Interview de M. Sébastien Lecornu, ministre chargé des collectivités territoriales, avec Public Sénat le 25 octobre 2018, sur l'avenir de l'entreprise Ascoval, la politique industrielle, les relations entre l'Etat et les collectivités locales et sur l'énergie nucléaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Sébastien Lecornu, ministre chargé des collectivités territoriales, avec Public Sénat le 25 octobre 2018, sur l'avenir de l'entreprise Ascoval, la politique industrielle, les relations entre l'Etat et les collectivités locales et sur l'énergie nucléaire.

Personnalité, fonction : LECORNU Sébastien, VIGUIER Cyril.

FRANCE. Ministre chargé des collectivités territoriales;

ti :

CYRIL VIGUIER
Deuxième partie de Territoires d'infos avec la presse quotidienne régionale, les indés radios, cent trente radios qui sont nos partenaires sur tout le territoire français, les télés locales de France et le réseau Vià Télévisions et avec TV5 Monde. L'invité politique ce matin sur ce plateau, c'est Sébastien LECORNU, nouveau Ministre chargé des Collectivités locales. Bonjour et merci d'être avec nous ce matin, Sébastien LECORNU.

SEBASTIEN LECORNU, MINISTRE DES COLLECTIVITES TERRITORIALES
Bonjour à tous. Bonjour.

CYRIL VIGUIER
C'est Oriane MANCINI pour Public Sénat qui vous interviewera et Stéphane VERNAY, qui dirige le bureau parisien d'Ouest France, le plus grand quotidien francophone du monde. Votre interview sera retransmise sur les sites Internet de la presse quotidienne régionale à partir de dix heures ce matin. On va démarrer dans l'actualité avec ce qui se passe dans le Nord. Ecoeurés par l'Etat et par VALLOUREC qui refusent d'apporter le soutien financier demandé par le groupe franco-belge ALTIFORT, candidat à la reprise, les salariés d'ASCOVAL sont très inquiets. Ils sont dans l'angoisse et dans l'attente. Est-ce que vous ne craignez pas, vous, que cela se termine comme un Florange ? Qu'ASCOVAL soit le Florange d'Emmanuel MACRON au fond ?

SEBASTIEN LECORNU
La manière dont le gouvernement aborde ce dossier n'a rien à voir avec le dossier que vous citez à l'époque. La secrétaire d'Etat, la nouvelle secrétaire d'Etat auprès de Bruno LE MAIRE était hier sur place pour faire un véritable point. Bruno LE MAIRE a porté cet engagement de l'Etat important : c'est que là où un repreneur, un investisseur privé mettra un euro, la puissance publique, l'Etat – à voir également en lien avec les collectivités territoriales, notamment le conseil régional - mettra un euro aussi. Donc maintenant l'enjeu, bien sûr vous le savez dans ce genre de projet et de dossier industriel, c'est de trouver un repreneur sur un projet durable, fiable. Parce qu'on connaît aussi dans l'histoire récente des cas dans lesquels on a mis de l'argent…

CYRIL VIGUIER
Xavier BERTRAND est très inquiet.

SEBASTIEN LECORNU
Mais on partage tous cette inquiétude.

CYRIL VIGUIER
Un enjeu pour son territoire.

SEBASTIEN LECORNU
Mais évidemment. Et Gérald DARMANIN, qui est lui-même élu de ce territoire et conseiller régional des Hauts-de-France, est aussi mobilisé sur le sujet. De plus, je pense que là-dedans on est toujours plus fort en étant unis qu'en se regardant en chiens de faïence. Je connais bien Xavier BERTRAND, vous savez que c'est un ami, et sur ces questions industrielles, il est…

ORIANE MANCINI
Xavier BERTRAND a mis douze millions d'euros sur la table sur ce dossier. Est-ce que l'Etat ne peut pas faire plus pour l'aider ?

SEBASTIEN LECORNU
L'Etat ne peut pas faire déjà mieux qu'un principe simple. C'est que pour un euro d'argent privé en face, l'Etat mettra un euro. C'est un principe sain qui est un principe qui permet de rendre attractif justement le projet de reprise. Puis après, comme souvent d'ailleurs - et Bruno LE MAIRE le fait depuis maintenant plus de quinze mois - il s'agit de s'adapter au projet du repreneur quand il se présentera. En tout cas, la mobilisation est totale. C'est un dossier qui est important et on pense à tous ces salariés et à leurs familles qui vivent des moments d'angoisse un peu difficiles.

STEPHANE VERNAY
Au-delà du cas d'ASCOVAL, c'est la question de la désindustrialisation ou plutôt de la réindustrialisation de la France qui se pose aujourd'hui. Ça se passe aussi dans les territoires. Quel est le rôle du ministère de la Cohésion des territoires sur ce sujet précis ? Qu'est-ce que vous pouvez faire ?

SEBASTIEN LECORNU
J'ai envie de dire que c'est au-delà du ministère. C'est l'ensemble de la politique gouvernementale en lien avec les collectivités territoriales. Si la question s'adresse directement à moi, c'est de s'assurer que la politique gouvernementale rencontre bien les politiques territoriales menées soit par l'Etat, notamment les services de l'Etat en région - les corps préfectoraux entre autres - mais également les collectivités territoriales. C'était d'ailleurs un gros morceau du déjeuner avec les présidents de région vendredi dernier à Matignon : comment les compétences de développement économique, d'accompagnement sur les filières de formation, d'apprentissage, comment bâtir le lycée professionnel de demain. La réindustrialisation, c'est un enjeu vaste. Ça va du modèle fiscal, la capacité à développer du service et des infrastructures, la capacité à développer bien évidemment du savoir. Et donc, en clair, c'est toute la formation initiale, la formation continue, l'apprentissage, structuration des filières. Bref, l'enjeu est multiple. Et puis, il ne faut pas qu'on raconte n'importe quoi à nos concitoyens. Moi, je suis un bébé de la décentralisation en tant qu'élu local. Aujourd'hui, ces compétences-là justement, elles sont très décentralisées. Les métropoles ont un rôle majeur à jouer, les intercommunalités en général aussi, les conseils régionaux beaucoup. Puisque, d'ailleurs, c'est leur raison d'être initiale que de faire du développement économique et de la structuration de filières et ça doit se faire avec l'Etat. En tout cas, regardez ce qu'on fait depuis quinze mois au gouvernement sur les abaissements de charges, sur la nouvelle politique fiscale, sur tout le travail que Muriel PENICAUD a mené sur le droit du travail, sur l'investissement sur les compétences. Le fil conducteur de tout cela, c'est le constat que vous faites vous-même. C'est qu'il y a un enjeu de réindustrialisation, il y a un enjeu sur les métiers nouveaux : le numérique, l'énergie, j'ai touché à ces questions lorsque j'étais secrétaire d'Etat à l'Ecologie. Mais il y a un enjeu aussi sur l'industrie traditionnelle telle qu'on la connaît dans certains de nos territoires, comme chez moi en Normandie, et là pour le coup, c'est véritablement une affaire de chacun.

ORIANE MANCINI
Alors on va passer à un autre sujet, Sébastien LECORNU. Le congrès des départements de France qui aura lieu dans deux semaines à Rennes, est-ce que vous irez ?

SEBASTIEN LECORNU
Je pourrais y aller en tant que conseiller départemental et ancien président de département.

ORIANE MANCINI
Ça veut dire que vous n'iriez pas en tant que ministre ?

SEBASTIEN LECORNU
Pour l'instant, l'enjeu c'est de se remettre autour de la table avec l'ADF pour régler les grandes difficultés que connaissent les conseils départementaux de France. J'ai été président du conseil départemental de l'Eure, je suis toujours conseiller départemental. J'ai vocation, après mon passage au gouvernement, à redevenir président de conseil départemental. Donc mon attachement à cette collectivité est total. D'ailleurs, mon attachement personnel à Dominique BUSSEREAU est total aussi parce que c'est un ami. Néanmoins, néanmoins…

ORIANE MANCINI
Mais l'exécutif n'est pas invité.

SEBASTIEN LECORNU
Attendez. Je crois que Dominique BUSSEREAU a été clair hier. Il a dit que les cartons d'invitation étaient posés sur la commode dans l'entrée de l'ADF…

ORIANE MANCINI
Mais qu'il attendait un geste de la part de l'exécutif.

SEBASTIEN LECORNU
Et qu'il s'apprêtait à les mettre au coin de la rue dans la petite boîte du facteur en fonction de tous les travaux qu'on va faire ensemble.

STEPHANE VERNAY
En fonction de quoi précisément ?

SEBASTIEN LECORNU
Que mes collègues présidents de département soient rassurés : je n'ai pas oublié là d'où de je viens et avec Jacqueline GOURAULT, on se remet actuellement évidemment autour de la table sur plusieurs sujets d'ailleurs très différents. Parce que tous les départements ne sont pas toujours logés à la même enseigne sur un certain nombre de difficultés. Vous avez la première famille, c'est la question des AIS. La terminologie est barbare donc on va l'humaniser.

ORIANE MANCINI
L'allocation individuelle de solidarité.

SEBASTIEN LECORNU
Et on va même encore faire mieux. Le RSA, toutes ces prestations sociales importantes qui correspondent à notre modèle de solidarité français et qui fait que, pour tout un tas de raisons structurelles et structurantes depuis des années, oui il y a malheureusement un peu plus de pauvreté qu'avant, les gens vivent plus longtemps qu'avant, donc ces allocations-là ben n'ont pas toujours été financées dans une relation fluide entre l'Etat et les conseils départementaux. Ça, c'est la première famille de problèmes qu'il faut régler.

STEPHANE VERNAY
C'est la première urgence évoquée par Dominique BUSSEREAU hier et il dit que le président de la République s'est engagé à ce que ce soit résolu, qu'un accord soit trouvé avant le congrès des départements.

SEBASTIEN LECORNU
Le président de la République souhaite qu'on avance sur le sujet.

ORIANE MANCINI
Mais résolu, ça veut dire quoi ?

SEBASTIEN LECORNU
Ça, c'est la bonne question. Résolu, c'est bien évidemment qu'il y a la question de l'urgence. Vous avez des conseils départementaux, vous disais-je, qui ne sont pas tous logés à la même enseigne. Vous avez ceux qui ont du mal à boucler le budget parce qu'à problèmes dynamiques, recettes dynamiques. Bien souvent, quand vous êtes un département dans lequel vous avez beaucoup de bénéficiaires au RSA, c'est bien souvent que votre département est un peu frappé par la crise. S'il est frappé par la crise, bien souvent vous avez des difficultés fiscales puisque vous bénéficiez de moins de fiscalité économique, des DMTO. Vous savez, c'est la fiscalité sur les droits de mutation et caetera. Donc en fait, c'est malheureusement ce que je disais quand j'étais président de département : c'est un peu comme Louis de FUNES dans « La folie des grandeurs » ; c'est que les riches, c'est fait pour être très riches et les pauvres très pauvres. Donc le modèle tel qu'on le connaît aujourd'hui est un modèle qui fait que ceux qui ont des ressources dynamiques fondamentalement n'ont vraiment pas beaucoup de problèmes – ou moins de problèmes en tout cas - et puis ceux qui manquent de ressources ont véritablement un double problème, parce qu'il faut payer ces AIS, ces fameuses AIS. Donc le premier chantier, c'est la péréquation entre tous ces départements pour justement arriver à corriger ces effets-là et puis l'Etat prendra ses responsabilités. Je ne donne pas de mon temps ce matin puisque je travaille actuellement avec Jacqueline GOURAULT et les présidents de conseils départementaux pour justement…

ORIANE MANCINI
Mais l'Etat compensera plus qu'à l'heure actuelle ces AIS.

SEBASTIEN LECORNU
L'idée, c'est qu'il faut qu'on arrive à traiter… Enfin, c'est un problème qui commence à être vieux, il ne date pas de ce matin. C'est qu'à la fois il faut régler les problèmes d'urgence là maintenant : comment faire en sorte que certains collègues présidents de département puissent boucler leur budget. Puis ensuite bien sûr, et ça c'est aussi la suite du plan pauvreté qui a été imaginé et crée, écrit par Agnès BUZYN - parce que toutes ces compétences-là, bien évidemment, bien évidemment sont souvent départementalisées - comment on arrive à trouver un modèle financier autour de ces grands enjeux de solidarité sur lesquels on a besoin des départements. Mais il n'y a pas que ça. Pardon d'être long, mais c'est la première fois que je peux m'exprimer sur le sujet. Vous avez aussi tous ces irritants. Vous savez, l'application rigide de la loi NOTRe que je n'ai pas voulue et pas soutenue, comme vous le savez, puisque je ne soutenais pas le gouvernement du quinquennat précédent. Mais tous ces irritants-là qui fait que des bonnes pratiques territoriales parfois avaient cours depuis des années, et puis on est venu de manière un tout petit peu rigide et autoritaire expliquer que tels conseils départementaux ne pouvaient plus participer à telle société d'économie mixte, qui pourtant s'occupait très bien de projets d'aménagement, du portage d'une infrastructure, que sais-je. Tous ces irritants-là, il y en a dans chaque département. Donc moi ce que je vais faire, c'est un travail de Romain où il faut prendre du temps : c'est regarder chaque département de France et voir quels sont les irritants concrets dans chaque département que l'on peut lever. C'est inédit cette méthodologie-là. D'habitude on part de Paris et on essaie d'édicter des règles un tout petit peu autoritaires. Là je vais faire un boulot inverse, qui peut d'ailleurs être risqué politiquement mais je prends mon risque et je prends mes responsabilités…

CYRIL VIGUIER
Il va prendre du temps surtout.

SEBASTIEN LECORNU
Oui, mais je pense que les présidents de départements, eux, sont au clair sur ce qu'ils attendent de moi, donc ça peut aller assez vite et ils ne sont jamais que plus de cent. Donc c'est d'arriver, bien évidemment, à trouver une solution pour chacun d'entre eux.

ORIANE MANCINI
Mais vous parlez de risque. Juste c'est quoi le risque ?

SEBASTIEN LECORNU
Le risque, c'est-à-dire le risque politique. C'est que bien évidemment, on a autant besoin de stabilité. C'est pour ça qu'il ne faut pas rouvrir la loi NOTRe en tant que telle et ça, je pense que vraiment ça fait partie des choses qui m'ont beaucoup plu chez Emmanuel MACRON lorsque je me suis engagé à ses côtés en rentrant au gouvernement, c'est de dire qu'on ne va pas faire l'énième débat institutionnel dans lequel on va reperdre du temps. Les régions, elles sont ce qu'elles sont ; la loi NOTRe, elle est-ce qu'elle est ; mais on va essayer de faire des correctifs. On va essayer à la marge de redonner de la souplesse. Ç'a été fait sur l'eau et l'assainissement, sur Gemapi par exemple. Maintenant, il faut qu'on continue de le faire pour les conseils départementaux.

STEPHANE VERNAY
Parmi les irritants et les urgences, il y a un point que vous n'avez pas évoqué du tout, c'est les mineurs non accompagnés, les jeunes migrants qui rentrent en France. Dominique BUSSEREAU dit que leur nombre augmente de manière considérable, il parle plus 50 % depuis l'été avec des arrivées en provenance de l'Espagne. L'année dernière, il estime que la gestion, la prise en charge de ces mineurs non accompagnés aurait coûté 1,3 milliards d'euros aux départements français. Il parle de deux milliards d'euros cette année. Est-ce que vous aurez des annonces ou des propositions précises sur ce cas précis à faire ?

SEBASTIEN LECORNU
C'est un dossier là aussi qu'on connaît bien.

STEPHANE VERNAY
Vous êtes d'accord avec ces chiffres et son constat ?

SEBASTIEN LECORNU
De toute façon, sur le fait que le flux de mineurs non accompagnés - qu'on appelait d'ailleurs jadis mineurs étrangers isolés - est évidemment un enjeu majeur puisque les conseils départementaux se retrouvent en prise de nombre de cas à prendre en charge qui sont effectivement en forte augmentation et c'est assez inédit. D'ailleurs là aussi, c'est bien la difficulté quand on est ministre depuis Paris, c'est que toutes les situations dans chaque département ne se valent pas puisque, bien évidemment, les flux migratoires ne sont pas équilibrés de facto sur le territoire. Donc il y a un accord déjà qui existe de l'été dernier, qui est un accord qui va bien à tout le monde, qui permet notamment de répondre sur le volet régalien. Et Dominique BUSSEREAU m'a redit hier que sur tout le volet régalien, les choses peut-être avançaient lentement mais elles avançaient.

STEPHANE VERNAY
La prise en charge pour les départements est ferme.

SEBASTIEN LECORNU
Le volet régalien, moi ça fait deux ans que je l'attendais en tant qu'élu local. Donc le volet régalien il avance et il faut le dire. Le volet régalien, c'est la capacité à savoir est-ce que le jeune homme ou la jeune femme qui se présente dans le hall du conseil départemental chez moi à Evreux, est-ce qu'il est vraiment majeur ou est-ce qu'il est vraiment mineur ? Parfois, ça pouvait prendre jusqu'à un an et demi pour savoir s'il était majeur ou mineur. Pardon, mais ça c'est des choses qui avancent.

STEPHANE VERNAY
On parle de 14,25 %…

SEBASTIEN LECORNU
Ensuite, il y a la question financière.

STEPHANE VERNAY
De compensation pour les départements.

SEBASTIEN LECORNU
Pour les compensations. Et là, ça fait partie également, bien évidement, du tour de table que nous avons avec les conseils départementaux actuellement, notamment pour cette année 2018.

STEPHANE VERNAY
Donc il y aura un geste aussi.

SEBASTIEN LECORNU
Mais une fois de plus, ce sont des compétences importantes où les départements de France remplissent une mission de service public importante sur laquelle il y a une communauté de destin entre l'Etat et les conseils départementaux. Il ne s'agit pas de se refourguer les choses de l'un à l'autre, donc on doit pouvoir trouver une solution.

ORIANE MANCINI
Un mot sur la réforme de la fiscalité locale. Est-ce que vous nous confirmez qu'elle aura lieu avant le mois de juin ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, puisque l'idée c'est d'avoir un projet de loi de finances autour des finances locales pour, effectivement, le mois de juin - en tout cas, la fin du premier semestre de l'année 2019 - et donc dès le mois de janvier, à vrai dire même d'ailleurs un peu avant, avec Gérald DARMANIN, Olivier DUSSOPT et Jacqueline GOURAULT, Julien DENORMANDIE également puisque les questions de politique de la ville sont intéressées à ces questions-là, on va remettre à plat la fiscalité locale. On commence déjà avec la taxe d'habitation bien évidemment. Mais qui dit fiscalité locale dit toute la famille des ressources des collectivités territoriales. Et c'est vrai que, parfois, comprendre comment la DGF, les dotations de l'Etat aux collectivités territoriales sont calculées n'est pas toujours chose évidente et on va travailler justement sur plus d'intelligence et de transparence.

ORIANE MANCINI
Et qui dit aussi inquiétudes pour les élus, inquiétudes pour les Français. Est-ce qu'il y aura un impôt supplémentaire pour compenser la suppression de taxe d'habitation ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, il n'y aura pas d'impôt supplémentaire. En revanche, la véritable bonne nouvelle, c'est de repartir de zéro. Quand on a quelque chose qui est aussi compliqué, aussi complexe, dans lequel les choses se sont enchevêtrées d'année en année, je trouve ça bien et courageux - pardon - mais que d'ouvrir ce dossier-là calmement, sereinement, avec les députés, les sénateurs et les élus locaux.

CYRIL VIGUIER
C'est Sébastien LECORNU, le Ministre chargé des Collectivités locales qui est notre invité politique ce matin. La promesse de fermeture de l'usine Fessenheim, elle a été tenue. Vous avez changé de ministère depuis. Pourtant, vous gardez un oeil sur ce dossier. Pourquoi ? Ça correspond toujours un peu à votre portefeuille ministériel ? Vous êtes aussi en charge de l'environnement du coup.

SEBASTIEN LECORNU
Mais déjà, quand on est secrétaire d'Etat à trente-et-un ans et qu'on doit connaître des dossiers aussi simples que Bure, Fessenheim Notre-Dame-des Landes, la chasse…

CYRIL VIGUIER
Vous ne voulez pas abandonner l'expertise que vous avez eue ?

SEBASTIEN LECORNU
Ça crée une affection pour ces territoires et pour et pour ces dossiers-là. 2 : Moi, je me suis remarquablement bien entendu avec Nicolas HULOT et François de RUGY sur ces dossiers. Avec François, qui est devenu véritablement un ami, un partenaire avec lequel on peut travailler intelligemment, il va sans dire que le ministre d'Etat en charge de l'énergie, c'est lui qui… Avec Emmanuelle WARGON, en plus, qui me succède a l'air complètement engagée sur ces questions-là. Mais il est vrai qu'à Fessenheim, comme à Bure d'ailleurs, autant que j'ai pu régler beaucoup de choses sur le volet énergie, autant que maintenant on rentre dans la dynamique territoriale notamment pour le projet post-Fessenheim, post-centrale. Bien, le projet post-Fessenheim, il y est beaucoup de questions de fiscalité locale, de politique publique locale, donc là ça revient – c'est l'ironie de l'histoire – ça revient évidemment aussi dans mon champ de compétences, mais je le ferai toujours en lien avec François de RUGY.

ORIANE MANCINI
Ce projet post-Fessenheim, post-centrale, on l'attend puisqu'on attend la feuille de route d'Emmanuel MACRON sur l'énergie. Est-ce que vous avez une date de présentation ?

SEBASTIEN LECORNU
Je crois que le président de la République souhaite prendre le temps qu'il convient pour les derniers grands ajustements. Parce que ce n'est pas qu'une annonce, la programmation pluriannuelle pour l'énergie : c'est la stratégie de l'énergie pour le pays, donc c'est aussi la stratégie de la consommation d'électricité et donc de la facture d'électricité des Françaises et des Français que l'on souhaite la plus basse possible et sur laquelle nous ne souhaitons pas d'augmentation. C'est évidemment la sécurité d'approvisionnement électrique. Il ne manquerait plus qu'on ait des problèmes d'alimentation l'hiver par grand froid ; personne ne comprendrait notre stratégie. Donc il faut caréner tout ça. Je crois que le chef de l'Etat veut que les choses soient faites…

ORIANE MANCINI
Prendre le temps, ça veut dire quoi ? On parle de mi-novembre, c'est ça ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, pas beaucoup plus. A mon avis, en tout cas, courant novembre.

STEPHANE VERNAY
On s'attend à des annonces historiques en matière de nucléaire. Est-ce que vous pouvez nous en dire un petit peu plus ? Par exemple, l'abandon de…

SEBASTIEN LECORNU
Je ne suis plus en charge de ça.

STEPHANE VERNAY
Non, mais vous avez peut-être quelques éléments.

CYRIL VIGUIER
On peut comprendre que oui, un peu quand même.

ORIANE MANCINI
Vous connaissez le dossier.

SEBASTIEN LECORNU
Oui, oui, bien sûr.

STEPHANE VERNAY
Vous avez évoqué Fessenheim. Est-ce qu'il y aura l'annonce notamment, par exemple, de fermetures de centrales. Est-ce que vous avez des éléments là-dessus ?

SEBASTIEN LECORNU
Non mais, je vais vous répondre de la manière la plus directe qui soit. Il y a une grande priorité : c'est la décarbonation, comme on dit si bien. C'est pour le climat contre le réchauffement climatique, la décarbonation de notre production d'électricité. Ça veut dire qu'il y a quatre centrales à charbon et ça, ça intéresse directement les territoires, c'est très concret. Les quatre centrales à charbon doivent fermer pendant ce quinquennat. Ça, c'est la décarbonation de notre production d'électricité. C'est notre cohérence avec la diplomatie climatique avec l'accord de Paris. Bref, voilà. Mais ça, c'est hyper important parce que le lien entre Irma et Maria à Saint-Martin, les territoires, avec ce qui s'est passé dans l'Aude - j'y étais avec le président de la République en début de semaine - c'est évidemment le réchauffement climatique. Donc ça, c'est une priorité majeure. Première chose. Deuxième chose, sur le nucléaire, il s'agit de ne pas mettre tous nos oeufs dans le même panier, c'est aussi simple que ça, en stratégie, et de se dire qu'il faut ramener la part du nucléaire à un horizon qui nous apparaît comme étant plus raisonnable, qui à la fois permet de garder…

ORIANE MANCINI
Plus raisonnable c'est quoi, 2035 ?

SEBASTIEN LECORNU
De garder les filières industrielles importantes, etc., donc ça pose la question de la date, qui ne sera pas 2025, qui sera un peu plus…

ORIANE MANCINI
2035 ?

SEBASTIEN LECORNU
Ce n'est pas moi qui annoncerai la date, donc vous pouvez toujours me torturer…

CYRIL VIGUIER
Surtout qu'il reste 2 minutes…

SEBASTIEN LECORNU
Mais surtout qui ramène le nucléaire à 50 %, qui est véritablement l'horizon, à une date qui soit fiable et sincère, et pas seulement qu'un slogan.

ORIANE MANCINI
Et est-ce qu'il y aura construction de nouveaux EPR, on parle de six nouveaux EPR ?

SEBASTIEN LECORNU
Je ne suis plus du tout en charge de ça, donc je vais parler comme un simple citoyen…

CYRIL VIGUIER
Non, comme un ministre qui peut parler avec son collègue.

SEBASTIEN LECORNU
Non, mais, il faut que l'expérience Flamanville donne toutes ses preuves. Moi j'ai confiance en EDF, mais il faut qu'on arrive à ouvrir l'EPR de Flamanville avant de prendre, à mon avis, d'autres décisions sur le sujet, mais ce n'est jamais que mon avis personnel.

CYRIL VIGUIER
Sébastien LECORNU, c'était à la Une de La Provence hier, le gouvernement veut imposer d'avoir les pneus neige, et vous, vous êtes contre les pneus neige…

SEBASTIEN LECORNU
Ah bon ?

CYRIL VIGUIER
Vous dites que ça coûte cher, non, aux automobilistes ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, du tout, absolument pas.

CYRIL VIGUIER
J'ai vu que certains dans votre ministère voulaient les supprimer, donc je voulais savoir votre réaction par rapport à ça.

SEBASTIEN LECORNU
Non, au contraire, c'est vraiment… voyez, on passe notre temps à parler de liberté locale, de capacité aux territoires à s'organiser comme ils le souhaitent, ce que je souhaite faire sur les pneus neige, ce n'est absolument pas décider à la place des territoires, mais en montagne il existe ce qu'on appelle les comités de massifs, qui permettent de réunir tous les élus, toutes celles et ceux qui décident, de se dire que, au fond de savoir si sur une route il faut mettre des pneus neige ou mettre des chaînes, ou d'autres outils du même type, eh bien peut-être que c'est le comité de massif qui sait mieux que quiconque ce qui doit être fait, plutôt qu'un ministre à Paris, donc au contraire…

CYRIL VIGUIER
Voilà, la liberté.

SEBASTIEN LECORNU
C'est un exemple de liberté, c'est une des premières, avec Jacqueline GOURAULT, une des premières décisions qu'on a pu prendre sur la montagne.

CYRIL VIGUIER
Pourquoi je vous pose cette question, parce que notre partenaire La Provence a fait sa Une hier là-dessus, et était préoccupé de connaître votre position.

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien c'est fait.

CYRIL VIGUIER
Cette émission sera rediffusée sur LCN, La Chaîne Normande, qui appartient au réseau partenaire.

SEBASTIEN LECORNU
Je m'en réjouis.

CYRIL VIGUIER
Vià Télévisions, à 16h00 aujourd'hui. Vous êtes normand et donc c'était un peu normal…

SEBASTIEN LECORNU
Même si Ouest France ne couvre pas l'Eure, j'en suis bien désolé.

CYRIL VIGUIER
Désolé pour vous, merci, à bientôt Sébastien LECORNU.

SEBASTIEN LECORNU
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 octobre 2018

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