Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à France 2 le 8 novembre 2018, sur l'"itinérance mémorielle" du président de la République et la fiscalité des carburants. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à France 2 le 8 novembre 2018, sur l'"itinérance mémorielle" du président de la République et la fiscalité des carburants.

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth, ROUX Caroline.

FRANCE. Ministre des transports;

ti : CAROLINE ROUX
Bonjour.

LAURENT BIGNOLAS
Caroline, qui reçoit aujourd'hui la ministre Elisabeth BORNE.

CAROLINE ROUX
Oui, ministre des Transports, au moment où la colère s'installe dans le pays sur le prix des carburants.

CAROLINE ROUX
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Il a quand même le chic pour alimenter les polémiques, le président de la République. Il a déclenché un tir de barrages en croyant bon de rappeler sur le Maréchal PETAIN a été pendant la Première guerre mondiale, un grand soldat. C'est le « en même temps », appliqué à l'histoire ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, c'est une polémique un peu incroyable, parce qu'il n'a jamais été question de rendre hommage au Maréchal PETAIN. Il y a un hommage à six maréchaux de la Grande guerre, il n'a jamais été question de rendre hommage au Maréchal PETAIN. Donc moi j'entends « rétropédalage », non, la ligne est la même, il y a un hommage à six maréchaux mais pas de Maréchal PETAIN.

CAROLINE ROUX
C'était important, lors de commémorations du Centenaire de la Grande guerre, de rappeler que le Maréchal PETAIN a été un bon soldat ? Je rappelle que le maréchal a été condamné à mort, frappé d'indignité nationale. Vous n'auriez pas préféré, sincèrement, qu'il fasse l'impasse ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je vous dis, enfin ce n'est pas la première fois qu'un chef d'Etat, le Général de GAULLE a parlé du Maréchal PETAIN…

CAROLINE ROUX
Il l'avait gracié.

ELISABETH BORNE
A parlé du Maréchal PETAIN, mais vous l'avez dit, il a été frappé d'indignité nationale, donc il n'a jamais été question de lui rendre hommage.

CAROLINE ROUX
On l'a bien compris. Le sujet c'est : était-il opportun, en ce moment de commémorations, de faire une sorte de « en même temps », comme l'a fait Emmanuel MACRON ? François HOLLANDE, quand même, ancien président de la République, dit : « L'histoire n'isole pas une étape même glorieuse, d'un parcours militaire ». Est-ce que vous comprenez, au moins, que ça ait pu choquer, dans un une itinérance mémorielle comme celle du président de la République depuis une petite semaine ?

ELISABETH BORNE
Je pense que ce moment de mémoire est très important. C'est important de se rappeler de son histoire, de se rappeler d'où on vient, de se rappeler l'importance de la paix, de ce qu'a été la Première guerre mondiale, et on ne va pas effacer des morceaux de cette histoire, donc on a le droit de parler de cette histoire, et pour autant, ne faisons pas dire au président de la République ce qu'il n'a pas dit. Le président a bien dit qu'il y a une période, effectivement, le Maréchal PETAIN a emmené la France vraiment dans une voie néfaste et il l'a dit très clairement, très clairement.

CAROLINE ROUX
Vichy n'efface pas Verdun.

ELISABETH BORNE
Mais, Vichy, Vichy évidemment, que les Français soient révoltés contre cette période, avec la complicité soit la déportation des juifs, avec l'indignité que ça représente pour la France, oui bien sûr, donc voilà, mais je…

CAROLINE ROUX
Il ne vous félicite pas la tâche quand même, le président de la République. Sincèrement Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Je ne sais pas si c'est le président de la République, c'est vraiment la polémique qu'on crée sur tout sujet.

CAROLINE ROUX
Allez, on en vient à vos sujets. Quelles mesures allez-vous prendre, précisément, pour corriger les effets de la hausse des carburants pour les plus de modestes ?

ELISABETH BORNE
Alors, d'abord, je pense qu'il faut rappeler que la hausse des carburants, pour les ¾, c'est la hausse des cours du pétrole.

CAROLINE ROUX
D'accord.

ELISABETH BORNE
Et moi j'entends beaucoup de mauvaise foi, vous voyez, ceux qui voudraient laisser croire que c'est les hausses de fiscalité…

CAROLINE ROUX
C'est aussi ça.

ELISABETH BORNE
... qui expliquent les difficultés dont on est bien conscient, que les Français rencontrent, notamment ceux qui dépendent de la voiture, et on en est conscient, avec cette hausse des carburants, mais ça veut dire que la politique qu'on doit mener, parce que vous savez, ce n'est pas la première fois que le prix des carburants flambe, et à chaque fois on s'en émeut, et puis ensuite quand les cours baissent, eh bien on arrête de s'en occuper. Et vraiment, la politique que souhaite engager le gouvernement, c'est d'aider les Français à ne plus dépendre du pétrole, parce que dépendre du pétrole, ça veut dire être victimes des hausses des cours du pétrole qui peuvent arriver régulièrement.

CAROLINE ROUX
Ils ne se sentent pas aidés, Elisabeth BORNE, aujourd'hui ils se sentent ciblés, en particulier les automobilistes. Vous dites : « Le gouvernement n'y est pour rien sur l'augmentation des cours du Brut », ce en quoi vous avez raison. En revanche il y a des hausses qui sont prévues à partir de l'an prochain, 6 centimes encore notamment sur le gasoil. Laurent WAUQUIEZ dénonce un bricolage et demande tout simplement l'arrêt de ces hausses. Est-ce qu'il n'y a pas la possibilité de s'ajuster quand les cours du pétrole flambent, de dire : eh bien ces hausses-là, on va les différer ? Qu'est-ce que vous répondez ?

ELISABETH BORNE
Vous savez que, donc, je le disais, la hausse des prix à la pompe, pour les ¾, c'est les cours du pétrole. Mais le gouvernement assume une fiscalité écologique, et je voudrais expliquer ce que ça veut dire. Ça ne veut pas dire plus d'impôts, ça veut dire baisser des impôts injustes, comme la taxe d'habitation. 80 % des Français ont vu baisser leur taxe d'habitation de 180 €, ça sera 600 € en 2020. Ça veut dire baisser les charges sur le travail. Les Français qui ont reçu leur bulletin de salaire au mois d'octobre, ils ont pu voir qu'il n'y a plus de charges sociales sur la maladie et sur le chômage. Donc on baisse, il faut parler aussi de ce qui baisse, et au global on baisse les prélèvements sur les ménages. Moins deux milliards en 2018.

CAROLINE ROUX
La question c'est : quelles mesures vous prenez pour corriger les effets de la hausse des carburants pour les plus modestes ?

ELISABETH BORNE
Alors, on accompagne les Français, notamment pour changer de voiture. On accompagne avec la prime à la conversion. C'est quoi la prime à la conversion ? C'est une aide de 1 000 € pour les ménages imposables, de 2 000 € pour avoir une voiture qui consomme moins, qui pollue moins mais qui consomme moins.

CAROLINE ROUX
Ça s'est dit, on le sait. Autre mesure ?

ELISABETH BORNE
On a mis en place un chèque énergie aussi, vous le savez, un chèque énergie ça veut dire que…

CAROLINE ROUX
Le président l'a rappelé.

ELISABETH BORNE
Voilà, qui va augmenter de 50 € l'an prochain. Et puis au-delà, je pense qu'il faut aussi s'occuper, et ce sera le coeur de la Loi mobilité, que je présenterai prochainement en Conseil des ministres, de trouver d'autres solutions pour les nombreux Français qui aujourd'hui n'ont pas le choix, doivent prendre leur voiture pour se déplacer. Il y a des tas de solutions qui existent.

CAROLINE ROUX
On va y revenir. Il n'y a plus que l'aide aux transports particuliers, comme on l'appelle, cette espèce de chèque transport qui a été mis en place dans les Haut-de-France, ce n'est plus un sujet, puisque François BAROIN a dit : « Attention, vous augmentez les taxes et on nous demanderait, nous, aux régions, de compenser. Qu'en est-il réellement, et précisément est-ce que vous avez avancé ?

ELISABETH BORNE
Il n'est pas question de demander aux régions de compenser. Le président de la République a relevé que la région Haut-de-France a mis en place une aide, c'est important qu'on soit, Etat, collectivités, qu'on se préoccupe de mieux répondre aux problèmes de mobilité des Français, et il a cité cet exemple pour dire qu'on allait évidemment défiscaliser cette aide, c'est-à-dire qu'il n'y aura pas des charges sur les aides.

CAROLINE ROUX
Ce que je retiens de ce que vous expliquez ce matin, pour tous les gens qui nous regardent et qui sont prêts à se mobiliser le 17 novembre, c'est qu'il n'y aura rien de plus, que ce qu'a dit le président de la République, il n'est pas question de mettre davantage de moyens, même si on peut trouver ça curieux, de mettre des taxes en place et de les compenser par ailleurs, mais peu importe.

ELISABETH BORNE
Ce que le président de la République a demandé au gouvernement, et on y travaille, c'est de s'assurer que la transition écologique ne laisse personne sur le bord de la route, si je peux dire. Et donc ça veut dire s'assurer que le chauffage, vous voyez, le chauffage, ce n'est pas un choix, et donc, est-ce qu'il faut renforcer les aides pour les Français modestes…

CAROLINE ROUX
C'est dit.

ELISABETH BORNE
... ceux qui utilisent beaucoup leur voiture, qui roulent beaucoup, comment on peut les accompagner davantage…

CAROLINE ROUX
Vous ne savez toujours pas.

ELISABETH BORNE
On est en train d'y travailler.

CAROLINE ROUX
Quand est-ce que ce sera annoncé ?

ELISABETH BORNE
Dans les prochains jours.

CAROLINE ROUX
Bon. Est-ce que c'est la voiture qui pollue le plus, Elisabeth BORNE ?

ELISABETH BORNE
Le secteur des transports, c'est 30 % des émissions de gaz à effet serre.

CAROLINE ROUX
Oui. Est-ce que c'est la voiture qui pollue le plus ?

ELISABETH BORNE
Oui, en volumes, en volumes dans le secteur des transports, oui.

CAROLINE ROUX
France Nature Environnement explique qu'un cargo émet autant de particules fines qu'un million de voitures, que les carburants maritimes sont 3 000 fois supérieurs en soufre que les carburants routiers, pourtant le transport maritime ne paye pas la TICPE. Est-ce que là-dessus il faut ajuster ? Ça les met en colère des automobilistes, quand ils voient ces chiffres-là.

ELISABETH BORNE
Alors, évidemment, tous les secteurs du transport doivent s'engager dans la transition écologique. Il y a un accord pour lequel la France s'est beaucoup battue, pour que le secteur du transport maritime réduise ses émissions, et évidemment on va, moi je vais m'assurer que c'est bien le cas, que ces mesures se mettent en oeuvre, et que également…

CAROLINE ROUX
Pas question de les taxer, c'est ça que vous dites.

ELISABETH BORNE
Attendez, la réduction, les nouvelles règles qui vont rentrer en vigueur, vont obliger les transports maritimes à réduire de façon considérable leurs émissions de soufre. Ça représente 180 € par container transporté.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Elisabeth BORNE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 novembre 2018

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