Interview de Mme Emmanuelle Wargon, secrétaire d'Etat auprès du ministre d'Etat, ministre de la transition écologique et solidaire, avec BFMTV le 24 octobre 2018, sur la politique de l'environnement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Emmanuelle Wargon, secrétaire d'Etat auprès du ministre d'Etat, ministre de la transition écologique et solidaire, avec BFMTV le 24 octobre 2018, sur la politique de l'environnement.

Personnalité, fonction : WARGON Emmanuelle.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre d'Etat, ministre de la transition écologique et solidaire

ti :

LAURENT NEUMANN
Bonjour Emmanuelle WARGON.

EMMANUELLE WARGON
Bonjour Laurent NEUMANN.

LAURENT NEUMANN
Merci d'avoir accepté notre invitation, BFM TV et RMC, pour votre première grande interview télévisée, en l'occurrence. Vous êtes la nouvelle secrétaire d'Etat auprès du ministre chargé de la Transition écologique et solidaire. C'est vrai que les Français vous connaissent peu ou pas du tout, même, pour certains. Un mot pour vous présenter. Vous avez 47 ans, vous avez fait HEC, Sciences-Po, l'ENA, dans la même promotion qu'Edouard PHILIPPE, si je ne me trompe pas. Vous avez une partie de carrière plutôt à connotation sociale, vous avez travaillé auprès de Bernard KOUCHNER au ministère de la Santé, auprès de Martin HIRSCH, quand il était Haut commissaire aux Solidarités. Vous avez été déléguée générale à la Formation professionnelle et à l'emploi au ministère du Travail, et puis en 2015, vous avez quitté la Fonction publique, vous avez rejoint le groupe DANONE en tant que directrice de la communication et des affaires publiques, en clair, lobbyiste du groupe vis-à-vis des pouvoirs publics, si j'ose dire, jusqu'à ce qu'Emmanuel MACRON et Edouard PHILIPPE vous demandent de rejoindre le gouvernement. J'ai envie de vous poser une première question : pourquoi tout à coup repasser du privé au public et entrer au gouvernement.

EMMANUELLE WARGON
Bonjour Laurent NEUMANN. D'abord merci beaucoup pour cette invitation, je suis ravie d'être là ce matin avec vous. En fait, je suis d'abord une citoyenne, et en tant que citoyenne, je suis préoccupée comme tout le monde, je pense, par les risques que font peser sur nous le changement climatique, l'épuisement des ressources naturelles, et je suis convaincue que maintenant c'est vraiment le moment d'agir. Et je crois profondément en la volonté et en la capacité de transformation du président de la République et du Premier ministre sur ce sujet. Donc j'ai l'occasion de servi mon pays pour passer cette transition écologique, économique et solidaire, parce qu'il s'agit de changer de modèle de production, changer de modèle de consommation, et donc j'ai eu l'occasion de service mon pays, c'est un honneur, et bien sûr je n'ai pas hésité.

LAURENT NEUMANN
Mais, vous comprenez que ça puisse choquer certains, qu'on puisse passer aussi facilement de la Fonction publique au privé, puis du privé à nouveau au gouvernement ?

EMMANUELLE WARGON
Je suis d'abord un serviteur de l'Etat, j'ai travaillé pendant près de 20 ans dans différentes fonctions administratives et politiques, plutôt dans le champ social, mais le social et l'environnemental, c'est très lié, parce que la transition économique, la transition écologique, elle a des conséquences sociales et il faudra l'accompagner.

LAURENT NEUMANN
On va en reparler d'ailleurs.

EMMANUELLE WARGON
J'ai passé trois ans dans une entreprise où j'étais d'abord en charge de la responsabilité sociale d'entreprise, ainsi que des affaires publiques et de la communication, et j'ai travaillé avec cette entreprise, pour aller plus vite, plus loin et plus fort, pour qu'elle prenne ses responsabilités en matière environnementale et en matière de santé.

LAURENT NEUMANN
Clairement, clairement pour cette entreprise DANONE, c'est un travail de lobbies, je ne sais pas si le mot vous choque mais il faut appeler les choses par leur nom, non ?

EMMANUELLE WARGON
Non, c'est un travail de savoir comment l'entreprise contribue aux enjeux publics, comment est-ce qu'une entreprise, mais c'est vrai pour cette entreprise, c'est vrai pour toutes les entreprises, on ne peut pas dire : la transition écologique, la transition économique, c'est un nouveau modèle dans lequel chacun doit prendre sa part, et dire ensuite, certains acteurs ont peuvent le faire, d'autres ne peuvent pas le faire. On attend des entreprises qu'elles prennent leur part de cette transition et c'est à ça que j'ai travaillé.

LAURENT NEUMANN
Alors, en tout cas vous passez de l'autre côté de la barrière en rentrant au gouvernement. Hier matin à votre place, il y avait le ministre de l'Agriculture Didier GUILLAUME, et je lui ai posé la question, il nous a dit : moi ministre, il aura jamais jamais de lobbies dans mon bureau. Est-ce que vous, secrétaire d'Etat, vous pouvez me dire ce matin : il n'y aura jamais de lobbies dans mon bureau ?

EMMANUELLE WARGON
Je pense qu'il faut distinguer deux choses, de façon extrêmement claire. La concertation et la décision. Je pense que la concertation est nécessaire, il faut écouter, il faut entendre les parties prenantes. Les parties prenantes ce sont des associations, ce sont des entreprises, ce sont des acteurs territoriaux. Toutes ces parties prenantes portent une vision particulière, il faut l'entendre, parce qu'il faut co-construire.

LAURENT NEUMANN
Donc vous ne partagez pas ce qu'a dit Nicolas HULOT quand il a quitté le gouvernement et lorsqu'il a dit : « il y a des lobbies dans les cercles du pouvoir, ça pose un problème pour la démocratie », vous ne partagez pas cet avis-là.

EMMANUELLE WARGON
La question de la démocratie, c'est la question de la décision. L'Etat, la puissance publique, porte l'intérêt général. Cette décision elle doit être déconnectée de toute influence. La décision est une décision de puissance publique, et ça j'y veillerai. Ça n'empêche pas d'avoir concerté avant.

LAURENT NEUMANN
D'accord. Alors, je voudrais qu'on rentre dans les sujets qui vont faire partie de votre périmètre, et l'un de vos sujets ce sont les catastrophes naturelles. On vous a vu dans l'Aude lundi, vous étiez aux côtés du président de la République, tout le monde a entendu et notamment les habitants sur place, les engagements de l'Etat, de la région, du département, les promesses aussi des compagnies d'assurances. Est-ce que vous pouvez nous dire ce matin qu'après ce qui s'est passé, toutes les promesses qui ont été faites lundi et même les jours précédents, seront tenues par l'Etat ?

EMMANUELLE WARGON
Evidemment. Le Premier ministre s'est rendu dans l'Aude avec le ministre d'Etat François de RUGY, dès le lendemain de la catastrophe. J'ai accompagné le président de la République, avec le ministre de l'Intérieur et le ministre des Collectivités territoriales, et le président de la République a annoncé une mobilisation exceptionnelle, pour les collectivités d'un côté, et pour les personnes de l'autre, des aides très concrètes, des aides financières, un appui des sociétés d'assurance et plus globalement pour les communes, un fonds qui leur permet d'engager tout de suite les dépenses. Ces engagements seront tenus et j'y retourne avec Sébastien LECORNU mi-novembre, pour faire un premier point d'étape et m'assurer avec tous les acteurs dont la mobilisation est très forte, bien sûr les acteurs de l'Etat, le préfet, mais aussi les communes, le département, la région, m'assurer que l'efficacité est là et que les engagements seront pris.

LAURENT NEUMANN
Mais vous avez compris pourquoi je vois pose cette question, parce que moi je me souviens de la catastrophe à Saint-Martin, à Saint-Barth, quand le Président de la République, qui est allé, là aussi il y avait eu beaucoup de promesses, et puis quand il y est retourné un an plus tard, eh bien il a bien été obligé de constater que beaucoup de promesses n'avaient pas été tenues et que le gens les engagements n'avaient pas été suivies d'effets, c'est la question que se posent les habitants de l'Aude aujourd'hui.

EMMANUELLE WARGON
C'est normal que les habitants se posent cette question et c'est la raison pour laquelle on va mettre en place un suivi extrêmement rapproché, pour être sûr que toutes ces mesures annoncées précisément se déroulent rapidement. C'est déjà le cas pour certaines d'entre elles, par exemple l'aide d'urgence, 500 € pour un adulte, 200 € pour un enfant, financée à la fois par l'Etat et le Conseil départemental…

LAURENT NEUMANN
Ça, ça y est, c'est fait ?

EMMANUELLE WARGON
Ça s'est fait, 300 familles ont déjà touchée, le guichet est mis en place, il y a déjà beaucoup…

LAURENT NEUMANN
Mais il y a la question du relogement, la reconstruction.

EMMANUELLE WARGON
Bien sûr, ce sont des catastrophes qui se déroulent en quelques heures et après la reconstruction prend des mois, des semaines et des mois, ça va être long, mais on accompagnera, c'est bien la moindre des choses, les habitants de ces territoires.

LAURENT NEUMANN
Alors il y a une autre catastrophe naturelle, et il faut appeler les choses par leur nom, dont on parle peut-être un peu moins, c'est la question de la sécheresse. Il y a une soixantaine de départements français qui sont concernés par des arrêtés préfectoraux, la moitié d'entre eux sont même à des niveaux d'alerte 3, c'est-à-dire dits de crise. Je vous pose une question très simple qui appelle une réponse très très simple : est-ce qu'à votre avis il faut un plan calamités agricoles pour ces départements ? C'est simple comme question.

EMMANUELLE WARGON
Ça c'est un sujet qu'il faut qu'on discute avec le ministre de l'Agriculture, en tout cas on voit bien que tout ceci est lié à l'évolution climatique, aux alertes faites par les scientifiques, par le GIEC, et qu'il faut qu'on change nos modes de comportements, parce qu'on voit bien que ce type de catastrophe risque malheureusement de se reproduire.

LAURENT NEUMANN
Oui mais ça, pardonnez-moi, c'est le constat, j'ai posé la même question à Didier GUILLAUME et il a dit qu'il y aura des mesures qui seront prises en novembre, en décembre, mais enfin, les agriculteurs qui sont touchés par ça ils ne peuvent plus attendre, il y a des problèmes d'approvisionnement, le fourrage, des problèmes d'argent tout simplement, on leur dit quoi, on leur dit on va attendre et on va prendre des mesures mais plus tard ?

EMMANUELLE WARGON
Le ministre de l'Agriculture vous a répondu, je n'ai pas de complément à apporter.

LAURENT NEUMANN
Bon. Les contrats de transition écologique, c'est un autre sujet qui concerne les populations sur les territoires. On vous a vu avec François de RUGY jeudi, vendredi, vous avez reçu des élus locaux, des élus locaux au moment, pour parler notamment des fermetures des centrales à charbon, en l'occurrence. Là aussi les populations concernées, vous savez, sont inquiètes, on parle de 5 000 emplois qui risquent de disparaître. Est-ce que vous avez évalué les conséquences économiques, sociales de ces fermetures ?

EMMANUELLE WARGON
C'est tout l'objet du travail qu'on engage maintenant. Je pense qu'il y a un constat partagé qui est que l'électricité ne doit plus être produite à partir de charbon, on a une stratégie d'aller vers une énergie plus décarbonée, ça fait partie des décisions concrètes, des mesures concrètes qu'il faut qu'on mette en oeuvre. Et les élus de ces territoires, les acteurs de ces territoires, le comprennent. Après il faut co-construire la solution, et c'est aussi là que j'espère que mon expérience sera utile, ce sont des solutions de reconversion professionnelle, ça peut être des solutions qui mobilisent de la formation, du développement de compétences, ça mobilise aussi de nouveaux investissements sur ces territoires, qui sont des investissements au service de cette transition écologique. Le travail commence sous l'égide des préfets avec les élus locaux, chaque bassin d'emploi est différent, chaque territoire est différent, chaque centrale est différente et on va travailler au plus près avec ces territoires pour trouver des solutions.

LAURENT NEUMANN
J'entends le principe, mais comment vous expliquez, alors que les élus refusent de signer ces contrats pour le moment ?

EMMANUELLE WARGON
Ces contrats ils n'existent pas, donc il n'y a rien à refuser de signer, il y a à les définir, à en inventer les mesures, à comprendre les enjeux et à trouver les solutions avec eux. Les élus étaient là, la discussion était constructive, et c'est le point de départ avec un calendrier puisque nous avons annoncé que nous souhaitons que ce soit mené à terme d'ici à 2022.

LAURENT NEUMANN
Voilà, en tout cas ces quatre centrales, vous le confirmer ce matin, seront bien fermées d'ici la fin du quinquennat.

EMMANUELLE WARGON
Je confirme l'arrêt de ces tranches à charbon d'ici 2022, c'est l'objectif.

LAURENT NEUMANN
Au passage, il y a un autre dossier qui concerne l'emploi, qui n'est pas forcément dans votre domaine de compétences, mais ça m'intéresse d'avoir votre avis. L'aciérie ASCOCAL, 280 emplois dans le Nord, 1 000 emplois indirects, est-ce que l'Etat qui est actionnaire, même peu, à 7 % de VALLOUREC, doit intervenir, doit sauver ces emplois ?

EMMANUELLE WARGON
Comme vous le savez, c'est un sujet qui préoccupe le gouvernement, la secrétaire d'Etat en charge Agnès PANNIER-RUNACHER y était hier pour mobiliser les acteurs, Bruno LE MAIRE a demandé à VALLOUREC de prendre ses responsabilités…

LAURENT NEUMANN
Oui mais moi, ma question c'est : est-ce que l'Etat doit prendre ses responsabilités ?

EMMANUELLE WARGON
A chaque fois qu'une entreprise est en difficulté, il y a à la fois la volonté de sauver les emplois et c'est indispensable, et à la fois la nécessité de passer à l'étape d'après, lorsque les emplois ne peuvent pas être sauvés, en inventant des activités nouvelles, en allant vers de la reconversion. Sur ce dossier en particulier je pense que c'est un mélange des deux qui se produira.

LAURENT NEUMANN
Le 30 octobre prochain, j'espère que je ne me trompe pas sur la date, présentation par le président de la République de la programmation pluriannuelle de l'énergie. Pour que les gens qui nous écoutent comprennent, en gros c'est notre feuille de route stratégique en matière d'énergie jusqu'en 2028. Il se retrouve qu'Emmanuel MACRON lors de son allocution télévisée, que vous avez forcément regardée, a dit qu'il promettait des décisions structurantes et historiques en la matière. Alors lesquelles en l'occurrence, de quoi parle-t-il ?

EMMANUELLE WARGON
Si le président a annoncé des décisions, a annoncé qu'il allait prendre des décisions, évidemment il portera cette annonce, c'est annonce sera plutôt courant novembre. Dès cette année…

LAURENT NEUMANN
Ah c'est repoussé.

EMMANUELLE WARGON
Cette annonce sera courant novembre.

LAURENT NEUMANN
Non mais c'est une information que vous nous donnez, ce ne sera pas le 30 octobre comme prévu, ça va être repoussé.

EMMANUELLE WARGON
L'annonce ne sera pas le 30 octobre, ce sera un courant novembre.

LAURENT NEUMANN
D'accord, alors c'est quoi ces mesures, en l'occurrence, ces décisions ?

EMMANUELLE WARGON
La question qui est posée, c'est la feuille de route énergétique, c'est-à-dire à la fois quel est notre objectif en matière de réduction de consommation énergétique, et à la fois quel est notre objectif en matière de mode d'énergie, à la fois sur l'électricité et plus globalement.

LAURENT NEUMANN
Mais ça c'est le constat encore une fois, les promesses on les connaît, passé par exemple en matière de nucléaire de 75 à 50 % de notre production consommation électrique d'ici, on ne sait pas, 2030, 2035, il faut fermer des réacteurs. Concrètement, est-ce que cette feuille de route va nous dire : eh bien oui, on va fermer 15, 17 réacteurs sur les 58. Est-ce que ça va être ça cette programmation ?

EMMANUELLE WARGON
La feuille de route, elle donnera le chemin pour atteindre les objectifs qui sont déjà fixés, donc elle précisera les objectifs et elle donnera ce chemin très concrètement avec je pense un soutien très volontariste aux énergies renouvelables, avec le chemin de réduction de la part du nucléaire dans notre électricité et aussi avec un chemin sur la partie bâtiments et transports. C'est une feuille de route globale.

LAURENT NEUMANN
Je comprends que vous ne puissiez pas nous dévoiler maintenant ces mesures mais, à titre personnel, je vais vous poser une question simple : est-ce qu'il faut aller au bout du projet d'EPR de Flamanville, même si les coûts ont explosé, même s'il y a des retards sur le chantier ? A titre personnel, est-ce que vous pensez que c'est une bonne idée, est-ce qu'il faut aller au bout ?

EMMANUELLE WARGON
Je ne veux pas m'exprimer sur un morceau de cette feuille de route. Cette feuille de route elle est globale, c'est une cohérence globale, la place du nucléaire, la place des énergies renouvelables, la place de la réduction et des économies d'énergie, cette annonce revient au président de la République, elle se fera prochainement. Il y a une réunion de travail cet après-midi pour préparer ça avec les industriels, le président reçoit les principaux industriels concernés.

LAURENT NEUMANN
C'est cet après-midi à l'Elysée, une trentaine d'entreprises je crois et puis des organismes de recherche comme le CNRS etc. Tiens, d'ailleurs c'est bien que vous parliez de cette réunion, là aussi on se demande si ces entreprises, on parle de TOTAL, d'EDF, d'ENGIE, est-ce que vous avez le sentiment qu'elles jouent le jeu de la transition énergétique ou que parfois elles traînent un peu les pieds et qu'il faut le leur remonter un peu les bretelles, si vous me passez expression ?

EMMANUELLE WARGON
Je pense que c'est bien que ces entreprises partagent une feuille de route commune et s'inscrivent dans cette feuille de route. Après je crois qu'il y a une prise de conscience très forte de toutes ces entreprises, qu'on ne peut pas continuer avec le mix-énergétique que nous avons et qu'il faut passer à l'étape d'après.

LAURENT NEUMANN
Parmi les entreprises que vous allez rencontrer, je crois que TOTAL sera présent. Juste une question qui n'a rien à voir, mais vous avez sans doute suivi cet assassinat de Jamal KHASHOGGI en en Turquie, vous avez vu que Bruno LE MAIRE, le ministre de l'Economie, a décidé de boycotter le Davos saoudien qui se passe à Ryad, qui a commencé hier, qui se poursuit jusqu'à vendredi, mais le patron de TOTAL, en l'occurrence c'est notre grande multinationale de l'énergie, lui il a décidé d'y aller. Vous le déplorez ?

EMMANUELLE WARGON
On ne peut que déplorer l'assassinat d'un journaliste, dans ces conditions, c'est une entrave immense à la liberté de la Presse et aux libertés personnelles et ça me paraît tout à normal que le ministre en tire les conséquences et n'y aille pas. Après, les patrons d'entreprise sont libres, assument leurs responsabilités.

LAURENT NEUMANN
Donc ça ne vous choque pas qu'il y aille dans ces conditions-là.

EMMANUELLE WARGON
Je pense que c'est une décision d'entreprise, c'est à lui de la prendre.

LAURENT NEUMANN
Il y a un sujet qui concerne, alors là pour le coup, la vie concrète des Français, et ça a un lien avec tous ces sujets-là, c'est l'essence, le pouvoir d'achat, vous êtes consciente que le gouvernement a un problème de pouvoir d'achat, les automobilistes sont en colère contre les taxes etc. Dans certaines régions on est en train de frôler déjà le litre d'essence à 2 €. Est-ce que c'est tenable, est-ce que vous pouvez comprendre la colère de ces gens-là ?

EMMANUELLE WARGON
Bien sûr que je comprends les questions posées par le pouvoir d'achat. Mais après il faut regarder la situation dans son ensemble, on ne peut pas à la fois dire qu'il y a une urgence climatique et écouter les messages du GIEC, se dire qu'il faut qu'on soit sur cette trajectoire zéro net carbone à 2050, ça nécessite des mesures et ensuite refuser chacune des mesures concrètes qui est prise. Le prix des carburants a augmenté, cette augmentation est liée à 75 % au coût de la matière première, au coût du pétrole, 25 % au coût des taxes…

LAURENT NEUMANN
Justement, ces augmentations de taxes, qu'on peut comprendre d'ailleurs intellectuellement dans le cadre de la transition énergétique, saut qu'elles ont été prises quand le Baril était à 35 $, il est à 80 $, est-ce que c'est tenable aujourd'hui pour le pour le porte-monnaie des Français tout simplement ?

EMMANUELLE WARGON
Mais il n'y a pas que cette fiscalité qui est présente. Nous avons des mesures de prime à la conversion qui sont élevées, qui marchent bien d'ailleurs puisque déjà 200 000 primes à la conversion ont été versées et la prime va être élargie aux véhicules hybrides, neufs et d'occasion, dans le PLF 2019. Nous avons des mesures de soutien aux dépenses d'énergie avec le chèque énergie. Globalement la stratégie de pouvoir d'achat du gouvernement avec la baisse progressive des cotisations sociales, l'arrêt du reste à charge... reste à charge zéro pour les lunettes et pour le dentaire. Donc la stratégie globale du gouvernement est bien de soutenir le pouvoir d'achat, après nous avons besoin d'un signal clair, lisible et prévisible sur le coût des carburants.

LAURENT NEUMANN
Donc, quand l'opposition, la droite notamment dit : il faut entendre ce que disent les gens, il y a il faut renforcer encore toutes ces mesures, protéger le pouvoir d'achat et donc renoncer aux hausses de taxes sur l'essence, le diesel notamment, pour 2019, 2020, 2021, ce matin vous dites : non pas question, on continue ?

EMMANUELLE WARGON
Il faut protéger le pouvoir d'achat mais il faut aussi être clair et courageux et déterminé sur la trajectoire environnementale. La hausse des taxes sur les carburants c'est dans une stratégie globale de lutte contre le réchauffement climatique. Nous avons besoin de changer les comportements et ça en fait partie.

LAURENT NEUMANN
Mais sauf que, en attendant, ce sont les consommateurs qui payent avec parfois des difficultés pour arracher un véhicule électrique etc. pour que les gens qui par ailleurs ne peuvent pas se passer de leur voiture…

EMMANUELLE WARGON
D'où les primes à la conversion. A chaque fois que vous vendez votre voiture et que vous rachetez y compris une occasion, qui est plus propre, c'est 1 000 € par ménage imposable, 2000 € pour les ménages non-imposables, demain 2 500 € pour l'achat de véhicules hybrides ou électriques. Donc c'est bien un accompagnement très concret du pouvoir d'achat pour faire cette transition.

LAURENT NEUMANN
Alors, je ne peux pas de ne pas profiter de votre présence ce matin sans revenir sur ce qui a fait polémique quand vous avez pris vos fonctions, vos déclarations, c'était aux Rencontres économiques d'Aix, je crois, sur l'huile de palme. Je voudrais qu'on revienne rapidement sur cette question-là. Est-ce que oui ou non vous défendez l'huile de palme comme on vous le reproche, est-ce que du coup ça ne devient pas compliqué, alors que c'est la ligne exactement inverse de celle adoptée par le gouvernement.

EMMANUELLE WARGON
En fait, je vous remercie de me poser cette question, parce que c'est l'occasion de m'en expliquer. J'ai participé à une table ronde aux Rencontres économiques d'Aix, dans laquelle on a discuté pendant environ une demi-heure trois quart d'heure. Sur l'huile de palme, j'ai commencé mon propos, et cette vidéo, la vidéo entière est aussi sur les réseaux sociaux, en disant : l'huile de palme pose un problème majeur de déforestation. Donc je ne défends pas l'huile de palme, c'était ma première phrase. Il se trouve que le jeu des réseaux sociaux fait que ce n'est pas cette phrase qui a été repris. Après avoir dit ça, j'ai dit que parfois les problèmes sont complexes, et que dans certains cas l'huile de palme est un ingrédient dont on a aujourd'hui besoin, avec un petit volume…

LAURENT NEUMANN
Et vous avez parlé des laits infantiles.

EMMANUELLE WARGON
J'ai parlé des laits infantile, pour lesquels l'acide palmitique…

LAURENT NEUMANN
Soyons précis, donc on a compris votre position et votre riposte, mais est-ce que l'huile de palme par exemple peut se justifier dans la composition des biocarburants. ?

EMMANUELLE WARGON
On ne peut pas continuer à utiliser de l'huile de palme qui est produite de façon irresponsable et qui mène à de la déforestation. Donc il faut lutter…

LAURENT NEUMANN
Vous avez compris pourquoi je vous pose cette question ? Parce que TOTAL a obtenu un accord pour une bioraffinerie à La Mède, c'était en mai dernier, avant votre entrée au gouvernement et en l'occurrence cette bioraffinerie va utiliser de l'huile de palme pour faire des biocarburants.

EMMANUELLE WARGON
L'huile de palme, il faut lutter contre les effets de la production d'huile de palme, dans les pays en particulier du Sud-est asiatique, dans lesquels la production d'huile de palme crée massivement de la déforestation. Le gouvernement travaille sur une stratégie qui s'appelle la stratégie de lutte contre la déforestation importée. Ce qui veut dire comment est-ce qu'on fait pour éviter que, en achetant des matériaux, en achetant des produits agricoles, des produits naturels, on produise de la déforestation, c'est ça ma préoccupation principale.

LAURENT NEUMANN
Merci Emmanuelle WARGON d'être venue répondre à nos questions ce matin.

EMMANUELLE WARGON
Merci Laurent NEUMANN.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 octobre 2018

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