Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à Radio Classique le 25 octobre 2018, sur la hausse des taxes des carburants et les solutions alternatives à l'utilisation de la voiture individuelle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à Radio Classique le 25 octobre 2018, sur la hausse des taxes des carburants et les solutions alternatives à l'utilisation de la voiture individuelle.

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth, DURAND Guillaume.

FRANCE. Ministre des transports;

ti : GUILLAUME DURAND
D'abord bienvenue, nous sommes ravis de vous accueillir, nous allons parler évidemment de la politique des transports, c'est très important, du pouvoir d'achat, mais c'est vrai que quand on écoute dans la même matinale Donald TRUMP qui s'attaque aux médias, hier le président de la République sur l'Arabie Saoudite, qui a dit que son agenda n'était pas celui des médias, et MELENCHON qui s'en prend aux journalistes à longueur et à longueur de journée, est-ce que nous serions dans une période politique assez particulière, c'est-à-dire vous contre moi finalement, vous la politique contre moi le journaliste ? Je dis ça d'une manière non mégalomaniaque, mais symbolique.

ELISABETH BORNE
Bonjour d'abord. Enfin, je pense que le sujet n'est pas de dire qu'on a les politiques contre les journalistes, c'est peut-être d'appeler à un débat apaisé, et je pense qu'on a tous à gagner à avoir des débats peut-être plus apaisés que ceux auxquels on assiste parfois.

GUILLAUME DURAND
Mais est-ce que vous voyez un lien, est-ce que quand vous traitez les dossiers qui sont les vôtres, vous avez le sentiment qu'il y a un climat de violence, qui est un climat, finalement, qui s'est détérioré ces derniers mois, ces dernières années ?

ELISABETH BORNE
Enfin moi je ne peux pas vous dire que je vois un climat de violence, je pense qu'on aimerait parfois parler un peu plus du fond…

GUILLAUME DURAND
Et donc vous pensez que c'est ça qui crée l'exaspération ?

ELISABETH BORNE
Enfin, je ne vais pas du tout mettre sur le même plan Donald TRUMP, Jean-Luc MELENCHON ou d'autres…

GUILLAUME DURAND
Ou le président MACRON.

ELISABETH BORNE
Ou le président MACRON, vous le comprendrez…

GUILLAUME DURAND
Non, mais ce n'est pas un amalgame, là… mais il y a un climat, il y a un climat qui est particulier, et qu'on constate tous.

ELISABETH BORNE
Je pense que ce qui est important c'est qu'on arrive à avoir des débats sur les vrais sujets, je pense que c'est ce que les Français ont envie d'entendre, peut-être moins de spectaculaire et un peu plus de débats sur le fond des dossiers, pour les éclairer sur le sens de l'action, sur le sens des enjeux.

GUILLAUME DURAND
Alors, commençons par justement l'affaire du pouvoir d'achat, et évidemment l'affaire du diesel. Benjamin GRIVEAUX, porte-parole du gouvernement, a dit « tous ceux qui ont aimé Nicolas HULOT comprennent que les taxes continuent à augmenter. » Il s'agit de décourager tous ceux qui utilisent le diesel, qui a augmenté de 25 % ces derniers mois, on en est à 1,53 le litre. Le raisonnement, vous le connaissez, parce qu'on vous en parle tout le temps, c'est de dire, au fond, vous nous avez enlevé les cotisations sociales des salaires, mais comme vous n'arrêtez pas d'augmenter les impôts indirects, le pouvoir d'achat, au revoir, bye-bye.

ELISABETH BORNE
Alors, ce que je voudrais d'abord c'est qu'on ne vit pas dans une bulle, et moi je suis bien consciente que la hausse des carburants ça pèse sur le quotidien de certains Français, ceux qui doivent prendre leur voiture tous les matins, par exemple pour aller au travail. Je voudrais préciser aussi que, la hausse des carburants, pour l'essentiel, les trois quarts, ce n'est pas les décisions du gouvernement, c'est l'évolution des cours mondiaux du pétrole, c'est d'abord ça que les Français vivent à la pompe. Mais, par ailleurs, on assume une fiscalité écologique, comme vous le dites on baisse le coût du travail, on baisse les charges sur le travail, et, en contrepartie on augmente effectivement la fiscalité sur ce qui pollue, et pour, aussi, inciter à un changement…

GUILLAUME DURAND
Mais l'opposition hurle, Madame BORNE…

ELISABETH BORNE
Oui, elle est un petit peu dans…

GUILLAUME DURAND
Même Ségolène ROYAL dit que c'est une écologie punitive et que c'est n'importe quoi.

ELISABETH BORNE
Je trouve que c'est un petit peu surprenant parce que, vous voyez, Ségolène ROYAL, au moment de la COP21, expliquait qu'il fallait un prix élevé pour le carbone, ce n'est pas autre chose une fiscalité sur les carburants, ce n'est pas autre chose que ce qu'elle appelait de ses voeux. Donc, je pense que c'est important d'être cohérent, de ne pas aller dans les instances internationales dire qu'il y a une urgence climatique, et, c'est vrai, il y a une urgence climatique, et oui sans doute il faut un prix du carbone, mais ensuite, quand on est face aux Français, on ne peut pas dire que ce n'est pas normal que la fiscalité sur les carburants augmente. Et, effectivement, ce qui est important, et je le disais, on est bien conscient, et moi je suis bien consciente, que ça pèse sur le quotidien des Français, c'est de les accompagner, c'est des transitions importantes. Oui, il y a cette urgence climatique, oui il faut donner des signaux sur l'importance de consommer moins de carburant, mais on accompagne les Français, notamment avec la prime à la conversion. Vous savez qu'on accompagne les Français en les aidant à changer de voiture, et quand on achète une voiture plus récente, eh bien on consomme moins, on émet moins de gaz à effet de serre, et donc c'est bon pour le climat, on pollue moins, mais c'est aussi bon pour le pouvoir d'achat parce qu'on consomme moins.

GUILLAUME DURAND
Et est-ce que ce discours est entendu – je vous écoute tranquillement – mais est-ce que vous avez le sentiment que dans un contexte où les gens se plaignent justement de leur pouvoir d'achat qui stagne, est-ce que vous croyez que ce discours est audible ? Parce qu'il y a un aspect technique, mais il y a aussi un climat politique.

ELISABETH BORNE
En fait les Français, évidemment, attendent qu'on préserve leur pouvoir d'achat, quand on dit qu'on baisse les charges sur le travail, qu'on baisse d'autres charges, ils vont le voir maintenant. Ils vont le voir avec la nouvelle baisse de charges qui est intervenue en octobre, ils vont le voir sur la taxe d'habitation, et clairement, en 2018, les prélèvements sur les Français baissent, ils baissent de 2 milliards, ils vont baisser de 6 milliards l'an prochain. Donc, c'est moins de taxe d'habitation, moins de charges sur le travail, et effectivement une fiscalité écologique, mais au global c'est 6 milliards d'euros de pouvoir d'achat de plus. Et, je le dis, il faut accompagner ces changements de comportement en aidant les Français à changer de voiture pour avoir des voitures qui consomment moins, mais c'est aussi, globalement, et c'est au coeur de la loi que je porterai d'ici quelques semaines en Conseil des ministres, c'est aussi leur proposer, partout, dans tous les territoires, des solutions alternatives à l'utilisation de la voiture individuelle.

GUILLAUME DURAND
Alors, j'ai beaucoup de questions, on va les prendre les unes après les autres, pardonnez-moi de vous demander d'y répondre plus rapidement. Il y a le côté accessoire, mais spectaculaire, c'est l'envahissement des trottinettes partout dans les villes, est-ce qu'il faut que tout ça rentre dans l'ordre, notamment des gens qui circulent en trottinette sans casque, et on sait que le nombre d'accidents s'est multiplié ces derniers temps ?

ELISABETH BORNE
Alors, d'abord, c'est une bonne nouvelle qu'il y ait des nouvelles solutions, par exemple des trottinettes électriques, mais effectivement il faut que ces innovations elles se développent dans un cadre qui permet que ce soit bénéfique à chacun, donc elles ne doivent pas rouler à 20 ou 30 km/h sur les trottoirs, et donc on va créer une nouvelle catégorie, dans le Code de la route, précisant que ces engins doivent être sur les pistes cyclables, dans les zones 30, dans certaines conditions sur la chaussée, mais pas sur les trottoirs.

GUILLAUME DURAND
Et quand il n'y a pas de pistes cyclables ?

ELISABETH BORNE
Eh bien ça peut être dans des zones 30 et ça peut être, dans certaines conditions, sur la chaussée, mais la sécurité des piétons sur les trottoirs doit être assurée.

GUILLAUME DURAND
Et on sanctionnera tous les ados qui vont à fond la caisse sur les trottoirs ?

ELISABETH BORNE
Voilà, c'est très bien les trottinettes électriques, mais pas sur les trottoirs, où il y a des personnes qui veulent se déplacer, des personnes âgées, des personnes handicapées, on en parlera tout à l'heure au comité interministériel pour le handicap, donc il faut qu'on puisse se déplacer tranquillement sur les trottoirs, et donc on ne peut pas cohabiter avec des engins qui roulent à 20 ou 30 km/h.

GUILLAUME DURAND
Deuxième question, l'affaire des péages concernant l'accès aux villes, puisqu'on parle justement de la politique, de pollution. Alors, il y a eu beaucoup de débats, beaucoup de questions ces dernières semaines, sur cette affaire-là, quelle est la réalité de la politique gouvernementale en matière de péages à l'entrée des villes ?

ELISABETH BORNE
Alors, fondamentalement, la politique que moi je porte c'est de donner des outils aux collectivités, on ne va pas décider des politiques à la place des élus, depuis Paris.

GUILLAUME DURAND
Donc ça c'est clair.

ELISABETH BORNE
Donc, c'est un outil, qui existe déjà, depuis 10 ans dans la loi, vous savez, qui a été introduit au moment du Grenelle de l'environnement, aujourd'hui il est à la fois peu opérationnel, et pas encadré.

GUILLAUME DURAND
Mais c'est quoi cet outil exactement ?

ELISABETH BORNE
Donc, le péage de congestion, donc permettre effectivement à des villes de mettre en place ces péages, je vous dis ça existe depuis 10 ans dans la loi, ce qu'on fait, ce qu'on va faire dans le projet de loi que je porte, c'est d'encadrer ce péage urbain, de dire qu'on ne met pas en place un péage urbain sans qu'il y ait eu un débat, sans qu'on ait informé les citoyens, sans qu'on ait recueilli l'avis des…

GUILLAUME DURAND
Et après c'est les élus qui décident.

ELISABETH BORNE
Et après ce sont les élus qui décident, et c'est vraiment toute la philosophie du projet que je porte. Aujourd'hui, la mobilité, c'est un souci pour beaucoup de Français, c'est aussi un sentiment d'injustice, il y a des nouvelles solutions, il faut donner des outils aux élus.

GUILLAUME DURAND
Mais, Madame BORNE, beaucoup de gens qui nous écoutent ce matin, vont de temps en temps en voyage à Londres, alors évidemment c'est un privilège d'aller à Londres, mais ils constatent une chose très simple, c'est que le prix d'accès à la capitale britannique est absolument exorbitant, et c'est une crainte qui existe pour la France. Est-ce que ça veut dire que les grandes villes seront maintenant… eh bien qu'il va falloir payer un tarif exorbitant pour rentrer, et quid de ceux qui habitent à l'extérieur de ces villes et qui vont y travailler ?

ELISABETH BORNE
Non mais, c'est évidemment un enjeu important, on ne va pas empêcher les gens de rentrer dans les villes, c'est bien pour ça…

GUILLAUME DURAND
Mais à Londres on ne les empêche pas, on les fait payer une fortune.

ELISABETH BORNE
Je suis bien d'accord avec vous, c'est pour ça qu'on a encadré, qu'on propose d'encadrer dans la loi la façon dont ça peut se mettre en place, et que les élus ne mettent en place ce type de péage que si on a des alternatives en transports en commun, ensuite on a plafonné…

GUILLAUME DURAND
Mais dans la loi, pardonnez-moi de vous interrompre parce que c'est important, dans la loi est-ce qu'il sera mentionné une politique tarifaire ou pas ?

ELISABETH BORNE
Il y aura un plafond sur ces péages et ça me semble important, donc je vous dis on encadre…

GUILLAUME DURAND
Quel plafond ?

ELISABETH BORNE
Ce doit être 2,50 euros par jour, donc c'est encadré, on incite aussi les collectivités à mettre en place, si elles devaient recourir à ce type de péage urbain, des tarifs sociaux, comme il en existe pour les transports en commun, donc ce cadre existe depuis 10 ans et là on l'encadre.

GUILLAUME DURAND
Je voudrais qu'on passe à un autre sujet, donc cette loi, il faut redonner la date…

ELISABETH BORNE
Donc elle sera en Conseil des ministres dans un peu moins d'un mois.

GUILLAUME DURAND
Voilà. La surprise du jour c'est plutôt la surprise d'hier soir, enfin surprise, demi-surprise. Alain JUPPE était interrogé par nos confrères de BFM TV, il sort un livre, un « Dictionnaire amoureux de Bordeaux », on a beaucoup parlé d'une réunion du centre-droit et peut-être d'Alain JUPPE avec Emmanuel MACRON dans la perspective des européennes, ça devait se faire, ça ne se fait pas, etc., et puis d'un coup il est apparu.

ALAIN JUPPE
Les idées que le président MACRON a exprimé sur l'Europe me conviennent. Le problème de Monsieur MACRON c'est qu'il est tout seul pour défendre ses idées, puisque l'Allemagne n'est pas en situation d'être aujourd'hui un partenaire véritablement actif, donc il faut que tous ceux qui croient que l'Europe est notre avenir, et non pas notre passé, que c'est une chance et non pas d'une contrainte, se réunissent, indépendamment des clivages politiques, bien sûr.

GUILLAUME DURAND
Voilà pour ces propos d'Alain JUPPE, est-ce que vous y trouvez une divine surprise dans un moment où Emmanuel MACRON est en difficulté ?

ELISABETH BORNE
Alors, je vous laisse votre appréciation sur le moment.

GUILLAUME DURAND
C'était une question, parce que, vous savez, le point d'interrogation à la radio on ne l'entend pas.

ELISABETH BORNE
D'accord. Je pense qu'Alain JUPPE dit clairement qu'il y a sans doute deux positions aujourd'hui en Europe, une position de ceux qui rejettent l'Europe, qui veulent se replier sur eux-mêmes, et une position qui croit à l'avenir de l'Europe, qui croit que c'est ensemble qu'on défendra le mieux le projet de civilisation que porte l'Europe, un projet…

GUILLAUME DURAND
Mais est-ce que vous considérez quand même que c'est une bonne surprise, parce qu'on a cru qu'il y aurait une liste commune, en tout cas qu'il y aurait une sorte de ralliement, et puis après on a vu, comme Emmanuel MACRON était en difficulté, que plus personne à droite ne voulait le rallier dans la perspective des européennes, or JUPPE, tout d'un coup, dit ça hier soir.

ELISABETH BORNE
Je ne vais pas faire l'exégèse de ce qu'Alain JUPPE a dit…

GUILLAUME DURAND
Non, je ne parle pas d'exégèse, je parle pour vous.

ELISABETH BORNE
Ce que je dis c'est que je pense que c'est une très bonne chose que tous ceux qui portent un projet européen, qui pensent que c'est comme ça qu'on protège les citoyens, comme ça qu'on pourra développer notre industrie… voilà, à l'heure où sur la planète il y a des gens qui sortent du multilatéralisme aux Etats-Unis, des gens qui ne respectent pas toujours les règles du commerce mondial en chine, eh bien c'est très important que l'Europe soit forte et c'est comme ça qu'on protégera les citoyens, qu'on protégera nos industries, qu'on protégera notre modèle de société.

GUILLAUME DURAND
Merci beaucoup, Elisabeth BORNE, chargée des Transports dans le gouvernement d'Edouard PHILIPPE, était l'invitée politique de la matinale.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 octobre 2018

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