Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec BFMTV le 5 novembre 2018, sur le prix des carburants, la politique de l'énergie et sur la taxation des grandes entreprises d'Internet. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec BFMTV le 5 novembre 2018, sur le prix des carburants, la politique de l'énergie et sur la taxation des grandes entreprises d'Internet.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances;

ti :


JEAN-JACQUES BOURDIN
Bruno LE MAIRE, bonjour.

BRUNO LE MAIRE, MINISTRE DE L'ECONOMIE ET DES FINANCES
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Question simple : est-ce que la hausse des taxes sur les carburants prévue le 1er janvier sera suspendue ?

BRUNO LE MAIRE
Non, elle ne sera pas suspendue parce qu'on ne suspend pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de moratoire ?

BRUNO LE MAIRE
Pas de moratoire. On ne suspend pas la transition écologique, la conversion du parc automobile français qui est nécessaire. Ça doit se faire en accompagnant les Français parce que, croyez-moi, j'étais dans le Gers ce week-end et j'en ai entendu des Français de la ruralité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'imagine.

BRUNO LE MAIRE
Qui prennent leur voiture, qui ne peuvent pas faire autrement. Je pense à un de mes amis proches, il s'appelle William, il est agriculteur dans le Gers ; je suis sûr qu'il nous écoute actuellement. J'entends déjà son coup de gueule me disant : « Là quand même, vous y allez un peu fort. Nous, on a du mal à se déplacer. On n'a pas d'autre choix que de prendre notre voiture et le plein à la pompe a fortement augmenté. » Mais la bonne solution, ça n'est pas de revenir en arrière sur cette transition : c'est de l'accompagner et de poursuivre cette transition. L'accompagner, c'est ce que nous faisons sur la prime à la conversion et je souhaite qu'elle augmente, cette prime à la conversion. Je souhaite qu'elle puisse toucher le plus grand nombre de véhicules possible, y compris des véhicules qui ne coûtent pas trop cher. C'est ce qu'on négocie avec les constructeurs. L'accompagner, c'est maintenir le crédit impôt à la transition énergétique comme nous le faisons. L'accompagner, c'est les propositions des présidents de région. J'ai entendu des propositions de Xavier BERTRAND sur ce sujet, elles sont intéressantes. Mais nous ne devons pas renoncer à notre objectif qui est d'avoir des transports moins polluants. On doit changer et on doit changer maintenant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très bien. Ce préambule fait, nous allons entrer dans le détail. Donc si j'ai bien compris, ces taxes sur le carburant qui représentent à peu près 60 % du coût du carburant, on est bien d'accord…

BRUNO LE MAIRE
Du carburant. Et d'ailleurs, d'autres que nous ont augmenté la TCIPE dans le passé mais ils avaient plus de chance : le prix du baril avait baissé donc ça s'est moins vu. Mais ils ont fait exactement la même politique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors imaginons un baril à cent dollars. Là, c'est la catastrophe.

BRUNO LE MAIRE
Pour l'instant, nous n'en sommes pas là. On est autour de 70 dollars le baril.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais le risque existe.

BRUNO LE MAIRE
Oui, le risque existe mais nous sommes là d'abord pour réussir cette transition écologique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon. Alors les taxes rapportent combien ?

BRUNO LE MAIRE
D'ailleurs, Jean-Jacques BOURDIN, j'observerai justement au passage que si on ne veut plus dépendre de cette augmentation des prix du baril en permanence qui nous expose justement à des coûts pour les Français qui sont prohibitifs et des coûts pour notre économie qui sont prohibitifs, il faut accélérer cette transition écologique et accélérer notre indépendance par rapport aux énergies fossiles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Alors là, je vais y revenir parce que là, on n'accélère pas toujours.

BRUNO LE MAIRE
On y reviendra.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les taxes rapportent 37 d'euros ; on est bien d'accord.

BRUNO LE MAIRE
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
37 milliards d'euros, 17 milliards pour l'Etat.

BRUNO LE MAIRE
Ça dépend. Il y a la TVA, il y a la TICPE, il y a différentes taxes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. A propos de la TVA, ça veut dire qu'on paye aussi de la TVA sur la taxe. C'est-à-dire qu'on paye de l'impôt sur l'impôt. Ça, c'est quand même…

BRUNO LE MAIRE
C'est vrai pour n'importe quel produit de consommation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord.

BRUNO LE MAIRE
L'essence n'est pas un produit de consommation miracle à part. Il paye la TVA comme n'importe quel autre produit de consommation. La TVA sur le litre d'essence est à 20 %. Vous y rajoutez la TICPE et cette TICPE était différenciée jusqu'à présent entre l'essence et le diesel. Elle était moins élevée pour le diesel. Nous faisons la convergence de cette TICPE sur le diesel par rapport à l'essence parce que tout simplement, il n'y a aucune raison de favoriser le diesel. Le diesel émet des particules fines, il est nocif pour la santé. Pourquoi est-ce qu'on subventionnerait un carburant qui est nocif pour la santé ? Je rappelle au passage que tous les principaux candidats à l'élection présidentielle en 2017 avaient proposé cette convergence de la TICPE sur le diesel et sur l'essence, preuve que ça devrait être un choix collectif et un choix assumé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc 17 milliards sur les 37 pour l'Etat, on est bien d'accord, à peu près. 12 milliards pour les collectivités locales, on est bien d'accord.

BRUNO LE MAIRE
Oui, la TICPE.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un milliard et demi, infrastructures, transports et sept milliards et demi pour la transition énergétique ; c'est cela ?

BRUNO LE MAIRE
Vous avez aujourd'hui sur la TICPE, on va être très précis, 3,7 milliards de plus grâce à cette convergence entre la fiscalité du diesel et la fiscalité de l'essence. Ça, c'est le chiffre brut : 3,7 milliards qui sont dans la trajectoire budgétaire. Donc dans les prévisions budgétaires de l'Etat, nous aurons grâce à cette convergence 3,7 milliards de plus dans les caisses de l'Etat. Certains d'ailleurs au passage nous disent : « Ça va être beaucoup plus que 3,7 milliards à cause de ces augmentations des prix de l'essence. » Moi, je suis tout à fait prêt à faire la transparence sur les recettes fiscales supplémentaires de TICPE que l'Etat aurait touchées en 2018…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça c'est l'un des vrais problèmes, la transparence. Vous n'avez pas expliqué à quoi servait l'argent de la taxe.

BRUNO LE MAIRE
Mais bien sûr. C'est pour cela que je vous le dis, Jean-Jacques BOURDIN. S'il y a des interrogations chez les Français qui se disent : « Mais est-ce que vous n'avez pas touché beaucoup plus que ces 3,7 milliards ? », je suis prêt à faire la transparence sur les recettes fiscales supplémentaires de TICPE en 2018 pour que tous les Français sachent exactement ce qui est rentré dans les caisses de l'Etat. Ensuite, qu'est-ce qu'on finance avec ça ? On finance la prime à la conversion, on est prêt à l'augmenter. Nous finançons les crédits impôts à transition écologique. On l'a étendu par exemple à la dépose des cuves à fioul. C'est-à-dire que si vous changez votre cuve à fioul, vous avez maintenant un crédit d'impôt. Il est financé notamment par ces 3,7 milliards. Donc ne croyons pas que ces 3,7 milliards vont direct dans la poche de l'Etat, ils sont là aussi pour favoriser la transition écologique de la France qui est indispensable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors je vais revenir sur la transition écologique.

BRUNO LE MAIRE
Mais qu'il y ait besoin de transparence, vous avez insisté là-dessus, je suis tout à fait d'accord et, je le redis, nous ferons la transparence sur ces recettes fiscales de TICPE.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous m'avez dit 3,7 milliards, on est bien d'accord, on est bien d'accord sur 37 milliards. Sur 37 milliards.

BRUNO LE MAIRE
Parce qu'il y a la TVA, parce qu'il y a d'autres fiscalités mais aujourd'hui la fiscalité qui est mise en cause…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il est dommage d'ailleurs que tout cet argent des taxes n'aille pas à la conversion écologique.

BRUNO LE MAIRE
Mais François de RUGY vous dirait qu'il a un budget de 34 milliards d'euros. Nous consacrons un milliard d'euros de plus l'année prochaine à cette transition écologique. On peut toujours faire mieux, j'en suis le premier convaincu. Mais reconnaissons qu'il y a un effort fait par l'Etat pour accompagner les Français, pour leur permettre d'avoir des véhicules moins polluants, pour leur permettre d'aménager leur domicile, leur maison de façon à ce qu'elle consomme moins d'énergie, qui est un effort puissant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Je vais y venir, les prix à la conversion, je vais y venir. J'ai besoin de précisions.

BRUNO LE MAIRE
Mais je vous apporterai toutes les précisions possibles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'imagine. Oui ou non faut-il organiser la sortie des énergies fossiles, oui ou non ?

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, il faut organiser la sortie des énergies fossiles. C'est l'objectif de long terme. C'est-à-dire qu'il faut être le moins dépendant possible d'une énergie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors TOTAL qui veut forer au large de la Guyane pour aller chercher du pétrole, c'est totalement inapproprié.

BRUNO LE MAIRE
Je vous dis qu'à long terme, nous devons être le plus indépendants possible par rapport à ces énergies fossiles. Parce que ces débats, c'est quasiment des débats qu'on avait aussi dans les années 70. Quand on a eu le choc pétrolier, on s'est aperçu que notre indépendance était menacée par l'augmentation très puissante du coût du pétrole.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors est-ce vous allez suspendre ce programme de TOTAL ? Est-ce que vous allez suspendre ce programme ?

BRUNO LE MAIRE
Mais ce n'est pas ce qui est prévu. Laissons les compagnies qui ont déjà des contrats, qui sont en cours…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui travaillent dans le fossile, laissons-les continuer à forer…

BRUNO LE MAIRE
Pour tous les nouveaux contrats de forage, nous avons suspendu donc nous avons pris des décisions dans ce sens-là. Mais l'objectif de long terme…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Celui-là sera suspendu ?

BRUNO LE MAIRE
Pas celui-là, ce n'est pas ce qui est prévu. Mais sur le long terme - sur le long terme – nous allons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va aller forer ?

BRUNO LE MAIRE
Nous allons nous séparer des énergies fossiles. C'est l'objectif de long terme pour être moins dépendant possible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Là en l'occurrence, je referme la parenthèse, au large de la Guyane, près de récifs coralliens, nous irons forer.

BRUNO LE MAIRE
Je ne veux pas vous donner une réponse définitive sur ce sujet. Vous me le signalez, je regarderai de près.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous le connaissez.

BRUNO LE MAIRE
Mais je le connais. L'objectif de long terme, c'est bien d'être indépendant le plus possible par rapport aux énergies fossiles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais parce qu'on a souvent un double discours franchement. Je ne vous mets pas vous en cause mais tous les responsables politiques. Sur les questions écologiques, on a un double discours. D'un côté on dit : « Il faut absolument assurer la transition » et de l'autre, on ne l'assure pas vraiment la transition.

BRUNO LE MAIRE
Nous, non seulement nous n'avons pas un double discours Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si, là sur TOTAL. Par exemple sur ce forage, vous avez un double discours.

BRUNO LE MAIRE
Nous prenons des décisions. Nous, nous avons décidé de fermer toutes les centrales au charbon, ce n'est pas un double discours, c'est des décisions. Nous, nous disons qu'il faut que les Français dépensent moins et dépendent moins des carburants fossiles, essence ou diesel. Ce n'est pas des discours, c'est des décisions. C'est la prime à la conversion, c'est le soutien aux véhicules électriques, c'est le soutien aux véhicules hybrides rechargeables. Ce sont également des décisions. Nous, nous disons qu'il faut que nous consommions moins pour le chauffage et pour les maisons individuelles. Donc nous mettons en place ce crédit impôt transition énergétique ; nous le poursuivons alors qu'il devait être maintenu pour permettre à tous les ménages français de faire les travaux d'aménagement dans les meilleures conditions possibles. Donc il y a derrière beaucoup de décisions, et justement pas le double discours que j'entends chez certains qui vous expliquent que c'est absolument catastrophique, qu'il faut revenir en arrière et qu'on pénalise trop les Français. Ça, c'est le double discours. Nous, nous n'avons qu'un seul discours et une volonté : accélérer la transition énergétique de la France.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Prime à la conversion donc destinée à aider les automobilistes à choisir un véhicule plus propre ; on est bien d'accord.

BRUNO LE MAIRE
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est 2500 euros, jusqu'à 2500 euros ; on est bien d'accord.

BRUNO LE MAIRE
Jusqu'à 2 500 euros. Je rappelle que c'est doublé pour les ménages qui ne sont pas soumis à l'impôt sur le revenu. C'est 1000 euros pour ceux qui sont soumis à l'impôt sur le revenu, 2 000 euros pour les ménages qui ne payent pas l'impôt sur le revenu. Ça touche principalement les foyers les plus modestes. Ça touche principalement les gens qui sont en dehors de l'Ile-de-France et ça marche tellement bien qu'on en a fait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais encore faut-il avoir les moyens de changer sa voiture, son véhicule, Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
250 000 en 2018 et je pense que nous dépasserons largement l'objectif des 500 000 véhicules qui était l'objectif fixé pour le quinquennat. Et si jamais nous dépassons ces 500 000, il faudra trouver les moyens nécessaires pour que nous puissions continuer à accompagner cette conversion. Alors on ne peut pas me dire : « Ce n'est pas possible pour les gens, ils n'y arrivent pas » et en même temps, quand on voit les chiffres, voir que ça marche encore mieux que ce qu'on avait prévu. La réalité, c'est que si on accompagne les Français, ils sont prêts à cette conversion écologique. Ils la veulent. Ils veulent avoir un environnement plus propre, des transports moins polluants et des véhicules qui soient les moins polluants possible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors si les France sont prêts, si j'ai bien compris, la colère du 17 novembre est irrationnelle. Elle est irrationnelle à vos yeux ?

BRUNO LE MAIRE
Mais elle n'est pas irrationnelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle est quoi alors ?

BRUNO LE MAIRE
La personne qui est obligée chaque matin de prendre son véhicule, je le vois dans ma circonscription de l'Eure, et qui fait 80 kilomètres aller/retour…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous la comprenez ?

BRUNO LE MAIRE
Mais nous sommes tous des automobilistes, Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

BRUNO LE MAIRE
Nous sommes tous des automobilistes. Quand j'entends certains nous dire qu'on est tous à l'arrière de notre voiture avec notre chauffeur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On entend certains dire : « De toute façon, lui ne paye pas le plein. »

BRUNO LE MAIRE
Moi, je le paye mon plein et je sais que dans ma 5008 essence, parce que j'ai changé de véhicule : j'avais une 5008 diesel, je suis passé à 5008 essence, justement parce que je ne voulais pas un véhicule qui émette trop de particules fines. Et je vois bien que le plein de ma 5008 essence, qui représente environ 50 litres, avant c'était 68, 69, 70 euros ; maintenant je frôle les 80 euros. Et quand je me transporte avec ma famille et que je vais à la pompe, surtout sur une aire d'autoroute ou l'essence est plus chère, je m'aperçois bien que ça coûte cher. Mais ce que je vois aussi, c'est que si on offre la possibilité aux Français de changer de véhicule et qu'on fait attention à ce que ce soient des véhicules pas trop chers - l'hybride rechargeable restera encore trop cher - il faut que ce soient des véhicules d'occasion aussi. Il faut que ce soient des véhicules de petites cylindrées. Il faut que ce soient des petits véhicules qui ne coûtent pas cher. Il faut que ce soit accessible au plus grand nombre de Français possible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, j'ai compris. Mais vous avez réuni…

BRUNO LE MAIRE
Je vous le redis : nous sommes tous des automobilistes. Les Français aiment la voiture et j'aime la voiture.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous avez réuni les constructeurs français et étrangers.

BRUNO LE MAIRE
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous leur demandez d'abonder les aides offertes par l'Etat. J'avais un représentant des constructeurs, c'était le représentant des constructeurs français, vendredi matin sur l'antenne de RMC qui m'a dit : « On va au moins doubler certains. Sur certains modèles, on doublera les primes. » Vous allez doubler ? C'est ce que vous leur demandez ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, mais ça ne me suffit pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'est-ce que vous leur demandez ce matin ?

BRUNO LE MAIRE
Vous me demandez des détails et des précisions. Vous avez raison, le diable est dans les détails. Si on double la prime à la conversion uniquement pour les véhicules hybrides rechargeables, quand vous prenez PEUGEOT qui va lancer une formidable gamme d'hybrides rechargeables, notamment sur le véhicule 3008 et sur le véhicule 508, c'est des véhicules qui sont très chers. Ça va débarquer environ à 23 000, 25 000 euros. C'est beaucoup trop cher. Donc d'abord, je veux qu'il y ait l'occasion qui puisse être dedans, parce que ça c'est plus accessible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et l'occasion sera dedans ? Les constructeurs vous ont dit oui ?

BRUNO LE MAIRE
Ils ne m'ont pas encore dit oui, mais on négocie justement. C'est l'objet de notre négociation. Je ne veux pas qu'il y ait uniquement les véhicules neufs parce que la prime à la conversion, ce n'est pas uniquement pour lancer les nouveaux modèles des constructeurs automobiles. C'est surtout pour accompagner les Français. Donc ça doit concerner aussi les véhicules d'occasion, et puis je souhaite que ça puisse concerner les véhicules de très petites cylindrées, y compris à moteur thermique, qui polluent moins que d'autres véhicules. Parce que ça, c'est qu'il y a de plus accessible pour les Français et que pour beaucoup de Français, je sais que l'hybride rechargeable ou l'électrique, soit ça ne convient pas à leurs besoins de déplacements, soit ça restera trop cher. C'est la négociation que je conduis aujourd'hui avec les constructeurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une question toute simple et vous y avez partiellement répondu tout à l'heure. En fait, cet argent des taxes, ça sert à rééquilibrer le budget de l'Etat franchement, Bruno LE MAIRE. Oui, ça sert à équilibrer le budget de l'Etat, l'argent des taxes sur les carburants.

BRUNO LE MAIRE
L'argent de la TICPE, l'argent de la TVA sur les carburants, c'est ce qui nous permet de financer toutes les mesures nouvelles que nous avons prises pour la transition écologique, et je vous redonne cet exemple…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pas que, mais pas que.

BRUNO LE MAIRE
Je vous redonne cet exemple. Je vous dis, le débat devant lequel nous allons nous trouver très rapidement, c'est que nous allons dépasser très rapidement les 250 000 véhicules qui vont bénéficier de la prime à la conversion, puisque ça marche beaucoup mieux que prévu. Qu'est-ce qu'on fait ? On s'arrête alors que c'est un dispositif qui marche ou continue ? Moi, je souhaite qu'on puisse maintenir la prime à la conversion, aller plus vite si possible, toucher un plus grand nombre de véhicules - c'est la négociation que j'ai aujourd'hui avec les constructeurs automobiles - et maintenir cette prime dans le temps. Il faudra bien la financer, cette prime à la conversion.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

BRUNO LE MAIRE
Comment voulez-vous la financer si vous suspendez les produits de la fiscalité ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est d'accord. Bien, Bruno LE MAIRE, vous me parlez beaucoup de conversion écologique. Beaucoup, beaucoup.

BRUNO LE MAIRE
Oui, parce que j'y crois et je pense que c'est indispensable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'énergie renouvelable, on a pris un retard considérable en France. On ne tiendra pas nos objectifs. On ne tiendra pas nos objectifs, on est bien d'accord ?

BRUNO LE MAIRE
On a pris du retard mais ce retard, nous voulons le combler. C'est bien pour ça que nous n'allons pas changer de politique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
32 % des renouvelables en 2030, c'est l'objectif.

BRUNO LE MAIRE
C'est l'objectif mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que nous n'atteindrons pas dans deux ans.

BRUNO LE MAIRE
Comment est-ce que l'on peut accélérer cet objectif ? Justement en maintenant une politique continue et constante. Ensuite, en développant de nouvelles énergies renouvelables, je pense en particulier à l'éolien offshore. Regardez, le Premier ministre a annoncé il y a quelques mois que nous allions ouvrir six champs éoliens offshore, en ayant renégocié les tarifs pour que ça ne coûte pas trop cher aux contribuables. Parce que les énergies renouvelables, c'est très bien, il faut accélérer leur déploiement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça coûte de moins en moins cher.

BRUNO LE MAIRE
Ça coûte de moins en moins mais faisons très attention à ce qu'on ne fasse pas exploser le prix de l'électricité pour les Français. Parce que c'est bien ça, l'équilibre qu'il faut trouver : déployer des énergies renouvelables, accélérer ce déploiement, mais que sur la facture d'électricité des Français, nous gardions une électricité qui soit peu chère pour les ménages français…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous étions en tête dans les années 70…

BRUNO LE MAIRE
Et peu chère pour les entreprises, parce que c'est un atout de compétitivité majeur de nos entreprises.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors on attend la programmation pluriannuelle de l'énergie ; c'est pour quand ?

BRUNO LE MAIRE
Quelques semaines, quelques mois. Encore un peu de patience.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelques mois ?

BRUNO LE MAIRE
Disons quelques semaines, je vous rassure.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelques semaines, bon.

BRUNO LE MAIRE
On y travaille beaucoup en tout cas avec le Premier ministre, avec le président de la République, avec François de RUGY. Ce sont de longs débats.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous souhaitez le maintien d'une filière nucléaire compétitive.

BRUNO LE MAIRE
Oui, je vous le redis. Je pense que c'est essentiel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est essentiel. Ça veut dire quoi ça, le maintien ? Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on ne ferme pas de réacteurs ? Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on ne s'interdit pas de construire de nouveaux EPR ?

BRUNO LE MAIRE
Ça veut dire une première chose qu'on oublie trop souvent : ça veut dire le maintien des compétences. Parce qu'aujourd'hui, quand vous cherchez un soudeur dans le domaine nucléaire ou un chaudronnier, vous avez du mal à le trouver. Quand vous regardez les filières de formation, il n'y a quasiment aucun jeune qui veut s'engager là-dedans parce qu'ils disent : « Le nucléaire, ça va disparaître. » Donc la première urgence, c'est de relancer les filières de formation dans le secteur nucléaire pour qu'on garde un savoir-faire, un niveau de compétences de niveau mondial au plus haut niveau. Ça, c'est la première urgence. La deuxième, si on veut maintenir une filière nucléaire, c'est effectivement ne pas fermer un nombre trop important de réacteurs avant leur fameuse visite décennale. C'est ma position, chacun le sait. Je pense qu'à partir du moment où une énergie est compétitive et des réacteurs sont efficaces, il faut tout simplement amortir ces réacteurs. Après, chacun prendra position. Le Premier ministre et le président de la République arbitreront.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sauf que l'argent consacré au nucléaire n'est pas consacré au renouvelable, on est bien d'accord, et notamment…

BRUNO LE MAIRE
Jean-Jacques BOURDIN, ce n'est pas de l'argent que l'on consacre. C'est des réacteurs qui fonctionnent, dont l'ASN, l'Autorité de sûreté nucléaire, doit évidemment nous garantir la sûreté. Mais si l'ASN nous garantit la sûreté de ces réacteurs, moi ma position de ministre de l'Economie et des Finances, c'est qu'il ne serait pas responsable de multiplier les fermetures de réacteurs quand ces réacteurs sont sûrs et qui nous garantissent une énergie faiblement carbonée - je le rappelle – et un coût qui est très compétitif. Et puis, la troisième condition après la formation et la question des réacteurs qui sont déjà en fonction, c'est de savoir ce qu'on fait sur l'EPR. Là, la sagesse demande d'attendre de voir quel sera le résultat l'EPR de Flamanville qui est le premier EPR qui va être développé en France. Donc une décision définitive pour moi ne peut pas être prise avant que l'EPR de Flamanville n'ait apporté la preuve de son efficacité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas avant 2020, 2021.

BRUNO LE MAIRE
Si tous débutent 2019. Donc voilà pour moi ce qui permettra de garantir une filière nucléaire compétitive, qui est un atout pour le pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. 11 milliards au lieu de 3, je le rappelle Flamanville. 11 milliards d'euros au lieu de 3. Un mot, parce qu'aujourd'hui c'est à Bruxelles la réunion importante sur les GAFA et la taxation du chiffre d'affaires des GAFA. Ou est-ce que vous en êtes ? Je crois que l'Allemagne rechigne toujours. Vous avez vu le ministre allemand hier, avant-hier.

BRUNO LE MAIRE
Oui. On a eu une grande discussion avec le ministre des Finances allemand et nous sommes décidés à trouver une solution ensemble. Aujourd'hui, nous n'avons pas de solution ; soyons très clairs. Entre l'Allemagne et la France, nous n'avons pas encore trouvé le point d'atterrissage qui permettrait d'avoir une décision d'ici décembre. Nous, nous voulons, et le président de la République l'a dit à plusieurs reprises, une taxation décidée en décembre sur la base d'un texte formel qui prévoit exactement comment est-ce qu'on taxera les GOOGLE, AMAZON et FACEBOOK, avec une entrée en vigueur dont la date peut être décidée ultérieurement. Ce qui compte pour nous, c'est que la décision soit prise fin décembre. Aujourd'hui, mon homologue allemand Olaf SCHOLZ n'est pas en mesure de m'apporter une réponse positive sur cette position.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Allemagne dit toujours non.

BRUNO LE MAIRE
L'Allemagne pour le moment dit non. Mais l'Allemagne me dit également : « Nous allons continuer à travailler. Nous allons utiliser toutes les prochaines semaines. Nous voulons en accord avec la France sur ce sujet. » Voilà ce que m'a dit mot pour mot mon homologue allemand ministre des Finances Olaf SCHOLZ. Et je pense que c'est un signal positif, que d'avoir une Allemagne qui a des difficultés techniques sur lesquelles je ne vais pas rentrer dans le détail, mais qui est prête à se battre dans les semaines qui viennent pour que début décembre, à la prochaine réunion des ministres des Finances avant le Conseil européen de décembre, nous ayons un accord franco-allemand sur ce sujet. Je suis persuadé qu'on va y parvenir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Bruno LE MAIRE d'être venu nous voir.

BRUNO LE MAIRE
Merci Jean-Jacques BOURDIN.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 novembre 2018

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