Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec LCI le 6 novembre 2018, sur l'augmentation du prix des carburants, la fin de la taxe d'habitation et sur le prélèvement à la source. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec LCI le 6 novembre 2018, sur l'augmentation du prix des carburants, la fin de la taxe d'habitation et sur le prélèvement à la source.

Personnalité, fonction : DARMANIN Gérald.

FRANCE. Ministre de l'action et des comptes publics

ti :

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bonjour à tous. Effectivement, notre invité ce matin est très attendu par les Français, Gérald DARMANIN, bonjour.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous êtes ministre du Budget, vous êtes un peu le Colbert d'Emmanuel MACRON, et puis vous nous prenez un peu d'argent dans les poches, régulièrement, alors peut-être que vous allez nous en rendre cette fois-ci. "Je veux que les choses bougent un peu", c'est qu'a dit le président ce matin, notamment il faut aider les plus modestes. Qu'allez-vous faire pour faire baisser la pression de ces gilets jaunes qui réclament "I want my money back", Gérald DARMANIN ?

GERALD DARMANIN
Le problème n'est pas de répondre à une pression, ou de répondre à tel ou tel mouvement, le problème c'est de sortir du diesel, sortir des économies fossiles, parce que c'est mauvais pour le porte-monnaie des Français. Quand il y a des crises, notamment au Moyen-Orient, on voit bien qu'il y a une augmentation du prix du pétrole, et ce n'est pas nouveau, ça fait 40 ans, depuis le président GISCARD d'ESTAING. Et puis sortir d'un modèle, effectivement, qui est mauvais pour la nature, mauvais pour l'humain, parce que c'est 50.000 morts par an.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc ça, vous ne voulez pas bouger de cap, on va payer de plus en plus cher l'essence, parce que c'est pour l'écologie, on est d'accord ?

GERALD DARMANIN
L'essence, et le diesel, et c'est important pour votre portefeuille, pour vous prémunir des crises économiques qui peuvent naître au Moyen-Orient, et pour l'environnement, 50.000 morts par an.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais ça va peut-être un peu trop vite quand même, Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Mais il faut en sortir, il faut en sortir du diesel, proprement, si vous me permettez cette expression, et donc le gouvernement a déjà mis des choses en place. Ce que constate le président de la République c'est qu'effectivement peut-être que ces choses ne sont, soit pas assez expliquées, soit trop technocratiques, soit ne sont pas assez à la hauteur de ce que nous demandons aux Français, de sortir de cette économie fossile polluante.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc vous allez faire des gestes ?

GERALD DARMANIN
Et donc, la question n'est pas de faire des gestes, la question est d'aider, notamment les plus modestes, les gens qui habitent dans les milieux de ruralité où il n'y a pas de transports en commun, et les gens qui vont travailler, qui prennent leur voiture pour aller travailler.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, on va être très concret. Le chef de l'Etat, tout à l'heure sur Europe 1, a donné deux pistes, d'abord aider les Français les plus modestes à pouvoir continuer à se chauffer avec du fuel, ou du gaz, dans leur chaudière, qu'allez-vous faire pour eux ?

GERALD DARMANIN
Alors aujourd'hui il existe, pour tous ceux qui ne payent pas d'impôt sur le revenu, un chèque énergie, qui remplace les tarifs sociaux de l'électricité qui existait voilà 2 ans, c'est 150 euros que nous versons automatiquement à tous les Français qui ne payent pas d'impôt sur le revenu.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il n'y a pas de démarche à faire, on reçoit 150 euros à chaque fois ?

GERALD DARMANIN
Exactement, on le reçoit automatiquement…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Si on a une chaudière.

GERALD DARMANIN
Non, non, on le reçoit automatiquement au mois d'avril, et c'est pour à peu près 4 millions de foyers. Il y a deux problèmes. Le premier problème c'est que c'est très technocratique, comme système, jusqu'à présent, c'est-à-dire que vous recevez un chèque, c'est en fait un chèque que vous ne pouvez pas encaisser, c'est un chèque que vous devez déduire de vos tarifications, et notamment de vos tarifications si vous utilisez des énergies, comme vous les évoquez, notamment le fuel. Il faut qu'on le rende plus simple. J'aurai l'occasion, avec François de RUGY, le ministre d'Etat en charge de l'Ecologie, de proposer des choses simples, c'est très important parce qu'aujourd'hui il y a 560.000 Français qui ne payent pas d'impôt, mais qui reçoivent ce chèque, qui ne l'encaissent pas.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous êtes content, ça vous fait faire des économies, comme ministre du Budget.

GERALD DARMANIN
Oui, mais ce n'est pas des bonnes économies pour le coup, ce sont des dizaines de millions d'euros que les Français ne dépensent pas, pourtant mis à disposition par le gouvernement, si vous me permettez cette expression, et donc il faut simplifier.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous allez simplifier comment ?

GERALD DARMANIN
C'est assez simple, il faut que ce chèque puisse être encaissé par les Français…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous allez faire un virement, directement ?

GERALD DARMANIN
Il faut qu'on le fasse pour des mesures écologiques évidemment, donc nous reviendrons très vite faire des propositions au chef de l'Etat.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et est-ce qu'il va être augmenté, c'est 150 euros ?

GERALD DARMANIN
Il augmente l'année prochaine, il passe de 150 à 200 euros. La question qu'il faut poser c'est, maintenant, est-ce qu'on doit aider les personnes qui sont imposables, c'est-à-dire ceux qui payent de l'impôt sur le revenu, par exemple quelqu'un qui est au SMIC, qui vit tout seul, il paye l'impôt sur le revenu, et pourtant il a peut-être les mêmes difficultés…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et il n'a pas le chèque…

GERALD DARMANIN
Et il n'a pas de chèque.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors ?

GERALD DARMANIN
Et donc, avec le ministre d'Etat, François de RUGY, nous on aura l'occasion, suite aux déclarations du président de la République, de faire cette semaine des propositions au Premier ministre et au président de la République.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous allez peut-être élargir pas seulement les Français non imposables, mais les Français modestes, qui par exemple ont des salaires très modestes ?

GERALD DARMANIN
Vous savez que c'est mon ADN, moi je suis élu d'une région, d'une ville populaire, et je pense qu'effectivement il faut s'occuper de tous les Français modestes. Il faut d'abord simplifier ce chèque, c'est ce que nous allons faire, pour éviter que 560.000 personnes ne l'encaissent pas, il faut l'augmenter, ce que nous faisons…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
200 euros, pas plus ?

GERALD DARMANIN
De 150 à 200 euros.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ah, 250 ?

GERALD DARMANIN
De 150 euros aujourd'hui, à 200 euros demain…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous n'irez pas plus loin ?

GERALD DARMANIN
On en discutera avec le Parlement et avec le Premier ministre, il faut aussi, peut-être, l'élargir à d'autres personnes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Deuxième mesure, annoncée tout à l'heure par le chef de l'Etat, aider les Français qui se rendent à leur travail, plus de 30 kilomètres par jour, et qui n'ont pas de moyens de transports publics à leur disposition. Et là il y a un exemple, un modèle, c'est Xavier BERTRAND, le président des Hauts-de-France, qui a mis en place ce chèque pour ses concitoyens des Hauts-de-France. D'ailleurs, ce n'est pas un truc, une idée que vous aviez eue et que vous aviez mis en place quand vous étiez à la région ?

GERALD DARMANIN
Alors, j'étais vice-président en charge des transports de Xavier BERTRAND avant de rentrer au gouvernement, et nous avons mis en place, en effet, cette aide au transport. Cette aide au transport c'est 240 euros, en moyenne, pour les contribuables, si j'ose dire, les personnes qui travaillent dans la région des Hauts-de-France, et j'avais eu cette idée, que j'ai pu proposer au président de région à l'époque, parce que, à Tourcoing, ville où je suis élu, il y a beaucoup de gens qui prennent leur voiture pour aller travailler en Belgique, et notamment il n'y a pas de transports en commun qui nous lient de Tourcoing à la Belgique. Et pour aider des gens qui font plus de 30 kilomètres aller, plus de 30 kilomètres retour, c'est-à-dire plus de 60 kilomètres pour aller travailler, nous avons eu l'idée de cette aide au transport de 240 euros.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais ça se passe comment, il faut aller avec l'attestation de son employeur ?

GERALD DARMANIN
Alors, d'abord ce n'est pas un chèque, comme on a pu l'entendre jusqu'à présent, qui est un chèque démagogique qui consiste à subventionner la pollution, ce n'est pas du tout ça, c'est l'idée que si vous faites plus de 30 kilomètres aller-retour, on peut discuter du nombre de kilomètres d'ailleurs, que par ailleurs vous avez un CDD ou un CDI, et que vous n'avez pas de transports en commun, par exemple une ligne de train qui vous mène directement de Tourcoing à Lille, il y a une ligne de train, il n'y a aucune raison de subventionner ceux qui font effectivement ce voyage en transports en commun, c'est tout à fait possible de le faire, mais il y a plein de gens qui ne peuvent pas le faire, parce qu'il n'y a pas de train, parce que les routes sont en montagne, parce qu'il y a des frontières à dépasser, parce qu'ils vont travailler en Ile-de-France, enfin bref, parce qu'ils sont obligés de prendre leur voiture, on les aide. Et on les aide, effectivement, avec une attestation de son employeur, et on regarde, dans un logiciel, le lieu de leur habitation…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ce n'est pas trop compliqué, ce n'est pas un peu technocratique, ça ?

GERALD DARMANIN
Non, ça a été très simple. Vous savez, on le fait pour plus de 50.000 personnes dans la région des Hauts-de-France.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
50.000 personnes, aujourd'hui, ont leur chèque, dans les Hauts-de-France, de 20 euros par mois, maximum ?

GERALD DARMANIN
Exactement, enfin c'est versé directement sur le compte en banque des personnes, ce n'est pas un chèque, c'est versé directement sur le compte en banque des personnes, et le travail des régions, le travail de l'Etat, mais le travail de la région Hauts-de-France, c'est quoi ? Ce n'est pas de subventionner à vie ces personnes, le travail des régions c'est de construire des transports en commun, qui permettent de correspondre à ces flux de travailleurs, et de faire ces lignes de train, par exemple, ou ces lignes de bus, en lien avec les travailleurs. Il y a par ailleurs, excusez-moi, ce n'est pas un travail que de l'Etat ou des régions, aux entreprises d'adapter aussi leur modèle. Quand des entreprises - on s'est aperçu de ça dans la région des Hauts-de-France quand j'étais vice-président - font travailler des gens plus tôt que les transports en commun, il faut peut-être se mettre d'accord avec les agglomérations, avec l'entreprise, avec la région, pour que les horaires de bus, ou de trains, correspondent aux horaires des travailleurs. Donc il y a tout un travail très important vers la transition écologique, ce qu'a demandé le président de la République c'est de regarder ce que nous pouvons faire avec les régions…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous dites, on va aider les Français, mais avec l'argent des régions…

GERALD DARMANIN
Non…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous demandez aux autres régions de faire comme les Hauts-de-France ?

GERALD DARMANIN
D'abord, quand vous payez votre plein de diesel ou d'essence, il faut savoir qu'un tiers des taxes vont aux collectivités locales et particulièrement vont aux régions.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est-à-dire que sur les 35 milliards, on l'a dit tout à l'heure en coulisses, il y a 11 milliards d'euros qui vont dans les caisses des régions, et donc vous dites aux régions ça serait bien de faire aussi un effort ?

GERALD DARMANIN
Aujourd'hui, par exemple, un plein de diesel, c'est un peu plus d'1,50 euro, il y a à peu près 90 centimes, je vais vite, autour des taxes, qu'il s'agisse de la TVA, qu'il s'agisse de la TICPE, la taxe qui va effectivement, un tiers aux régions, et un tiers aux collectivités locales.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous faites un peu de chantage ce matin aux régions…

GERALD DARMANIN
Non…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous leur dites faites comme Xavier BERTRAND.

GERALD DARMANIN
Il n'y a pas de chantage. Moi il se trouve que j'ai été heureux de mettre ça en place avec Xavier BERTRAND, et d'ailleurs nous allons répondre à sa demande, le président de la République l'a dit ce matin, nous allons défiscaliser cette aide, parce que jusqu'à présent les 240 que nous versions à ces contribuables étaient fiscalisés, et le président de la République, je crois que c'est une chose très intéressante qu'il a dit ce matin, il va défiscaliser - je ferai voter au Parlement dans les jours qui viennent - cette aide.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça sera votre contribution, si les régions donnent de l'argent aux Français qui ont besoin d'une voiture pour aller travailler, vous défiscaliserez cette aide.

GERALD DARMANIN
Ce qu'a dit le président de la République c'est qu'il fallait aider les Français qui vont travailler, et c'est ce que nous faisons en supprimant des cotisations, ce qui augmente leur salaire, ou en supprimant la taxe d'habitation…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et les entreprises, vous allez aussi augmenter l'indemnité kilométrique, vous allez leur demander de faire un effort ?

GERALD DARMANIN
Ce qu'il faut que nous fassions, puisque c'est l'idée d'un Grenelle, l'idée d'une transformation de notre pays, éviter les 50.000 morts par an de particules fines, éviter des gamins qui sont, à plus de 20 % aujourd'hui, asthmatiques, il faut que tout le monde se mobilise. La COP21 ce n'est pas simplement pour la télévision, la COP21 ça doit être la mobilisation de l'Etat, je crois que le président de la République, ce matin, a montré qu'il entendait les Français, mais c'est aussi la mobilisation des élus régionaux, qui ont effectivement la compétence sur les transports, c'est aussi la mobilisation des entreprises, et peut-être aussi la mobilisation des constructeurs automobiles, donc ce n'est pas que l'Etat. Donc l'Etat fait ce matin sa part, il faut que chacun tende la main, sinon qu'est-ce qui se passe ? Sinon c'est le règne de la démagogie. Quand j'entends les responsables politiques, qui sont dans l'opposition, dire qu'il ne faut pas augmenter la taxe sur les transports, et notamment la taxe carbone, alors qu'ils avaient prévu l'augmentation de 2 points de la TVA, ce qui aurait eu le même effet qu'aujourd'hui, alors qu'ils avaient prévu l'augmentation de la taxe carbone, qui applaudissent le président de la République à la COP21 lorsqu'il fait des discours, des beaux discours aux Nations Unies, qui applaudissent le président CHIRAC, moi quand j'étais jeune je voyais le président CHIRAC dire "la maison brûle et on regarde ailleurs." Eh bien, ce qui serait bien, dans ce pays, c'est qu'on n'ait pas dans l'opposition un discours démagogique et en responsabilité seulement un discours de…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais justement, Gérald DARMANIN, vous dites l'écologie ce n'est pas que la télévision. Vous avez ce discours-là et, en même temps, vous avez supprimé les subventions, les crédits d'impôt pour les travaux d'amélioration thermique des habitations, les fenêtres, les portes, ce n'est pas très cohérent, et vous avez aussi supprimé, par exemple les primes pour les voitures hybrides. Alors, vous dites aux Français il faut rouler autrement, mais vous ne les aidez plus, ou moins, pour le faire.

GERALD DARMANIN
Si je peux me permettre, c'est tout à fait faux, nous n'avons pas supprimé les primes sur la voiture hybride. Aujourd'hui, les primes fonctionnent très bien, elles profitent à plus de 70 % à des contribuables qui ne sont pas imposables, et qu'est-ce qu'ils font ces contribuables, d'ailleurs, ils achètent en moyenne des voitures qui sont à plus de 10.000 euros.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais sur la voiture hybride on dit que la prime a disparu…

GERALD DARMANIN
Mais la prime… jusqu'aujourd'hui c'est tout à fait faux, nous l'avons même améliorée, à la demande de François de RUGY, et jadis de Nicolas HULOT, puisque nous passons à 2500 euros pour une voiture hybride, et là on a même mis les occasions, hybrides, à l'intérieur, donc l'hybride elle profite et pour le coup elle n'est pas bridée. Pour ce qui concerne les portes et les fenêtres, c'est ce qu'on appelle le crédit d'impôt, nous l'avons gardé, simplement nous l'avons fait différemment, parce qu'il marchait mal, il y avait un effet d'aubaine, et, vous savez, ça ne sert à rien de changer ses portes et ses fenêtres si vous ne refaites pas les combles ou si vous n'avez pas une bonne toiture, parce que là vous dépensez de l'argent public pour rien, vous savez l'argent public c'est l'argent que vous payez, que je paye, que payent tous les Français…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ils en ont bien conscience les Français aujourd'hui…

GERALD DARMANIN
Et ils se plaignent qu'ils en payent beaucoup, donc il faut faire attention, parce qu'il n'y a pas d'un côté des recettes qui doivent baisser, c'est-à-dire les impôts, et de l'autre côté des dépenses en plus pour subventionner tel ou tel comportement. Ce qu'on doit faire, et c'est le ministre des impôts qui parle, le ministre des contribuables, c'est bien utiliser l'argent que nous donnent les Français.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors justement, si ça se passe mal, si les Français grognent, c'est parce qu'ils ont l'impression que l'argent que vous leur prenez ne sert pas forcément, par exemple à l'écologie, et qu'on ne sait pas très bien où tout cet argent supplémentaire va. Vous avez entendu parler de Jacline MOURAUD, cette bretonne qui fait beaucoup parler d'elle sur les réseaux sociaux, 5 millions de vues, écoutez notamment ce qu'elle dit.

JACLINE MOURAUD, OPPOSANTE A LA HAUSSE DU PRIX DU CARBURANT
Mais qu'est-ce que vous faites du pognon ? C'est ça, c'est la question que tout le monde se pose. A Paris ils sont passés de 12.000 à 87.000 PV en 1 an, mais qu'est-ce que vous faites du pognon ? à part changer la vaisselle de l'Elysée ou vous faire construire des piscines, on se demande.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On se demande, Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Oui, mais cette dame, peut-être qu'elle a profité du système de santé français le meilleur au monde, peut-être que cette dame a des enfants qui, de la primaire jusqu'à l'université, voit des enfants qui, gratuitement, font leurs écoles, moi j'ai été élevé à l'école de la République, et c'est parce qu'on a payé des impôts, c'est parce qu'il y a eu du pognon, comme dit cette dame, que j'ai pu faire des études, comme beaucoup de petits français. Peut-être que cette dame elle vit dans un quartier où on met 10.000 policiers ou gendarmes supplémentaires pour la protéger des difficultés, parce que seuls les riches ont les moyens de leur protection. Peut-être que cette dame va bénéficier d'une retraite alors qu'il y a beaucoup moins d'actifs qu'hier, et que, oui, elle a une retraite, qui, même si on peut se poser un certain nombre de questions sur la politique du gouvernement, est la plus importante et la plus juste de tous les pays occidentaux. Donc, je veux bien qu'on discute de beaucoup de choses, mais la démagogie à l'état pur, qui consiste simplement à se dire qu'il n'y a qu'à faut qu'on, ce n'est pas possible. Aujourd'hui il faut savoir que les dépenses écologiques c'est 34 milliards d'euros, madame Ségolène ROYAL le sait très bien, et les recettes qui sont tirées de l'écologie, si j'ose dire, la taxation notamment carbone, c'est 34 milliards d'euros. Nous dépensons autant que nous recevons, dans une affectation écologique, comme il est dit budgétairement, c'est-à-dire que quand les Français font le plein à la pompe, ils permettent de rénover des logements, ils permettent de construire des lignes de train, ils permettent de pouvoir en effet construire demain le Canal Seine Nord Europe qui permettra d'éviter des bouchons sur l'Autoroute A1 et donc les particules fines. Et madame, aujourd'hui elle a peut-être son cri de colère, un peu démago, il faut bien le dire, peut-être que les Français peuvent écouter ça parce que je sais que c'est difficile leur vie quotidienne, mais elle doit aussi savoir qu'on doit construire des écoles, qu'on doit payer les enseignants, qu'on doit payer un système de santé qui est le plus efficace au monde, un système social, Monsieur JAKUBYSZYN, qu'il faut que nous puissions garder, et dont, effectivement, les gouvernements précédents n'ont pas fait le travail pour pouvoir continuer à le payer. Parce que le pognon, comme dit madame, malheureusement il en manque beaucoup. On a, les ministres qui m'ont précédé, laissé 100 % de dette, vous imaginez un pays qui a 2200 milliards de dette…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
100 % du PIB.

GERALD DARMANIN
Eh bien, ce que je peux dire à madame, c'est que l'argent qu'elle verse, on essaye de diminuer, suppression de la taxe d'habitation, suppression des cotisations, mais surtout on l'affecte, pour ce qui concerne son plein à la pompe, directement effectivement à l'argent que l'on dépense pour rénover et pour faire la transition écologique, pour éviter que ses enfants soient asthmatiques ou meurent de particules fines.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors j'ai encore deux questions sur ce sujet. Ce geste que vous faites ce matin, ces deux gestes que vous a demandé le chef de l'Etat, ça va coûter combien, vous avez quelle enveloppe ?

GERALD DARMANIN
Nous regardons, le président de la République a fait cette annonce ce matin, nous avons 1 milliard d'augmentation déjà dans le budget de l'année dernière par rapport à cette année, des mesures que j'évoquais, notamment était compris le passage de 150 euros du chèque énergie à 200 euros, et nous aurons l'occasion d'en discuter avec le ministre d'Etat, me semble-t-il, dès cet après-midi, pour proposer au Premier ministre des feuilles de route qui correspondent à la demande du président de la République.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et si ça ne suffit pas, si la colère des gilets jaunes, des automobilistes, ne retombe pas avec la manif du 17 novembre, est-ce que vous avez encore un peu de grain à moudre ?

GERALD DARMANIN
Mais la politique ce n'est pas agir sous pression, dans ces conditions vous ne faites plus rien, dans des mouvements qui peuvent s'entendre, dont une partie est quand même télécommandée, me semble-t-il, par des mouvements extrémistes, dont le Front national qui ne s'en cache pas.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Récupérés par ces mouvements en tout cas, qui ne sont pas à l'initiative.

GERALD DARMANIN
On verra bien, peut-être qu'un jour nous aurons une discussion autour de ce sujet, mais la politique…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est votre suspicion, vous pensez que ces mouvements sont commandités, commandés en sous-main par le Rassemblement national ?

GERALD DARMANIN
La politique, aujourd'hui, c'est pouvoir regarder la prochaine génération, pas la prochaine élection, et il vaut mieux parfois être un peu impopulaire, mais pas irresponsable. Moi, quand je suis venu en responsabilité au ministère, les syndicats m'ont parlé d'un problème, très important, qui est celui de l'amiante, dans un bâtiment où des agents des Finances publiques, manifestement, sont décédés, si des responsables politiques, à l'époque, avaient dit que l'amiante devait être interdit et qu'on devait faire la transformation de logements, il y aurait peut-être eu des milliers de morts en moins. Eh bien moi je suis celui qui essaye de se regarder dans la glace, et qui sait, aujourd'hui nous le savons, que le diesel tue, 50.000 morts par an, et je n'ai pas envie, dans 10 ou dans 15 ans, d'avoir des personnes qui se retourneront vers leurs anciens ministres pour dire vous saviez, et par manque de courage politique vous n'avez pas fait.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, votre collègue, Benjamin GRIVEAUX, a déclaré au JDD que Les Républicains de Laurent WAUQUIEZ, votre ancien parti, était le parti des Français qui fument des clopes et qui roulent au diesel, ça fait beaucoup de monde potentiellement quand même !

GERALD DARMANIN
Mais j'ai compris que Benjamin GRIVEAUX n'avait jamais prononcé cette phrase…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il ne dit pas ça, il dit qu'il était désolé de l'avoir prononcée, il ne l'a pas démentie la semaine dernière…

GERALD DARMANIN
Non, non, manifestement j'ai vu qu'il l'avait démentie, puisque François BAYROU…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il s'est excusé auprès de François BAYROU.

GERALD DARMANIN
François BAYROU a fait une réflexion dimanche, me semble-t-il, à la télévision, et j'ai constaté que Benjamin GRIVEAUX avait dit, urbi et orbi, qu'il n'avait pas prononcée cette phrase.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Qu'il retirait ce qu'il avait dit, donc on va dire.

GERALD DARMANIN
Mais vous savez, je vais vous dire quelque chose. Je suis, depuis 17 mois, le ministre en charge de l'augmentation de la fiscalité du tabac, nous augmentons, comme jamais, la fiscalité du tabac, nous passons le paquet à 10 euros, c'est très dur pour une partie des Français, d'avoir un paquet à 10 euros, je le sais d'autant plus que moi je suis près de la Belgique, si j'ose dire, à Tourcoing…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et qu'il y a beaucoup de gens qui vont en Belgique pour acheter des cigarettes.

GERALD DARMANIN
Et qui vont en Espagne, qui vont à Andorre, qui vont en Belgique, qui vont en Italie. Est-ce que vous avez vu un mouvement de contestation des buralistes, qui font un métier très important et qui subissent malheureusement cette fiscalité ? Est-ce que vous avez vu un mouvement difficile des fumeurs ? Pourquoi ce n'est pas le cas ? Eh bien d'abord parce qu'on a essayé de bien l'expliquer, ensuite parce que effectivement le tabac c'est très nocif pour la santé et ça coûte 4 fois plus cher à la Sécurité sociale que les recettes de votre paquet de cigarettes. Parce que nous avons essayé de travailler avec les buralistes et que cette transformation d'un monde avec tabac, au passage sans tabac, est devenu possible parce que nous avons expliqué la nocivité du tabac. Il y a eu des ministres avant moi, de la Santé comme du Budget, qui ont fait un travail très important. Moi, je me rappelle du moment où sous le gouvernement de Jacques CHIRAC, le gouvernement a supprimé le fait de fumer dans les lieux publics. J'étais jeune étudiant, tout le monde était mécontent, c'était le cas des buralistes, c'était le cas des cafés tabacs, c'était le cas des restaurateurs, c'était le cas des Français qui disaient que c'était liberticide, aujourd'hui, tout le monde est très heureux de cette mesure, quand vous voyez quelqu'un fumer dans un restaurant quand vous êtes à l'étranger, vous êtes gêné par cette mesure, et c'est une des mesures qui jadis était très contestée par les Français qui est aujourd'hui la plus plébiscitée par les Français, eh bien, comme quoi il faut avoir un peu de courage parce que quelques années après, les Français acceptent l'idée qu'on leur a fait du bien.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Gérald DARMANIN, est-ce que vous allez vraiment taxer, prendre aux enfants une partie des bons de Noël ou des avantages procurés par les comités d'entreprise, ça a été voté par les parlementaires de La République En Marche la semaine dernière ?

GERALD DARMANIN
Alors, ça a été un amendement proposé, non pas par La République En Marche, mais par un élu de l'opposition, je pense qu'il faut le dire…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais qui a été finalement voté par…

GERALD DARMANIN
Nous n'allons pas l'accepter. Cependant, qu'est-ce qu'il faut dire ? Il faut dire qu'aujourd'hui, quand vous êtes un chef d'entreprise, et que par exemple, vous faites des chèques vacances ou des chèques cadeaux, selon l'URSSAF de telle région, vous devez effectivement les comptabiliser, selon l'URSSAF de telle autre région, vous ne devez pas les comptabiliser, il y a un vide juridique, et ce qu'ont voulu dire les parlementaires, c'est qu'il faut mettre ce vide juridique devant le droit, et donc faire du droit, et donc effectivement, distinguer ce qui doit être taxé et pas taxé ; ce que nous souhaitons, ce n'est pas taxer, il faut arrêter la folie de la taxation, donc nous donnerons un avis défavorable lorsque cette proposition reviendra en seconde lecture, de même que je suis de manière générale contre toute augmentation de taxes, il faut que les parlementaires, les ministres…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc vous rassurez…

GERALD DARMANIN
Les Français…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Les salariés qui bénéficient de comités d'entreprise ce matin.

GERALD DARMANIN
Eh bien, en tout cas, je peux vous dire que l'envie du gouvernement, d'Edouard PHILIPPE et d'Emmanuel MACRON et l'envie du ministre du Budget, c'est : aucune nouvelle taxe sous aucune autre forme de possibilité de vie commerciale de citoyens ou de contribuables.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Un mot sur la taxe d'habitation, il y a quelques semaines, il y a eu cette polémique parce que certains Français ont vu leur taxe d'habitation augmenter ou baisser moins que prévu, parce que les élus, les maires avaient augmenté les taux. Vous avez fait du "name and shame", vous avez nommé les maires qui avaient augmenté leur taxe d'habitation, on en est où, et est-ce que…

GERALD DARMANIN
Je ne vais pas nommer les maires qui ont augmenté la taxe d'habitation…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Certains…

GÉRALD DARMANIN
Non…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous avez donné certains noms…

GÉRALD DARMANIN
Non, j'ai publié les taux qu'avaient votés les 36.000 maires de France. Et les taux sont publics, vous savez. Moi, j'ai été maire d'une commune, chaque année, j'ai baissé de 2 % les taux de taxe d'habitation, c'est très difficile de baisser les impôts, c'est plus facile de le dire, c'est très difficile de le faire. Et j'ai fait ce que la transparence permet de faire, c'est-à-dire nous avons dit combien le gouvernement avait fait baisser les impôts, de 30 % pour chacun des Français, c'est sur la feuille d'impôt de chacun des Français, et lorsqu'il y a eu des augmentations d'impôts qui ont été extrêmement minime, et le cas de très peu d'élus, nous avons effectivement dit que ces communes avaient augmenté les taux, c'est normal, les Français disent : pourquoi moi ça a augmenté alors que d'autres ça a pu baisser ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors…

GERALD DARMANIN
Et donc nous avons publié ces taux, et ces taux sont une délibération publique, et il n'y a aucune espèce de honte à avoir avec le fait d'avoir baissé ou augmenté les impôts.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, la taxe d'habitation, elle va disparaître en trois fois pour 80 % des Français, et la fin de la taxe d'habitation pour tout le monde, pour les 20 % restants, c'est pour quand ?

GERALD DARMANIN
Pour 2021, ce que nous faisons, c'est…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc ça veut dire que, en octobre 2021, personne ne paiera la taxe d'habitation ?

GERALD DARMANIN
Ça veut dire qu'à la fin du quinquennat du président de la République, c'est-à-dire, effectivement, puisque vous payez votre impôt à la fin de l'année 2021, plus personne ne paiera de taxe d'habitation sur les résidences principales, oui, vous la verrez une dernière fois en 2021…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc ça sera 2022 la fin de la taxe d'habitation pour tous.

GERALD DARMANIN
Alors, soyons clairs, aujourd'hui, il y a aujourd'hui 80 % de contribuables qui connaissent la baisse de 30 %, c'est-à-dire tous les Français qui gagnent jusqu'à 2.500 euros. Ça, ça fait partie des 80 % les moins riches de la population, donc ceux-là, en 2020, 80 % des contribuables ne paieront plus de taxe d'habitation, et puis, les 20 % les moins modestes…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
En 2022…

GERALD DARMANIN
Ceux qui font partie de plus de 2.500 euros par mois, sans doute vous et moi, Monsieur JAKUBYSZYN, ils attendront 2020 et 2021 pour ne plus payer de taxe d'habitation, nous commençons par les plus modestes et nous terminons par les moins modestes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Une dernière question, le compte-à-rebours pour le prélèvement à la source a commencé, vous dormez bien la nuit, tout est en place, vous n'avez pas peur du bug de janvier 2019 ?

GERALD DARMANIN
Mais je suis très concentré sur une grande réforme qu'a voulue le président de la République, qui est effectivement la simplicité de l'impôt à partir du mois de janvier. Depuis 1920, on parle de l'impôt à la source sans le faire, donc nous le faisons. Et j'ai la chance d'être aidé par des agents des finances publiques qui travaillent effectivement jour et nuit. Ce que je peux vous dire aujourd'hui, c'est qu'il existe déjà beaucoup de bugs dans l'impôt à la papa, aujourd'hui, il y a 3 millions de réclamations qui sont faites au fisc, il y a des remboursements très importants…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous êtes en train de nous dire qu'il y aura peut-être des bugs quand même…

GERALD DARMANIN
Personne ne peut vous dire que, il n'y aura pas ici ou là, à Tourcoing ou à Neuville-en-Ferrain un contribuable qui n'aura pas une difficulté, mais il n'y aura pas de bugs évidemment massifs. Vous savez, si j'avais écouté à 19 ans ou 20 ans monsieur Jacques CHIRAC, qui avait écouté sans doute les commentateurs, il n'y aurait pas eu de passage à l'an 2000, parce qu'il y a eu un bug à l'an 2000, évidemment, il n'y en a pas eu, donc, nous y travaillons pour qu'il n'y en ait pas. Et il n'y en aura pas.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On vous réinvitera au lendemain de la première…

GERALD DARMANIN
Peut-être pas le 1er janvier, parce que...

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Non, mais le 31 janvier, le 31 janvier, voilà…

GERALD DARMANIN
Mais si vous m'invitez le 2 janvier, je viendrai, bien sûr…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et puis, il y aura le 15 janvier aussi où il y aura le chèque du trésor public pour tous ceux qui ont des crédits d'impôts.

GERALD DARMANIN
Il y aura versement pour 8 millions de Français directement sur leur compte en banque pour tous ceux qui font des dons aux associations…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Eh bien, on vérifiera tout ça aussi. Merci beaucoup Gérald DARMANIN d'avoir été avec nous ce matin.

GERALD DARMANIN
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 novembre 2018

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