Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la jeunesse à France-Info le 31 octobre 2018, sur la violence scolaire et les élections européennes de 2019. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la jeunesse à France-Info le 31 octobre 2018, sur la violence scolaire et les élections européennes de 2019.

Personnalité, fonction : ATTAL Gabriel.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la jeunesse

ti :

JEROME CADET
Bonjour à tous. Merci d'être avec nous ce matin sur Franceinfo. Notre invité est Gabriel ATTAL ; bonjour.

GABRIEL ATTAL, SECRETAIRE D'ETAT AUPRES DU MINISTRE DE L'ÉDUCATION NATIONALE ET DE LA JEUNESSE
Bonjour.

JEROME CADET
Secrétaire d'Etat auprès du Ministre chargé de l'Education nationale et de la Jeunesse. Bonjour Renaud DELY.

RENAUD DELY
Bonjour Jérôme CADET.

JEROME CADET
Le gouvernement qui s'attaque à la violence scolaire.

RENAUD DELY
Oui, bonjour Gabriel ATTAL. Vendredi dernier, après l'agression d'une enseignante mise en joue par un lycéen, on s'en souvient, à Créteil en plein cours, un comité stratégique de lutte contre les violences scolaires s'était réuni avec Jean-Michel BLANQUER, Nicole BELLOUBET et Christophe CASTANER. A l'issue d'ailleurs le ministre de l'Intérieur envisageait la présence physique de forces de l'ordre dans les lycées. On parlait d'une annonce hier à l'issue du conseil des ministres, puis finalement rien. Tout a été reporté. Le plan sera dévoilé finalement, a annoncé Benjamin GRIVEAUX, d'ici le 15 décembre. Pourquoi ce retard ? Finalement rien ne presse ?

GABRIEL ATTAL
Ce qui avait été annoncé, c'est une communication à l'issue du conseil des ministres où ce sujet était abordé hier, pas des mesures qui interviendront avant la fin de l'année. Il y a plusieurs sujets. Il y a des sujets de violences contre les professeurs qui sont inacceptables. On a vu la vidéo de Créteil et, à ce sujet-là, il faut une réaction immédiate des pouvoirs publics. C'est ce qui a été engagé par Jean-Michel BLANQUER mais qui avait déjà été anticipé avant même cette situation puisque des mesures avaient été annoncées bien avant depuis l'arrivée du ministre. Mais il y a un sujet aussi culturel à l'école sur la question de l'autorité. Pour que l'autorité soit rétablie, l'autorité du professeur. Pour que les professeurs aient le sentiment et surtout voient quand ils signalent un fait qu'il ne reste pas sans réponse, qu'il ne disparaît pas, qu'il n'est pas mis sous le tapis. Là-dessus aussi il faut avancer.

RENAUD DELY
Parmi les toutes premières mesures assez spectaculaires envisagées par Christophe CASTANER, le ministre de l'Intérieur, il y avait donc l'idée d'imposer des policiers dans certains établissements. Il a l'air un petit peu moins pressé de le faire, le ministre de l'Intérieur. Il s'exprimait hier chez nos confrères de RTL.

CHRISTOPHE CASTANER, MINISTRE DE L'INTERIEUR – DOCUMENT RTL
Evidemment, il ne s'agit pas de mettre des policiers dans les écoles en permanence.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc ce n'est pas permanent.

CHRISTOPHE CASTANER
Evidemment, je demande que dans certains quartiers, dans certains moments, on puisse avoir un lien tout particulier avec l'école, quitte à assurer une présence de sécurité chaque fois que l'établissement le souhaite.

RENAUD DELY
Vous, Gabriel ATTAL, chargé de la Jeunesse, vous trouvez que c'est une bonne idée des policiers dans les établissements scolaires ?

GABRIEL ATTAL
La question des policiers et des établissements scolaires déclenche souvent des passions, et quelque part c'est légitime parce que c'est un sujet sensible. Parce que l'école, ce n'est pas un lieu de maintien de l'ordre, c'est un lieu de transmission du savoir. L'enjeu, c'est qu'il y a aujourd'hui des professeurs qui font plus de maintien de l'ordre que de transmission du savoir dans certains endroits. Ce que je veux dire….

RENAUD DELY
Ça ne vous choque pas. Le principe ne vous choque pas, vous pouvez le comprendre.

GABRIEL ATTAL
Ça ne me choque pas à condition que cela soit encadré. C'est ce qui est annoncé par Christophe CASTANER et c'est ce qui va se préciser. Ce que je veux dire dans un premier temps, c'est qu'il y a déjà aujourd'hui des liens entre les policiers et les écoles. J'ai été élu en 2017 sur une circonscription - j'étais député avant d'être ministre – à Issy-les-Moulineaux, à Vanves où je suis élu, il y a des policiers qui interviennent dans les écoles pour faire de la prévention sur plein de sujets.

JEROME CADET
Qu'est-ce qui va changer ?

GABRIEL ATTAL
Ce qui va changer, c'est qu'il faut que dans chaque établissement, il y ait un contact, un référent auprès de la police qui puisse à la fois faire du conseil…

JEROME CADET
Et ça n'existait pas dans les lycées dans votre circonscription ? Il n'y a pas de contact dans les lycées qui connaissait les policiers ?

GABRIEL ATTAL
Dans ma circonscription, il y a des policiers qui interviennent notamment pour faire de la prévention sur les addictions, sur plein de sujets. Ce n'est pas le cas dans toute la France. Donc ce qu'il faut, c'est faire en sorte qu'il y ait des liens entre les écoles et la police dans toute la France. Mais il ne s'agit pas d'envoyer des policiers armés dans les écoles. Evidemment quand les policiers interviennent dans les écoles, ils ne sont pas armés ; je pense que c'est des choses qu'il faut dire. Parce que c'est vrai que quand on imagine des policiers, on se dit tout de suite, on voit les images que ça que ça renvoie. Mais ce que je veux dire, c'est qu'il faut que chaque école puisse avoir un contact dans la police, qui puisse faire du conseil, qui puisse éventuellement intervenir s'il y a des situations de tension extrême entre bandes par exemple, et c'est ça sur quoi on va travailler.

RENAUD DELY
Votre ministre de tutelle Jean-Michel BLANQUER, ministre de l'Education nationale, lui envisage de renforcer ce qui existe déjà : des équipes mobiles de sécurité, ce qui repose notamment sur des retraités de la police et de la gendarmerie. Jean-Michel BLANQUER s'en est expliqué.

JEAN-MICHEL BLANQUER, MINISTRE DE L'EDUCATION NATIONALE ET DE LA JEUNESSE - DOCUMENT EUROPE 1
Nous avons besoin pour les 13-18 ans de structures dédiées solides, encadrées par des personnes qui peuvent venir de différents corps de métiers, aussi bien de l'éducation nationale que des personnes qui peuvent venir par exemple de l'armée ou de la police.

JEROME CADET
D'anciens militaires par exemple pour encadrer des jeunes, Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Ce que je veux dire d'abord, c'est que les unités mobiles de sécurité ont été créées par Jean-Michel BLANQUER, pas au ministère mais à l'époque où il était recteur de Créteil. C'est bien qu'il y a une connaissance toute particulière de ce sujet-là. A l'époque, il les avait créées dans son académie, ça avait fait débat ça a ensuite été quasi généralisé à toute la France. Il avait pris un conseiller sécurité dans son rectorat ; à l'époque aussi, c'était très nouveau. Là aussi, ça se systématise. Oui, il faut les renforcer. Il faut les renforcer pour que, justement, il puisse y avoir un conseil, il puisse y avoir des interventions s'il y a des situations très tendues dans les établissements scolaires.

JEROME CADET
Mais là, dans ces structures dont parle Jean-Michel BLANQUER, ils vont apprendre quoi les jeunes ? Dans ces structures, solides, encadrées ?

GABRIEL ATTAL
Il y a deux sujets, honnêtement. Il y a les enseignants, les chefs d'établissement où là il doit y avoir des liens avec la police pour du conseil, pour expliquer un certain nombre de réflexes à avoir. Pour être sûr que s'il y a des situations très tendues et graves, il y ait des signalements qui soient opérés. Et puis, il y a la question du lien entre les jeunes et la police où, là encore une fois, il y a déjà des interventions en milieu scolaire. Il faut regarder où elles ont lieu et si en France, il y a des endroits où il faut qu'elles se systématisent ou, en tout cas, qu'elles se renforcent.

RENAUD DELY
Et est-ce qu'il y a à vos yeux un risque aussi que dans ces situations tendues, si en plus des policiers voire des militaires sont présents dans les écoles, ça ne renforce pas justement la tension et les risques d'affrontement avec les jeunes ?

GABRIEL ATTAL
Encore une fois, je veux dire ce que j'ai dit tout à l'heure. Un policier qui intervient dans une école, ce n'est pas un policier armé. Et ça, je pense que c'est important de le dire. Parce que c'est vrai que tout de suite, on a l'image de quelque chose d'extrêmement tendu. Les policiers, ils sont vus par les jeunes comme des personnes qui font du maintien de l'ordre, mais ils sont aussi porteurs d'un certain nombre de valeurs de la République. Il n'y a pas de rejet de la police par les jeunes et moi, je pense que tout ça peut se faire avec la communauté éducative, la communauté scolaire en parfaite intelligence, sans qu'il n'y ait de tension.

RENAUD DELY
Est-ce qu'il n'y a pas un risque, une propension du gouvernement à céder à un réflexe qu'on a bien connu dans le passé ? On a vu cette image extrêmement spectaculaire de cette agression en plein cours dans ce lycée de Créteil. On se souvient des années Sarkozy : un fait divers, une loi ; un fait divers, une loi. Légiférer dans l'émotion ?

GABRIEL ATTAL
Justement, vous ne pouvez pas me dire d'un côté que vous regrettez qu'il n'y ait pas des mesures qui aient été annoncées immédiatement et un plan qui a été sorti suite à une vidéo, et de l'autre côté considérer qu'on légifère et qu'on annonce des mesures dans l'émotion.

RENAUD DELY
Christophe CASTANER avait parlé un petit peu vite le week-end dernier.

GABRIEL ATTAL
Christophe CASTANER et Jean-Michel BLANQUER ont lancé des pistes. Il y a deux sujets encore une fois. Il y a un sujet scolaire, et là-dessus, on a commencé à avancer avec Jean-Michel BLANQUER, on continue à le faire. Tout à l'heure, on réunit tous les recteurs au ministère de l'Education nationale et on va avancer sur un nombre de sujets très concrets, notamment qu'il y est dans chaque établissement un registre de suivi de tout ce qui est signalé par les professeurs pour être sûr qu'il y a une suite, une simplification pour réunir les conseils de discipline. On sait que jusqu'à maintenant, il y a beaucoup d'établissements qui ne réunissaient pas les conseils de discipline systématiquement.

RENAUD DELY
Une procédure assez lourde.

GABRIEL ATTAL
Oui. Enfin, il y a une question de procédure et il y a une question aussi que des chefs d'établissement ne voulaient pas que leur établissement soit mis à l'index parce qu'il y avait beaucoup de conseils de discipline. Il faut changer cette culture-là. Et puis, il y a un sujet interministériel où là-dessus ça se travaille entre notre ministère de l'Education nationale et l'Intérieur. Et là-dessus, comme c'est interministériel, il faut échange entre ministères. On va avancer avant la fin de l'année. D'ici au 15 décembre, il y aura un plan qui sera annoncé.

JEROME CADET
Et des annonces. (…) Gabriel ATTAL, Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse, est notre invité ce matin. Des jeunes notamment, mais pas seulement, des jeunes homosexuels pris pour cible par de nombreuses agressions qui se sont multipliées ces dernières semaines, Renaud DELY.

RENAUD DELY
Des agressions se sont multipliées en effet et l'association SOS Homophobie a reçu hier soir trois de vos collègues du gouvernement : Christophe CASTANER, Nicole BELLOUBET et Marlène SCHIAPPA qui ont annoncé d'ailleurs deux premières mesures, notamment la facilitation des dépôts de plainte en ligne. Vous êtes donc chargé de la jeunesse ; l'homophobie souvent ça commence dans les cours d'école.

GABRIEL ATTAL
Oui. L'homophobie, ça commence parfois jeune et c'est pour ça que l'éducation a un rôle majeur. Il y a des mesures qui ont été annoncées hier, notamment sur la facilitation du dépôt de plainte et cetera, qui sont très importantes. Nous avec Jean-Michel BLANQUER, dans les prochaines semaines, on va annoncer là aussi des mesures nouvelles. Il y en a déjà qui avaient été annoncées. Maintenant depuis un an, vous avez un référent harcèlement dans chaque établissement scolaire.

JEROME CADET
Il y aura une sensibilisation qui sera faite davantage dans les écoles ?

GABRIEL ATTAL
Oui, il y aura une nouvelle campagne de sensibilisation. Mais au-delà de ça, parce que les campagnes de sensibilisation c'est très important, il faut aller encore plus loin. Il y a tout un travail notamment à faire avec les associations. Moi, je suis plus particulièrement au ministère de l'Education nationale et de la Jeunesse en charge de la vie associative. On a un tissu associatif, et on l'a vu hier soir dans la réunion avec les ministres, qui est extrêmement dense et qui a vraiment envie d'intervenir en milieu scolaire. Il faut avancer sur ces questions-là.

JEROME CADET
Elles pourront le faire dans les prochaines semaines.

GABRIEL ATTAL
On va travailler à ça.

RENAUD DELY
Notamment dans le milieu du sport aussi. Il y a un effort tout particulier à faire auprès des associations sportives. On sait aussi que parfois malheureusement dans les stades, on a des cris, des injures homophobes.

GABRIEL ATTAL
Oui. Là-dessus, c'est aussi un sujet et ma collègue Roxana MARACINEANU, qui est ministre des Sports, y travaille aussi. On voit bien que c'est un sujet transversal qui concerne l'ensemble de la société et, par définition, l'ensemble des ministères, donc il faut avancer.

RENAUD DELY
Jean-Luc MELENCHON, après la tempête judiciaire qui s'est abattue sur la France Insoumise ces dernières semaines, a lancé une contre-attaque politique. Il était hier soir en meeting à Lille, le patron de la France Insoumise, et il a lancé la mobilisation de ses troupes en vue des élections européennes de mai prochain.

JEAN-LUC MELENCHON, DEPUTE LA FRANCE INSOUMISE DES BOUCHES-DU-RHONE
Il faut d'abord gagner cette élection européenne en en faisant un référendum anti-Macron massif, pour qu'il entende qu'il y en a marre de lui, de ses méthodes, de ses illusions, de son gouvernement, de sa majorité de robots.

RENAUD DELY
Les européennes, ça va être un référendum pro ou anti-Macron ?

GABRIEL ATTAL
Là-dessus, ce n'est pas une nouveauté. Jean-Luc MELENCHON avait déjà dit cet été qu'il voulait que les européennes soient un référendum pro ou anti-Macron. Moi je pense qu'il fait une vraie erreur parce que le sentiment que j'ai, c'est que les Français se rendent compte que c'est crucial ce qui va se jouer lors des prochaines élections européennes. Que sur des questions de migration, sur des questions budgétaires, sur des questions éducatives, de mobilité en Europe, on est attendu. Et que si l'Europe ne tient pas des objectifs qu'on lui fixe, si l'Europe n'est pas là pour répondre aux attentes des citoyens européens, on court à la perte de l'Europe. Et Jean-Luc MELENCHON, en tenant ce discours, il montre qu'il a baissé les bras sur l'Union européenne. Nous, on n'a pas baissé les bras.

RENAUD DELY
Vous êtes sûr qu'il fait une erreur quand on regarde la cote de popularité de d'Emmanuel MACRON qui est en berne ? Plus que 29 % de popularité selon les deux derniers sondages. C'est une stratégie qui est plutôt compréhensible de vouloir faire de ce scrutin un référendum anti-Macron pour engranger sur l'impopularité du président.

GABRIEL ATTAL
Moi je pense que, honnêtement, c'est prendre les Français pour des idiots. Je le dis : les Français, ils savent très bien que c'est une élection européenne et ils voient tous les jours très concrètement, sur vos antennes et dans leur quotidien, combien l'Union européenne est importante et combien il faut qu'elle soit en mesure de répondre aux enjeux. Je pense notamment…

JEROME CADET
A chaque campagne, on nous dit ça, à chaque campagne européenne, Gabriel ATTAL, et à chaque fois ce sont des thèmes français qui le plus souvent sont mis en avant.

GABRIEL ATTAL
Je ne sais pas si lors des précédentes campagnes européennes, on était dans la situation qu'on connaît aujourd'hui avec une montée des nationalismes, avec une situation migratoire dont on sait que, depuis quelques années, elle est quand même exacerbée et qu'il y a un sujet aujourd'hui quand même à gérer au niveau européen. Le président de la République a engagé ces derniers mois, depuis qu'il est arrivé aux responsabilités, toute une mobilisation avec des pays européens hors du cadre de l'Union européenne pour permettre d'accueillir les réfugiés, d'avoir une répartition des réfugiés en Europe. Sur tous ces sujets-là, il faut que l'Union européenne prenne ses responsabilités et qu'elle avance et c'est, nous, ce qu'on va porter.

RENAUD DELY
Pour que ce ne soit pas un scrutin pro ou anti-Macron qui porte sur la politique nationale, il faut donc a priori que le président de la République se tienne en retrait, qu'il ne s'implique pas.

GABRIEL ATTAL
Le président de la République, il est président de tous les Français et il s'implique aujourd'hui, il s'implique depuis…

RENAUD DELY
Il doit s'impliquer dans la campagne ?

GABRIEL ATTAL
Il s'implique depuis un an et demi pour que l'Union européenne ait un avenir, et surtout pour qu'elle ait un avenir dans le bon sens, c'est-à-dire qu'on arrête avec la manière dont ça fonctionne aujourd'hui. Nous ce qu'on veut, ce n'est pas renverser l'Europe comme Jean-Luc MELENCHON, on veut renverser la table en Europe pour que ça fonctionne mieux.

RENAUD DELY
Et donc il doit s'impliquer dans la campagne électorale, le président de la République ?

GABRIEL ATTAL
Mais le président de la République, il est chef de l'Etat. Donc il n'est pas dans une logique partisane, il est président de tous les Français. Donc par définition, un président de la République ne s'implique pas dans une campagne électorale…

RENAUD DELY
Ça s'est déjà vu.

GABRIEL ATTAL
Mais il s'implique en travaillant pour l'Union européenne. Il s'implique en convainquant l'Allemagne par exemple, comme ç'a été fait, d'avancer sur l'union bancaire. Il s'implique en convainquant la majorité des Etats de l'Union européenne d'avancer sur la question du glyphosate, pour que le renouvellement de l'autorisation se fasse sur cinq ans et pas sur dix ans ou quinze ans comme c'était prévu au départ. Il s'implique pour faire en sorte que sur l'immigration, on réussisse à avoir une politique harmonisée en Europe pour que l'ensemble des pays de l'Union européenne accueillent des réfugiés sur leur territoire. Voilà comment il s'implique et nous, on va s'impliquer pour gagner les élections européennes.

RENAUD DELY
Il s'implique tellement le président de la République qu'il a d'ailleurs un agenda plutôt surchargé. Le conseil des ministres a été avancé à hier, on a évoqué un petit coup de fatigue, un besoin de repos d'Emmanuel MACRON. Le porte-parole du gouvernement à la sortie du conseil des ministres, Benjamin GRIVEAUX, nous donne des nouvelles rassurantes.

BENJAMIN GRIVEAUX, PORTE-PAROLE DU GOUVERNEMENT
En fait comme des millions de Français, pardon, il peut arriver au président de la République de prendre quelques jours. C'est en fait ce qui va se passer.

RENAUD DELY
C'est un président normal en fait.

GABRIEL ATTAL
Moi là franchement, je vous avoue que quand je vois ce débat depuis hier sur le break de trois jours du président de la République, je me dis franchement qu'on est un peu chez les dingues. Hier soir, je suis rentré, j'étais à un événement avec trois cents jeunes avec la Fédération Léo Lagrange. Je suis rentré chez moi, j'allume la télé : il y avait un débat sur une chaîne info pendant une demi-heure sur le fait que le président prend trois jours pour faire un break, pour peut-être voir ses proches. On sait qu'un agenda de président de la République, c'est quand même extrêmement dense. Ensuite, j'ai vu une intervention de Christian JACOB, qui est quand même président du premier groupe d'opposition à l'Assemblée nationale, Les Républicains, qui parlait de ça pendant vingt secondes. Il n'a pas autre chose à dire sur les réformes qu'on est en train de porter en ce moment ? Honnêtement, je trouve ça totalement hors-sol.

JEROME CADET
Gabriel ATTAL, c'est l'Elysée qui avait communiqué au début du quinquennat sur ce président qui ne dormait que quelques heures par nuit, qui arrivait à enchaîner les rendez-vous et les déplacements avec cette force de travail hors du commun.

GABRIEL ATTAL
Mais enfin, personne n'a dit que le président de la République était épuisé ou quoi que ce soit. Il a une force de travail et, d'ailleurs, je crois que pendant ces quelques jours où il va peut-être faire un break, comme on dit, et passer du temps avec ses proches comme beaucoup de Français en ce moment. Il y a des Français qui travaillent et d'ailleurs qui nous écoutent, je pense, sur la route de leur travail. Mais il va évidemment suivre ce qui se passe et il sera totalement alerte, mais encore une fois…

RENAUD DELY
Vous confirmez qu'il dort très peu.

GABRIEL ATTAL
Mais moi, je ne comprends pas qu'on soit dans ce débat, honnêtement, et que ça mobilise autant de temps sur les chaînes info, sur les antennes, de parler de ce sujet-là.

RENAUD DELY
Ce sont des proches du président de la République aussi qui, ces derniers temps, ont laissé filtrer l'idée qu'il était un peu fatigué, ce qui encore une fois est parfaitement compréhensible. Ce n'est pas les journalistes qui ont inventé ces confidences. Vous, vous ne l'avez pas trouvé fatigué. Il est en pleine forme.

GABRIEL ATTAL
Ça, je vous le confirme, oui. Oui, oui, il est en pleine forme. Il suit parfaitement les choses. J'ai eu des contacts avec lui encore ce week-end. Enfin, je veux dire, c'est un non-sujet, c'est un non-débat. Vous savez, moi Emmanuel MACRON, je l'ai rejoint pendant la campagne présidentielle au moment où il a lancé En Marche - avant même - et d'ailleurs, si je me souviens bien, l'an dernier il était déjà président de la République, l'année d'avant il était en campagne. Il avait pris quelques jours à la Toussaint pour passer du temps avec ses proches et pour faire un break, voilà.

RENAUD DELY
Et quand vous l'avez rejoint, vous avez créé justement, vous avez été un des tout premiers à le rejoindre. Vous avez créé une association qui s'appelle les Jeunes avec Macron, vous étiez un des cofondateurs de cette association. Les Jeunes avec Macron, quand on regarde aujourd'hui les sondages, c'est la catégorie qui lâche plutôt le président de la République aujourd'hui. Comment est-ce que vous expliquez qu'il y ait dans les derniers sondages la cote de popularité en baisse d'Emmanuel MACRON de façon particulièrement spectaculaire chez les moins de 25 ans ?

GABRIEL ATTAL
Moi, je n'ai pas vu ces chiffres-là. Ce que je veux dire, c'est qu'il y a une jeunesse qui doute mais, structurellement, de la politique. Il y a une jeunesse qui évolue.

JEROME CADET
Que ce soit Emmanuel MACRON ou quelqu'un d'autre.

GABRIEL ATTAL
Il y a une jeunesse qui évolue dans un monde où on lui explique que la planète est en danger parce que l'environnement se dégrade et qui ne voit pas vraiment aujourd'hui, au niveau mondial, ce qui est fait pour l'empêcher. Qui voit que le marché du travail est extrêmement dégradé est sinistré et qui ne sait pas, qui doute sur sa capacité à s'intégrer dans le marché du travail. Qui voit des risques en termes de sécurité, en termes terroristes, qui objectivement sont facteur d'inquiétude et d'angoisse.

RENAUD DELY
Et il n'arrive pas à rassurer cette jeunesse pour l'instant.

GABRIEL ATTAL
Mais je ne dis pas ça. Je dis qu'il faut agir justement sur tous ces sujets-là. Les jeunes, ils n'attendent pas à être rassurés en tant que jeunes. Ils attendent à être rassurés en tant que citoyens sur l'avenir de la planète, sur le marché du travail, sur la sécurité en France. Et ça, c'est un sujet sur lequel on travaille tous. Quand on fait la loi sur l'avenir professionnel et qu'on fait un plan de formation massif avec quinze milliards d'euros sur la table pour former un million de jeunes qui sont aujourd'hui au chômage, quand on met en place des mesures sur le logement des jeunes pour créer quatre-vingt mille logements pour les étudiants et pour les jeunes parce qu'on sait que c'est ça, la difficulté aujourd'hui pour un jeune : c'est de pouvoir se loger. Quand on fait le Pass culture pour faire en sorte que des jeunes, qui aujourd'hui n'accèdent pas à la culture parce qu'il y a des inégalités sociales, des inégalités géographiques, on agit très concrètement pour chacun et c'est directement pour les jeunes que ça avance.

JEROME CADET
Le secrétaire d'Etat Gabriel ATTAL, est notre invité ce matin. L'un de vos dossiers prioritaires, c'est de mettre en place le service national universel. Renaud DELY.

RENAUD DELY
Et ce service national universel, Emmanuel MACRON justement en posait les bases il y a quelques mois, au mois de janvier dernier. On écoute le président de la République.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE – DOCUMENT DU 30 JANVIER
Il ne s'agit pas de réinventer le service militaire, il s'agit de donner à notre jeunesse un rendez-vous auquel elle devra se rendre, sans distinction de classe, d'origine, de sexe. Nous allons donc rendre à notre jeunesse ce qui fut en réalité le principal intérêt de la conscription, la possibilité de se réunir autour d'un engagement commun, en abattant toutes les barrières sociales.

RENAUD DELY
Quand entrera en vigueur ce service national universel, Gabriel ATTAL ?

GABRIEL ATTAL
Dès 2019. Une première cohorte de jeunes sera appelée au service national, et ça va se mettre en oeuvre progressivement, parce que c'est une réforme structurelle, mais d'une puissance énorme, c'est-à-dire que c'est sans doute la réforme structurelle la plus puissante du quinquennat d'Emmanuel MACRON. On crée un moment dans la vie des jeunes, à 16 ans notamment où on va mettre en place un espace de mixité sociale, où des jeunes vont rencontrer d'autres jeunes qui viennent d'autres territoires, d'autres milieux sociaux, qui vont le faire au service de quoi ? Au service des valeurs de la République, au service d'un certain nombre de formations sur, j'en parlais tout à l'heure, les réactions à voir en termes de catastrophes, en termes d'attentats, en termes de crise, sur les gestes de premiers secours à prodiguer, et puis surtout au service de l'engagement. Et moi j'ai été nommé ministre notamment pour travailler sur cette question de l'engagement, et c'est un enjeu majeur de ce service national.

RENAUD DELY
Qu'elle sera la durée de ce service national universel ?

GABRIEL ATTAL
Alors, on travaille avec méthode. Il y a un groupe de travail qui a été mis en place, piloté par le Général Daniel MENAOUINE. Il a remis un premier rapport, on a donc une base solide sur laquelle on travaille. Très concrètement il y aura une première phase obligatoire d'un mois, en deux fois deux semaines. Une première phase de deux semaines où là on répond aux objectifs que je viens d'évoquer, c'est-à-dire mixité sociale, creuset républicain, des jeunes…

RENAUD DELY
Un mois pour découvrir la mixité sociale, c'est suffisant ?

GABRIEL ATTAL
Non mais, je vous dis qu'il y a plusieurs objectifs. Il y a une première étape de 15 jours, où les jeunes vont rencontrer et passer un moment avec d'autres jeunes, mais ce n'est pas juste passer un moment pour passer un moment, c'est-à-dire qu'il y a des objectifs derrière ça. Encore une fois les questions de défense et de sécurité, les questions de premiers secours. Vous savez que dans les pays nordiques il y a 80 % de la population qui sait réagir immédiatement à un accident ou à une blessure, à côté d'elle, en France c'est exactement l'inverse, il y a 80 % des Français qui ne savent pas le faire. Donc il faut avancer aussi sur cette question de la formation aux gestes de premiers secours.

JEROME CADET
15 jours pour cette première étape.

GABRIEL ATTAL
Et ensuite il y a une deuxième étape de 15 jours, qui est là pour l'engagement, parce que l'engagement c'est quoi ? C'est de travailler pour une cause à laquelle on croit. Qu'est-ce qu'on regarde aujourd'hui, qu'est-ce qu'on voit aujourd'hui ? C'est que l'engagement c'est un facteur d'épanouissement personnel pour ceux qui s'engagent, ça fait grandir, ça permet d'acquérir des compétences sociales qui d'ailleurs sont recherchées par les employeurs, et c'est aussi un facteur positif pour la collectivité d'intérêt général. Qu'est-ce qu'on remarque ? On remarque l'engagement il est marqué aujourd'hui socialement. Dans les personnes qui s'engagent dans les associations, il y a deux fois plus de cadres supérieurs que d'ouvriers ou d'employés. Les cadres ne sont pas plus généreux ou plus altruistes que les ouvriers ou les employés. Donc dès la jeunesse, dès le plus jeune âge, il faut faire en sorte de lever les barrières à l'engagement, notamment chez les jeunes, et c'est l'objectif de cette deuxième quinzaine.

RENAUD DELY
Précisément, Gabriel ATTAL, il y a un grand nombre d'organisations de jeunesse plutôt marquées à gauche, qui considèrent que ce n'est pas la priorité pour inciter effectivement les jeunes à s'engager, lever les barrières comme vous dites, il vaudrait mieux s'attaquer à la précarité qui précarise donc toute une grande partie de la jeunesse, et qui a des priorités sociales plutôt que d'imposer un service national universel obligatoire.

GABRIEL ATTAL
Mais, enfin, l'un ne va pas sans l'autre, on travaille sur la question sociale et sur la question de la précarité, dans le plan pauvreté qui a été annoncée par le président de la République, il y a des mesures très fortes pour lutter contre la précarité chez les jeunes. Encore une fois ce que je disais tout à l'heure sur le logement, ça vise aussi à ça. Le sujet…

RENAUD DELY
Sur le logement, le premier signal l'année dernière a été la baisse des APL.

GABRIEL ATTAL
Oui, enfin, on crée 80 000 logements étudiants, et pour les jeunes actifs. On met en place des mesures très fortes pour garantir l'accès des jeunes au logement avec une garantie, une caution étatique, la caution VISALE, pour y parvenir. Les mesures elles sont là. Ce que je veux dire c'est que le service militaire a été abandonné et c'est heureux, parce que ça ne servait plus en France aujourd'hui de former toute une classe d'âge qui était d'ailleurs à la fin plus du tout une classe d'âge entière, au maniement des armes. Mais, on a abandonné aussi à un moment qui, dans l'objectif, visait à faire en sorte que toute une classe d'âge passe un moment… Et quand on parlait tout à l'heure des questions d'homophobie, de vivre ensemble comme on dit, même si je n'aime pas beaucoup ce terme, justement le service national universel répond aussi à ce sujet-là. Moi ce qui me frappe, c'est qu'on a lancé par exemple à l'école la rentrée en musique. Et moi je vois, à chaque rentrée, des jeunes enfants qui viennent de quartiers différents, qui viennent de milieux différents, qui chantent ensemble, et qu'est ce qui se passe pour que, plus tard, ils se retrouvent à être divisés et qu'ils ne soient pas aussi unis. Le service national, ça vise aussi à ça.

JEROME CADET
Toute une classe d'âge appelée, combien ça va coûter d'héberger, de nourrir ces jeunes, des intervenants ?

GABRIEL ATTAL
Je comprends parfaitement votre question. Ce que j'ai dit, c'est qu'on a élaboré un scénario qu'on est en train de travailler et de préciser, notamment sur les questions opérationnelles : l'hébergement, l'encadrement, toutes ces questions-là. Elles sont en train d'être précisées. Il y aura des annonces d'ici à la fin de l'année. Par définition, le coût d'une réforme, il dépend de ces questions-là. Donc aujourd'hui…

RENAUD DELY
On évoque 1,7 milliard d'euros pour la première année.

GABRIEL ATTAL
On évoque à peu près tous les chiffres. C'est-à-dire que quand je dis « on », c'est des observateurs…

RENAUD DELY
Eclairez-nous, éclairez-nous.

GABRIEL ATTAL
Par définition, je vous dis qu'on est en train de calibrer cette réforme. On fera des annonces d'ici la fin de l'année.

RENAUD DELY
Vous ne savez pas encore combien va coûter la réforme la plus structurelle du quinquennat comme vous le disiez tout à l'heure ?

GABRIEL ATTAL
Le coût de la réforme, il sera évalué quand on aura précisé l'organisation concrète, opérationnelle de cette réforme. Ça sera fait d'ici à la fin de l'année, donc je pourrais revenir si vous me réinvitez à la fin de l'année, et on pourra du coût. Ce que je peux vous dire par contre…

JEROME CADET
Ce sera gratuit ?

GABRIEL ATTAL
Oui, évidemment que ce sera gratuit.

JEROME CADET
Mais c'est bien de le dire.

GABRIEL ATTAL
Ce que je peux vous dire par contre, c'est important, c'est que le président de la République il sait que ça va coûter de l'argent, il l'a toujours dit. Mais ce qu'il a toujours dit, c'est que pour lui ce n'était pas un coup : c'était un investissement. Parce qu'à cette occasion du service national, on va faire un certain nombre de bilans : sur l'orientation des jeunes, sur leur état de santé. Un jeune décrocheur… Il y a 150 000 jeunes qui décrochent chaque année, c'est-à-dire qui ne sont ni en formation, ni à l'école, ni dans le travail. Vous savez combien ça coûte à la collectivité, entre guillemets, si on résume comme ça en termes budgétaires ? C'est 200 000 euros par jeune. Donc on va aussi éviter des coûts induits pour la société et on va faire en sorte que des jeunes, au lieu de décrocher, très vite on puisse les insérer dans des parcours vers l'emploi, vers la formation.

JEROME CADET
Première classe d'âge concernée, ceux qui sont nés en 2003 ?

GABRIEL ATTAL
C'est les jeunes qui auront 16 ans l'an prochain.

JEROME CADET
Qui auront 16 ans l'an prochain.

GABRIEL ATTAL
Absolument.

JEROME CADET
Gabriel ATTAL, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse, était notre invité ce matin sur Franceinfo. Bonne journée à tous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 novembre 2018

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