Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la jeunesse à CNews le 6 novembre 2018, sur la violence et la sécurité à l'école. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la jeunesse à CNews le 6 novembre 2018, sur la violence et la sécurité à l'école.

Personnalité, fonction : ATTAL Gabriel, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la jeunesse;

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ROMAIN DESARBRES
Et tout de suite on retrouve Jean-Pierre ELKABBACH qui interroge, interview ce matin Gabriel ATTAL, secrétaire d'Etat à l'Education nationale et à la Jeunesse. Il va être question évidemment du Service national universel, mais pas uniquement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenue Gabriel ATTAL, merci d'être avec nous et bonjour.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Y-a-t-il encore des survivants à Marseille ? C'est à la fois l'urgence et les recherches sous les décombres, c'est la question qui est dramatique et qui est importante. Mais il y a d'autres immeubles de Marseille qui seraient aujourd'hui menacés de s'écrouler. Comment est-ce possible encore aujourd'hui ?

GABRIEL ATTAL
On a un habitat en France qui est dégradé, et c'est un constat qu'a fait le président MACRON pendant la campagne présidentielle, et c'est ce sur quoi travaille le gouvernement et le ministre Julien DENORMANDIE depuis maintenant un an. Il se trouve qu'il y a 3 semaines il a lancé une grande offensive sur ce sur ce sujet.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il était à Marseille, je me rappelle bien.

GABRIEL ATTAL
Il y a 3 semaines oui, sur ce sujet-là, sur le sujet des grandes copros, notamment dégradés, insalubres…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Copro, c'est-à-dire copropriétés ?

GABRIEL ATTAL
Copropriétés, insalubres et dégradées. Il y a un travail qui a été fait, qui n'avait jamais été fait, c'est de recenser l'ensemble des logements qui sont concernés, qui peuvent être dans des copropriétés dégradées ou insalubres. 56 000 qui ont été recensées par Julien DENORMANDIE et par le ministère.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
56 000, c'est-à-dire 56 000 familles qui y habitent.

GABRIEL ATTAL
56 000 logements qui sont concernés. Et donc il y a 14 territoires prioritaires, Marseille en fait partie, Grigny en fait partie et Julien DENORMANDIE sera ce matin à Grigny. A partir de là, la question c'est : qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce qu'on fait ? On a 3 milliards d'euros qui vont être mobilisés dans les 5 à 10 années à venir justement pour rénover ces logements. Qu'est-ce qu'on fait ? C'est la loi logement. On a mis en place un avis simple des architectes des Bâtiments de France, pour rénover, pour détruire les bâtiments qui doivent être…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais c'est bien beau, mais qu'est-ce qu'on fait, là, maintenant ? Parce qu'il y a des enquêtes qui démontrent depuis longtemps l'aspect vétuste et périlleux de certains immeubles…

GABRIEL ATTAL
Bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
... et ils sont encore habités, d'où la colère des riverains à Marseille.

GABRIEL ATTAL
Bien sûr, mais moi je l'entends, mais on agit depuis maintenant plus d'un an sur ce sujet-là. D'abord il fallait recenser l'ensemble des logements concernés. Ça a été fait. Ensuite il fallait mettre en place des procédures pour faire en sorte de répondre à cette urgence. Loi logement avec l'avis simple des architectes des Bâtiments de France pour pouvoir agir plus vite, et surtout traiter les marchands de sommeil, ces barbares qui exploitent la misère.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
56 000 logements et ensembles, qui sont délabrés, indignes de notre époque, qu'est-ce qu'on en fait ? On les détruit ? On les démolit ? On les réhabilite ? Qu'est-ce qu'on en fait ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien justement, on recense ces logements pour voir s'il faut les détruire, s'il faut les réhabiliter, c'est ce qu'on est en train de faire, et on met les moyens sur la table. 3 milliards d'euros dans les 5 à 10 ans à venir pour les rénover ou détruire ce qui doit être détruit, c'est un engagement, un investissement majeur de l'Etat. Et ça Julien DENORMANDIE le porte, jamais un ministre du Logement n'avait porté une telle politique de lutte contre l'habitat insalubre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, mais est-ce que ça peut empêcher l'écroulement, l'effondrement de nouveaux immeubles à Marseille et d'autres villes du territoire français ?

GABRIEL ATTAL
Mais, c'est évidemment l'objectif.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il faut aller vite.

GABRIEL ATTAL
Il faut aller vite, mais c'est pour ça qu'on travaille depuis un an, c'est pour ça que ces logements ont été recensés et c'est pour ça que maintenant on agit. Et encore une fois, le ministre à Grigny ce matin, où il y a aussi des logements insalubres ou dangereux, pour agir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voilà. Mais vous avez entendu Jean-Luc MELENCHON, ça a été tout de suite à peu près : « c'est la faute à MACRON ».

GABRIEL ATTAL
Tout de suite de la récup, tout de suite de l'incantation, tout de suite des slogans. Les slogans ils n'ont jamais sauvé des vies, ils n'ont jamais changé la vie des Français. Nous on agit. Ça fait un an que le gouvernement agit, encore une fois on met l'argent sur la table, on met les procédures sur la table.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ce n'est pas aussi une faute des élus de Marseille, quels qu'ils soient, quelles que soient leurs étiquettes politiques ?

GABRIEL ATTAL
Je ne jette la pierre à personne, et je trouve ça très tôt, j'entends beaucoup de gens qui jettent la pierre aux élus Marseillais, moi je ne me permettrais pas ça, tout simplement parce qu'on ne connaît pas encore exactement la situation historique de ces bâtiments.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et les marchands de sommeil, vous avez commencé à en parler, Julien DENORMANDIE leur promet le même sort qu'aux trafiquants de drogue. Alors on a envie de dire : quand on les arrête ? Quand les juge ? Quand on les condamne ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien on a prévu tout ça dans la Loi logement, avec un alourdissement des sanctions, avec des capacités d'intervention plus fortes et donc il y a une mobilisation qui a été lancée par les services de l'Etat pour lutter contre les marchands de sommeil…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comme des trafiquants de drogue !

GABRIEL ATTAL
Comme des trafiquants de drogue, parce que c'est ce qu'ils font, ils trafiquent la vie humaine, ils jouent la vie humaine et ils cherchent à faire de l'argent, à tirer des bénéfices de la détresse humaine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Aujourd'hui Verdun et Reims, Emmanuel MACRON s'est engagé dans la conquête ou la reconquête de l'opinion. Pourquoi si vite, cet apparent désamour, qu'est ce qui ne marche pas ?

GABRIEL ATTAL
Moi je ne constate pas ça sur le terrain.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah oui, non mais les Français vous les entendez.

GABRIEL ATTAL
Mais je les entends, je les entends, j'ai été élu sur une circonscription, sur laquelle, même si je suis ministre, je continue à aller…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais depuis quand ? Depuis quand il y des dysfonctionnements ? Depuis quand ça ne marche pas ? Même personnellement.

GABRIEL ATTAL
De toute façon, quand vous commencez à agir, quand vous commencez à transformer le pays, on l'a vu avec la réforme de la SNCF, on l'a vu avec les ordonnances travail, vous bousculer un certain nombre de conservatismes et vous avez des personnes qui vont sur les plateaux télé, qui expliquent qu'il ne faut rien bouger, qu'il ne faut rien faire. Moi, ce que je constate sur le terrain c'est qu'il n'y a pas de désamour. Sur le terrain il y a une attente, il y a des inquiétudes, il y a parfois des angoisses et des craintes, il faut y répondre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais on ne le croit plus, votre équipe et lui-même, capables de donner les solutions auxquels les Français croyaient arriver avec son installation à l'Elysée.

GABRIEL ATTAL
Je ne crois pas du tout à ça. Moi ce que je rencontre, c'est des Français qui sont prêts à donner du temps…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On choisit les Français que vous rencontrez ?

GABRIEL ATTAL
Non, je ne choisis pas les Français, mais encore une fois je vous dis, il y a des craintes, il y a des inquiétudes, il y a même parfois des critiques sur ce qui est fait, mais la question c'est de tenir le cap. On ne va pas se mettre à dévier d'un cap parce que, sous la pression de certains sondages ou de certains commentateurs on va nous expliquer qu'il faut reculer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, oui, c'est-à-dire que plus il sera impopulaire plus il montrera qu'il réforme le pays, comme dit Jacques ATTALI. Mais, comment vraiment, j'ai envie de dire, écouter les peuples pour mieux les conduire, quand on répète, et vous le dites aussi : j'assume, je maintiens le cap, je ne lâcherai rien. C'est ressenti comme des provocations. ?

GABRIEL ATTAL
Non, je ne crois pas, mais vous savez des précédents présidents de la République on fait mine d'entendre le peuple, ils ont fait mine de changer leur politique, de zigzaguer. Est-ce que ça a aidé le peuple ? Est-ce que ça les a aidés eux ? Non, on a vu le résultat.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça n'est pas vrai, ça n'est pas vrai.

GABRIEL ATTAL
Si.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le Général de GAULLE lui-même savait tenir compte des opinions, vous me direz qu'il y a longtemps…

GABRIEL ATTAL
Là vous remontez un peu plus loin que ce que à quoi je faisais référence.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Début de la Vème République et c'est aussi une des références du président de la République. Alors le Général de GAULLE lui-même tenait compte des rapports de force et de l'état de l'opinion. Est-ce que c'est déshonorant de dire, sans aller dire « je me suis trompé », mais « je corrige, je réajuste » ?

GABRIEL ATTAL
Non, déjà, j'entends, le président de la République l'a dit dans son interview hier, j'entends les inquiétudes, j'entends les doutes, mais…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais je maintiens.

GABRIEL ATTAL
On tient le cap. Oui, mais ça ne veut pas dire que l'on n'entend pas les inquiétudes et qu'on n'adapte pas. Exemple, sur la question du prix du carburant, il a demandé au gouvernement de faire des propositions pour ces Français n'ont pas le choix de prendre leur voiture, pour aller au travail notamment.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va y arriver. Aujourd'hui il va seront donc à Verdun, à Reims avec le président du Mali, sur la Crête des Eparges, où a eu lieu en 1915, en avril, la bataille des frontières, qui vit des milliers et des milliers de morts, racontée par l'écrivain Maurice GENEVOIX, « Ceux de 14 ». Ecoutez la voix et le visage de GENEVOIX, que nous avons trouvés grâce à l'Ina.

MAURICE GENEVOIX, ECRIVAIN
Nous vivions tellement d'ignominies, d'abominations, que la mémoire des hommes en restera imprégnée à jamais, et diraient, que les hommes diraient en conséquence « plus jamais ça ». Il est tombé 20 000 tués, 20 000, ça fait à peu près, un peu moins de 20 cadavres au mètre courant. Là on voyait très bien nos soldats sortir de leurs tranchées, ces figurines vous savez comme au jeu de massacre, qui tombaient, tombaient, tombaient.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voilà pourquoi à Maurice GENEVOIX fait figure ou représente certaines des figures héroïques et exemplaires d'Emmanuel MACRON, et il devrait entrer au Panthéon. Le président de la République rend hommage à la base, aux Poilus, aux soldats, aux combattants qui ont laissé leur vie, qui ont été blessés etc. Les historiens aujourd'hui mettent en accusation le commandement militaire qui n'avait pas de stratégie, qui donnait des ordres et des contre-ordres, j'ai envie de dire presque incohérents et criminels, ce que disait hier à votre place l'historien Stéphane AUDOIN-ROUZEAU écoutez-le.

STEPHANE AUDOIN-ROUZEAU, HISTORIEN, DIRECTEUR D'ETUDES A L'EHESS
On a longtemps mésestimé ce qu'était... le commandement en particulier n'a pas compris, pendant longtemps, ce que ça voulait dire que d'attaquer, il a fallu vraiment attendre, vraiment la dernière année de la guerre, à mon avis, pour que le commandement comprenne pleinement ce que signifiait au fond la défensive par rapport à l'offensive, et la supériorité de la défensive sur l'offensive, d'où tous les catastrophes. Dès la sortie de guerre on reconnaissait que la guerre avait été gagnée par les soldats et non pas par le commandement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que avec tant de morts et de blessés il faut honorer aujourd'hui la victoire des chefs militaires ?

GABRIEL ATTAL
Ce qu'il faut honorer c'est ceux qui sont tombés pour la France, c'est ce que fait Emmanuel MACRON, et puis il faut honorer la paix aussi, c'est important de le dire. On célèbre quoi ? Les 100 ans de l'Armistice. On célèbre aussi la paix et c'est ce que fait Emmanuel MACRON à l'occasion de son déplacement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, sur les carburants, il assume, il va le répéter tout à l'heure, sans doute sur Europe 1, la hausse de leur taxation, mais il souhaite des solutions innovantes. Lesquelles ? Donnez-moi des pistes.

GABRIEL ATTAL
On voit qu'on est à un moment de transition. Il faut sortir des énergies fossiles, parce qu'on voit que les Français sont dépendants de la géopolitique…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est le principe.

GABRIEL ATTAL
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais faites en sorte que cette transition ne soit pas punitive, comme dit Ségolène ROYAL, ou ne soit pas indolore, ou qu'elle soit indolore, ce qu'elle n'est pas.

GABRIEL ATTAL
Et c'est ce qu'on fait, c'est ce qu'on fait avec le Chèque énergie, c'est ce qu'on fait avec la Prime à la conversion. Alors, j'entends qu'il y a des Français qui disent : la Prime à la conversion c'est bien, mais moi je n'ai pas les moyens quand même de m'acheter une nouvelle voiture. Il se trouve que cette prime à la conversion…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ceux qui habitent les campagnes ?

GABRIEL ATTAL
Oui, mais il se trouve que cette prime à la conversion, 70 % des Français qui l'utilisent, c'est des Français non imposables et 90 % d'entre eux habitent hors de Paris, donc on voit bien qu'elle trouve son public. Mais là où vous avez raison, et ce que vous vous dites, c'est qu'il y a des Français qui n'ont pas le choix de prendre leur voiture. Moi je les entends. Il y a des Français qui pour aller à leur travail, tous les jours, doivent utiliser leur voiture et donc sont…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, et pour ceux-là ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien pour ceux-là, on a des ministres qui vont travailler dans les jours qui viennent, pour faire des propositions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il est temps.

GABRIEL ATTAL
C'est ce qu'a demandé le président de la République.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais par exemple, le gouvernement va-t-il retenir, il semble qu'il va retenir la proposition de Xavier BERTRAND, qui est appliquée dans les Hauts de France, d'une aide défiscalisée au transport pour ceux qui se déplacent autour de 30 km par jour, une prime de 20 € ou 30 €.

GABRIEL ATTAL
Moi je n'ai pas d'annonces à faire, tout simplement parce que je ne suis pas le ministre en charge de ces questions-là, mais j'ai toute confiance dans les ministres qui vont travailler sur ce sujet-là.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, vous vous dites : ça va bouger, peut-être même avant le 17 novembre. C'est une course contre la montre.

GABRIEL ATTAL
Moi je ne crois pas qu'on réagisse à ça et à des mouvements orchestrés qui sont organisés. L'enjeu c'est de réagir aux attentes des Français. J'étais hier en Creuse, j'ai rencontré des Français qui comprennent parfaitement que le diesel pollue, qui comprennent parfaitement qu'il faut en sortir, qui ne veulent plus être les otages de la géopolitique, mais qui attendent aussi des solutions concrètes pour ceux qui n'ont pas le choix.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous nous dites ce matin qu'il y aura un geste, un effort, une décision de l'Etat et des collectivités locales.

GABRIEL ATTAL
Il y aura des pistes, des solutions innovantes qui seront trouvées pour les Français qui n'ont pas le choix de prendre leur voiture pour aller travailler. C'est ce qu'a demandé le président de la République, et c'est ce sur quoi le gouvernement va travailler.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'autant plus que le conflit concernant la fiscalité sur les carburants risque de vous poursuivre longtemps. Bercy a confirmé que la hausse des taxes aura lieu en 2019, 6 centimes pour le diesel, 3 pour l'essence, et ça jusqu'en 2022. Donc il a intérêt à trouver des solutions pérennes, justes.

GABRIEL ATTAL
Mais là-dessus moi j'assume parfaitement, c'était dans le programme présidentiel d'Emmanuel MACRON. On ne peut pas une semaine nous expliquer qu'il faut protéger l'environnement, qu'il faut protéger la planète et lutter contre la pollution, et la semaine suivante nous expliquer qu'il ne faut pas augmenter la fiscalité sur le diesel. C'était dans le programme. La question c'est, avec les bouleversements géopolitiques qui expliquent pour 75 % la hausse du carburant, comment est-ce qu'on fait pour trouver des solutions innovantes pour des personnes qui n'ont pas le choix de prendre leur voiture pour aller bosser.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Tirez l'oreille à Donald TRUMP qui est en train de faire des sanctions à l'Iran et qui va peut-être, pour certains pays, faire augmenter le coût du pétrole et donc de l'essence à la pompe. Au lycée de Stains en Seine-Saint-Denis, vient d'être nommé comme deuxième Proviseur adjoint, un ancien chef d'escadron de la gendarmerie, détaché à l'éducation nationale pendant 3 ans. D'abord, est-ce qu'il y aura d'autres nominations du genre dans d'autres lycées ?

GABRIEL ATTAL
Ça répond à une situation locale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, est-ce qu'il y en aura d'autres ?

GABRIEL ATTAL
S'il y a d'autres situations locales qui le nécessitent, c'est la responsabilité des académies et des chefs d'établissement. Et nous, avec Jean-Michel BLANQUER, on n'a pas de raison de nous y opposer, au contraire. De quoi on parle à Stains…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire, ce n'est pas une exception, ça peut être un exemple.

GABRIEL ATTAL
Ça peut être un exemple comme au départ les unités mobiles de sécurité qui ont été créées dans l'académie de Créteil et qui avaient fait beaucoup débat à l'époque, ont depuis été généralisées sur tout le territoire. De quoi on parle à Stains ? On parle d'un lycée où il y a des affrontements entre bandes rivales, à ses abords, où il y a un gamin qui s'est fait tabasser au marteau, et donc la Direction…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais souvent aux abords.

GABRIEL ATTAL
Oui, aux abords.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais alors qu'est-ce que fera le proviseur adjoint chargé de la sécurité ?

GABRIEL ATTAL
Mais, il y a deux sujets. Il y a ce qui se passe dans les cités, il y a ce qui se passe dans le quartier, là on met en place la police de sécurité du quotidien pour essayer de renforcer le lien entre la police et les habitants et les jeunes, mais il y a ce qui se passe aussi dans l'établissement, parce qu'il y a une partie de ces jeunes qui sont scolarisés. Alors là, la Direction et l'Académie ont décidé de recruter un proviseur adjoint qui est un ancien gendarme et moi je trouve que dans les réactions qu'on voit, qui sont montées…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'il aura à coordonner les rapports intérieurs mais extérieurs, avec les élus, la police, la gendarmerie, l'armée, je ne sais pas ?

GABRIEL ATTAL
Il y a deux sujets. Il y a la question du climat à l'intérieur de l'établissement où là il peut agir en conseil aux équipes encadrantes, et il y a la question de la sécurisation des abords de l'établissement. Vous savez que depuis, en janvier dernier on a demandé à l'ensemble des lycées de présenter un plan de sécurisation de leur établissement, aux alentours de leurs établissements, il va pouvoir aider à ça.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le maire PC de Stains ne veut pas d'un ex-gendarme donc d'un ex-militaire à l'intérieur du lycée, des profs et des élèves sont hostiles. Comment arriver à les convaincre et peut-être à les rassurer ?

GABRIEL ATTAL
Moi, je pense qu'il ne faut pas faire d'idéologie. Je pense que…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils en font.

GABRIEL ATTAL
.... et par ailleurs on promeut la mobilité dans la Fonction publique, on promeut le fait de sortir de la logique par silos, où certains amènent leurs compétences dans d'autres Fonctions publiques. C'est exactement de ça qu'il s'agit.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, est-ce qu'il faut imaginer qu'il y aura des policiers, des gendarmes ou des gendarmes au sein des établissements scolaires pour rétablir l'autorité et la discipline ? Est-ce que c'est ça la perspective ? Et est-ce que, quand ils seront dedans, est-ce qu'ils seront armés ou pas armés ?

GABRIEL ATTAL
Alors, il y a déjà 6 500 policiers qui interviennent quasiment tous les jours dans les établissements, notamment pour faire de la prévention. Ensuite il y a la possibilité d'avoir des permanences de policiers, ça a été annoncé par les ministres, pour renforcer la sécurité dans certains établissements où il y a des situations violentes, comme ça a été le cas à Stains. Mais, l'enjeu de l'autorité à l'école, on a vu que c'était un débat ces dernières semaines avec le #pasdevagues, etc. C'est un autre sujet, cet enjeu de l'autorité du professeur sur les élèves de rétablir la force de la voix du professeur. Ça nécessite d'autres mesures qu'on a annoncées avec Jean-Michel BLANQUER…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y avait un Conseil des ministres qui était prévu, il a été retardé, on se demande même s'il n'a pas été oublié, et qui devait révéler le plan urgent de lutte contre les violences. Il arrive quand ce Conseil ?

GABRIEL ATTAL
D'ici le 15 décembre, il y aura un Conseil pour des mesures interministérielles, pour le coup, qui concernent l'Intérieur et l'Education nationale, mais on n'a pas attendu, il y a déjà des mesures qui ont été annoncées par Jean-Michel BLANQUER, j'étais avec lui devant les recteurs, sur les conseils de discipline, pour qu'ils se réunissent plus régulièrement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça c'est l'intérieur.

GABRIEL ATTAL
Oui mais c'est important.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le Conseil des ministres c'est aussi la lutte générale contre les violences. Emmanuel MACRON et le Premier ministre Edouard PHILIPPE vous ont chargé de mettre en place le Service National Universel, le SNU. Vous proposez parait-il un mois obligatoire pour les jeunes de tous les milieux sociaux, avant 16 ans, garçons et filles, applicables dès l'an prochain, pas seulement à Paris, dans les départements, c'est-ce que vous confirmez ?

GABRIEL ATTAL
Oui je confirme qu'il y aura une première cohorte de jeunes qui sera appelée dès 2019.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Une cohorte.

GABRIEL ATTAL
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est comme ça que ça s'appelle.

GABRIEL ATTAL
Oui c'est une cohorte de jeunes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Un mois découpé en deux phases de 15 jours.

GABRIEL ATTAL
Absolument. Deux phases de 15 jours, une première phase en internat, en un hébergement collectif, avec de la mixité sociale…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Où ? Où on les héberge ?

GABRIEL ATTAL
On est en train de déterminer les départements pilotes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans des casernes ?

GABRIEL ATTAL
On va mobiliser les internats de lycées, on va mobiliser des structures de tourisme social, on va mobiliser éventuellement des casernes, si elles ont des solutions d'hébergement. On est en train de regarder tout ça en lien avec les préfets et les recteurs d'académie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui les forme et qui les encadre ?

GABRIEL ATTAL
Il y aura un encadrement qui sera pour partie militaire, pour partie des personnels de l'Education nationale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous dites et je vous cite : un mois pour créer de la cohésion nationale et républicaine. Un mois, c'est une plaisanterie non ?

GABRIEL ATTAL
Ah non, je pense qu'un mois, on fait beaucoup de choses en un mois. Vous savez, il y a des jeunes qui ne sont jamais sortis de leur quartier, qui ne sont jamais sortis de leur école, qui ne sont jamais sortis de leur environnement direct, passer un mois avec d'autres jeunes dont deux semaines en hébergement collectif en internat, je peux vous dire que ça change beaucoup de choses.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Supprimer le service militaire c'était peut-être une bêtise ou une erreur.

GABRIEL ATTAL
Je ne crois pas que la France ait besoin aujourd'hui d'avoir des classes d'âges entières préparées au maniement des armes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans le journal Le Monde hier il y a un groupe d'associations de jeunes, de lycéens, etc., sans doute politisés ou politiques, qui vous reprochent le service universel qui n'est pas universel et ils vous reprochent de ne pas les recevoir. Pourquoi pas ?

GABRIEL ATTAL
Alors, un, ils reprochent le retour du service militaire. Ce n'est pas un retour du service militaire. Et deux, ils ont été reçus par le groupe de travail qui était en charge et je vais les recevoir, parce que c'est normal, moi je reçois l'ensemble des acteurs, l'ensemble des interlocuteurs, je vais les recevoir à partir d'aujourd'hui dans les jours et les semaines qui viennent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je ne veux pas oublier de vous dire : ce n'est pas l'armée qui va financer ? Qui va payer et combien ça va coûter ?

GABRIEL ATTAL
Alors, ça c'est une…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Par an.

GABRIEL ATTAL
... question importante, dont je comprends qu'elle vous mobilise. On est en train de déterminer la manière dont ça va s'organiser de façon opérationnelle, sur l'hébergement, sur l'encadrement. Le coût du dispositif il va dépendre de ses arbitrages-là. Donc si vous me réinvitez, je reviendrai d'ici à la fin de l'année, pour en parler.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais la fourchette, c'est ?

GABRIEL ATTAL
Il n'y a pas de fourchette aujourd'hui, moi je…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On dit 1,6 à 2 milliards par an.

GABRIEL ATTAL
Oui mais ça c'est des études qui ont été faites par des personnes qui…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui ne savaient rien.

GABRIEL ATTAL
Eh bien non, mais qui ne connaissent pas la manière dont ça va s'organiser.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Eh bien ne leur faites pas faire des enquêtes, entre nous.

GABRIEL ATTAL
Ce qui est sûr c'est que les moyens seront au rendez-vous, parce que le président considère que c'est un investissement et pas un coût. Parce qu'on va permettre de lutter contre le décrochage, un jeune décrocheur ça coûte 200 000 € par an.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et c'est une prochaine bataille politique. Dernière question. Les Américains votent aujourd'hui pour les élections à mi-mandat. Donald TRUMP peut peut-être les gagner au Sénat mais peut-être pas à la Chambre des représentants, on n'en sait rien. La France veut qu'il gagne ou non ?

GABRIEL ATTAL
La France elle regarde ce qui se passe sans prendre parti évidemment. Moi, ce que je souhaite en revanche, c'est que le visage qu'on voit aujourd'hui des Etats-Unis, ne devienne pas le visage de la France demain, avec deux camps qui se font face de façon y compris violente, avec des propos extrêmement violents à l'encontre comment d'une partie de la population, c'est pour ça qu'on prend nos responsabilités, qu'on agit. On voit que la question des migrants, des réfugiés, est une vraie question.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Justement, sur les migrants, il a envoyé, et je m'arrête là, il a envoyé aux frontières avec le Mexique 15 000 soldats pour empêcher les migrants d'entrer, ces migrants qui viennent du Honduras. L'armée aux frontières, pour l'Europe des Lumières et des droits de l'homme, est-ce que c'est le meilleur moyen d'arrêter les migrants ? L'armée ?

GABRIEL ATTAL
Nous on n'a pas pris cette solution-là, nous on met en place à la fois une solution européenne pour qu'il y ait une répartition des réfugiés entre différents Etats européens, c'est ce qu'Emmanuel MACRON a lancé, hors du cadre de l'Union européenne, c'est une vraie mobilisation multilatérale qu'il a lancée, et puis on met en place en France des priorités. La priorité c'est d'accueillir les réfugiés, tous ceux qui fuient la guerre et les persécutions. On l'a mis en place.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et l'anti-immigration, quels que soient les moyens, est-ce que c'est une méthode pour gagner les élections européennes ?

GABRIEL ATTAL
Moi, je ne pense pas que l'instrumentalisation de la douleur et des souffrances, soit une méthode pour gagner des élections. Je ne pense pas que l'instrumentalisation soit la solution. Il y a des vies humaines qui sont en jeu, il y a des personnes qui sont dans une détresse et qui fuient leur pays, qui risquent de perdre leur vie pour trouver une vie meilleure ailleurs, la question c'est comment est-ce que l'Europe s'organise collectivement pour y répondre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
TRUMP n'est pas un exemple, pour ça au moins.

GABRIEL ATTAL
Je ne crois pas que ce soit…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour l'économie oui, et la lutte contre le chômage, mais pas pour ça.

GABRIEL ATTAL
En tout cas moi je ne souhaite pas importer, ni ce discours, ni ses actions dans mon pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venu. Bonne journée.

GABRIEL ATTAL
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 novembre 2018

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