ans, le Grand prix national de l'architecture consacre les architectes dont l'oeuvre et le parcours ont marqué notre pays. La remise de ce prix s'accompagnera d'un ouvrage et d'une exposition à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine ainsi que d'une master-class à destination des étudiants en France et à l'Etranger.

Je vois parmi nous certains lauréats des éditions passées. Je les salue chaleureusement.

Mais avant de dévoiler le lauréat de cette année, c'est chacune et chacun d'entre vous que je veux célébrer, pour tout ce que vous nous apportez.

Vous êtes des créateurs ; des bâtisseurs ; des artistes engagés. Engagés au service de notre territoire, de notre environnement, de notre quotidien.

Des femmes et des hommes qui, chaque jour, démontrent toute la beauté, toute la valeur ajoutée que l'architecture est capable d'insuffler.

Je tiens à féliciter nos six finalistes :

- Chère Corinne Vezzoni,

- Cher Pierre-Louis Faloci,

- Cher Dominique Lyon et l'agence Du Besset – Lyon,

- Cher Philippe Madec,

- Cher Philippe Prost,

- Et cher Bernard Quirot.

Tous, par votre passion, votre engagement, votre volonté de construire avec l'existant, vous êtes à l'origine d'une architecture d'avenir.

Cet avenir, nous allons le construire ensemble.

Soyez-en assurés.

Enfin, je veux remercier notre jury – un jury de grande qualité – pour son investissement.

Au terme de riches débats, le lauréat de l'édition 2018 a été désigné.

Le Grand Prix national de l'architecture est décerné à Pierre-Louis Faloci.

Le jury a reconnu l'exemplarité de votre parcours et de votre oeuvre, au regard des valeurs esthétiques, éthiques et constructives de vos travaux, ainsi que votre engagement au service des enjeux de société.

Il a souligné que votre architecture fait oeuvre pour notre société.

Elle apporte la retenue, la justesse et la profondeur qu'exigent les lieux de mémoire dans lesquels elle s'installe :

- Le centre européen d'archéologie du Mont Beuvray à Glux-en-Glenne

- Le musée de la bataille de Valmy, à Sainte-Ménehould

- Le musée de la guerre de 14-18, à Lens

- Et bien sûr le centre européen du résistant déporté, sur le site du camp du Struthof, à Natzwiller

Mais le jury a remarqué aussi la très grande diversité d'une architecture du quotidien, qui s'exerce dans la construction de logements.

Vos oeuvres démontrent que l'architecture est un tout. Pour chacune d'elles, vous vous attachez à composer avec le paysage, avec l'histoire et la mémoire des lieux.

Vous nous apportez la preuve que les enjeux architecturaux, urbains, paysagers et culturels sont indissociables.

Cette « culture du regard », que vous évoquez en parlant de votre travail, le jury l'a ressentie. Vos oeuvres touchent et émeuvent tous ceux qui les approchent et qui les vivent.

Je tiens également à saluer l'énergie que vous mettez à développer et transmettre les savoirs, à travers vos travaux de recherche et d'enseignement.

Votre architecture fait référence. Son apport pour la jeune génération, et pour la société dans son ensemble, est inestimable.

Pour toutes ces raisons, le jury a estimé, à l'unanimité que le grand prix national devait vous revenir cette année.


Source http://www.culture.gouv.fr, le 24 octobre 2018

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