Interview de M. Laurent Nunez, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'intérieur, avec Europe 1 le 2 novembre 2018, sur les agressions contre la police, l'immigration illégale, les narcotrafiquants, les islamistes radicaux et sur les violences à l'école. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Laurent Nunez, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'intérieur, avec Europe 1 le 2 novembre 2018, sur les agressions contre la police, l'immigration illégale, les narcotrafiquants, les islamistes radicaux et sur les violences à l'école.

Personnalité, fonction : NUNEZ Laurent, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur;

ti :

AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Laurent NUNEZ.

LAURENT NUNEZ
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci d'avoir choisi Europe 1 pour votre toute première interview. "Je suis un flic dans l'âme", ancien préfet, ancien patron de la DGSI, le renseignement, désormais bras droit de Christophe CASTANER. Alors, si j'ai bien compris, Christophe CASTANER a été nommé ministre de l'Intérieur parce que c'est un proche d'Emmanuel MACRON, mais comme il n'a aucune expérience dans ce domaine, il fallait quelqu'un de super compétent à ses côtés, c'est vous qu'on a choisi, c'est bien ça?

LAURENT NUNEZ
Non, pas du tout, ce n'est pas du tout comme ça que les choses se sont passées.

AUDREY CRESPO-MARA
Un petit peu quand même !

LAURENT NUNEZ
Donc, nous sommes une équipe, avec Christophe CASTANER, à la tête du ministère de l'Intérieur, nous travaillons ensemble sur tous les dossiers, moi j'ai un parcours de haut fonctionnaire qui a duré une vingtaine d'années, où j'ai exercé des postes au plus près, effectivement, des forces de l'ordre, mais Christophe CASTANER lui-même a son expérience d'élu, il connaît très bien les questions de sécurité. Quand nous nous sommes rencontrés à Marseille, il y a quelques années, je peux vous dire qu'il était très au fait de ces sujets, et donc cette image est un peu erronée, nous sommes vraiment une équipe.

AUDREY CRESPO-MARA
Laurent NUNEZ, hier matin un policier de la BAC a été violemment agressé par une dizaine d'individus devant son domicile à Hyères, alors qu'il rentrait chez lui après son service de nuit. Vous confirmez, une dizaine d'individus armés de barres de fer, qui l'ont menacé de mort et de toutes sortes de vengeances sur son épouse ?

LAURENT NUNEZ
Oui, je confirme ces faits très graves, un policier a été agressé devant son domicile par une dizaine d'individus, un certain nombre d'interpellation ont déjà eu lieu, des investigations sont en cours, donc je ne me prononcerai pas au-delà sur cette affaire, mais je veux bien évidemment témoigner toute ma solidarité, mon soutien, à ce fonctionnaire de police, que le ministre de l'Intérieur a eu au téléphone, d'ailleurs dès hier.

AUDREY CRESPO-MARA
Qu'en est-il de son état de santé ?

LAURENT NUNEZ
Il est légèrement blessé, il a subi une attaque en règles, encore une fois ces faits sont très graves, nous les dénonçons avec vigueur, nous lui apportons tout notre soutien.

AUDREY CRESPO-MARA
Un responsable syndical de la police parle d'ensauvagement de notre société, vous partagez ce constat ?

LAURENT NUNEZ
Je ne partage pas ce constat, on pourra revenir sur ce qui s'est passé lors de la nuit d'Halloween…

AUDREY CRESPO-MARA
On va en parler.

LAURENT NUNEZ
Il y a effectivement un certain nombre de violences, qui sont de plus en plus dirigées contre les policiers, ce qui est tout à fait inacceptable, mais toute l'action que nous menons de reconquête républicaine dans les quartiers, vise justement à éviter que ne se produise cet ensauvagement.

AUDREY CRESPO-MARA
Laurent NUNEZ, dans son livre "La peur a changé de camp", le journaliste Frédéric PLOQUIN a recueilli de nombreux témoignages de policiers qui vont travailler la peur au ventre. Désormais c'est la police qui a peur des voyous ?
LAURENT NUNEZ

La police n'a pas peur des voyous, moi je veux saluer le sang-froid, la détermination et le courage des fonctionnaires de police, des gendarmes, et aussi des pompiers, qu'il ne faut pas oublier, et rappeler les efforts qui ont été faits par ce gouvernement pour augmenter les équipements policiers, notamment les équipements de défense, pour augmenter leur protection, et vous savez que, de plus en plus, dans les quartiers les policiers interviennent équipés notamment de caméras-piéton, ce qui permet de faire baisser les tensions sur les interventions, mais je veux saluer vraiment leur courage et leur détermination. Les conditions d'exercice des policiers sont difficiles et ils sont vraiment à la hauteur de leur tâche.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous parliez d'actes contre les policiers. Alliance, qui est le premier syndicat policier, réclame des peines-plancher pour tous les auteurs de violences physiques contre les policiers, vous allez soutenir leur cause auprès du ministre de la Justice ?

LAURENT NUNEZ
Alors, les peines-plancher, je n'ai pas à me prononcer sur cette question, il n'y a pas d'évolution qui est envisagée, ce que je peux vous dire en tout cas c'est que quand il y a des agressions contre les forces de l'ordre, et contre d'ailleurs toutes les personnes dépositaires de l'autorité publique, la justice réagit toujours avec fermeté, avec énormément de fermeté.

AUDREY CRESPO-MARA
Suffisamment de fermeté ?

LAURENT NUNEZ
Suffisamment de fermeté, oui.

AUDREY CRESPO-MARA
Laurent NUNEZ, la nuit d'Halloween a de nouveau donné lieu à des débordements, vous avez dû mobiliser 15.000 policiers qui ont interpellé plus d'une centaine de personnes, dont les trois quarts ont fini en garde à vue. Les forces de l'ordre ont davantage été prises pour cible cette nuit-là ?

LAURENT NUNEZ
La nuit d'Halloween ça a été un dispositif déployé par le ministre de l'Intérieur sur l'ensemble du territoire, en anticipation de cette nuit, puisque les nuits des années précédentes se sont déroulées de la même façon, donc on a eu un dispositif qui a permis aux forces de l'ordre d'intervenir systématiquement, chaque fois qu'il y avait des regroupements d'individus qui voulaient dégrader, commettre des violences ou en découdre avec les policiers.

AUDREY CRESPO-MARA
Et elles étaient plus prises pour cible, ces forces de l'ordre ?

LAURENT NUNEZ
Il y a un certain nombre de regroupements qui visent à tendre des guet-apens aux forces de l'ordre, et c'est pour ça qu'elles interviennent immédiatement, en pratiquant ce qu'on appelle des "bonds offensifs", c'est-à-dire des charges sur les regroupements, pour les disperser, ce sont d'ailleurs les vidéos qu'on a vu tourner en boucles hier, ce n'est ni plus ni moins que l'efficacité de l'action policière, qui disperse des groupes pour éviter que ne soient commis des dégradations et des violences.

AUDREY CRESPO-MARA
Pas davantage, en tout cas, contre les forces de l'ordre ?

LAURENT NUNEZ
Moi je salue le nombre d'interpellations qui est en hausse significative, ça veut dire que l'activité, dans la nuit, a été très bonne.

AUDREY CRESPO-MARA
Laurent NUNEZ, avant de quitter le gouvernement Gérard COLLOMB a tiré le signal d'alarme, voici de nouveaux propos que lui prête le magazine Valeurs Actuelles: on n'a plus besoin d'immigration en France, d'ici à 5 ans la situation pourrait devenir irréversible, on a 5, 6 ans pour éviter le pire." Le pire c'est quoi, c'est une guerre civile, la menace est réelle ?

LAURENT NUNEZ
Alors d'abord, le pire, moi je…. D'abord ces propos ont été tenus dans un contexte un peu informel, donc difficile pour moi de les commenter, mais je ne partage pas ce sentiment. Le gouvernement mène une politique d'immigration qui est maîtrisée, qui est équilibrée, beaucoup de fermeté avec l'immigration irrégulière, des reconduites qui sont en augmentation de 20 % cette année, des places en CRA qui ont été augmentées, donc une politique de fermeté, et en même temps une politique d'intégration à laquelle sont consacrés des moyens budgétaires importants, pour arriver justement à cette immigration équilibrée, et je ne vois pas en quoi cela pourrait déstabiliser notre société. Par contre, beaucoup de fermeté avec ceux qui sont en situation irrégulière et les déboutés du droit d'asile, ça oui il faut le faire.

AUDREY CRESPO-MARA
Laurent NUNEZ, en partant Gérard COLLOMB a affirmé qu'aujourd'hui, dans de nombreux quartiers, c'est plutôt la loi du plus fort qui s'impose, celle des narcotrafiquants et des islamistes radicaux, qui a pris la place de la République, que pouvez-vous ajouter à ça ?

LAURENT NUNEZ
Alors, d'abord, il a même dit, pour être complet, que, si on n'y prenait pas garde les gens ne vivraient plus côte à côte mais face à face. Je n'ai pas du tout ce sentiment…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous qui êtes si bien informé, vous n'avez pas cette crainte-là ?

LAURENT NUNEZ
J'ai beaucoup travaillé en Seine-Saint-Denis, j'ai beaucoup travaillé à Paris, j'ai beaucoup travaillé à Marseille, dans beaucoup de quartiers, j'y vois là, dans ces quartiers, une force et une énergie énorme, une énergie républicaine des populations qui vivent dans ces territoires, pollués par une minorité de trafiquants de stups, d'auteurs de violences, des pratiques communautaires aussi. Et c'est bien pour ça que le gouvernement développe, dans ces quartiers, une politique de conquête républicaine de ces quartiers, avec une police de sécurité du quotidien, dont les effectifs ont été augmenté, mieux équipés, et qui travaillent avec tous les acteurs, tous les acteurs, pour parvenir à une vraie reconquête.

AUDREY CRESPO-MARA
Et sur la place des narcotrafiquants, des islamistes radicaux, à la place de la République ?

LAURENT NUNEZ
Les narcotrafiquants, vous le savez, il y a une politique ambitieuse qui est menée notamment par les services de Police judiciaire pour démanteler les trafics les uns après les autres, et le président, d'ailleurs, a demandé que ce plan soit renforcé, nous y travaillons.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc Gérard COLLOMB exagère la situation dans les quartiers ?

LAURENT NUNEZ
Et sur ce qui est de l'Islam dans les quartiers, nous avons aussi une politique de reconquête, et je rappellerai quand même que cinq lieux de culte ont été fermés, que des imams ont été expulsés et que nous continuons à suivre des individus radicalisés.

AUDREY CRESPO-MARA
A Stains, la nomination d'un gendarme au poste de proviseur adjoint d'un lycée passe mal, il est chargé de la sécurité après de nombreuses violences aux abords de l'établissement. Les enseignants dénoncent "l'infiltration" d'une force armée, leur inquiétude est-elle vraiment injustifiée ?

LAURENT NUNEZ
Alors, leur inquiétude est totalement injustifiée à mes yeux. Enfin, nous avons un ancien militaire de gendarmerie, qui va travailler pour l'Education nationale, pour avoir plutôt en charge…

AUDREY CRESPO-MARA
Proviseur adjoint.

LAURENT NUNEZ
Pour avoir plutôt en charge les questions de sécurité, d'après ce qu'on m'a dit, mais enfin c'est un proviseur adjoint, il va exercer des fonctions au sein de l'Education nationale. Vous savez, les relations entre les forces de l'ordre et l'Education nationale elles existent depuis longtemps, et les choses se passent bien, et donc il n'y a pas de difficulté particulière, et je suis un peu surpris de cette réaction, mais, voilà, j'en prends note.

AUDREY CRESPO-MARA
Est-ce que vous croyez qu'il faut mettre des policiers, des gendarmes, dans les écoles pour assurer le maintien de l'ordre aujourd'hui ?

LAURENT NUNEZ
Ecoutez, Christophe CASTANER a précisé cette proposition, qui encore une fois est à l'étude…

AUDREY CRESPO-MARA
Qui est imprécise, une permanence pas permanente…

LAURENT NUNEZ
Non, non, il n'a pas du tout été imprécis, il a bien précisé que d'abord c'était déjà le cas, qu'il y a déjà des permanences dans les écoles, et il a bien précisé que ce serait à la demande du chef d'établissement, quand il y a des tensions, ponctuellement, qu'on puisse avoir des interventions au sein des établissements scolaires. Il n'y a rien de choquant là-dedans. Vous savez, il y a beaucoup de membres de la communauté éducative, des communautés éducatives, qui le demandent en réalité. Donc voilà, cette proposition elle est à l'étude et le plan de lutte contre les violences scolaires sera annoncé à la mi-décembre par le gouvernement.

AUDREY CRESPO-MARA
Il y a assez d'effectifs pour faire intervenir des policiers, des gendarmes, dans les écoles ?

LAURENT NUNEZ
Ponctuellement oui, il y a assez d'effectifs, mais on n'aura pas des policiers, des gendarmes, dans tous les établissements, ce n'est pas du tout la demande et ce n'est pas du tout notre souhait. Encore une fois, ce ne sont que des interventions ponctuelles, sur des durées de temps limitées, là où il y aura des tensions, et, encore une fois, cette mesure n'est pas encore arrêtée définitivement.

AUDREY CRESPO-MARA
Laurent NUNEZ, lors de vos premières visites sur le terrain en tant que bras droit de Christophe CASTANER, vous vous êtes rendu à la frontière franco-espagnole par où arrivent désormais les migrants, vos services ont refoulé 6000 migrants depuis le début de l'année, un chiffre en hausse de 60 %. Savez-vous combien entrent, désormais, via l'Espagne ?

LAURENT NUNEZ
Alors, via l'Espagne on a un déplacement effectivement du flux de migrants, qui porte moins sur l'Italie, c'était à peu près équivalent sur la Grèce, mais en Espagne, effectivement, une augmentation beaucoup plus importante, ce qui nous a conduit à renforcer le dispositif de surveillance des frontières, avec des effectifs supplémentaires qui ont été affectés là-bas, d'ailleurs je m'y suis rendu, et Christophe CASTANER il a souhaité… il y a tous les effectifs de la PAF locaux, plus une unité de forces mobiles qui est dédiée à cela, mais surtout nous allons travailler avec les Espagnols, c'est ça qui est important, de pouvoir travailler à mieux réguler les flux ensemble, avec les pays de transit, et surtout les pays d'origine.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci Laurent NUNEZ, merci d'avoir accordé votre première interview à Europe 1.


source : Service d'information du Gouvernement, le 6 novembre 2018

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