Déclaration de M. Jean-Yves Le drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les relations entre la France et le Saint Siège, à Rome le 14 octobre 2018. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Yves Le drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les relations entre la France et le Saint Siège, à Rome le 14 octobre 2018.

Personnalité, fonction : LE DRIAN Jean-Yves.

FRANCE. Ministre de l'Europe et des affaires étrangères

Circonstances : Toast à l'occasion d'un déjeuner avec les principaux prélats français de la Curie et les Français membres du Synode des évêques, à la Villa Bonaparte à Rome (Italie), le 14 octobre 2018

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Monsieur le Cardinal,
Excellences,
Messeigneurs,
Révérends Pères,
Révérendes Mères,
Madame, Monsieur les Députés
Mesdames et Messieurs,


Je suis très heureux de vous accueillir, aujourd'hui, dans cette Villa Bonaparte, haut lieu de l'histoire de France, acquise vous le savez par Jacques Maritain pour devenir le centre nerveux des relations de notre pays avec le Saint Siège.

Je voudrais remercier tout particulièrement de leur présence le cardinal Poupard, Président émérite du Conseil pontifical de la culture, Mgr Joël Mercier, Secrétaire de la Congrégation pour le Clergé, ainsi que les membres de la Curie.

Je me réjouis également qu'aient accepté mon invitation, au milieu du synode en cours, consacré aux jeunes, les Pères synodaux, Mgr Laurent Percerou, évêque de Moulins, Mgr Bertrand Lacombe, évêque auxiliaire de Bordeaux, Mgr Emmanuel Gobillard, évêque auxiliaire de Lyon ; ainsi que Mgr Philippe Bordeyne, Recteur de l'Institut catholique de Paris, Frère Aloïs, Prieur de la Communauté oecuménique de Taizé, Soeur Nathalie Becquart, jusqu'à récemment directrice du Service national pour l'évangélisation des jeunes et pour les vocations de la Conférence des évêques de France, le révérend Père Benoit Grière, supérieur général des Assomptionnistes, le Révérend Père Thomas Bonino, Secrétaire général de la Commission théologique internationale ; et Mgr Benoît Rivière, évêque d'Autun, actuellement à Rome avec une délégation d'élus de Saône-et-Loire, dont deux députés présents parmi nous, Mme Josiane Corneloup, M. Rémy Rebeyrotte.

J'adresse, enfin, un salut amical - et que je ne m'aventurerai pas à qualifier de « complice », pour ne pas nourrir les soupçons de ceux qui croiraient encore à l'existence d'une mafia bretonne -, au Père Jean Landousies, Chef de la Section francophone à la Secrétairerie d'Etat. Je le félicite pour sa nomination récente au grade de Chevalier dans l'Ordre de la Légion d'honneur. Et le remercie d'avoir contribué à ce que l'entrevue du Souverain pontife et du Président de la République qui a eu lieu en juin dernier leur permette d'engager un dialogue de respect et de confiance, à l'image des liens étroits et particuliers qui unissent la France et le Saint-Siège.


La cérémonie à laquelle j'ai eu l'honneur de représenter la France ce matin a mis en lumière des personnalités au destin exceptionnel.

Le Pape Paul VI a incontestablement marqué de son empreinte l'histoire du XXe siècle.

Particulièrement préparé par tant d'années passées à la Secrétairerie d'Etat, Paul VI eut l'ambition, je devrais dire la vocation, d'être un pape pleinement ouvert sur son temps.

Succédant à Jean XXIII, menant à terme le Concile Vatican II voulu par celui-ci, il fut donc l'un des artisans majeurs de l'ouverture de l'Eglise à la modernité. Cela me touche d'autant plus que ma mère fut auditrice au Concile au titre de l'Action catholique ouvrière (ACO). Paul VI multiplia les initiatives inédites : il est ainsi le premier Pape à avoir voyagé à travers le monde, le premier à avoir pris l'avion, le premier à s'être rendu au siège des Nations unies - où il a prononcé, en 1965, un vibrant plaidoyer en faveur de la paix -, le premier à avoir rencontré des chefs religieux de toutes les confessions. Son pèlerinage en Terre sainte en 1964, intervint en plein concile. Sa rencontre célèbre avec le Patriarche Athenagoras sur le Mont des Oliviers y déclenche le début du rapprochement des Eglises d'Orient et d'Occident et marque pour longtemps l'histoire de l'Eglise dans cette région berceau du Christianisme.

S'efforçant de saisir les réalités de son temps, il eut la clairvoyance de percevoir très tôt l'ampleur des menaces environnementales qui pèsent sur l'humanité.

"Déjà, nous voyons se vicier l'air que nous respirons, se dégrader l'eau que nous buvons, se polluer les rivières, les lacs, voire les océans, jusqu'à faire craindre une véritable mort biologique dans un avenir rapproché".

Ce n'est pas Nicolas Hulot. Ces paroles nous frappent pourtant aujourd'hui par leur actualité. Saint Paul VI les prononça il y a près d'un demi-siècle !

Le souci d'ouverture, sans renoncement à la rigueur, fut à l'origine de rencontres fécondes avec les intellectuels catholiques les plus importants d'alors, au nombre desquels figuraient de nombreux Français, qu'il s'agisse de théologiens comme Jean Daniélou, Yves Congar, dont il prit très tôt la défense, Marie-Dominique Chenu et Henri de Lubac, de l'historien du catholicisme social Henri Rollet ou encore du philosophe thomiste Etienne Gilson. L'amitié qu'il tissa avec le philosophe Jacques Maritain, ambassadeur nommé par le Général de Gaulle auprès du Saint-Siège en 1945, et à qui il choisit de remettre, en 1965, le « message du Concile aux hommes de pensée et de science », est l'une des marques de son attachement à notre pays.


Je tiens également à rendre hommage à Mgr Oscar Romero, archevêque de San Salvador, lui aussi canonisé aujourd'hui, qui mourut assassiné alors qu'il célébrait la messe, le 24 mars 1980.

Le parcours de cet ardent défenseur des Droits de l'Homme ne peut qu'inspirer le respect. Le crime épouvantable dont il fut victime ne peut que susciter l'indignation. L'évocation de sa mémoire résonne aujourd'hui de manière particulière pour les catholiques et les chrétiens de France, et plus largement pour tous ceux de nos compatriotes qui demeurent meurtris dans leur chair par le souvenir des événements terribles qui ont, ces dernières années, endeuillé l'Eglise de notre pays et sont comme les échos fraternels de ce sanglant et scandaleux assassinat.

- Inévitablement, le souvenir de Mgr Oscar Romero évoque celui du Père Jacques Hamel, assassiné lui aussi alors qu'il célébrait la messe, dans son église de Saint-Etienne du Rouvray, à côté de Rouen, le 26 juillet 2016. En apprenant cette atroce nouvelle, la France entière avait frémi et les plus hautes autorités de l'Etat ont fait part de leur émotion au Pape François. Dans ces circonstances et ayant à l'esprit les drames qui ont récemment frappé la France, je tiens à saluer la compassion et la solidarité dont le Saint-Père a toujours fait montre à l'égard de nos compatriotes touchés par le terrorisme. Alors en charge, pour ma part, de la lutte contre le terrorisme confiée à nos armées, je conserve le vif souvenir de l'accueil qu'il offrit, en septembre 2016, aux familles des victimes de l'attentat de Nice, proposant à chacun son soutien et sa prière.
- Le destin de Mgr Oscar Romero nous rappelle aussi le sort des « martyrs d'Algérie », qui seront béatifiés en décembre prochain, à Oran : les moines de Tibhirine, tués en mai 1996, et Mgr Claverie, évêque d'Oran, assassiné le 1er août de la même année. Plus de vingt ans après, l'émotion est toujours vive, même si nous trouvons un peu de consolation et d'apaisement en voyant un tel hommage se préparer en Algérie même - preuve de l'amitié qui unit chrétiens et musulmans par-delà les drames d'une guerre civile meurtrière pour toute la population, preuve aussi que le dialogue des religions, enjeu majeur dans le monde d'aujourd'hui, reste toujours possible.


Mes chers amis,

En cette journée exceptionnelle, je vous propose de lever nos verres en hommage aux personnalités d'exception dont l'Eglise vient de reconnaître la sainteté et à la relation étroite qui unit la France et le Saint-Siège.


Source https://va.ambafrance.org, le 25 octobre 2018

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