Interview de M. Christophe Castaner, ministre de l'intérieur, avec RTL le 30 octobre 2018, sur les violences scolaires, le phénomène des bandes, les actes homophobes et sur l'organisation de l'islam de France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, ministre de l'intérieur, avec RTL le 30 octobre 2018, sur les violences scolaires, le phénomène des bandes, les actes homophobes et sur l'organisation de l'islam de France.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti :
ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Christophe CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup en effet d'avoir choisi RTL et de répondre aux auditeurs après 08h00, sur la sécurité publique, la lutte anti-terroriste, la politique migratoire, les cultes et l'organisation de l'islam, la sécurité routière, l'organisation des élections et j'en oublie. Votre ministère couvre un champ politique considérable et des enjeux très lourds. Ce qui a fait dire au député LR Eric CIOTTI lors de votre nomination, c'était très précisément il y a qu'un jour, je cite : « Christophe CASTANER est-il taillé pour le poste ? Je ne le pense pas ». Vous répondez quoi à ce procès qu'il vous est fait ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oh, il n'a pas dit que cela, Eric CIOTTI. Depuis 15 jours manifestement je dois être une obsession pour lui et donc très régulièrement il s'arroge une toge de professeur et il décide qui peut être un bon ministre de l'Intérieur ou pas. Vous savez, moi c'est beaucoup plus simple que cela, les seuls qui doivent apprécier mon travail c'est d'abord le Premier ministre et le président de la République, mais surtout ce sont les Français qui doivent l'évaluer. Mais je pense que sur les questions de sécurité, et je le dis à Eric CIOTTI comme à d'autres, on a plutôt besoin d'unité nationale, on a plutôt besoin de dépasser les vieilles chapelles politiques, pour trouver ensemble les meilleures solutions. C'est-ce qu'on fait au quotidien avec les élus locaux. Bon, on pourrait peut-être le faire avec Eric CIOTTI s'il avait envie d'être positif plutôt que critique en permanence. Et voilà, bon j'ai bien noté que depuis 15 jours il n'a de cesse que d'expliquer que je ne suis pas à la hauteur, mais je ne sais pas qui il est vraiment pour pouvoir décider qui serait à la hauteur.

ELIZABETH MARTICHOUX
On en saura un peu plus tout à l'heure. Sur la pile de vos dossiers, Christophe CASTANER, il y a ces moyens de lutte contre les violences scolaires. Vous en discuterez, vous en débattrez tout à l'heure avec vos collègues ministres au Conseil des ministres, sujet évidemment mis en avant après la vidéo saisissante d'un ado braquant son enseignante. On n'a pas tout compris de l'idée que vous avez esquissée la semaine dernière après le comité stratégique qui vous a réunis avec Nicole BELLOUBET et Jean-Michel BLANQUER, vous souhaitez créer une permanence de police dans les établissements. Une permanence.

CHRISTOPHE CASTANER
Non non, j'ai proposé qu'il puisse y avoir des permanences, c'est-à-dire un policier ou un gendarme qui vienne rencontrer la communauté éducative pour échanger, mais vous savez, c'est déjà en partie le cas, aujourd'hui 6 500 policiers ou gendarmes sont référents pour un établissement scolaire, pour qu'il y a un lien constant entre ce qui se passe dans la classe, ce qui se passe dans l'établissement et ce qui se passe à l'extérieur de l'établissement. La chaîne de sécurité, elle est aussi liée à cela, mais évidemment il ne s'agit pas de mettre des policiers dans les écoles, en permanence.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc ce n'est pas une permanence, puisque la permanence c'est une tautologie, c'est en permanence.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, c'est la différence entre en permanence et une permanence. Le principe de la permanence, c'est qu'un policier puisse venir, à la demande du chef d'établissement…

ELIZABETH MARTICHOUX
A la demande du chef d'établissement.

CHRISTOPHE CASTANER
... ce que j'ai bien précisé la semaine dernière, et puissent rencontrer la communauté éducative pour chercher, faire par exemple un diagnostic de sécurité sur le site.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais alors, quoi de neuf ? Quoi de neuf par rapport au dispositif qui existe effectivement déjà ?

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, l'idée c'est d'abord de proposer une palette d'éléments de sécurité qui vont garantir la sécurité dans la classe, sous l'autorité du professeur, garantir la sécurité dans l'établissement, sous l'autorité du chef d'établissement. Et les forces de l'ordre, dans certains quartiers, par exemple, nous mettons en place une forme de reconquête républicaine, les forces de l'ordre ont des positionnements, des stratégies qui sont différents d'un quartier à l'autre, c'est ce que je leur ai demandé, donc évidemment je demande que dans certains quartiers, dans certains moments, on puisse avoir un lien tout particulier avec l'école, quitte à assurer une présence de sécurité chaque fois que l'établissement le souhaite.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous convenez que pour l'instant c'est encore assez flou, assez vague par rapport à ce qui existe déjà.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais j'en conviens.

ELIZABETH MARTICHOUX
On ne voit pas bien, on distingue mal la différence.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais j'en conviens d'autant plus que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous dites « c'est une palette », ça veut dire que c'est encore à définir.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais madame MARTICHOUX, j'en conviens d'autant plus que nous sommes en train d'en discuter. Nous avons eu une première réunion la semaine dernière, un Comité stratégique, avec la garde des Sceaux et le ministre de l'Education nationale. Nous poursuivrons cet échange en partie D, c'est-à-dire en dernière partie du Conseil des ministres, et cette partie D ne fait jamais l'objet d'une communication, et dans quelques jours, dans quelques semaines, notamment le ministre de l'Education nationale qui a la main sur ce sujet, parce que l'école il l'incarne, il la porte, il en en assure aussi la sécurité, mais nous présenterons ces dispositifs à ce moment-là.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui parce qu'en effet on avait cru comprendre, enfin ça avait té annoncé, qu'en Conseil des ministres il y aurait des mesures, et puis finalement, enfin au dernier moment patatras on a appris que ce serait finalement plus tard. Vous aviez confondu vitesse et précipitation Christophe CASTANER ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, pas du tout, mais vous savez, les observateurs adorent la vitesse et la précipitation. Moi je ne suis pas un observateur, je suis ministre de l'Intérieur. Nous sommes là…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais si vous qui nous aviez dit, vous et le gouvernement, que vous alliez annoncer des mesures.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais je vous le confirme, nous nous avions annoncé que nous en parlerions en Conseil des ministres, et je confirme, nous en parlerons en Conseil des ministres. Par contre, la partie D, et j'ai même été un temps porte-parole du gouvernement et j'ai le souvenir que la partie D, nous n'en rendions pas compte à la sortie du Conseil des ministres. Il y aura ensuite une palette de mesures.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a eu un changement de pied sur le calendrier. Quand Nicole BELLOUBET insiste…

CHRISTOPHE CASTANER
Non. Non non. Ce n'est pas parce que commentateurs…

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, c'est nous qui avions mal compris, pardon.

CHRISTOPHE CASTANER
C'est possible, mais ce n'est pas parce que vous aviez, vous savez j'ai même dû répondre au fait que je ne voulais pas que des policiers ou des gendarmes fassent l'enseignement dans les écoles, alors que ma formule était : je n'exclus pas la présence ponctuelle à la demande de chefs d'établissement, notamment pour des permanences. Alors ensuite, vous savez…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc c'est bien ce que l'on comprend.

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, il y a l'emballement, les commentateurs, les commentaires. Quand on est ministre de l'Intérieur, on ne doit pas surréagir à tous les commentaires. Par contre, aujourd'hui il y a des conditions d'insécurité à certains moments dans l'école, comme autour de l'école, moi ce que je souhaite c'est mettre tout en oeuvre pour que la garantie de la sécurité sera apportée aux enseignants, aux élèves et aux parents.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour ceux qui, nombreux, les auditeurs qui depuis une semaine maintenant appellent en disant : oui effectivement, il faut une réponse sécuritaire, il faut plus de policiers auprès de nos élèves. Vous apportez ce matin une nuance, vous dites : attention ça n'est pas que sécuritaire.

CHRISTOPHE CASTANER
Ah bien sûr que non ça n'est pas que sécuritaire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Non mais c'est important, parce que vous insistez sur la palette, comme Nicole BELLOUBET, au Grand Jury.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais permettez-moi de prendre un tout petit exemple. Pour moi, la meilleure mesure en matière de sécurité qui a été mise en place par ce gouvernement, c'est le dédoublement des classes dans les REP et les REP+, parce que c'est un investissement à moyen terme, mais c'est un investissement majeur, et vous verrez qu'en matière d'insécurité, ça générera des fruits, parce que le déterminisme scolaire qui mène à l'échec et à l'échec face à l'emploi, il peut être aussi un facteur criminogène dans certaines circonstances. Donc voyez, on est au fond sur un dispositif très transversal, qui va de l'école, qui passe par la sécurité et qui aboutit à la justice.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors qu'on était parti sur l'idée que ce serait d'abord sécuritaire. Vous rectifier le tir ce matin Christophe CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
Ça n'est pas le cas.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez affiché une grande fermeté face au phénomène des bandes, après que plusieurs jeunes, très jeunes, ont été tués en région parisienne et à Paris. « On va éradiquer les bandes », avez-vous dit. Qu'est-ce qu'il y a derrière cette incantation ?

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien on a un dispositif de « surveillance » des bandes depuis 2010, mais qui travaille sur l'objet justement, l'objet bande, c'est-à-dire le groupe. J'ai demandé qu'on change le regard, parce que ces bandes ne sont plus organisées comme elles l'étaient à l'époque, elles sont aujourd'hui composées d'individus qui vont se mobiliser à tel ou tel moment. Donc j'ai demandé qu'on mette des moyens sur le renseignement et qu'on puisse suivre, non pas les bandes mais les individus qui composent ces bandes. Qu'on puisse renforcer…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc ça n'est pas fait. Aujourd'hui ça n'est pas fait.

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien j'ai demandé ça il y a une semaine madame MARTICHOUX, donc si vous pensez…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non non, mais je veux dire, ça n'était pas encore fait.

CHRISTOPHE CASTANER
Ah non, le suivi se faisait sur la bande, la bande dans un quartier, et pas forcément sur un suivi ciblé de tel ou tel individu, et donc j'ai demandé qu'on mette des moyens de renseignements, parce que le renseignement est essentiel en matière de sécurité, pour qu'on puisse avoir un suivi, plus individuel de chacun, pour arriver justement à neutraliser ces risques-là.

ELIZABETH MARTICHOUX
Quel que soit l'âge, quel que soit l'âge des ados, des enfants concernés…

CHRISTOPHE CASTANER
Ah mais le renseignement il s'intéresse, ce n'est pas de la sanction pénale le renseignement, le renseignement il s'intéresse sur tout ce qui va faire courir un risque aux Français, et donc effectivement on ne se pose pas la question de savoir si la personne a 20 ans ou 18 ans, on se pose la question du risque qu'elle va faire courir. Donc on va chercher du renseignement pour prémunir et sécuriser les Français.

ELIZABETH MARTICHOUX
Quel est l'inventaire, en terme de sécurisation, de suivre les individus et non pas les bandes ?

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien vous avez beaucoup plus d'informations, et ensuite vous allez identifier les zones où ils se retrouvent, et par exemple j'ai dit que je souhaitais qu'on puisse faire une cartographie, quartier par quartier, des bandes…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais ça, par exemple, vous ne l'avez pas, la cartographie, depuis le temps que les policiers travaillent sur ces phénomènes ?

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien aujourd'hui, en fait, d'abord il faut reconnaître que depuis 2010…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a des cartographies des bandes.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais d'abord, regardons ce qui a été fait. Depuis 2010, le phénomène des bandes a baissé en nombre de faits délictueux. Par contre c'est la gravité des faits qui a changé. Ce qu'on a connu aux Lilas, dans le XXème ces trois dernières semaines, montrent qu'aujourd'hui on peut tuer, et c'est ça l'aggravation du fait. Et donc effectivement, alors qu'il y a moins de bandes en France et qu'il y a moins d'actes graves qui sont commis, ceux-ci sont d'une violence beaucoup plus forte.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a une recrudescence aussi des violences homophobes. Emmanuel MACRON hier a annoncé des mesures concrètes. Christophe CASTANER, comment vous répondez ce matin ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord parlons empathie. J'ai appelé hier Romain ce jeune homme qui a été victime d'une attaque il y a quelques jours…

ELIZABETH MARTICHOUX
A Rouen.

CHRISTOPHE CASTANER
Il a été séquestré pendant 2 heures et demie pour qu'ensuite on puisse utiliser sa carte bleue. Alors au départ c'est un fait crapuleux, mais qui est aggravé par le fait qu'on lui a reproché son orientation sexuelle. Donc il faut se donner les moyens. On a par exemple dans le budget 2019, prévu de doubler la cellule, qui est une cellule d'alerte et qui veille sur les réseaux sociaux doublé numériquement nombre de personnes qui vont y travailler, sur tous les messages qui sont des messages homophobes, racistes ou antisémites. Il faut se donner ces moyens-là. Mais nous allons, là encore c'est une demande du président de la République hier, nous allons là encore essayer de mettre en place des dispositifs plus ciblés pour garantir la sécurité. La multiplication des actes homophobes est totalement anormale, nous serons ce soir avec Nicole BELLOUBET et Marlène SCHIAPPA auprès de SOS Homophobie, pour discuter aussi avec eux des outils qu'il nous faut construire ensemble.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc ce soir une réunion avec SOS Homophobie.

CHRISTOPHE CASTANER
Nous nous rendrons sur place avec mes deux collègues ministres, parce qu'on a aussi besoin d'entendre leur retour d'expérience, pour voir comment ensemble on peut élaborer une palette d'outils, qui vont permettre de donner une meilleure alerte, une meilleure intervention et une meilleure sanction. Je rappelle que l'homophobie au moment d'un acte délictuel est un facteur d'aggravation de la peine et ça me paraît parfaitement justifié.

ELIZABETH MARTICHOUX
On a vu cette vague de violences en banlieue, il y a les agressions homophobes, il y a une tension autour évidemment des les possibles actes antisémites, il y a une protection des synagogues renforcée depuis quelques jours, Monsieur le Ministre…

CHRISTOPHE CASTANER
J'ai eu cette inquiétude après l'attentat de Pittsburg, qu'on puisse avoir, vous savez, par mimétisme, des gens qui se disent « ben tiens, moi aussi je vais faire cela », et donc j'ai immédiatement demandé effectivement dès samedi soir, aux préfets, de renforcer la vigilance autour des synagogues, et je me suis entretenu avec la communauté, y compris celle de Nice, où dès le lendemain il y avait un tag sur la synagogue de Nice, qui faisait référence, de façon assez étrange d'ailleurs, mais qui faisait référence à l'attentat de Pittsburgh, donc oui mon boulot c'est aussi de rassurer chaque fois que c'est possible, une communauté dont elle a pu subir, et là encore on le voit depuis le début de l'année, une très forte augmentation des actes antisémites.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a comme une montée des tensions, si on juxtapose tous ces faits. Gérard COLLOMB, en quittant ses fonctions avait eu cette phrase marquante : nous vivons côte à côte, je crains que demain nous ne vivions face à face. Est-ce que vous êtes d'accord avec ce constat qui sonnait aussi comme un aveu d'échec d'ailleurs au moment du départ ?

CHRISTOPHE CASTANER
Alors en fait il n'a pas dit cette phrase-là, qu'au moment du départ, quelque part il le dit depuis qu'il a pris ses fonctions. Et il a mis en place un certain nombre d'outils. D'abord un budget. Il m'est assez facile de présenter le budget 2019, parce qu'il est en augmentation de presque 3,5 %. C'est un des budgets de la Nation qui augmente le plus. Eh bien c'est à Gérard COLLOMB aussi que je le dois. Et puis il a mis en place des outils. : la police de sécurité du quotidien, les quartiers de reconquête républicaine où dans un quartier difficile nous mettons 25, 30 effectifs de plus.

ELIZABETH MARTICHOUX
Lui, estime que, parce qu'il acte le fait que ça se dégrade plutôt que ça ne s'améliore, et vous dites, vous : eh bien c'est très bien, il m'a donné les moyens, je vais pouvoir tout résoudre.

CHRISTOPHE CASTANER
Non madame MARTICHOUX, manifestement vous ne m'avez pas écouté, vous étiez plongée dans la question d'après. Je ne vous dis pas que tout va bien, pas une seconde je vous dis que tout va bien.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous me dites simplement, vous ne répondez pas vraiment, vous ne me dites pas si vous êtes d'accord avec cette phrase, que je vous demande, et ensuite, vous me dites : mais moi j'ai des moyens.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais, madame MARTICHOUX, je vais vous dire. Un, je suis d'accord avec cette phrase. Deux, il ne l'a pas dit seulement le jour de son départ, il l'a dit dès sa prise de fonction, et il a mis en place des outils, outils dont nous devons nous servir aujourd'hui, parce qu'effectivement ce constat est réel et correspond à des situations contre lesquelles nous devons lutter. Moi je souhaite que la République elle soit partout présente, y compris dans les quartiers où je me suis rendu dès les premières heures de mes fonctions, et je souhaite que la sécurité, elle puisse reconquérir la République, mètre carré par mètre carré.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous êtes accusé aussi, Christophe CASTANER, je parlais des critiques de la droite tout à l'heure, de communautarisme. Bruno RETAILLEAU, toujours à votre arrivée, président du groupe LR au Sénat, a dit : « Emmanuel MACRON nomme le plus communautariste de ses ministre pour relever ce défi ». Est-ce que vous pouvez clarifier une phrase que vous avez eu ici d'ailleurs à ce micro, quand vous avez dit : « Il y a quelques années, quand en France y compris nos mamans portaient un voile, portaient le voile catholique, on ne se posait pas la question », la question de savoir si effectivement c'était un danger pour l'ordre public ou pas. Est-ce que vous maintenez cette phrase ?

CHRISTOPHE CASTANER
Et est-ce que vous pensez que cette phrase peut prêter au procès en communautarisme de monsieur RETAILLEAU ? Un peu de sérieux. Moi ma vision est simple : le fait de porter le voile intégral, une burqa, un niqab, est interdit dans notre pays, depuis une loi de 2010, et près de 2 000 femmes ont fait l'objet d'une sanction suite à un contrôle. Nous continuerons cela. C'est interdit et je veillerai à ce que systématiquement ça fasse l'objet d'une verbalisation. En revanche, la loi républicaine de la France, n'interdit pas le port du voile en France, et donc je ne vais pas sanctionner le port du voile alors qu'il n'est pas interdit. Mais ça n'est pas le sujet. Le vrai sujet c'est que…

ELIZABETH MARTICHOUX
L'idée c'était que vous avez semblé, excusez-moi, relativiser la symbolique du voile, alors qu'Emmanuel MACRON, la veille ou l'avant-veille, je ne sais plus, venait d'expliquer que ce voile n'était pas conforme à la civilité dans notre pays, c'est-à-dire au rapport qu'il y a entre les hommes et les femmes. Il avait fait ce constat, en tout cas c'était la conviction dites par Emmanuel MACRON lui-même, et vous avez semblé encore une fois nuancé, prendre vos distances avec cette phrase.

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne prends pas ma distance avec cette phrase, je suis en train de finir mon propos. Mon propos est le suivant : le port du voile n'est pas interdit en France, par contre, quelquefois il n'est pas porté librement, il est imposé, il est imposé par un système, dans un quartier ,par des environnements où les femmes et les jeunes filles peuvent être contraintes de porter le voile. A ce moment-là, c'est condamnable, à ce moment-là c'est la République qui recule.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais comment on fait la différence ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais c'est la reconquête républicaine, c'est le fait justement d'investir massivement dans les écoles, comme le fait Jean-Michel BLANQUER, c'est le fait de mettre des forces de l'ordre partout où c'est nécessaire. Moi je porte une politique ambitieuse de reconquête républicaine, qui pose comme principe que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais par exemple quand des petites filles portent le voile, on peut le voir dans certains quartiers, c'est quelque chose à laquelle vous souhaitez agir, de façon j'allais dire, en sensibilisant, en ayant des actions d'explication ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais c'est un peu ce que je tente de faire ce matin à votre micro. Moi je pense que quand ce n'est pas un libre choix, et je ne suis pas convaincu qu'une petite fille ait librement choisi de porter le voile, je pense que c'est la religion de ses parents qui s'impose, je suis un laïc, qui pense que la religion elle est une option qui doit relever du libre arbitre de chacun, mais ma responsabilité de ministre de l'Intérieur, ministre des Cultes, c'est aussi de garantir la liberté du choix religieux. Mais jamais la République ne doit imposer des règles qui n'acceptent pas et qui ne sont pas compatibles... pas la République, la religion ne doit appliquer des règles qui ne seront pas compatibles avec les valeurs de la République. La liberté, l'égalité, la fraternité, qui font que justement on ne peut pas imposer le port d'un signe religieux, quel qu'il soit, à qui que ce soit.

ELIZABETH MARTICHOUX
Christophe CASTANER, vous héritez d'un dossier que votre prédécesseur n'avait pas traité, c'est l'organisation de l'islam de France. C'est à votre calendrier de 2019 ? Quand ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, très vite je rencontrerai, dans les semaines qui viennent, l'ensemble des autorités religieuses…

ELIZABETH MARTICHOUX
Avant la fin de cette année, alors.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, je les rencontrerai pour travailler avec eux, sur les réflexions qui sont conduites par le président de la République, par le Premier ministre. Nous avons eu des réunions de travail déjà sur ce sujet et donc ce qui compte pour moi, c'est de garantir un certain nombre de choses, par exemple la question du financement de l'islam de France. Il nous faut avoir la transparence de ces financements.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que la taxe hallal proposée dans son rapport par Hakim El KAROUI, vous semble une bonne idée ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, parce que je ne suis pas, je ne pense pas qu'il faille mettre des taxes supplémentaires, par contre il y a la question du financement de l'islam mais qui relève de l'islam, qui doit s'organiser et qui relève de l'autorité.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un denier du culte semble plus approprié, par exemple, comme ça existe dans la l'Eglise catholique, que la taxe hallal.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, et qui est organisé par la religion catholique, si demain il était organisé par les représentants de l'islam en France, ça ne me poserait pas de problème.

ELIZABETH MARTICHOUX
Une dernière question, ensuite les auditeurs vous interpelleront, mais vous êtes le ministre des policiers et des gendarmes, il y a un serpent de mer, c'est la simplification de la procédure. Ils perdent des heures dans la paperasse, tous les ministres, tous les ministres qui vous ont précédé en ont promis des simplifications, ça n'arrive jamais. En quelques mots, est-ce que vous avez un axe pour y parvenir ?

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien d'abord, il y a la loi justice qui est portée par Nicole BELLOUBET, sur laquelle nous avons travaillé ensemble et qui propose toute une série de mesures de simplification pour nos policiers. Et ce que je peux noter c'est que le Sénat a totalement détricoté ces mesures de simplification, d'ailleurs un syndicat policier s'en est ému, et donc nous porterons ces mesures de simplification dans la loi justice, dès qu'elle reviendra à la l'Assemblée nationale dans quelques semaines.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci Christophe CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 octobre 2018

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