Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à LCI le 9 novembre 2018, sur la situation sociale, la sécurité sur internet et les actes antisémites. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à LCI le 9 novembre 2018, sur la situation sociale, la sécurité sur internet et les actes antisémites.

Personnalité, fonction : MAHJOUBI Mounir.

FRANCE. Secrétaire d'Etat au numérique

ti :


CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Notre invité ce matin est le Secrétaire d'Etat à l'Economie numérique, bonjour Mounir MAHJOUBI.

MOUNIR MAHJOUBI, SECRETAIRE D'ETAT AU NUMERIQUE
Bonjour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Beaucoup d'actualité dans votre portefeuille aujourd'hui : le harcèlement des enfants sur Internet, la guerre des petites entreprises françaises contre les contrefaçons qui sont vendues sur les grands du net, notamment AMAZON. On va évidemment parler dans quelques instants mais on va commencer par l'actualité et cette itinérance douloureuse du chef de l'Etat depuis une semaine sur la ligne de front de la guerre de 14-18. Beaucoup d'interpellations des Français ; on va écouter plusieurs d'entre eux interpellant le Président.

UN INTERVENANT
J'ai travaillé toute ma vie moi, je n'ai jamais arrêté une journée. Jamais arrêté une journée ! Et aujourd'hui, on me prend de l'argent.

UNE INTERVENANTE
On n'arrive même plus à vivre. On ne peut plus gâter nos enfants, nos petits-enfants.

UN INTERVENANT
A cinquante-cinq ans, soixante ans, il ne mérite pas la retraite, ce gars-là, qui a bossé dur ?

UNE INTERVENANTE
Toujours les plus riches, toujours les plus riches ! Monsieur le Président, quand est-ce que vous allez faire quelque chose pour nous ?

UN INTERVENANT
Et on sera en colère le 17 et j'espère que ça va durer et que toute la France se mette en colère.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mounir MAHJOUBI, on l'a vu, des chômeurs, des salariés touchés par la hausse du pouvoir d'achat (sic), des retraités touchés par la hausse de la CSG. Quel bilan il faut faire de cette plongée d'une semaine du Président dans la France ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ce qui est important de voir, c'est un Président qui va avec les Français, chez les Français, partout où ils sont. Ce n'est pas habituel de voir un président qui va sur les marchés.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il a raison de faire ça même si, comme on dit…

MOUNIR MAHJOUBI
Mais il a plus que raison, il en a le devoir. C'est-à-dire qu'un président qui reste à l'Elysée, un président qui ne ferait que les grands raouts internationaux, il raterait tout ce qui est l'âme de la France. Moi, je suis hyper heureux de voir des gens qui gueulent. Vous savez, j'ai été élu député, tous les week-ends je vais au marché. On a plus de gens qui viennent nous engueuler que de gens qui viennent nous dire merci. Et c'est très bien, et c'est très bien comme ça. Moi je préfère un président qui part à l'écoute, qui accepte d'entendre ce que ça fait pour une personne qui est à la retraite, pour une personne qui aujourd'hui travaille et qui ressent ce que nous sommes en train de faire, et puis qu'il prenne le temps de lui expliquer. Ça, je trouve ça très bien.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et quand ce président dit : « C'est un vrai bonheur cette tournée », il est sincère ?

MOUNIR MAHJOUBI
Evidemment qu'il est sincère. Vous savez en politique, une des raisons pour laquelle on fait de la politique, c'est qu'on veut changer le monde. L'autre, c'est parce qu'on aime les gens. Les gens qui n'aiment pas passer du temps à l'écoute, ceux qui n'aiment pas écouter les problèmes, ceux qui n'aiment pas apporter des solutions, ils ne doivent pas faire de politique. Le président de la République Emmanuel MACRON, je peux vous dire qu'il a ça en lui en tant qu'homme, en tant que personne engagée. Etre à l'écoute d'une personne, ça crée chez vous des choses qu'on n'imagine pas, des choses qui se révèlent à vous-même. C'est un sentiment nouveau, c'est un sentiment de fraternité un peu fort quand vous parlez à des gens qui ont voté pour vous, même quand ils sont en colère.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et vous croyez qu'il va revenir transformé à l'Elysée ce soir de cette rencontre avec les Français ?

MOUNIR MAHJOUBI
On ne parle pas d'une transformation, mais ce qui est très important et il l'a rappelé à la rentrée, c'est qu'on va le faire souvent. On va souvent être partout. Cette semaine, je suis dans trois villes différentes. Tous les membres du gouvernement sont allés partout sur le territoire parler de leur action et on va continuer. L'objectif, ce n'est pas d'avoir des moments « territoire », des séquences comme disent les communicants, à plusieurs moments de l'année. C'est que notre action soit une action qui est dans les territoires.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors ça dit quoi quand même du pays ? Parce que votre politique, elle était censée, même si au départ elle a favorisé les plus aisés, elle était censée ruisseler, elle était censée permettre que tous les Français aient plus de travail, plus de pouvoir d'achat. Pour l'instant, le compte n'y est pas. Vous l'expliquez comment ? Est-ce que ça vous démoralise ?

MOUNIR MAHJOUBI
Il faut surtout être très clair sur ce que c'est que le projet qu'on a proposé aux Français. On a toujours dit que ce qu'on voulait faire, c'est qu'on puisse chacun quelles que soient nos origines, quel que soit le quartier où on habite, quel que soit l'endroit où on a grandi, quelles que soient les origines sociales de sa famille, choisir la vie qu'on veut pour soi et pour sa famille. C'est ça qu'on a promis et c'est ça qu'on construit brique par brique. Et ça, nous n'en avons pas dévié et ça, on doit continuer à en convaincre les Français chaque jour et c'est très important. Mais ceux qui vous ont fait croire pendant trente ans qu'on allait faire gagner du pouvoir d'achat en disant : « Plus cent euros d'un côté, plus cinquante de l'autre, voici les promos ! », ça n'a jamais marché, ça n'a jamais convaincu. Ce qu'on propose, ce n'est pas juste dix euros de plus, ce n'est pas vingt euros de plus, ce n'est pas quinze euros de moins. C'est de transformer la société, c'est de transformer le monde. C'est quand même un peu plus beau, un peu plus grand, un peu plus fort. Moi, je préfère dire à une famille : « Vous savez, pour vos enfants, je peux vous garantir et j'ai très envie, je ferai toujours tout pour qu'ils puissent trouver l'emploi qu'ils veulent, pour qu'ils puissent faire les études qu'ils veulent, qu'ils trouvent le logement qu'ils veulent, qu'ils puissent se déplacer partout en France. » C'est ça qu'on en train de faire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Se déplacer partout en France, il n'en demeure pas moins qu'une partie des Français est en colère et va manifester, voire bloquer, certaines routes le 17 novembre prochain. On les appelle les Gilets Jaunes. Ils ont reçu un soutien j'ai envie de dire inattendu hier soir. Ecoutez.

JEAN-LUC MELENCHON, DEPUTE LA FRANCE INSOUMISE DES BOUCHES-DU-RHONE
Le 17 novembre est une auto-organisation populaire dont je souhaite le succès. Je vous le dis, les amis, il faut souhaiter son succès. On me dit : « Il y a des fachos là-dedans » ; oui, oui, il y en a partout. Mais il y a aussi beaucoup de fâchés qui ne sont pas fachos et ceux-là ont raison d'être fâchés. Le sujet est que cette colère est juste, que cette colère elle porte sur quelque chose qui a un sens.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est quand même inattendu cette coalition des mécontentements, des colères. Il y aura comme le dit MELENCHON – enfin, c'est lui qui le dit - des fachos. Il y aura Nicolas DUPONT-AIGNAN, qui sera mon invité lundi matin, et puis il y aura donc la France Insoumise.

MOUNIR MAHJOUBI
Vous savez, c'est la troisième fois depuis quinze mois que DUPONT-AIGNAN et monsieur MELENCHON tentent de faire de la récupération des mouvements civils et à chaque fois ça s'est mal passé pour eux. La mobilisation du 17, elle est très éparse, elle est multiple. Elle est faite de plusieurs intentions, elle est faite de plusieurs colères. Les colères, elles sont toutes justes. Les colères, elles sont toutes à écouter. On a tous à essayer de comprendre ce qui se passe. L'automobiliste qui a peur pour son pouvoir d'achat, l'automobiliste qui a peur pour ce qu'il va avoir à payer et qui dit : « Moi, je vais mettre mon gilet jaune ce jour-là », il faut qu'on l'écoute. Il faut qu'on soit capable de comprendre, mais il faut qu'on soit capable de le convaincre que ce n'est pas en allant bloquer la France le 17 qu'il aura des solutions pour sa famille. Ce n'est pas en allant bloquer la France le 17, en empêchant tous les autres d'aller travailler, d'aller à l'école, de chercher son emploi qu'on va réussir à débloquer la France. Je ne crois pas que le blocage soit la solution au déblocage. Par contre, là où je suis convaincu qu'on doit être capable de répondre, c'est comment on explique aux Français que cette fiscalité qui doit sauver la planète, elle est là pour les hommes et les femmes. Elle n'est pas là contre les hommes et les femmes. Il n'y a pas d'un côté : « On sauve la planète », et de l'autre…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous assumez que, oui, on va payer son essence plus cher progressivement.

MOUNIR MAHJOUBI
Mais pour de bonnes raisons et pas pour les mauvaises. Et sur toutes les mauvaises, le gouvernement va revenir dans les prochains jours avec des réponses et qui est de dire : « Si l'essence augmente pour des raisons qui ne sont pas liées à la protection de la planète, si on subit une augmentation multiples liée au marché, au marketing s'ajoutant au prix du marché, alors ça ne va pas. » Et donc, c'est ces précisions-là avec les distributeurs, après les rencontres qui ont été faites par les différents membres du gouvernement depuis plusieurs jours qu'on sera capable de répondre aux Français.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et heureusement, le prix du baril rebaisse, redescend.

MOUNIR MAHJOUBI
Il avait énormément augmenté, vous l'aurez noté.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Peut-être qu'on aura un peu de répit mais, vous nous le dites, ça va repartir un jour ou l'autre parce qu'on va augmenter les taxes et le prix du carburant va augmenter et c'est bon pour la planète. C'est en tout cas le message du gouvernement. Il y a une autre polémique cette semaine ; on ne va pas en parler trop longtemps mais quand même. On commémore le centenaire de la Grande Guerre dimanche à Paris notamment, mais il y a eu toute la semaine cette itinérance d'Emmanuel MACRON et puis il y a eu cette polémique sur le maréchal PETAIN qui fait partie des huit maréchaux de la Grande Guerre. Faut-il le célébrer ou ne faut-il pas le célébrer ? Pour le président, cette polémique c'est notre faute, c'est la faute des chaînes info. On écoute Emmanuel MACRON.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Le temps de l'information permanente qui a besoin de polémique quotidienne est mal approprié au sujet mémoriel et je pense qu'il ne faut pas de polémique sur ces sujets.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors le président a même parlé de « boîte à folie » en parlant de cette boîte, les chaînes info. Vous êtes d'accord avec le président ? On est fou ?

MOUNIR MAHJOUBI
Le sujet, ce n'est pas les chaînes info. Regardez les réseaux sociaux qui vont même plus vite que les chaînes info. Le sujet aujourd'hui, c'est est-ce que c'est vraiment de la politique ? Est-ce que c'est rendre honneur aux citoyens et à la démocratie que de chercher chaque jour une nouvelle polémique ? Est-ce que c'est normal de se dire que l'objectif qu'on doit tous avoir, journaliste ou simple citoyen sur les réseaux sociaux, de quoi taper sur l'autre est justifiable ? La réponse est non. La réponse, c'est non. Vous vous rendez compte, le temps long. Le temps long pour un politique, c'est être capable de dire des choses qui influent l'histoire, qui sont l'héritage de l'histoire. Et aujourd'hui, on s'assomme de petits délais, on s'assomme de micro-polémiques. Ça n'est pas acceptable.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
En tout cas, il y avait un flottement à l'Elysée. Moi, je peux vous montrer la lettre du centenaire de la commémoration qui parle de la célébration des huit maréchaux aux Invalides. Finalement, l'Elysée a trouvé que c'était un peu maladroit, le président aussi. Du coup, ça ne sera que les cinq maréchaux comme d'habitude, comme tous les ans, mais il y a eu du flottement.

MOUNIR MAHJOUBI
Ça, c'est une très bonne chose et j'espère que personne n'a eu le moindre doute sur la condamnation absolue que nous avons du maréchal PETAIN. Le maréchal PETAIN, c'est le zèle antisémite. Le maréchal PETAIN, c'est la collaboration poussée à son extrême. Le maréchal PETAIN, c'est une tache sombre dans l'histoire. Le maréchal PETAIN, c'est tout cela et cela il n'y a aucun doute. Et ça, j'espère que personne n'a eu ce doute-là.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce qu'à côté de ça, vous considérez qu'il y a du Macron bashing en ce moment de la part des réseaux sociaux, des chaînes info, des médias ?

MOUNIR MAHJOUBI
Mais, c'est trop facile de dénoncer. Je ne veux pas dire : « Oui, il y a du Macron bashing et nous en sommes les victimes. » On n'est pas victime, on est dans l'action.L'action, ça provoque de la réaction. Il y a ceux qui nous soutiennent et ceux qui ne nous soutiennent pas. Mais ce que je dis, c'est faisons attention. On peut être contre et débattre, on peut être contre et s'opposer, on peut être contre et bloquer. Mais quand on est contre et qu'on cherche simplement à créer du bruit, du flou, on ne bénéficie qu'à une seule personne : c'est le chaos, c'est les extrêmes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et est-ce que les Français sont injustes avec vous depuis dix-huit mois ?

MOUNIR MAHJOUBI
Mais moi, jamais je ne jugerai les Français en disant qu'ils sont injustes. Si les Français sont durs avec nous, c'est à nous de chercher à mieux expliquer et à être plus présents et à être toujours à leur contact. Il ne faut jamais accuser les Françaises et les Français.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va parler de vos dossiers par exemple, notamment du cyber-harcèlement. On a vu hier, c'est la journée d'ailleurs nationale contre le harcèlement. On a vu des vidéos d'enfants assez poignantes, cet enfant de sept ans par exemple qui témoignait. Alors on ne va pas en parler davantage parce qu'il y a une enquête de police et tout n'est pas très clair, mais en tout cas c'est vrai que le harcèlement à l'école, notamment sur les réseaux sociaux, a pris une ampleur considérable avec des tentatives de suicide de la part de jeunes. Qu'est-ce qu'on peut faire pour mieux contrôler les réseaux sociaux et protéger nos enfants ?

MOUNIR MAHJOUBI
Le cyber-harcèlement et le harcèlement scolaire, c'est devenu la cause de très nombreux troubles dans les établissements. Il y a même certains établissements, notamment ceux qui sont près de chez moi où j'ai été élu, qui me disent : « Cette année, on n'a pas eu de cas de violences physiques. On a eu trois cas de violence extrême sur les réseaux sociaux, où il y a eu des véritables cas de harcèlement ciblé sur des personnes et qui ont mené à des conséquences très graves. » Alors qu'est-ce qu'on peut faire et qu'est-ce que nous faisons ? Trois choses D'abord l'éducation. C'est nouveau ce harcèlement en ligne. Ça ne fait que quelques années que ça existe et c'est cette année que ça a atteint un niveau très important. Mais comme c'est nouveau, il faut qu'on en parle. Il faut que les parents en entendent parler. Il faut que les parents en parlent avec leurs enfants, parce que les enfants ne savent pas que l'adulte a un rôle à jouer. Vous savez, c'est la même question que pour le racket. Le racket, on a appris à en parler. On a expliqué aux enfants : « Quand tu es racketté, tu dois en parler à l'adulte. » Pour le harcèlement en ligne, ce n'est pas si simple parce que…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais c'est mieux d'en parler avec les parents et les professeurs finalement que d'essayer de contrôler le net, parce qu'on n'y arrivera pas.

MOUNIR MAHJOUBI
Deuxième chose, sanctionner. C'est-à-dire qu'il faut rappeler très fort que tout ce qu'on fait dans l'espace numérique, ça entraîne les mêmes conséquences que dans l'espace physique et que, donc, il faut qu'on ait des cas - et ç'a été le cas en France - on a exclu des élèves de certains établissements. On est allé plus loin dans les sanctions quand les cas étaient particulièrement avérés. Et le troisième, et c'est là où c'est très important, c'est de s'occuper des victimes. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, personne ne doit se sentir abandonné après avoir dénoncé un acte de harcèlement en ligne, et c'est ça le problème que nous avons aujourd'hui. Donc éduquer, sanctionner très fort et accompagner les victimes. Ce sera la seule façon de faire. On ne peut pas filtrer l'Internet. Par contre, on peut reconnaître une responsabilité particulière des plateformes en leur demandant d'être plus collaboratives, d'aider à identifier et surtout, quand on leur montre, de supprimer.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va parler encore de ce cyberespace, d'Internet. On fait tous nos courses, la plupart des Français, sur Internet, sur les grands sites, hier j'ai vu que vous étiez à un déplacement avec une PME française qui fait des cubes, je crois, des jeux en fait de logique, qui est copiée par des pirates, des contrefaçons, qui sont vendues de la même manière, on va le dire, sur AMAZON. Comment c'est possible que l'on puisse acheter en France, soit l'original, soit la copie fraudée sur AMAZON ?

MOUNIR MAHJOUBI
Alors, si c'est possible, c'est parce qu'il y a des fraudeurs partout dans le monde, et donc la question c'est : comment on dit aux plateformes intermédiaires « ces fraudeurs ils sont partout, ils vont essayer de venir vendre Français ». Moi.…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Parce que cette PME elle est menacée de mort parce que l'on copie son produit.

MOUNIR MAHJOUBI
Ce que je demande à ces plateformes, AMAZON, à WISH, à CDISCOUNT, à RUEDUCOMMERCE, à RAKUTEN, elles sont nombreuses ces plateformes, il n'y en a pas qu'une, je leur demande de mobiliser des moyens financiers, des moyens humains pour identifier ces faussaires et mettre tout ce qui est en leur pouvoir pour supprimer le plus vite possible ces comptes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Parce qu'on peut l'expliquer, ces plateformes, elles vendent leurs propres produits et elles vendent ce que l'on appelle des Market Place, c'est-à-dire les produits d'autres vendeurs.

MOUNIR MAHJOUBI
Tout à fait, et ce qui…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et elles ne les contrôlent pas.

MOUNIR MAHJOUBI
... peut amener certaines entreprises à vendre leurs produits et quand on tape le nom de leur produit dans le moteur de recherche de ce site-là, eh bien tomber sur les produits faux, fabriqués par un concurrent faussaire. Ça, il faut absolument les plateformes se mobilisent, elles le font déjà. Mais ce que nous leur demandons, c'est d'aller vite. Vous savez, parmi ces plateformes il y en a une qui est devenue la plate-forme préférée des faussaires, ce n'est pas AMAZON, c'en est une autre.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est laquelle ? C'est laquelle, on peut le dire.

MOUNIR MAHJOUBI
Non, l'entrepreneur que j'ai vu hier, signale près de 34 faussaires par semaine.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Elle s'appelle « Cube », hein, la boite.

MOUNIR MAHJOUBI
34 par semaine ! Et il les enlève, l'autre, mais ce que je lui demande, c'est d'aller détecter quand ces faussaires se reconnectent, de supprimer leur compte, d'empêcher que le e-commerce soit un Far West, que le e-commerce soit le chaos. Vous savez, les Français là ils vont dépenser plusieurs dizaines de milliards d'euros pour d'ici Noël, sur le e-commerce. Eh bien j'aimerais que cet argent il aille en partie dans les entreprises françaises et qu'on fasse des beaux cadeaux qui créent de l'emploi.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et alors il y a d'autres choses, il y a les PME françaises, encore une fois, qui sont parfois radiées du jour au lendemain de plates-formes, sans explication.

MOUNIR MAHJOUBI
Exactement, c'en est une que je suis allé visiter la semaine dernière près de Strasbourg…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Qui s'appelle comment ?

MOUNIR MAHJOUBI
C'est les éditions Caurette, du jour au lendemain il avait été supprimé d'AMAZON.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et pourquoi ? Pour quelles raisons ?

MOUNIR MAHJOUBI
Et pendant plusieurs mois il n'a pas réussi à discuter avec eux. Il n'avait aucune explication, il n'y avait pas de réponse, je peux dire aujourd'hui et je remercie AMAZON, qui ayant écouté la justification…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ah ben s'il faut qu'à chaque fois un ministre se déplace pour qu'AMAZON re-référence…

MOUNIR MAHJOUBI
C'est pour ça que maintenant je le propose à toutes les PME de France, sur numérique.gouv.fr il y a un formulaire où ils peuvent signaler leur situation s'ils ont été déréférencés, s'ils ont été retirés, s'ils ont identifié qu'un faussaire est en train de vendre leurs produits sur une plateforme, et qu'ils n'arrivent pas à dialoguer avec la plateforme, eh bien nous avons lancé une médiation pour que des solutions soient apportées avant Noël.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous nous garantissez ça, si on est une PME, on va sur numérique.gouv.fr, il y a quelqu'un derrière qui va répondre ?

MOUNIR MAHJOUBI
Eh bien non seulement il y a quelqu'un et je peux vous dire qu'en ce moment le quelqu'un c'est moi qui le regarde avec les équipes tous les soirs et qu'AMAZON a accepté, et d'autres plateformes ont accepté de venir à cette médiation au mois de novembre pour apporter des solutions à chaque PME qui nous aura contactés. Donc je leur dis à toutes : contactez-nous, connecter-vous, signalez-vous, une solution vous sera apportée.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ces géants du Net, c'est un peu Big Brother. J'ai vu dans la page 8 de Aujourd'hui en France, Aujourd'hui Le Parisien, qu'il y a une plainte d'une association mondiale qui s'appelle l'Internet Society, qui a une filiale française, qui porte plainte contre Facebook et WhatsApp parce que figurez-vous que malgré la directive européenne du 25 mai, qui est en application depuis le 25 mai, elles continuent de récolter les informations des 38 millions de Français, nous sommes 30 millions à avoir un compte Facebook, sur leurs préférences sexuelles, leurs opinions politiques, leurs opinions religieuses. Comment on peut laisser faire Facebook, ne pas respecter la loi ?

MOUNIR MAHJOUBI
Alors, c'est justement la plainte que veut déposer l'Internet Society. Si les faits sont avérés, si vraiment un fichier est en train d'être fait sur les opinions religieuses, que j'aurai déclarées volontairement ou pas. Si je l'ai fait volontairement, alors ça respecte le fameux règlement RGPD, celui qui protège et données personnelles, mais si c'est fait malgré moi, si mon opinion politique est révélée malgré moi, si mon orientation sexuelle et notée malgré moi, malgré ce que j'ai annoncé, ça pose des questions. Vous savez, sur ces plateformes vous achetez de la pub, et pour faire de la pub on peut faire ce qu'on appelle du ciblage. Quand vous regardez le menu déroulant du ciblage, notamment sur Facebook par exemple, parfois vous pouvez avoir très peur, et d'ailleurs dans de nombreux pays, souvent on dénonce certains des éléments de ce ciblage. Aux Etats-Unis par exemple on pouvait cibler particulièrement les personnes intéressées par le complotisme, les personnes d'extrême-droite intéressées par le complotisme et les armes. Là d'un coup on commence à se dire : c'est un peu bizarre de pouvoir faire ce type de ciblage. Ça veut dire que quelque part dans une base de données, on a écrit ça sur moi, et ça, ce n'est pas soutenable, ce n'est pas acceptable. Donc aujourd'hui je ne sais pas jusqu'où ira la plainte d'Internet Society. L'Internet Society est une association indépendante, libre, qui demande aux citoyens de la rejoindre, mais en tout cas nous serons très attentifs à la suite de ce procès.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et les géants du Net, ils vont participer quant à l'effort collectif ? Quand est-ce qu'ils vont payer des impôts ? Votre ministre de tutelle Bruno LE MAIRE essaie de défendre à Bruxelles la taxation sur le chiffre d'affaires des GAFA, il n'y arrive pas, l'Allemagne est contre. On est complètement démuni.

MOUNIR MAHJOUBI
Vous savez, les GAFA ce ne sont pas nos ennemis, mais ce ne sont pas nos amis. Les GAFA ce sont de grosses entreprises…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Je rappelle : GOOGLE, AMAZON, FACEBOOK, APPLE.

MOUNIR MAHJOUBI
Je le répète, ce ne sont pas nos ennemis, ce ne sont pas nos amis, ce sont des entreprises responsables, à qui nous demandons…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et qui ne paient pas d'impôts.

MOUNIR MAHJOUBI
Et à qui nous demandons d'avoir une plus grande responsabilité face à leurs actions. La première c'est celle de payer l'impôt. Aujourd'hui il reste trois pays à convaincre. Bruno LE MAIRE continue, nous avons encore la conviction…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il reste qui ? L'Allemagne, les Pays-Bas ?

MOUNIR MAHJOUBI
Bruno LE MAIRE les a cités à plusieurs reprises, le Danemark, la Suède, l'Allemagne.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
D'accord.

MOUNIR MAHJOUBI
L'Allemagne qui n'a pas dit non, l'Allemagne qui dit : nous avons besoin de continuer à dialoguer. Vous avez l'Irlande qui dit : aujourd'hui c'est ma manne fiscale, c'est ce qui me permet de tenir mon économie. Et vous avez deux autres pays qui disent : nous, écoutez, idéologiquement on n'aime pas ces idées de taxes. Mais, tous ces pays, qu'est-ce qu'ils comprennent aujourd'hui ? C'est que nous sommes une solidarité européenne. On ne peut pas continuer à avancer sans être d'accord entre nous.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Pas toujours solidaires, pas toujours, regardez, là, sur la fiscalité.

MOUNIR MAHJOUBI
Regardez il y a un an. Il y a un an, on ne pensait pas qu'on serait aujourd'hui quasiment majoritaires pour cette taxe sur le chiffre d'affaires.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc on va y arriver.

MOUNIR MAHJOUBI
Nous, nous avons la conviction que nous allons y arriver, le président de la République va aborder encore ce sujet au Conseil européen et Bruno LE MAIRE est parfaitement engagé.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors il y a deux nouvelles révoltantes ce matin : la progression des actes antisémites, c'est le Premier ministre Edouard PHILIPPE qui l'a révélé sur sa page Facebook, + 69 % d'actes antisémites sur les neuf premiers mois de l'année 2018. Qu'est-ce que ça dit de notre société Mounir MAHJOUBI ?

MOUNIR MAHJOUBI
69 % d'augmentation des actes antisémites, c'est insoutenable, c'est insoutenable après les semaines que l'on vient de vivre.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On est le 9 novembre 2018, nous sommes 80 ans après la Nuit de cristal du 9 novembre 1938 en Allemagne.

MOUNIR MAHJOUBI
Les actes antisémites, de violences physiques, violences matérielles, des actes antisémites d'insultes en ligne, ces chiffres ils sont insoutenables et ils doivent nous appeler à l'action collective et on doit être tous mobilisés. Aujourd'hui, ce que nous avons proposé, ce que le Premier ministre a rappelé, c'est qu'on ne pouvait plus laisser les victimes seules. Et donc première chose, les aider à porter plainte, pour qu'on judiciarise beaucoup plus de cas. Il faut que personne n'ait de doutes. Quand on se fait insulter, quand on reçoit un mot antisémite, quand on se fait inscrire sur sa porte un mot antisémite, quand on se fait insulter dans la rue, quand on se fait insulter sur les réseaux sociaux, eh bien il faut aller déposer plainte. Si on ne veut pas aller tout de suite au commissariat parce qu'on est encore dans le choc, on peut aller sur internet, depuis quelques semaines maintenant vous pouvez déposer une pré-plainte. Cette pré-plainte elle est très importante.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et sur le site du ministère de l'Intérieur ?

MOUNIR MAHJOUBI
Sur le site du ministère de l'Intérieur, sur la pré-plainte, vous pouvez écrire, vous êtes seul, vous vous inscrivez, vous utilisez, vous prenez le temps dont vous avez besoin, et derrière vous aurez un policier ou un gendarme, formé aux actes antisémites et à la lutte contre les actes antisémites, qui va vous recontacter, et ça c'est très important. Le deuxième élément, c'est former les policiers, les gendarmes qui accueillent ? Ce n'est pas simple, c'est des formes nouvelles d'antisémitisme qui s'expriment, donc aujourd'hui on va avoir plusieurs milliers de personnes spécifiquement formés pour accueillir une personne victime. Et le trois, c'est à l'école. A l'école aujourd'hui le Premier ministre l'a annoncé, on va avoir…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous savez que ça fait des années qu'on sait que dans certains quartiers on ne peut pas, quand on est juif…

MOUNIR MAHJOUBI
Et on ne doit rien tolérer. On ne doit rien tolérer, rien, pas la moindre remarque.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Autre front de la haine, encore une agression cette semaine, cette fois-ci à Saint-Etienne, contre un couple d'hommes, avec des insultes homophobes et des coups. Là encore vous l'attribuez à quoi cette montée de la haine ?

MOUNIR MAHJOUBI
Vous l'entendrez, c'est peut-être la 10ème agression contre des couples homosexuels, contre des personnes LGBT. C'est terrible et ça décrit quelque chose d'assez profond.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bien sûr.

MOUNIR MAHJOUBI
Ceux qui…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous n'avez pas peur sur le débat sur la PMA, que vous allez ouvrir, on rouvre la boîte de Pandore ?

MOUNIR MAHJOUBI
Je sais que certains aujourd'hui, notamment dont on a parlé, par la parole, par leurs actions, libèrent ceux qui n'auraient pas agressé par ailleurs, pour le faire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Y compris au sein de la République en Marche, on a vu hier cette polémique entre l'une des députés et puis le patron du groupe.

MOUNIR MAHJOUBI
Qui a parlé d'un lobby LGBT. Vous savez, à chaque fois qu'on parle de ça, on l'a fait pour les juifs, on le fait pour les homosexuels…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Même au sein du parti La République en Marche.

MOUNIR MAHJOUBI
C'est insupportable, et ceux qui en partie entretiennent ça seront sanctionnés.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci beaucoup Mounir MAHJOUBI d'avoir été avec nous ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 novembre 2018

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