Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec France 2 le 29 octobre 2018, sur l'élection de Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil, la vague nationaliste au sein de l'Union européenne et sur le prix du carburant. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec France 2 le 29 octobre 2018, sur l'élection de Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil, la vague nationaliste au sein de l'Union européenne et sur le prix du carburant.

Personnalité, fonction : LEMOYNE Jean-Baptiste, WITTENBERG Jeff.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de l'Europe et des affaires étrangères;

ti :
JEFF WITTENBERG
Mon invité est Jean-Baptiste LEMOYNE, il est secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères. Bonjour à vous donc Jean-Baptiste LEMOYNE.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Bonjour.

JEFF WITTENBERG
Merci d'être avec nous ce matin. Et vous êtes donc l'une des voix qui porte la diplomatie française. Comment réagit-elle cette diplomatie française à l'élection assez triomphale du nouveau président brésilien Jair BOLSONARO ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ecoutez ! Nous jugerons sur les actes, très clairement naturellement être très attentif au respect du système constitutionnel. A un moment, il y a eu des menaces sur le Tribunal suprême fédéral qui avait été émises par le fils du candidat, nous serons très attentifs au respect de cela, respect de l'accord de Paris aussi puisque le candidat avait eu des déclarations avant de revenir dessus un petit peu inquiétantes. Parce que vous le savez, le président de la République l'a dit, pas d'accord de Paris pas d'accord tout court en matière commerciale par exemple. Donc voilà, nous jugerons sur les actes parce qu'il faut que les Brésiliens se souviennent que leur devise nationale c'est : ordre et progrès inspiré d'Auguste COMTE. Donc il ne faut pas oublier le progrès dans cette devise.

JEFF WITTENBERG
Visiblement lui, il est plus du côté de l'ordre, comment vous réagissez sur le plan finalement politique à l'élection, la nouvelle élection finalement d'un dirigeant qui défend l'autorité, le nationalisme, qui a des propos assez durs par exemple sur les homosexuels, quelle est la position finalement presque personnelle que vous avez ce matin là-dessus ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je crois que finalement face à la montée d'extrêmes, que ce soit d'extrême droite et d'extrême gauche partout dans le monde, il faut être d'extrême courage. Et c'est ce à quoi nous nous attelons ici, vous savez nous n'oublions pas qu'il y a 18 mois Emmanuel MACRON, le président de la République il a été élu face à Marine LE PEN au 2ème tour. Et donc cela nous oblige, nous impose des résultats de l'efficacité, c'est ce à quoi nous nous attachons.

JEFF WITTENBERG
Justement cette vague de votes nationalistes un peu partout dans le monde, à quoi l'attribuez-vous, est-ce que par exemple la vague migratoire en est le seul ferment, est-ce qu'il y a un désir d'autorité de la part des populations, est-ce que la démocratie n'est plus un modèle ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je crois que chaque cas est très particulier. Prenons le cas du Brésil, la candidature de monsieur BOLSONARO a fructifié sur la faillite de 4 mandats du Parti des travailleurs, des cas de corruption, d'affaires, de scandales d'Etat. Et donc on le voit…

JEFF WITTENBERG
Il n'y a pas de contagion mondiale alors pour vous ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ce qui est sûr c'est qu'il y a un retour d'autorité, de puissance et d'ailleurs c'est pourquoi nous les Européens, nous devons absolument être une Europe puissante face à la Russie, à la Chine, à un certain nombre de puissances qui se cristallisent autour d'un homme. Eh bien nous, nous cristallisons autour de valeurs mais nous avons un poids véritablement sur la scène mondiale. Et on le voit bien, l'Europe est donc nécessaire, elle est la réponse aussi.

JEFF WITTENBERG
Justement Emmanuel MACRON la semaine dernière, lors de sa visite en Slovaquie et en République tchèque, s'en est pris à des pays comme la Pologne ou la Hongrie qui, selon lui, ne respectent pas les règles du jeu européennes, notamment en matière d'accueil de migrants. Finalement, il dresse une certaine catégorie de pays européens contre d'autres, est-ce qu'il a raison de faire cela ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors je crois que le président l'a dit, l'Europe c'est la réunification de peuples européens qui ont été séparés par des décennies de communisme. L'année prochaine, nous fêterons les 30 ans de la chute du mur de Berlin, les 30 ans de la Révolution de Velours en Tchécoslovaquie. Et cela montre que ces peuples ont voulu se départir de régimes autoritaires communistes ; et qu'ils ont voulu adhérer à des valeurs qui étaient les nôtres, celles des peuples européens. Et je crois que nous avons véritablement au contraire… c'est un espace de liberté et d'espoir.

JEFF WITTENBERG
Pardon Monsieur LEMOYNE mais ces peuples aussi refusent une certaine politique européenne. Par exemple lorsque la Commission de Bruxelles retoque en quelque sorte le budget italien, cela fait une très bonne publicité à ceux qui disent : vous voyez, il y a une toute puissance de Bruxelles et on est obligé de s'y plier. Qu'est-ce que vous répondez à ces arguments-là ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais que tout simplement, les Etats membres de l'Union européenne ont pris un certain nombre d'engagements. Et ces engagements, ils sont les mêmes pour tout le monde. Il n'y a pas… l'Italie ne serait s'en exonérer et d'ailleurs voir par exemple Jean-Luc MELENCHON voler au secours de Monsieur SALVINI de la Ligue du Nord, cela est un peu cocasse. On a l'impression qu'il y a finalement une sorte d'alliance rouge-brun qui, à mon avis, n'est pas l'avenir de l'Europe. L'avenir de l'Europe c'est au contraire arriver à faire en sorte que tous les Européens, à travers les études qu'ils peuvent faire chez les uns, chez les autres, à travers le travail…

JEFF WITTENBERG
Ça ne marche…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Regardez ! Les premières universités européennes…

JEFF WITTENBERG
…Visiblement, ce rêve européen.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Frédérique VIDAL a signé le décret pour mettre en place justement les premières universités européennes depuis la France, etc. Ça y est, on est en train de recréer je crois cette envie et cet espoir d'Europe.

JEFF WITTENBERG
Vous pensez que c'est le bon choix, celui que fait Emmanuel MACRON d'opposer les nationalistes aux progressistes, comme il l'a dit, aux prochaines élections européennes ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ce qui est sûr, c'est que l'Europe des égoïsmes, celle des nationalistes c'est l'Europe de leur puissance. Et on le voit, pour peser on a besoin de cette Europe puissance et sinon l'Europe de leur puissance c'est quoi ? C'est l'Europe du déclin des nations. Prenez Laurent WAUQUIEZ, il a déjà rétréci la droite, maintenant il veut rétrécir la France, eh bien nous, on ne veut pas ça.

JEFF WITTENBERG
Vous le rangez dans le camp des nationalistes Laurent WAUQUIEZ, le président de votre ancien parti puisqu'il faut le préciser aux téléspectateurs, vous étiez membre des Républicains, de l'UMP à l'époque ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
En tous les cas dans le rang sûrement des opportunistes, parce qu'il y a quelques années c'était le fils spirituel de Jacques BARROT, quand Européen s'il en est, aujourd'hui on peut dire qu'il est un peu défroqué et qu'il est prêt à faire de la démagogie pour gagner des voix, ce n'est pas ça qui nous anime.

JEFF WITTENBERG
Mais est-ce qu'il est nationaliste, c'était ma question ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Il est en voie de radicalisation nationaliste, oui.

JEFF WITTENBERG
Laurent WAUQUIEZ. On en vient aux problèmes franco-français, il nous reste peu de temps et ce débat sur le pouvoir d'achat, avec une question centrale qui hérisse beaucoup d'automobilistes, c'est celle du carburant. Vous êtes un élu local, est-ce que vos électeurs dans l'Yonne – vous étiez maire d'une petite commune – ils sont contents… j'imagine que non mais vous allez nous l'expliquer, de voir le prix à la pompe, du diesel notamment augmenter si fortement depuis ces derniers mois ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Bien sûr, je suis un élu rural, j'étais maire de Vallery dans l'Yonne, souvent les habitants de Vallery ils font 20-30 kilomètres pour aller travailler…

JEFF WITTENBERG
Qu'est-ce qu'ils vous disent alors ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Donc naturellement ils voient la facture. Mais en même temps, ils sont aussi très conscients des enjeux que nous avons. Par exemple regardez, on voit… c'était une phrase de Jacques CHIRAC, la planète brûle et nous regardons ailleurs. Et moi je suis ravi de voir qu'un certain nombre d'élus locaux prennent le taureau par les cornes. Nous déployons dans l'Yonne par exemple 150 bornes électriques pour que justement, dans nos petites communes, nous puissions avoir des véhicules électriques, que nous puissions nous aussi participer à cette transition énergétique. Et le gouvernement met en oeuvre un certain nombre d'aides importantes, 300.000 personnes on fait ce choix de changer leur véhicule en 2018 grâce aux primes qui ont été mises en place.

JEFF WITTENBERG
En attendant effectivement l'extension des systèmes que vous décrivez, tous les jours, dans la vie de tous les jours les gens ont plutôt l'impression que le pouvoir d'achat – qui était censé être l'un des axes forts du gouvernement MACRON – eh bien il est entaché par cette hausse des carburants. Est-ce que ce n'est pas la réalité ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors vous savez, nous avons semé si je puis dire un certain nombre de mesures importantes, notamment la suppression d'un tiers de la taxe d'habitation, avec la suppression des cotisations sociales chômage et maladie. Et donc à partir de ce mois d'octobre, les Français vont voir sur leurs feuilles de paye… vont voir sur leurs feuilles d'imposition un certain nombre d'euros supplémentaires. Et donc… ce n'est pas moi qui le dis, c'est l'OFCE et c'est un organisme qui est indépendant…

JEFF WITTENBERG
Ce n'est pas l'OFCE là pour l'instant, ce sont les Français.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
L'OFCE le dit, 2019 et 2020 augmentation du pouvoir d'achat de plus 0,8 %. Donc nous espérons bien que les résultats vont venir.

JEFF WITTENBERG
Merci pour ces propos Jean-Baptiste LEMOYNE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 octobre 2018

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