Interview de M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, avec LCI le 24 octobre 2018, sur la politique de l'environnement, Jean-Luc Mélenchon et sur les relations avec l'Arabie saoudite après le meurtre d'un journaliste saoudien. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, avec LCI le 24 octobre 2018, sur la politique de l'environnement, Jean-Luc Mélenchon et sur les relations avec l'Arabie saoudite après le meurtre d'un journaliste saoudien.

Personnalité, fonction : RUGY François de.

FRANCE. Ministre de la transition écologique et solidaire

ti :

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Notre invité ce matin est le ministre de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie, bonjour François de RUGY.

FRANÇOIS DE RUGY
Bonjour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
J'aurais peut-être dû dire le ministre de l'Ecologie punitive, non ? Parce que hausse des taxes sur le carburant, hausse du malus automobile votée à l'Assemblée, fin des exemptions de taxes sur le gasoil industriel, décidément vous voulez que les Français se convertissent à l'écologie, avec le bâton.

FRANÇOIS DE RUGY
Le ministre que je suis est ministre de la Transition écologique et solidaire, et nous sommes en plein dans le sujet. Si nous parlons de la fiscalité des carburants, c'est à la fois une transformation écologique, mais c'est aussi avec des mesures de solidarité. Car, nous avons pris des mesures en 2017, en effet, de hausse d'un certain nombre de taxes sur le carbone, c'est ce qu'on a appelé taxer le carbone, taxer la pollution, le diesel, et en même temps des mesures d'accompagnement pour permettre aux Français de se libérer du tout pétrole et du tout diesel.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, on va parler de la carotte, mais il y a quand même beaucoup de bâton, parce que vous dites on a augmenté la taxe sur le diesel, mais pas seulement. Quand on regarde les hausses de carburants, c'est +7 centimes sur le diesel, mais c'est +4 centimes sur l'essence, donc on aurait pu penser qu'on augmentait le diesel et on baissait l'essence, or on augmente les deux.

FRANÇOIS DE RUGY
Mais Monsieur JAKUBYSZYN, si vous m'aviez invité il y a 1,5 an, ou il y a 1 an, vous m'auriez dit « mais vous n'en faites pas assez pour le climat. » Le président de la République, le ministre de l'Ecologie, il va dans des conférences internationales, nous avons eu la Conférence de paris en 2015 pour vanter…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On a eu des prix.

FRANÇOIS DE RUGY
Voilà, une action qui doit être forte, déterminée, contre le dérèglement climatique, donc contre les émissions de CO2, et puis finalement, en France, on ne va pas assez loin, pas assez vite, pas assez fort. Et tout le monde a dit, à ce moment-là, il faut donner un prix au carbone, mais cette expression elle est vague. Derrière cette idée, qui est en effet nécessaire si on veut réduire les émissions de CO2, il y a les quotas carbone, ce que nous faisons au niveau européen, et il y a la fiscalité, mais…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc vous dites aux Français, gasoil ou essence, vous allez payer plus cher ?

FRANÇOIS DE RUGY
Je dis que nous avons mis en place une prime à la conversion pour les véhicules, pour l'achat de voitures, pour la première fois achat de voitures neuves, ou d'occasion, donc ce n'est pas une mesure pour les constructeurs automobiles, c'est vraiment une mesure pour les Français.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, mais quelle que soit la voiture qu'on achètera, on paiera son gasoil ou son essence plus cher. D'ailleurs, quand vous regardez les prix à la pompe…

FRANÇOIS DE RUGY
Non, non, non, monsieur…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Depuis, regardez depuis 20 ans, on est passé de 50 centimes par litre à 1,50 euro aujourd'hui, vous vous rendez compte, 3 fois plus quand même !

FRANÇOIS DE RUGY
Mais, Monsieur JAKUBYSZYN, quand vous achetez une voiture qui pollue moins, c'est une voiture qui consomme moins. Moi j'ai fait un petit calcul simple, vous savez, une voiture qui consomme 6 litres aux 100, et vous faites 15.000 kilomètres par an, en effet, là, vous allez payer, en taxes, 270 euros de plus par an, 22,50 euros de plus par mois.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Je rappelle c'est 60 % les taxes, que ce soit sur le gasoil ou sur l'essence.

FRANÇOIS DE RUGY
Eh bien, si vous achetez demain une voiture qui consomme 5 litres aux 100, eh bien vous allez être, là, totalement libéré de ce surcoût, et l'économie de carburant que vous allez faire, eh bien ce sera non seulement un bienfait pour la planète, pour le climat, mais ce sera aussi un bienfait pour votre porte-monnaie. Mais ça, quand vous dites ce n'est pas les mêmes mesures, si, plus de 250.000 Français vont pouvoir acheter, cette année, en 2018, pas l'année prochaine, pas dans 2 ans, cette année, un véhicule moins polluant grâce à la prime de 1000 euros pour les ménages imposables, 2000 euros pour les ménages non imposables.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais pourquoi vous avez supprimé la prime sur les véhicules hybrides, parce que là c'était une manière aussi de faire de l'écologie ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non. L'année dernière il y a eu… le bonus-malus a été révisé, on a toujours un bonus de 6000 euros pour l'achat de voitures électriques…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Electriques, mais pas hybrides.

FRANÇOIS DE RUGY
Et, les véhicules hybrides, on avait constaté que de toute façon il n'y avait plus de besoin de prime parce que le surcoût était de plus en plus faible. En revanche, pour l'année prochaine, pour 2019, nous allons élargir le bonus aux véhicules hybrides électriques rechargeables, ce qui est une version plus intéressante puisque les Français peuvent rouler en tout électrique pendant une cinquantaine de kilomètres. Donc, par exemple, si vous faites 25 kilomètres le matin pour aller au travail, 25 kilomètres le soir pour revenir, vous pourrez rouler en tout électrique, et là le carburant, l'électricité est le carburant le moins cher qui soit, et vous savez que pour faire un plein d'une voiture électrique ça vous coûte 2 ou 3 euros selon la taille de la voiture.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ce qui est compliqué pour les Français en ce moment, François de RUGY, c'est que beaucoup qui vivent dans les territoires ruraux, en province, ont besoin de leur voiture, on leur demande de rouler écolo, ils veulent bien, mais, il faut soit changer de voiture, soit effectivement… il n'y a pas de moyen alternatif, tout n'est pas prêt encore pour être plus écolo quand on roule, et donc on a notre voiture, et donc on prend notre voiture.

FRANÇOIS DE RUGY
Mais si. Mais d'abord je veux dire, nous voyons, je crois, à l'écran, une voiture électrique qui circule, la voiture électrique elle a souvent été présentée pour les villes, eh bien, je le dis à celles et ceux qui nous regardent, la voiture électrique elle est encore plus rentable, encore plus adaptée, quand on habite à la campagne. J'en ai moi-même fait l'expérience il y a quelques années, quand vous êtes à la campagne vous n'avez pas besoin d'une borne de recharge, vous rechargez votre voiture électrique dans votre garage, chez vous, vous partez le matin, même si vous faites 100 kilomètres dans la journée, aujourd'hui l'autonomie d'une voiture électrique suffit, et vous allez faire plus de kilomètres que quand vous êtes un habitant des villes, et donc vous allez l'amortir plus rapidement. Aujourd'hui vous avez des voitures électriques, je ne veux pas faire de la publicité, mais tout de même, c'est le groupe RENAULT qui est le leader mondial, on doit être fier d'ailleurs de cela d'un point de vue industriel, mais d'un point de vue concret, eh bien qui propose une voiture qui est à prix abordable, une Zoé vous pouvez l'avoir à moins de 15.000 euros, c'est le même prix quasiment qu'une voiture, de même catégorie, à essence.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, il n'y a pas que les Français qui rouspètent de l'augmentation du prix de l'essence, il y a aussi une de vos « prédécesseuses » célèbre, Ségolène ROYAL. On l'écoute, c'est sur RTL lundi matin.

SEGOLENE ROYAL (RTL)
Cette taxation sur l'essence et sur le gasoil c'est juste faire des impôts supplémentaires et utiliser l'écologie pour faire ces impôts supplémentaires n'est pas honnête. Ils cherchent à justifier une hausse fiscale, un matraquage fiscal, par l'écologie.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Voilà.

FRANÇOIS DE RUGY
Alors, quand Madame ROYAL était à ma place, ministre de l'Ecologie, pendant 3 ans, elle a fait voter une loi, la loi de transition énergétique, moi-même je l'ai votée aussi, dans laquelle il y avait une trajectoire de hausse de la fiscalité sur le fuel et les carburants, la fiscalité carbone, la taxe carbone comme on l'appelait à une époque, et c'est exactement cette trajectoire que nous mettons en oeuvre. Alors, il faut savoir si on est pour l'écologie quand on est ministre de l'Ecologie et qu'on n'est plus pour l'écologie quand on est, peut-être, candidate pour les élections européennes, en tout cas moi je regrette…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Elle est candidate pour les élections européennes ?

FRANÇOIS DE RUGY
Je ne sais pas, mais manifestement elle a abandonné l'écologie depuis qu'elle a abandonné le ministère de l'Ecologie. Vous savez, Madame ROYAL elle est ambassadrice de la France pour les pôles, alors si on veut agir pour les pôles, c'est-à-dire pour le climat, eh bien il faut être concret, il ne faut pas se contenter d'aller de conférences internationales en conférences internationales, il faut le faire, parce qu'il faut se battre au niveau mondial pour lutter contre le dérèglement climatique, mais il faut le faire chez nous. Et il faut permettre aux Français d'être des acteurs de ce changement, pas de subir, parce que si on ne fait rien, vous savez, les prix du pétrole, sur le marché mondial, ils augmentent de toute façon, taxes ou pas taxes. Donc nous on agit, on donne des moyens aux Français, avec les voitures qui polluent moins, avec les voitures électriques demain, à grande échelle, pour pouvoir être libéré du tout pétrole et du tout diesel. Il y a quelques années tout le monde disait « haro sur le diesel, la pollution de l'air en ville, les particules fines, il faut agir, on n'en fait pas assez », eh bien maintenant ça y est, nous avons complètement inversé la courbe, il y a beaucoup moins de véhicules diesel qui se vendent en France.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc pas de leçons à recevoir de Ségolène ROYAL. Autre sujet plus léger, la ministre des Transports a confirmé hier ce qu'elle avait dit à votre place il y a une semaine ici, il va y avoir une réglementation spécifique pour les trottinettes électriques, ça fait partie aussi des moyens de développement écolos. Et voilà, ça y est, on a un moyen de développement écologique, on va les obliger à rouler dans les lignes de bus, ne pas aller sur les trottoirs, on va réglementer, on va enrichir le Code de la route. Ce n'est pas une contrainte ça ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non mais attendez, vous avez, dans le Code de la route vous savez que vous avez encore des articles qui concernent les voitures à cheval, les voitures hippomobiles, mais vous n'avez rien, évidemment, par rapport à tous ces nouveaux engins, qui se développent à une très grande vitesse…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Elle ne va quand même pas créer un permis de conduire pour les trottinettes électroniques !

FRANÇOIS DE RUGY
Non, mais est-ce que vous voulez qu'on attende qu'il y ait de plus en plus d'accidents ? les accidents avec les trottinettes électriques c'est +23 % l'année dernière, et, évidemment, tous les Français le voient bien, notamment en ville, quand vous êtes rasé sur un trottoir par quelqu'un qui roule à 20 ou 30 km/h, car c'est le cas de ces petites engins, qui par ailleurs ont beaucoup d'intérêt en effet, beaucoup d'atouts, eh bien il faut juste donner un cadre, pour qu'ils puissent se développer d'ailleurs, mais dans un cadre légal, et ce sera l'objet de la loi d'orientation sur les mobilités que nous allons présenter à la fin du mois de novembre.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc ils seront sans doute obligés d'aller dans les lignes de bus plutôt que les trottoirs ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ou les couloirs vélos, vous savez, on a de plus en plus de pistes cyclables en France, dans nos villes, et c'est très bien, pour développer la pratique du vélo, cela permettra aussi à ces engins d'y circuler.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Une affaire plus sérieuse, celle des malformations dans certaines régions de France sur les bébés, on appelle ça « les bébés sans bras », en tout cas les malformations, on a eu des témoignages ce matin encore sur LCI, de parents qui ont envie de savoir, et la ministre de la Santé a dit sur RTL, dans « Le Grand Jury LCI », ce dimanche, qu'il va y avoir une nouvelle enquête, notamment avec les agences de l'environnement, dont vous avez la tutelle. Est-ce que vous vous réjouissez qu'on rouvre le dossier, est-ce que vous n'étiez pas satisfait, vous non plus, de l'enquête de santé publique ?

FRANÇOIS DE RUGY
J'ai demandé en effet que l'on poursuive les investigations, et nous avons, avec Agnès BUZYN, la ministre de la Santé, saisi ensemble à la fois Santé Publique France, qui dépend du ministère de la Santé, et l'Agence nationale de sécurité sanitaire, de l'environnement, qui dépend de mon ministère.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous avez des doutes sur les conclusions de l'enquête ?

FRANÇOIS DE RUGY
En tout cas on ne peut pas s'en remettre à une sorte de fatalité, on ne peut pas dire « c'est comme ça », non, s'il y a des bébés qui naissent avec des malformations graves, qui n'ont pas de bras ou autres, il faut absolument faire toute la lumière. Est-ce que c'est l'exposition à des pesticides…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est la question.

FRANÇOIS DE RUGY
Est-ce que c'est la prise de certains médicaments, qui peuvent malheureusement aussi avoir ce type de conséquences, d'effets secondaires dramatiques ? tout cela doit être fait en toute transparence, doit être mis sur la table, tout simplement pour pouvoir agir, pour pouvoir faire en sorte que ça ne se reproduise pas, que des jeunes parents ne subissent pas évidemment ce choc.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous pouvez dire à Tiphaine et Samuel BERNARD, les parents de la petite Aliénor, 5 ans, qu'on a eu ce matin sur LCI, qu'ils sauront la vérité ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ah, nous irons au bout, et nous pousserons les recherches, autant que possible, pour en effet savoir la vérité sur le pourquoi de ces phénomènes qui, évidemment, les uns et les autres, nous touchent beaucoup.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Autre scandale, je ne sais pas si celui-ci est un scandale sanitaire, mais en tout cas LACTALIS, Le Canard Enchaîné révèle ce matin que la société, qui était à l'origine déjà du lait pour enfants, aurait écoulé 8000 tonnes de lait en poudre à usage industriel, venues de la même usine, des mêmes chaînes de production, sans qu'on sache, sans qu'on l'ait su à l'époque. Est-ce que c'est un potentiel nouveau scandale sanitaire ?

FRANÇOIS DE RUGY
En tout cas ce qui est sûr c'est que cette entreprise, qui est un des géants français du lait, et des produits laitiers, qui a beaucoup d'activités économiques en France, là on parle d'une usine en Mayenne, qui a été fermée pendant de nombreux mois, parce que justement elle ne répondait pas à certaines normes sanitaires, de sécurité sanitaire, eh bien les services du ministère de l'Economie, les services du ministère de l'Agriculture, surveillent cette entreprise, il y a même eu une commission d'enquête parlementaire il y a quelques mois, et donc cette entreprise elle doit faire l'objet, c'est normal, d'une surveillance renforcée.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et elle a continué à commercialiser du lait en poudre…

FRANÇOIS DE RUGY
Et si jamais elle a essayé de frauder par rapport aux consignes qui lui avaient été données, évidemment elle doit être condamnée. Il y a par ailleurs, d'ailleurs, une procédure judiciaire en cours par rapport aux faits qui concernaient le lait infantile.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Quand vous avez vu le Canard Enchaîné arriver sur votre bureau hier soir, vous vous dites comment c'est possible ça, ou, quelle est la réaction d'un ministre quand on voit que finalement, alors que cette entreprise est normalement surveillée, qu'il y a eu un scandale sanitaire, elle puisse comme ça écouler 8000 tonnes de produit ?

FRANÇOIS DE RUGY
Je pense qu'il faut sans cesse renforcer nos moyens, après, vous savez aussi qu'on a des débats tout le temps, sur le fait de savoir s'il faut plus d'emplois publics ou moins, eh bien l'emploi public c'est aussi des contrôleurs, des gens qui vont dans les entreprises faire de la surveillance. Parfois on trouve qu'il y en a trop, si vous écoutez certains responsables d'entreprise ils vous diront « on est sans cesse enquiquiné par des contrôles trop tatillons », etc. Quand il s'agit de la sécurité, de la sécurité sanitaire, de la sécurité environnementale, moi je pense que ce doit être toujours une priorité.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, vous allez nous rassurer, ou peut-être nous inquiéter. Vous étiez hier sur les plages du Var, Pampelune, Saint-Tropez, Porquerolles, où il y a eu cette mini marée noire, avec cet accident, on a cru d'abord que ça serait la Corse, la Haute-Corse qui serait touchée, finalement c'est arrivé sur le littoral varois. Est-ce que la situation est maîtrisée, est-ce qu'on va arriver à nettoyer les plages, quelles seront les conséquences, et surtout qui va payer ?

FRANÇOIS DE RUGY
Alors, pour le nettoyage il y a beaucoup de gens qui sont à pied d'oeuvre, et loi j'ai tenu à me rendre compte par moi-même, sur place, mais aussi à saluer cet engagement. Là aussi on retrouve des fonctionnaires de l'Etat, des fonctionnaires des collectivités locales, communes, département, le Syndicat départemental d'incendie et de secours, c'est-à-dire les pompiers, même des militaires, et puis des bénévoles aussi, des gens qui d'ailleurs sont engagés le reste de l'année contre les feux de forêt dans le Var, qui est aussi un danger dans ce département. Et donc aujourd'hui le nettoyage est en cours, c'est un travail de fourmis, vous savez que ce sont des personnes qui grattent y compris à la main, parce que ce sont des tout petits…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bien sûr, on a vu des images terribles, on voit les galettes qui sont posées sur les plages…

FRANÇOIS DE RUGY
Voilà, ce sont des toutes petites galettes, des toutes petites boulettes, d'une certaine façon, d'ailleurs, heureusement que ce ne sont pas des plaques de pétrole comme on en avait connues lors de la catastrophe de l'Erika. Et puis, évidemment, l'enquête judiciaire, qui est en cours, on fait des prélèvements systématiques pour vérifier que ces produits viennent bien de ce bateau qui a été percuté au large de la Corse il y a maintenant plus de 2 semaines, et il y aura les assurances, il y aura un procès s'il le faut, les communes ont porté plainte, et l'ensemble des frais devront être payés par les coupables.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Par l'armateur ?

FRANÇOIS DE RUGY
Vous savez, il y a deux bateaux qui se sont percutés, donc là aussi l'enquête devra démontrer qui est responsable, et c'est l'assureur du bateau responsable qui devra payer.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors on va parler du sujet qui fâche en France, le nucléaire, c'est un peu la vache sacrée, je crois que vous voyez le président tout à l'heure avec un certain nombre d'industriels pour définir le plan…

FRANÇOIS DE RUGY
Les industriels du secteur de l'énergie. Vous savez, en France, le secteur de l'énergie ne se résume pas au nucléaire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Globalement, vous l'avez compris depuis que vous êtes…

FRANÇOIS DE RUGY
Vous voulez que je vous donne un chiffre ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Allez-y.

FRANÇOIS DE RUGY
ORANO, qui est la société qui a repris, après AREVA, vraiment le coeur de l'activité nucléaire, c'est-à-dire qui fournit le combustible nucléaire, c'est 16.000 emplois, 12.000 en France, eh bien le secteur des éoliennes c'est 15.000 emplois en France.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc vous êtes en train de contrebalancer, de dire que l'éolien est en train de, peut-être…

FRANÇOIS DE RUGY
Je dis qu'en France nous avons eu la chance d'avoir…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça c'est un message au lobby nucléaire que vous lancez.

FRANÇOIS DE RUGY
Nous avons la chance d'avoir un secteur de l'énergie avec des industriels, qui sont à la fois dans le nucléaire, c'est vrai, nous avions aussi, vous le savez peut-être moins, mais des industriels qui fabriquaient des turbines pour les centrales thermiques, or nous les fermons les centrales thermiques. Vous savez, c'est comme pour les voitures tout à l'heure, nous conduisons une transformation pour se libérer du tout pétrole.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors justement, dans le nucléaire, vous fermez aussi des centrales, on a appris hier que l'Autorité…

FRANÇOIS DE RUGY
Fessenheim en Alsace.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
De sécurité nucléaire avait dit qu'il fallait fermer 2020, 2022, Fessenheim en Alsace…

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, mais vous savez pourquoi ? Parce que si on ne le fermait pas, même s'il n'y avait pas une décision politique, il y a une décision politique mais, il faudrait réinvestir sur cette centrale, donc redépenser de l'argent. Et c'est ça le sujet d'ailleurs que nous avons sur la table aujourd'hui, est-ce que nous réinvestissons dans des vieilles centrales nucléaires, dans un vieux système, ou est-ce que, au contraire, nous conduisons une transformation ? Et, avec Emmanuel MACRON nous avons été élus pour conduire une transformation.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous êtes en train de faire du « en même temps », vous allez fermer des centrales et vous allez en rouvrir d'autres.

FRANÇOIS DE RUGY
Ah mais, dans le domaine de l'énergie vous ne pouvez faire que du « en même temps », ou alors, ou alors, vous dites la France c'est le tout nucléaire. Mais il se trouve que nous avons voté une loi il y a 3 ans, ce n'est pas vieux, qui a dit on va rééquilibrer le secteur, 50/50 le nucléaire, et les énergies renouvelables.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, mais vous reportez… au départ c'était 2025 et 2030, avec vous c'est 2035.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, oui, mais justement parce que la ministre de l'époque n'a rien fait pour mettre en oeuvre la loi. Moi j'agis pour mettre en oeuvre cette loi. Nous avons dit, au moment des élections, c'est notre cadre, on va agir dans ce cadre. Mais pourquoi ? Ce n'est pas pour le plaisir d'appliquer une loi, c'est, un, lutter contre le dérèglement climatique, deux, diversifier, réduire la dépense de la France au tout nucléaire, et moderniser notre système électrique. Moderniser, c'est-à-dire saisir les nouvelles technologies, la modernité c'est les nouvelles technologies dans le renouvelable, et s'il y a un nouveau nucléaire, puisque vous posez la question, s'il y a un jour un nouveau nucléaire, quel sera-t-il, est-ce que c'est l'EPR, qui aujourd'hui n'a pas encore fait la démonstration de sa fiabilité en termes de sécurité et de sa compétitivité en termes économique ? Eh bien c'est cela qu'il faudra travailler dans les années qui viennent.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous êtes en train de nous dire que dans quelques semaines, lorsque le président annoncera ce plan de programmation pluriannuelle de l'énergie…

FRANÇOIS DE RUGY
La stratégie française en matière d'énergie.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Peut-être que vous, ministre de l'Environnement, vous allez annoncer la construction de nouvelles centrales nucléaires ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non, je ne suis pas du tout en train de vous dire ça, je suis en train de vous dire que nous sommes engagés dans une transformation du secteur électrique, moi j'appelle ça un new deal français pour l'énergie. Un new deal, ça veut dire quoi ? Ça veut dire à la fois une nouvelle donne et un accord, un accord avec plusieurs parties prenantes…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Les Allemands n'ouvrent plus de centrales.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, mais les Allemands sont confrontés à un problème concret, c'est que d'un côté ils ont développé les énergies renouvelables, mais d'un autre côté ils n'ont pas fermé les vieilles centrales, notamment les vieilles centrales à charbon, nous nous le faisons. Moi j'ai rencontré les élus des territoires concernés, et je vais aller sur chaque site dans les semaines qui viennent, quatre centrales à charbon, Cordemais Loire-Atlantique, Le Havre, Saint-Avold en Moselle, et aussi Gardanne à côté de Marseille, en Provence. Eh bien, nous conduisons cette transformation, nous invitons d'ailleurs nos partenaires, nos voisins, Allemands, Polonais, à conduire cette même transformation, de sortir du charbon, et en même temps de se saisir des nouvelles opportunités, écologiques et économiques, que sont les énergies renouvelables.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc vous serez peut-être le ministre de l'Ecologie et du Nucléaire, dans quelques mois.

FRANÇOIS DE RUGY
Le ministre de l'Energie, je suis le ministre de l'Energie, et le ministre de l'Energie qui n'est pas là pour défendre le statu quo, moi je n'ai pas été nommé, vous savez, pour gérer l'existant et ne toucher à rien, j'ai été nommé pour conduire une transformation écologique et qui ait un bienfait économique, parce que ce sont des emplois sur notre territoire. Vous savez, les énergies renouvelables c'est des emplois partout sur le territoire français, c'est du « Made in France », c'est d'utiliser nos ressources, nos ressources en bois, nos ressources en vent, nos ressources en soleil, nos ressources hydroélectriques, nos ressources également de chaleur que nous avons dans notre sous-sol, voilà les opportunités que nous pouvons saisir demain.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, un petit peu de politique, parce que Jean-Luc MELENCHON, on en a beaucoup parlé pendant une semaine…

FRANÇOIS DE RUGY
C'est de la politique la question de l'énergie, vous savez, il n'y a pas que la politique politicienne dans la vie.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, c'est de la politique, mais de la politique un peu plus politicienne, vous allez voir c'est intéressant, parce qu'hier, depuis Strasbourg, il a dit qu'il allait prendre sa revanche, et qu'en 2022 c'était son tour. On l'écoute.

JEAN-LUC MELENCHON
A 600.000 voix près nous étions au deuxième tour, nous sommes un pays de 65 millions d'habitants, et de 42 ou 43 millions d'électeurs, 600.000 voix c'est bien peu. Si bien que j'ai la certitude que la prochaine fois sera la bonne.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
« J'ai la certitude que la prochaine fois sera la bonne » dit Jean-Luc MELENCHON.

FRANÇOIS DE RUGY
Ce serait la troisième fois, puisqu'il a déjà été candidat deux fois, en tout cas ce que ça montre c'est que manifestement il n'a toujours pas digéré le résultat de l'élection présidentielle de 2017, il est arrivé quatrième au premier tour. Certes, c'était un peu beau résultat d'ailleurs, 19 % des voix, mais il est arrivé quatrième. La démocratie c'est de reconnaître quand le peuple, Jean-Luc MELENCHON parle souvent du peuple, le peuple français s'est prononcé, et il a placé Emmanuel MACRON en tête avec 24 % des voix, en première position, puis Madame LE PEN, puis Monsieur FILLON, puis Monsieur MELENCHON. Il faut reconnaître quand le peuple a parlé.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il est peut-être galvanisé par ce que lui considère comme étant un acharnement judiciaire, des dizaines de policiers pour la perquisition.

FRANÇOIS DE RUGY
Ecoutez, Monsieur MELENCHON a dit « je suis la République », c'est un peu prétentieux, ou alors tous les élus de France et de Navarre, et puis les Français, les citoyens, nous sommes tous la République, mais quand on défend la République, on défend aussi l'indépendance des juges, l'indépendance de la justice, le bon fonctionnement de la justice, on défend aussi l'indépendance des médias, il s'en prend souvent aux médias, mais les journalistes font leur travail de façon indépendante, c'est ça la République.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, il n'y a pas que lui qui s'en prend aux médias, vous allez voir. Je voulais avoir votre sentiment sur l'assassinat du journaliste saoudien KHASHOGGI dans les locaux du consulat saoudien à Istanbul, hier le président ERDOGAN a exigé des comptes, des responsables. On a posé la question, c'est une journaliste de LCI, à Emmanuel MACRON hier, qui visitait un salon de l'armement, voilà la réponse du président.

JOURNALISTE
Monsieur le Président, est-ce que vous allez suspendre la vente d'armes à l'Arabie Saoudite comme vous le demande l'Allemagne ?

EMMANUEL MACRON
Attendez, on va voir une règle simple, mon agenda n'est pas dicté par les médias, que ça vous plaise ou non, et ce n'est pas parce qu'un dirigeant dit quelque chose que je suis censé réagir à chaque fois, et donc je ne vous répondrai pas.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Je voudrais parler à l'homme et pas au ministre que vous êtes, d'Emmanuel MACRON aujourd'hui, ça vous satisfait comme réponse ça, par rapport à l'Arabie Saoudite, qu'on fasse silence radio, circulez il n'y a rien à voir ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non mais, si on considère que cette affaire est un sujet grave et sérieux…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça l'est.

FRANÇOIS DE RUGY
Un journaliste qui a été manifestement tué dans un consulat…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Sauvagement assassiné manifestement, découpé en morceaux.

FRANÇOIS DE RUGY
Donc c'est quelque chose de grave et sérieux, eh bien, en effet, on ne réagit pas comme ça au détour d'une visite d'un salon, ou d'une visite sur le terrain…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Un salon où on vend des armes à l'Arabie Saoudite.

FRANÇOIS DE RUGY
Sachant que la question, par ailleurs, de la position de l'Arabie Saoudite au Moyen-Orient, pas simplement de sa position importante, on parlait du pétrole tout à l'heure, dans les pays producteurs de pétrole…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On préserve l'Arabie Saoudite parce qu'elle a du pétrole ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non, mais c'est un sujet grave et sérieux, donc on le traite de façon grave et sérieuse. Je peux vous dire qu'on en a parlé, comme toutes les semaines on parle de la situation internationale au Conseil des ministres, on en a parlé au dernier Conseil des ministres, le ministre des Affaires étrangères a fait le point, nous apprenons des nouveaux éléments sur cette affaire grave et sérieuse, et donc il faudra pouvoir se positionner et pas, comme ça, sous la pression de tel ou tel micro.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc il y aura une prise de parole du président ?

FRANÇOIS DE RUGY
Sans aucun doute, et surtout une position de la France en tant que pays important, y compris dans cette région.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci beaucoup François de RUGY d'avoir été avec nous ce matin.

FRANÇOIS DE RUGY
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 octobre 2018

Rechercher