Interview de M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, avec France 2 le 26 octobre 2018, sur la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, les taxes sur les carburants, les accidents liés à la chasse, la pollution des plages et sur le changement d'heure. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, avec France 2 le 26 octobre 2018, sur la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, les taxes sur les carburants, les accidents liés à la chasse, la pollution des plages et sur le changement d'heure.

Personnalité, fonction : RUGY François de, DARET Guillaume.

FRANCE. Ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :
GUILLAUME DARET
Bonjour à tous. Bonjour François de RUGY.

FRANÇOIS DE RUGY
Bonjour.

GUILLAUME DARET
Le Conseil d'Etat a annulé le décret de fermeture de Fessenheim, alors ça ne remet pas en cause le principe de la fermeture, mais simplement, formellement, EDF qui doit demander cette fermeture, est-ce que ça ne va pas toutefois retarder les choses ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non, d'abord je veux dire que je ne comprends pas pourquoi ce décret a été pris dans ces conditions-là, le 8 avril 2017, deux semaines avant l'élection présidentielle.

GUILLAUME DARET
Ségolène ROYAL a mal fait le travail.

FRANÇOIS DE RUGY
Soit c'est de l'incompétence, parce que tout le monde savait très bien qu'il fallait faire les choses dans l'ordre, et soit c'est du cynisme, c'est-à-dire que c'est des annonces, c'est de l'affichage dont on sait qu'il ne sera pas suivi d'effets et dont on sait même qu'il sera ensuite cassé, ce qui sème le trouble évidemment, vous imaginez sur le terrain, au sein de la centrale où nous avons entamé nous un travail, nous avons commencé par cela, avec les salariés, avec les élus locaux.

GUILLAUME DARET
Ce matin, vous nous dites : c'est certain, Fessenheim fermera bien.

FRANÇOIS DE RUGY
Et je confirme évidemment que notre intention est bien de fermer cette centrale, et contrairement à ce qui a été fait par le passé, nous ne nous contentons pas d'annonces, nous allons travailler sur le terrain, avec les personnes concernées, avec les élus locaux, pour accompagner le territoire vers l'après centrale.

GUILLAUME DARET
Juste, le nouveau décret sera pris dans les jours, dans les semaines à venir ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ce sera plutôt je pense dans quelques mois, car de fait nous faisons les choses dans l'ordre, et donc nous allons évidemment discuter avec EDF, pour remettre les choses dans le bon ordre.

GUILLAUME DARET
Vous travaillez sur la feuille de route énergétique des 10 ans à venir pour notre pays, l'Agence France Presse révèle ce matin dans un document de travail : aucune décision sur la construction de nouveaux EPR ne serait prise avant 2021. Est-ce que vous nous confirmez cela ?

FRANÇOIS DE RUGY
Eh bien je vous confirme qu'un document de travail c'est fait pour travailler…

GUILLAUME DARET
Donc c'est possible.

FRANÇOIS DE RUGY
C'est pour travailler différentes hypothèses, et c'est ce que nous sommes en train de faire, sur un certain nombre de sujets qui engagent l'avenir de la France en matière d'énergie. Et tout le monde sait très bien que le défi énergie-climat, parce que les deux vont de pair, si on veut protéger le climat, il faut avoir une bonne politique en matière d'énergie, d'abord une politique d'économie d'énergie, et ensuite de diversification des modes de production d'énergie en France.

GUILLAUME DARET
Pas de nouveaux EPR avant 2021 ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ah mais ça c'est sûr, mais, après…

GUILLAUME DARET
Donc ... décision, en tout cas.

FRANÇOIS DE RUGY
La question, il faut le dire, c'est au-delà des énergies renouvelables, que nous voulons développer, nous voulons que la France profite de l'essor des énergies renouvelables, nous voulons que la France profite de ses propres ressources, le bois, le soleil, le vent, la géothermie, c'est-à-dire la chaleur que nous avons dans le sous-sol etc. Eh bien il y aura la question de l'avenir de la filière nucléaire française, est-ce que l'avenir de la filière nucléaire française passe par l'EPR ou pas ? C'est une question qui reste ouverte.

GUILLAUME DARET
Venons-en à la colère de ces milliers de Français qui font le plein de leur voiture ou de leur camion tous les jours, il y a des appels à la grogne qui se multiplient, ça prend de l'ampleur, il y en a même qui appellent à bloquer les routes le 17 novembre prochain. Qu'est-ce que vous leur répondez à ces Français qui veulent bloquer le pays le 17 novembre ?

FRANÇOIS DE RUGY
Je comprends que les automobilistes qui voient le prix de leur plein augmenter, évidemment soient mécontents. Après je veux leur dire deux choses. D'abord il y a l'augmentation des prix sur les marchés, mondiale, du pétrole.

GUILLAUME DARET
Bloquer les routes, c'est la solution ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non, la solution c'est plutôt, je le dis, évidemment de changer de comportement, chaque fois qu'on le peut. Alors, je sais que pour un certain nombre de Français c'est difficile, quand on doit prendre sa voiture tous les matins pour aller au travail, il faut bien la prendre. Est-ce qu'on peut faire du covoiturage ? Ça permet de réduire la facture. Est-ce que ce n'est pas l'occasion de changer de voiture ? Nous avons justement une solution, une proposition, c'est une prime de 1 000 à 2 000 €, qui marche extrêmement bien, depuis le début de l'année c'est de plus de 250 000 automobilistes qui ont décidé de changer de voiture grâce à cette mesure d'accompagnement.

GUILLAUME DARET
Mais vous ne bougerez PS, si le pays est bloqué. Par exemple, est-ce que si le prix du pétrole continue d'augmenter, est-ce que vous ne pourriez pas renoncer aux augmentations prévues au 1er janvier ? Ça c'est envisagé ou pas ?

FRANÇOIS DE RUGY
Nous avons fixé une stratégie avec une trajectoire, donc nous avons mis les choses de la façon la plus claire possible…

GUILLAUME DARET
6 centimes de plus pour le diesel, 3 pour l'essence au 1er janvier.

FRANÇOIS DE RUGY
Nous l'avons mis de la façon la plus claire possible sur la table, pour que personne ne soit pris en traître, en quelque sorte. Donc nous regardons évidemment les prix du pétrole, ils ont augmenté, Ils rebaissent de nouveau un petit peu et…

GUILLAUME DARET
Vous pourriez renoncer à ces augmentations au 1er janvier ou pas ?

FRANÇOIS DE RUGY
Le but n'est évidemment pas de renoncer. Pourquoi ? Parce que nous avons dit : on taxe moins le travail et on taxe plus la pollution. Et c'est concret. Vous savez que l'année prochaine, l'augmentation des taxes, parce qu'il faut le dire, c'est 1,8 milliard, la baisse de la taxe d'habitation c'est 3,2 milliards, c'est-à-dire qu'on va donner aux Français 3,2 milliards de pouvoir d'achat supplémentaire, alors que de l'autre côté le prélèvement aura été de 1,8.

GUILLAUME DARET
François de RUGY, dans votre ministère de l'Ecologie, de la Transition écologique, il y a aussi la question de la chasse, on sait qu'il y a eu un certain nombre d'incidents entre chasseurs, d'accidents même mortels depuis plusieurs semaines, il y a une pétition qui a recueilli plus de 170 000 signatures, qui appelle à interdire la chasse le week-end. Est-ce que vous seriez favorable à une interdiction de la chasse le week-end ? C'est envisageable ?

FRANÇOIS DE RUGY
Nous ne sommes pas dans une politique d'interdiction de la chasse. Je sais que beaucoup de Français seraient même prêts à ce que l'on Interdise purement et simplement la chasse. Il faut trouver un équilibre.

GUILLAUME DARET
Mais l'interdire par exemple le samedi ou le dimanche ?

FRANÇOIS DE RUGY
C'est pour cela que moi j'ai convié la Fédération nationale des chasseurs, lundi prochain, à mon ministère, pour une réunion de travail sur ces questions de sécurité, je demanderai aux chasseurs de prendre des engagements pour renforcer la sécurité.

GUILLAUME DARET
Concrètement, quels engagements ?

FRANÇOIS DE RUGY
Eh bien vous savez qu'il peut y avoir des formations, il y a des fédérations de chasse qui aujourd'hui font des formations à la sécurité, ce n'est pas aujourd'hui généralisé, moi je demande aux fédérations de faire des propositions, de prendre des engagements pour rassurer les Français sur la question de la sécurité, tout simplement on a le droit en France de pouvoir se promener à pied ou à vélo dans des endroits où il peut y avoir de la chasse, en toute sécurité.

GUILLAUME DARET
Mais pas question d'interdire la chasse un jour de la semaine, par exemple le dimanche.

FRANÇOIS DE RUGY
C'est quelque chose qui a souvent été proposé par le passé, et qui n'a jamais été retenu, parce que c'est aussi le jour que les chasseurs peuvent avoir pour pratiquer cette activité.

GUILLAUME DARET
On l'a vu dans le journal de Sophie LE SAINT il y a quelques instants, les plages polluées dans le Sud de la France, 49 plages, ça veut dire plus de plages, vous nous confirmez, quasiment 50 plages qui subissent ces pollutions ?

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, ce sont les relevés sur le terrain qui sont faits par les maires, qui sont faits par le préfet. Vous savez que nous avons mobilisé des moyens très importants pour pomper cette nappe de pétrole qui s'était échappée du porte-conteneurs qui a été percuté, dans lequel est venu s'encastrer un autre bateau.

GUILLAUME DARET
Vous confirmez qu'on en est à 49 plages désormais.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, c'est le chiffre que nous avons, mais ce que je veux dire c'est que, après ce travail en mer, pour les résidus qui malheureusement viennent sur les côtes, nous avons une forte mobilisation des services de l'Etat, des communes, du département du Var et aussi de bénévoles, et je tiens à les saluer et à les remercier pour leur engagement.

GUILLAUME DARET
Est-ce qu'il faut s'attendre à ce que d'autres plages encore soient touchées ?

FRANÇOIS DE RUGY
Nous avons un suivi, y compris avec des drones, avec des avions, pour voir si d'autres plaques peuvent arriver. Maintenant le risque est plutôt en train de se réduire, car évidemment la nappe et l'essentiel, encore une fois, a été pompé, et les résidus qui arrivent sous forme de boulettes, de galettes, sont en train d'être ramassés.

GUILLAUME DARET
Alors on l'a entendu aussi, on va changer de peut-être pour la dernière fois d'horaires ce week-end, heure d'été, heure d'hiver, il faudra choisir. C'est quoi vous votre choix, le choix de la France ce sera quoi, de rester à l'heure d'hiver ou rester à l'heure d'été ?

FRANÇOIS DE RUGY
Moi, ma position personnelle, d'abord, c'est plutôt d'abandonner le changement d'heure, parce que c'est ça le sujet, c'est : est-ce qu'on continue à avoir un changement d'heure ou pas ? Même si vous savez que par le passé ça a été conçu pour économiser l'énergie, c'était ça la motivation dans les années 70 du changement d'heure.

GUILLAUME DARET
Donc, on abandonne le changement ?

FRANÇOIS DE RUGY
Aujourd'hui il y a une volonté européenne de dire qu'il y a une stabilité pour ne plus perturber le sommeil…

GUILLAUME DARET
On choisit quelle heure ?

FRANÇOIS DE RUGY
Après, nous aurons un débat, nous aurons à voir qu'est-ce qui est le plus pertinent notamment, là pour le coup en termes d'énergie, de consommation d'énergie.

GUILLAUME DARET
A priori, vous êtes plutôt favorable à l'heure d'été ou à l'heure d'hiver ?

FRANÇOIS DE RUGY
Moi je n'ai pas d'avis préconçu…

GUILLAUME DARET
Oh, vous avez un avis, vous avez une préférence.

FRANÇOIS DE RUGY
Je pense surtout que c'est un progrès s'il n'y a plus que de changement d'heure.

GUILLAUME DARET
D'accord. Mais heure d'été ou heure d'hiver ?

FRANÇOIS DE RUGY
Oh ben vous savez que l'heure, il y a un décalage qui peut jusqu'à 2 heures par rapport à l'heure naturelle. Il vaut mieux en effet réduire ce décalage.

GUILLAUME DARET
Donc, heure d'été.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, c'est ce qu'on pourrait choisir, mais encore une fois il faudra en discuter concrètement pour regarder les effets concrets sur, à la fois la vie quotidienne, et sur la facture d'énergie.

GUILLAUME DARET
Merci beaucoup. C'est à vous Damien et donc n'oubliez pas de changer votre montre ce week-end.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 octobre 2018

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