Interview de Mme Jacqueline Gourault, ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, avec Europe 1 le 24 octobre 2018, sur l'augmentation du prix des carburants, les relations entre l'Etat et les collectivités locales et sur les relations avec l'Arabie saoudite après le meurtre d'un journaliste saoudien. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Jacqueline Gourault, ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, avec Europe 1 le 24 octobre 2018, sur l'augmentation du prix des carburants, les relations entre l'Etat et les collectivités locales et sur les relations avec l'Arabie saoudite après le meurtre d'un journaliste saoudien.

Personnalité, fonction : GOURAULT Jacqueline.

FRANCE. Ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités locales

ti :


NIKOS ALIAGAS
La ministre de la Cohésion des territoires, Jacqueline GOURAULT, est votre invitée, David DOUKHAN.

DAVID DOUKHAN
Bonjour Jacqueline GOURAULT.

JACQUELINE GOURAULT, MINISTRE DE LA COHESION DES TERRITOIRES ET DES RELATIONS AVEC LES COLLECTIVITES TERRITORIALES
Bonjour.

DAVID DOUKHAN
Vous avez une mission très difficile qui va être de réconcilier le président de la République, le gouvernement et les élus locaux. Nous allons consacrer du temps à ce sujet mais d'abord, une question. Vous avez récemment, dans une interview, déclaré : « Ce n'est pas parce que l'on est majoritaire que l'on détient la vérité. » Et là, on voit depuis le début de la semaine : un aménagement de la l'augmentation de la CSG pour les retraités, c'est niet, Agnès BUZYN a dit non. Peut-être calmer le jeu sur la hausse du carburant, c'est niet, on assume. On a l'impression d'un gouvernement qui pense détenir la vérité.

JACQUELINE GOURAULT
Non, pas du tout. Parce qu'au regard, par exemple, de la hausse du prix du fuel et du diesel…

DAVID DOUKHAN
Et de l'essence.

JACQUELINE GOURAULT
Et de l'essence qui est pour 75 % la conséquence de l'augmentation du baril, il y a en parallèle des politiques qui sont menées aussi pour la transition énergétique et, par exemple, des capacités pour changer les voitures : tout simplement l'aide à la conversion des voitures pour des voitures qui sont moins polluantes, voire des voitures électriques, avec des aides importantes et ça marche très fort.

DAVID DOUKHAN
Y compris pour les plus modestes de nos concitoyens ?

JACQUELINE GOURAULT
Y compris pour les modestes.

DAVID DOUKHAN
Soyons honnêtes. Est-ce qu'on peut aujourd'hui tous se payer une voiture hybride ou électrique ?

JACQUELINE GOURAULT
Je vais vous dire. Sur les deux cent mille demandes qui ont eu lieu, 75 % concernent des gens qui ne paient pas d'impôts, qui ne sont pas imposables sur le revenu.

DAVID DOUKHAN
Mais est-ce que vous entendez la colère qui monte ? Laurent WAUQUIEZ déclarait dans une interview récente, je le cite : « Les gens sont en colère, cela va finir par exploser. » Est-ce que le leader des Républicains exagère ou bien est-ce qu'il perçoit tout de même une forme de réalité ?

JACQUELINE GOURAULT
Le leader des Républicains dit ce qu'il a à dire. Moi, je suis beaucoup sur le terrain. Je rencontre beaucoup d'élus, naturellement, mais aussi des citoyens. Il y a besoin d'explications, il y a besoin de gestes comme on l'a fait par exemple avec la CSG et ceux qui étaient juste à la limite.

DAVID DOUKHAN
Trois cent cinquante mille retraités qui ne verront pas leur CSG augmenter.

JACQUELINE GOURAULT
Absolument. Il y a des choses et des gestes qui sont faits. Je ne crois pas qu'on soit au bord de la rupture. Je crois simplement qu'on a choisi une ligne qui est une ligne que le travail soit mieux rémunéré, et il faut des équilibres dans une société et c'est ainsi que les citoyens doivent comprendre notre préparation de l'avenir.

DAVID DOUKHAN
Venons-en à votre à votre mission. Je parlais de vous tout à l'heure comme d'un Casque bleu : il faut rétablir la paix et le dialogue entre le gouvernement d'un côté et les élus locaux de l'autre, mais je vais vous poser une question précise. Parlons des départements. Les départements réclament légitimement de la part de l'Etat une aide financière sur le RSA, sur l'accueil des mineurs isolés. Sur le RSA, cela fait des années que l'Etat ne tient pas sa promesse qui consiste normalement à rembourser à l'euro près le paiement de cette aide sociale.

JACQUELINE GOURAULT
Oui.

DAVID DOUKHAN
Est-ce que vous allez faire un geste envers les départements ?

JACQUELINE GOURAULT
Oui. Nous allons faire un geste envers les départements.

DAVID DOUKHAN
Lequel ?

JACQUELINE GOURAULT
Nous avons déjà un accord sur les MNA. Nous pensons qu'il y aura un accord… Enfin, il y a un accord qui va se faire à mon avis aussi sur les AIS, les allocations individuelles de solidarité. Je dirais, c'est normal. Et vous l'avez dit vous-même : depuis tant d'années, les départements ont pris en charge, au fond, toutes ces allocations et un gap, un fossé s'est de plus en plus agrandi entre ce qu'ils ont versé et ce que l'Etat leur rembourse. Donc c'est bien normal…

DAVID DOUKHAN
L'Etat est un mauvais payeur dans cette affaire. Combien allez-vous débloquer ? Jacqueline GOURAULT, Ministre des Territoires, combien allez-vous débloquer ?

JACQUELINE GOURAULT
Je ne peux pas vous dire de chiffre aujourd'hui.

DAVID DOUKHAN
Vous êtes désormais aux manettes.

JACQUELINE GOURAULT
C'est une négociation que nous sommes en train d'avoir avec les départements. Il y a aussi une nécessité de péréquation entre les départements, parce que si certains départements sont en très mauvaise posture financière, à peu près de quinze, vingt…

DAVID DOUKHAN
D'autres vont mieux.

JACQUELINE GOURAULT
Il y en a qui vont très bien et qui sont très riches. Il y a donc aussi une nécessité de péréquation à mettre en place. Une aide de l'Etat plus une nécessité de péréquation.

DAVID DOUKHAN
Dont le montant n'est pas encore connu, on l'a compris, mais qui fera l'objet d'une négociation. D'ailleurs, vous voyez le patron des départements de France, Dominique BUSSEREAU, tout à l'heure, dans un quart d'heure.

JACQUELINE GOURAULT
Je vois que vous savez tout ce que je fais. Bravo.

DAVID DOUKHAN
Vous recevez Dominique BUSSERAU. Vos relations sont bonnes avec lui. On nous dit qu'il convoitait le poste que vous occupez désormais, qu'il pensait pouvoir devenir Ministre des territoires. Vous n'êtes pas au courant ?

JACQUELINE GOURAULT
Non, je ne suis pas au courant. Mais je connais Dominique BUSSEREAU depuis très, très longtemps.

DAVID DOUKHAN
Est-ce que si vous réussissez, si vous commencez à réussir dans votre mission, le président de la République peut aller sereinement dans un mois devant le congrès des maires de France et, pour une fois, ne pas se faire siffler ?

JACQUELINE GOURAULT
Je crois que le travail que j'entreprends ou que je continue, puisqu'auprès de Gérard COLLOMB, je m'occupais aussi de collectivités territoriales, j'ai toujours cherché à faire du cousu main avec les associations d'élus. Alors il y a eu des périodes un peu difficiles, des périodes un peu tendues mais, comme vous l'avez vu, nous avons déjà avec le Premier ministre reçu l'Association des régions de France la semaine dernière, et ça s'est très bien passé. Je pense qu'il faut…

DAVID DOUKHAN
Le dialogue reprend…

JACQUELINE GOURAULT
Le dialogue reprend.

DAVID DOUKHAN
Mais la mauvaise humeur peut revenir vite.

JACQUELINE GOURAULT
Et j'espère aussi que la volonté du dialogue est réelle chez toutes les associations. Parce que pour dialoguer, il faut être deux.

DAVID DOUKHAN
On manque de temps. Il faut qu'on aborde un sujet très important qui est celui de l'Alsace. C'est très important parce que c'est une question d'identité. L'Alsace, depuis que la région Grand Est a été créée, n'a plus d'existence administrative et les élus locaux sur place s'en désolent parce qu'il y a une identité alsacienne. Ils se sont tournés vers le gouvernement. Que peut-on faire pour que cette identité alsacienne soit administrativement reconnue ?

JACQUELINE GOURAULT
Nous allons tout simplement accompagner les élus dans ce qu'on appelle le désir d'Alsace. Le gouvernement a été très clair : il est prêt à soutenir la création d'une collectivité alsacienne, c'est-à-dire qui serait faite à partir des deux départements.

DAVID DOUKHAN
On fusionne le Bas-Rhin et le Haut-Rhin. C'est ça ?

JACQUELINE GOURAULT
Voilà, absolument. L'Alsace, c'est deux départements aujourd'hui.

DAVID DOUKHAN
Donc on les fusionne et on leur donne…

JACQUELINE GOURAULT
Une collectivité qui serait donc l'émanation de ces deux départements, tout cela dans la région Grand Est, et avec des compétences qui sont des compétences des départements, mais d'autres compétences qui tiendraient à leurs spécificités.

DAVID DOUKHAN
Un statut spécial pour ce département fusionné.

JACQUELINE GOURAULT
Non. Pas un statut spécial : une collectivité avec des compétences particulières qui sont dues aux transfrontaliers notamment et à l'identité alsacienne rhénane.

DAVID DOUKHAN
C'est une annonce de la ministre des Territoires ce matin sur Europe 1. On passe à l'actualité, Jacqueline GOURAULT. Vous avez suivi cette affaire Khashoggi. Le ministre allemand de l'Economie demande aux pays européens d'arrêter les ventes d'armes à l'Arabie saoudite, le président MACRON ne veut pas répondre. J'ai une question à la citoyenne : est-ce que cela vous pose un problème personnellement ?

JACQUELINE GOURAULT
D'abord…

DAVID DOUKHAN
Qu'on continue à vendre des armes à l'Arabie saoudite ?

JACQUELINE GOURAULT
L'affaire en soi est horrible, c'est un meurtre. Et je pense qu'on ne peut pas ne pas montrer un geste fort de condamnation de la part de la France et de la part des pays européens.

DAVID DOUKHAN
Peut-on continuer, Jacqueline GOURAULT – là, c'est vraiment une question à la citoyenne, à l'élue, à la responsable politique + peut-on continuer à vendre des armes à ce royaume, à cette dictature ?

JACQUELINE GOURAULT
Je ne sais pas si on peut continuer à vendre des armes.

DAVID DOUKHAN
Qui, par ailleurs, est engagé au Yémen dans une guerre sanglante.

JACQUELINE GOURAULT
Oui, je sais. Le commerce des armes sur la planète émane de plusieurs pays et il faut alors en discuter dans le cadre européen et international.

DAVID DOUKHAN
La question est simple, Jacqueline GOURAULT : est-ce que moralement la France peut continuer à vendre des armes à l'Arabie saoudite, alors qu'on voit bien que notre partenaire allemand nous enjoint à suspendre ?

JACQUELINE GOURAULT
Le président de la République prendra position. Ça n'est pas à moi de la prendre.

DAVID DOUKHAN
Jacqueline GOURAULT, merci à vous, la Ministre des Territoires, d'avoir été l'invitée d'Europe 1 ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 octobre 2018

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