Interview de M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, avec France Info le 9 novembre 2018, sur l'action du gouvernement face à l'augmentation du prix des carburants et sur la politique de l'énergie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, avec France Info le 9 novembre 2018, sur l'action du gouvernement face à l'augmentation du prix des carburants et sur la politique de l'énergie.

Personnalité, fonction : RUGY François de.

FRANCE. Ministre de la transition écologique et solidaire

ti :


MARC FAUVELLE
Invité politique de France Info jusqu'à 9h00, le ministre de la Transition écologique et solidaire, c'est Renaud DELY qui vous pose la première question.

RENAUD DELY
Bonjour François de RUGY. Alors hier, François de RUGY, avec votre collègue chargé de l'Economie Bruno LE MAIRE, vous avez reçu les distributeurs de carburants pour les exhorter à répercuter la baisse des prix du cours du pétrole à la pompe, les pétroliers se seraient engagés, les distributeurs se seraient engagés à le faire, et puis voilà, patatras, ce que disait ce matin sur France-Info Francis DUSEUX, le président de l'Union française des industries pétrolières.

FRANCIS DUSEUX
La tendance de fond, je pense, c'est quand même un renchérissement des prix du pétrole brut, parce que vous avez les sanctions de monsieur TRUMP contre l'Iran, vous avez un équilibre offre/ demande qui est très tendu, vous avez une croissance mondiale de 3,8 % qui tire vers le haut la demande en pétrole.

RENAUD DELY
Alors, ça va baisser ou ça ne va pas baisser à la pompe ?

FRANÇOIS DE RUGY
Il y a deux choses différentes. Il y a la demande que nous avons faite aux pétroliers qui est de répercuter au jour le jour les baisses des prix du pétrole, qu'on constate sur le marché mondial, parce qu'aujourd'hui c'est une réalité, que ce soit répercuté sur les prix des carburants à la pompe, puisque quand les prix du pétrole sur les marchés mondiaux augmentent, on augmente aussi à la pompe, donc il faut que ce soit dans les deux sens. Après, la tendance de long terme, dont parle ce représentant de l'industrie pétrolière, nous partageons son analyse, et c'est bien pour cela que nous prenons des mesures, de fond, pour protéger les Français des hausses futures des prix du pétrole sur le marché mondial.

RENAUD DELY
Mais, dans les jours qui viennent, François de RUGY, là, dans les jours qui viennent, ça va baisser, et si ça baisse, de combien, 3 centimes ?

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, par exemple le réseau TOTAL nous a dit qu'il avait déjà procédé à une baisse de 3 centimes sur l'essence et le gasoil. Et je donne cet exemple d'ailleurs en étant très clair, quand les prix augmentent de 3 centimes par le biais de la taxe, beaucoup de gens disent c'est insupportable, quand ça baisse de 3 centimes parce que les prix sur le marché mondial ont baissé, on dit ce n'est rien, c'est comme si c'était des petites pièces, bon voilà. C'est entre le ressenti, la réalité, le ressenti par rapport aux taxes, mais aussi la réalité de l'augmentation des prix du pétrole sur les marchés mondiaux, c'est ça aujourd'hui la principale cause d'augmentation des prix des carburants.

MARC FAUVELLE
Donc, est-ce qu'il y a un répit dans les semaines ou dans les mois qui viennent, on sait que le cours du Brut a baissé d'à peu près 20 % depuis le début du mois d'octobre, les prix à la pompe ils ont un tout petit peu baissé, simplement chez certains distributeurs, est-ce que ça va continuer dans les semaines qui viennent, est-ce que vous dites aux Français vous allez respirer un petit peu mieux quand vous faites le plein ?

FRANÇOIS DE RUGY
Il y a une surveillance, renforcée d'ailleurs, par les services de l'Etat, sur le fait que les distributeurs de carburants, que ce soit les grandes surfaces, que ce soit les stations des groupes pétroliers comme TOTAL, mais aussi les stations indépendantes, répercutent bien ces baisses de prix, parce que, en effet…

MARC FAUVELLE
Vous en avez la certitude ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ah mais bien sûr, nous surveillons. Il y a d'ailleurs un site internet du ministère de l'Economie et des Finances, qui permet aux Français de savoir ce qu'il en est, et ça c'est extrêmement clair. Après on ne va pas…

MARC FAUVELLE
Si un distributeur ne répercute pas les baisses, il va se passer quoi ?

FRANÇOIS DE RUGY
Il peut toujours y avoir des sanctions au titre, en effet, du non-respect de la concurrence, mais vous savez, aujourd'hui, en France, le marché des carburants est très concurrentiel, parce que les grandes surfaces dominent le marché, elles représentent moins de la moitié des stations-service, mais elles représentent bien plus en volume, elles font beaucoup, d'ailleurs, de publicité parfois…

MARC FAUVELLE
Sur l'essence à prix coûtant.

FRANÇOIS DE RUGY
Voilà, ce qui d'ailleurs… mais ça elles nous ont dit qu'elles ne pourraient pas le faire éternellement, parce que bien sûr il faut bien faire fonctionner les stations-service et les investissements.

RENAUD DELY
Les distributeurs disent d'ailleurs qu'ils ont une marge extrêmement faible aujourd'hui.

FRANÇOIS DE RUGY
Les distributeurs ont plutôt une marge faible, contrairement à ce que croient beaucoup de gens, parce que beaucoup de gens pensent que les pétroliers, et les distributeurs, se font de l'argent sur le dos des consommateurs au moment où les prix augmentent, et évidemment nous nous sommes là pour vérifier que ce n'est pas le cas. Mais en même temps il faut tenir un langage de vérité aux Français, la tendance, avec des prix du pétrole chers, c'est sans doute la tendance de long terme, il vaut mieux anticiper cela, que d'attendre des jours meilleurs et de ne rien faire. En 2008, on a eu des prix du pétrole, il y a 10 ans, on a eu des prix du pétrole qui étaient à 140 dollars le baril, 2 fois plus cher qu'aujourd'hui, 2 fois plus cher. Qu'est-ce qu'on a fait à ce moment-là, qu'est-ce qu'on a fait pour libérer les Français du pétrole, qu'est-ce qu'on a fait pour protéger durablement les Français des hausses des prix des carburants ? Rien. On a attendu que les prix baissent sur le marché mondial, ce qui s'est produit d'ailleurs, et on s'est dit, eh bien voilà, il n'y a rien, aucune mesure à prendre. Nous nous prenons des mesures durables pour aider les Français à avoir des voitures qui consomment moins.

RENAUD DELY
Vous sollicitez, François de RUGY, les distributeurs, le président de la République, Emmanuel MACRON, au gré de son déplacement en France cette semaine, il se heurte à cette colère des Français, sur le pouvoir d'achat en général, et sur le prix des carburants en particulier, il s'exprimait hier soir, Emmanuel MACRON, chez nos confrères de France 3.

EMMANUEL MACRON
Il y aura une réponse, parce que j'entends cette inquiétude, elle est légitime, mais dans ces moments où c'est plus dur il faut pouvoir aider nos concitoyens.

RENAUD DELY
Alors, ça va être quoi cette réponse du gouvernement, pas simplement des distributeurs, mais sur quoi êtes-vous en train de travailler, une sorte de chèque carburant, on n'a pas bien compris jusqu'à présent les annonces du président de la République ?

FRANÇOIS DE RUGY
Alors d'abord nous allons amplifier ce que nous faisons déjà, parce que nous n'avons pas attendu que les prix du pétrole augmentent pour faire la prime à la conversion, ce qui est une prime à l'achat de voitures neuves, ou d'occasion, donc à des prix abordables, qui polluent moins, qui consomment moins, et qui donc permettent de faire des économies…

MARC FAUVELLE
Qui va être étendue, François de RUGY, pour être très concret sur ce point ? Elle a concerné cette année plusieurs centaines de milliers de Français…

FRANÇOIS DE RUGY
250.000 automobilistes en 2018 ont pu changer de voiture, ce n'est pas un acte anodin de changer de voiture, grâce à cette aide de l'Etat de 1000 euros pour les ménages imposables et 2000 euros pour les ménages non imposables, et 70 % des bénéficiaires sont des ménages non imposables.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous allez l'étendre, comme on l'entend, aux gros rouleurs, c'est-à-dire ceux qui font beaucoup de kilomètres sans forcément avoir une voiture très vieille, très ancienne ?

FRANÇOIS DE RUGY
Nous allons en effet regarder comment nous pouvons l'étendre, et quand on parle des gros rouleurs, ça peut être par exemple des voitures qui ont un fort kilométrage, même si elles n'ont pas l'âge que nous avions fixé, qui était un âge 12 ans minimum pour une voiture diesel - 80 % des voitures qu'on met à la casse, d'ailleurs, sont des vieilles voitures diesel - et donc, en effet, il faut voir si on ne peut pas avoir une mesure qui permette aux Français qui roulent beaucoup, et qui donc changent de voiture plus souvent d'ailleurs, il faut le rappeler, parce que parfois on entend, à la radio ou à la télévision, des témoignages de gens, on a l'impression qu'ils font 50.000 kilomètres par an et qui n'ont jamais changé de voiture, et qu'ils n'auront jamais les moyens de changer de voiture, c'est l'inverse, plus vous faites de kilomètres, plus vous changez souvent de voiture. Donc il faut accompagner, il faut aider. Il y a aussi des mesures sur les véhicules hybrides rechargeables, ça c'est plus pour les gens qui peuvent acheter des voitures neuves, donc des voitures un peu plus chères, mais qui permettent, là, de baisser très fortement les consommations.

MARC FAUVELLE
Est-ce que cette prime à la casse, cette prime à la conversion, elle va être augmentée à partir de l'an prochain ?

FRANÇOIS DE RUGY
Nous ne pensons pas que le sujet ce soit l'augmentation, parce qu'elle marche très bien, c'est un très grand succès…

MARC FAUVELLE
1000, 2000 ou 2500 euros pour changer de voiture, on sait que c'est parfois largement insuffisant.

FRANÇOIS DE RUGY
Non, mais attendez, on ne parle pas uniquement de voitures neuves comme par le passé. Autrefois les primes à la casse c'était toujours pour soutenir l'industrie automobile, et pour permettre d'acheter des voitures neuves…

MARC FAUVELLE
Les Allemands viennent de lancer des primes à la conversion qui montent jusqu'à 10.000 euros, parce que les constructeurs ont accepté de payer, ce ne sera pas le cas en France ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non, non, en France nous avons un bonus de 6000 euros pour les voitures électriques, ça nous continuons à le faire par ailleurs, mais là, attention, de quoi parle-t-on ?

RENAUD DELY
Vous avez sollicité les constructeurs ?

FRANÇOIS DE RUGY
On parle d'une prime de 2000 euros, y compris pour quelqu'un qui achète peut-être une voiture qui coute 5 ou 6000 euros, c'est ça dont on parle. Donc vous imaginez l'occasion, c'est pour cela que ça marche d'ailleurs, et que la cible a bien été touchée.

RENAUD DELY
Est-ce que le gouvernement a sollicité les constructeurs français pour qu'ils participent au financement de cette prime…

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, et ils ont dit non.

RENAUD DELY
Et quels engagements ont-ils pris ?

FRANÇOIS DE RUGY
Nous avons réunis, avec Bruno LE MAIRE au ministère, d'ailleurs, de l'Economie - nos deux ministères travaillent la main dans la main d'ailleurs, je tiens à le souligner, ministère de l'Economie, ministère de l'Ecologie - nous avons réuni les constructeurs automobiles, et par exemple le groupe PSA, donc PEUGEOT CITROËN, nous a dit nous, nous sommes prêts à doubler l'effort de l'Etat sur l'achat de véhicules neufs, et RENAULT nous a dit, je donne des exemples, il y a d'autres marques bien sûr, RENAULT nous a dit on est prêt à faire un effort aussi sur les véhicules d'occasion, parce que dans les concessions RENAULT il y a par exemple des voitures électriques d'occasion…

MARC FAUVELLE
Et donc vous avez tapé avec les constructeurs ou pas, ça va se faire ?

FRANÇOIS DE RUGY
Je pense que d'ici le début de l'année prochaine, c'est-à-dire pour 2019, nous aurons en effet un effort conjoint Etat/constructeurs automobiles. Je vais moi-même me rendre dans une concession automobile, en Vendée mardi, et nous pourrons démontrer que des gens viennent acheter des voitures neuves ou d'occasion, y compris électriques. Moi je veux dire aux Français, qui nous regardent ou qui nous écoutent, par exemple la voiture électrique elle est pertinente à la campagne, c'est là que c'est le plus efficace et le plus utile à utiliser, et aujourd'hui vous avez des voitures électriques à moins de 10.000 euros sur le marché de l'occasion.

MARC FAUVELLE
Vous restez avec nous, François de RUGY, on poursuit cette discussion dans un instant.

(…)

MARC FAUVELLE
Toujours avec le ministre de la Transition écologique, François de RUGY, et toujours avec Renaud DELY.

RENAUD DELY
François de RUGY, vous avez évoqué à l'instant la prime à la conversion et la façon de la renforcer et de l'étendre, mais en ce qui concerne le pouvoir d'achat des Français, Emmanuel MACRON a aussi évoqué l'hypothèse d'accompagner, peut-être, une aide au transport en la défiscalisant, sur quel dispositif êtes-vous en train de travailler ?

FRANÇOIS DE RUGY
Nous avons, en effet, l'idée de regarder s'il ne pourrait pas y avoir une aide, un accompagnement pour passer ce mauvais moment de prix du pétrole élevés, pour les ménages qui travaillent loin de leur domicile, et qui donc font parfois 50, 60 kilomètres par jour pour aller travailler, et qui ont des faibles revenus. Donc sur cette population de salarié, à petit salaire, qui souvent habite à la campagne, et qui souvent travaille loin de son domicile, qui ne l'a pas choisi la plupart du temps, il y a en effet, sans doute, à trouver un dispositif.

RENAUD DELY
Une aide de quel montant ?

FRANÇOIS DE RUGY
Alors, je ne suis pas là pour annoncer l'aide proprement dite, parce qu'on est en train de chiffrer cela, parce qu'il faut par ailleurs être responsable, mais on pourrait avoir un forfait transport, qui pourrait permettre d'alléger un peu la facture, là aussi, la facture transport, de ces Français.

MARC FAUVELLE
Qui serait versée par l'Etat, François de RUGY ?

FRANÇOIS DE RUGY
Il faut que ce soit…

MARC FAUVELLE
Par les régions, par l'Etat, par les employeurs ?

FRANÇOIS DE RUGY
Certaines régions font des choses…

MARC FAUVELLE
Les Hauts-de-France le font déjà, c'est pour ça que je vous pose la question.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, il y a d'autres régions, vous savez, qui ont fait des efforts très importants sur les tarifs des transports en commun, d'autres…

MARC FAUVELLE
Là c'est l'Etat qui aiderait ?

FRANÇOIS DE RUGY
Je crois qu'en effet la logique c'est… on parle, enfin moi je parle pour l'Etat, je ne vais pas dire aux régions vous devez faire ci, vous devez faire ça, les régions peuvent prendre des initiatives, les départements le font. Vous savez, la solidarité en matière de transports et de mobilité, il y a déjà beaucoup de solutions qui ne se résument pas d'ailleurs à des aides ponctuelles de ce type. Nous étions à Charleville-Mézières avec le président de la République dans les Ardennes, mercredi, à Charleville-Mézières a été mis en place un service de location de voitures pour les gens qui n'ont pas de quoi s'acheter une voiture, mais qui ont quand même besoin d'aller travailler, qui ont des besoins ponctuels, et c'est aussi un moyen, donc il y a beaucoup de solutions de ce type, là qui ne passent pas par l'Etat, mais l'Etat peut faire un effort, comme nous l'avons fait pour le chauffage…

RENAUD DELY
A quelle échéance François de RUGY ? Il y a une certaine urgence…

FRANÇOIS DE RUGY
Là nous sommes en train de travailler avec beaucoup de rapidité sur ce sujet, pour que cela puisse être fait vraiment dans les jours qui viennent, et que ça puisse entrer en vigueur au 1er janvier 2019.

RENAUD DELY
Au 1er janvier, en même temps que les prochaines hausses de taxes que le gouvernement a prévu, et sur le gasoil, et sur le sans-plomb.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, mais on a joué cartes sur table, et d'ailleurs c'est pour ça… vous savez, ce serait tellement plus simple de rejeter la responsabilité sur d'autres, de faire les choses en catimini, nous nous avons joué cartes sur table en 2017, tout a été dit en toute transparence dans le budget. Mais vous savez que ce que nous avons fait aussi en 2017, nous avons généralisé le chèque énergie, qui avait été créé en 2015, mais qui n'avait pas été mis en place, sauf à titre expérimental, et qui au départ ne concernait que l'électricité et le gaz, nous l'avons élargi au fuel, et en 2019 nous l'augmentons, de 150 à 200 euros, et vous savez combien de personnes…

MARC FAUVELLE
Il va concerner plus de monde également ? Aujourd'hui c'est 4 millions de personnes…

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, mais vous savez déjà combien de personnes en bénéficient ?

MARC FAUVELLE
4 millions, 3,5 millions.

FRANÇOIS DE RUGY
3,6 millions personnes.

MARC FAUVELLE
Vous nous confirmez qu'il y aura davantage de personnes qui pourront en bénéficier ?

FRANÇOIS DE RUGY
C'est une des pistes de travail aussi, d'élargir le nombre de bénéficiaires. Donc, vous voyez, c'est ça le but, c'est de poursuivre l'accompagnement de cette transformation, parce que cette transformation, autour du pétrole, de se libérer du pétrole, eh bien cette transformation il faut la conduire, c'est dans l'intérêt des Français et dans l'intérêt, par ailleurs, de la France.

MARC FAUVELLE
Vous dites, François de RUGY, dans cette affaire on a joué cartes sur table, il y a une association de consommateurs qui dit l'inverse depuis hier soir sur France Info.

RENAUD DELY
François CARLIER, délégué général de l'association de consommateurs CLCV, hier soir sur France Info, expliquait que ces hausses de taxes programmées par le gouvernement elles n'ont pas forcément une vocation à servir la transition écologique.

FRANÇOIS CARLIER
A Matignon ils nous ont dit, pour supprimer la taxe d'habitation pour 80% des Français on a besoin d'augmenter, de beaucoup, les taxes sur le carburant, ça sera la seule taxe qu'on va augmenter, mais on a besoin de le faire, sinon on ne peut pas faire les autres réformes fiscales.

RENAUD DELY
C'est à peu près la même somme, la suppression de la taxe d'habitation, autour de 3,7 milliards d'euros, la hausse des taxes sur les carburants c'est la même chose.

FRANÇOIS DE RUGY
Non, d'abord non, parce qu'en 2019 c'est 1,9 milliard d'euros, et la baisse de la taxe d'habitation c'est 3,2, +1,9 d'un côté, -3,2 de l'autre. Mais vous savez, on peut raconter tout et n'importe quoi, on peut dire aussi que c'est pour augmenter le budget de la justice, il augmente, le budget de la police, il augmente, le budget de l'Education, il augmente…

RENAUD DELY
Ce n'est pas pour compenser la suppression de la taxe d'habitation ?

FRANÇOIS DE RUGY
Le budget de la Défense, donc…

MARC FAUVELLE
Ce monsieur dit on me l'a dit à Matignon lors d'une réunion, il ne met pas les chiffres face à face.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, mais voilà, on m'a dit, ils m'ont dit, mais on ne sait pas qui. Moi je vais vous donner un chiffre simple, la fiscalité écologique - je ne cache pas les montants - 34 milliards d'euros en 2019, c'est beaucoup, ça existait déjà avant, mais on l'augmente. Et le budget du ministère de la Transition écologique et solidaire, 34 milliards d'euros, augmentation d'ailleurs d'1 milliard entre 2018 et 2019. Voilà. Donc moi je veux bien qu'on pinaille indéfiniment…

MARC FAUVELLE
Vous êtes d'accord aussi que tout l'argent des taxes ne part pas immédiatement à la transition, il est reversé au budget de l'Etat, tout ça est remis au pot commun.

FRANÇOIS DE RUGY
Ça ce sont les règles budgétaires, vous savez, l'impôt sur le revenu il va au budget de l'Etat, les taxes d'habitation, ou la taxe foncière, va dans le budget des communes, des départements, des régions, sans aller spécialement sur le logement, et c'est une taxe sur le logement.

MARC FAUVELLE
Donc il n'y a pas d'embrouille à la pompe François de RUGY, il n'y a pas d'embrouille aujourd'hui, où on dit aux Français on vous baisse la taxe d'habitation, mais on vous reprend au centime près quasiment, la même chose à la pompe ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non, en revanche, je vais vous dire, il y a un manque d'explications, on peut dire même peut-être de transparence, sur les données budgétaires, donc moi je vais faire ce travail, avec les parlementaires, qui me l'ont demandé d'ailleurs, qui demandent, certains de bonne foi, d'autres avec beaucoup de mauvaise foi, mais qui demandent qu'on mette cartes sur table aussi là-dessus. Je pourrais vous donner un autre exemple, l'ensemble de la taxe carbone, la taxe carbone, qui a été créée, je le rappelle, en 2013, à l'époque pour compenser le CICE d'ailleurs, sous François HOLLANDE, elle a été fortement augmentée en 2015, nous poursuivons dans cette voie. C'est, l'année prochaine, 7,9 milliards d'euros de recettes, 7,9 milliards, eh bien les investissements dans les énergies renouvelables c'est 7,3 milliards d'euros. Voyez, on est souvent sur des masses budgétaires très comparables entre, en effet, des recettes de la fiscalité écologique, et des dépenses pour la transition écologique.

RENAUD DELY
Sur les 34 milliards d'euros que vous évoquiez tout à l'heure, on sait qu'il y a à peu près qu'un cinquième, il y a un peu plus de 7 milliards, 7,8 milliards, qui va directement à la transition écologique.

FRANÇOIS DE RUGY
Non, mais ça ce sont des présentations budgétaires, parce qu'il y a ce qu'on appelle un compte d'affectation spéciale à la transition énergétique, et c'est, là, 7,3 milliards, mais les dépenses pour la transition écologique elles s'expriment dans divers domaines, et je vous dis, le budget de mon ministère c'est 34 milliards d'euros, c'est exactement, il se trouve cette année que ça correspond exactement aux recettes de la fiscalité écologique. Mais vous savez, il y a même une part de la fiscalité écologique qui va, on peut dire, aussi aux collectivités locales, parce que les budgets des collectivités locales sont alimentés par les taxes perçues par l'Etat, pour une grande part.

MARC FAUVELLE
François de RUGY, encore un mot sur cette question, si vous voulez bien, parce qu'on va parler du nucléaire notamment, dans quelques instants, on a quand même du mal à suivre le raisonnement du gouvernement depuis une semaine, on nous a expliqué pendant 3 jours qu'il fallait que les prix du carburant montent pour envoyer un signal dans l'opinion, parce que la terre brûle et qu'il y a maintenant une urgence écologique, et depuis 2 jours, c'est rétropédalage, on nous explique qu'il faut que les prix du carburant baisse finalement. Où est la ligne ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non, non, non, là vous n'avez pas suivi ce qu'on a dit, parce que, avec Bruno LE MAIRE, hier, nous avons dit…

MARC FAUVELLE
Il faut que ça baisse.

FRANÇOIS DE RUGY
A vos confrères et consoeurs journalistes, on leur a dit de toute façon nous on préfère anticiper des prix du pétrole qui augmentent que de faire croire aux Français que demain ça ira mieux parce que les prix du pétrole vont rebaisser, que c'est comme ça, que ça va, ça vient, ce qui a souvent été le cas, mais…

MARC FAUVELLE
Pour le ministre de la Transition écologique que vous êtes, est-ce qu'il faut que les prix montent encore ou est-ce qu'il faut qu'ils baissent ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non, mais vous savez, on a dit pendant des années, et là tout le monde était d'accord, il faut lutter contre le dérèglement climatique, et puis après on a dit il faut donner un prix au carbone, puis après on a dit il faut une taxe carbone, nous l'avons fait.

MARC FAUVELLE
Donc, quand ça monte, pour vous, d'un point de vue écologique, c'est une bonne nouvelle ?

FRANÇOIS DE RUGY
En tout cas ce qui est sûr c'est que…

MARC FAUVELLE
C'est un bon signal en tout cas.

FRANÇOIS DE RUGY
Non, non, mais ce qui est sûr c'est que, aujourd'hui on se pose sérieusement la question, ce qui n'a pas été fait il y a 5 ans ou il y a 10 ans, des économies d'énergie, des économies de carburant, on cherche des solutions concrètes, et on n'a pas attendu le mois d'octobre, ou le mois de septembre, on l'a fait dès la fin de l'année 2017, pour que ce soit effectif en 2018, et nous allons continuer. Et oui, la programmation pluriannuelle de l'énergie ça paraît un peu théorique, c'est pour les 10 ans qui viennent, eh bien c'est exactement la même chose, c'est la continuité, c'est libérer les Français du pétrole, c'est les protéger contre le dérèglement climatique et donc de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

MARC FAUVELLE
Et la feuille de route énergétique, puisqu'on va la connaître dans quelques jours, François de RUGY on en parle dans 1 minute.

(…)

MARC FAUVELLE
Toujours avec François de RUGY jusqu'à 9h00 sur France Info, et les questions de Renaud DELY.

RENAUD DELY
François de RUGY, vous allez présenter dans quelques jours, d'ici la fin du mois, la feuille de route énergétique de la France pour les 5 ans qui viennent, a priori cette feuille de route est censée tracer une perspective de réduction de la part du nucléaire dans la production d'énergie, et on vient d'apprendre, il y a quelques jours, qu'EDF était en train de racheter des terrains autour de plusieurs de ses centrales pour s'étendre, éventuellement pour construire de nouveaux réacteurs, c'est un peu étrange, non ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non. La stratégie française pour l'énergie dans les 10 ans qui viennent, c'est ça la programmation pluriannuelle de l'énergie, 2018-2028, elle est là pour donner un cap précis, énergie par énergie, dans deux directions fondamentales. Premièrement, réduire la consommation d'énergie, pour réduire les émissions de CO2, deuxièmement, développer les énergies renouvelables, et c'est pour ça qu'il y a un rééquilibrage entre, pour l'électricité, entre les énergies renouvelables et le nucléaire, au profit des énergies renouvelables. Il faut donc que la trajectoire soit crédible.

RENAUD DELY
EDF rachète…

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, mais EDF c'est…

RENAUD DELY
Rachète en ce moment des terrains autour de plusieurs de ses centrales, en Seine-Maritime, en Moselle, dans la région Centre, et le slogan, le slogan de cette campagne d'acquisition, précisément, c'est : Préparer l'avenir. C'est le slogan d'EDF.

FRANÇOIS DE RUGY
EDF, si EDF a de l'argent pour acheter des terrains, EDF peut acheter des terrains, mais ce n'est pas ça le sujet…

RENAUD DELY
Mais ce n'est pas pour faire des cours de tennis, c'est pour agrandir les centrales.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, mais enfin, il faut être un peu sérieux. Ce n'est pas EDF, par exemple, qui décide si une vieille centrale nucléaire peut poursuivre son activité ou pas, c'est l'Autorité de Sûreté du Nucléaire. C'est l'Autorité de Sûreté du Nucléaire qui dit, tous les ans, sur les visites approfondies de sécurité des centrales, vous savez que tous les 10 ans toutes les centrales nucléaires sont vraiment contrôlées de fond en comble, et il y a plusieurs centrales nucléaires françaises qui doivent subir cette visite décennale dans les 3 ans qui viennent, et là c'est l'Autorité de Sûreté Nucléaire qui dit, est-ce qu'on peut poursuivre l'exploitation, ou pas, s'il y a des problèmes, il faut faire des travaux, quel est le montant, et là je vais vous dire que c'est autre chose que d'acheter ou pas des terrains à côté de telle ou telle centrale.

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas EDF qui décide, c'est ce que vous nous dites ce matin François de RUGY. Est-ce qu'il y aura moins de centrales nucléaires en France dans 10 ans qu'il y en a aujourd'hui ?

FRANÇOIS DE RUGY
La logique évidemment, c'est qu'il y ait moins de réacteurs nucléaires en fonctionnement, parce que ça c'est du bon sens. Vous ne pouvez pas développer les énergies renouvelables…

MARC FAUVELLE
C'est du bon sens, mais est-ce que ce sera le cas dans 10 ans, il y aura moins de réacteurs qu'aujourd'hui ?

FRANÇOIS DE RUGY
C'est le sens… j'allais dire le sens de l'histoire, en tout cas c'est le sens de la trajectoire que nous nous sommes donnée avec la loi de 2015, la loi de transition énergétique voté en 2015 et dont nous avons dit au moment des élections de 2017 que nous nous situions dans ce cadre-là. Nous n'avons pas promis l'abrogation de cette loi, au contraire, nous serons peut-être amenés à la modifier à la marge mais nous la gardons comme le cap donné, à la fois pour encore une fois baisser les émissions de gaz à effet de serre, pour lutter contre le dérèglement climatique, baisser donc les consommations d'énergie ; et de l'autre côté développer les énergies renouvelables. Nous ne voulons pas que la France passe à côté de l'essor des énergies renouvelables, c'est un essor mondial, c'est un essor technologique, c'est un essor économique. Aujourd'hui, le prix des énergies renouvelables, le coût de production baisse, les seules énergies au monde dont le coût de production baisse ce sont les énergies renouvelables, l'éolien et le solaire. Et ça, ce sont des chiffres qui sont incontestables et que l'on constate… vous savez que pour le solaire on a divisé par 10 le prix en 10 ans. Donc c'est une tendance lourde et il faut que la France soit pleinement engagée dans cet essor des énergies renouvelables.

RENAUD DELY
Alors François de RUGY, évidemment vous mettez l'accent sur la grande ambition de la transition écologique qui est la vôtre. Ségolène ROYAL, qui vous a précédé à ce ministère et qui était à votre place il y a quelques jours ici même dans ce studio de France Info, a mis l'accent sur une contradiction entre vos engagements écologiques et l'attitude du gouvernement à l'endroit de TOTAL, dont on parlait tout à l'heure.

SEGOLENE ROYAL
On ne peut pas nous dire à la fois que l'on taxe l'essence et le gasoil pour l'écologie ; et d'un autre côté continuer à donner des permis d'exploration du pétrole et notamment avoir signé à TOTAL un permis d'exploration du pétrole au large de la Guyane. Où est la cohérence ?

RENAUD DELY
Fin octobre, le groupe TOTAL a obtenu de nouveau une nouvelle autorisation d'exploration de forage pétrolier au large de la Guyane, malgré de nombreux avis négatifs préalables.

FRANÇOIS DE RUGY
Ecoutez ! Les leçons de cohérence, puisque que c'est le dernier mot qui a été prononcé dans cet extrait, les leçons de cohérence de la part de quelqu'un qui n'assument plus aujourd'hui la fiscalité écologique, la trajectoire de taxe carbone qui a été instaurée dans la loi de 2015 alors que Ségolène ROYAL était ministre, qui a été créé en 2013 par la majorité de François HOLLANDE à laquelle elle appartenait, moi j'assume…

RENAUD DELY
Vous approuvez qu'il y ait de nouveaux forages au large…

FRANÇOIS DE RUGY
Donc à un moment donné si vous voulez…

RENAUD DELY
Vous approuvez ?

FRANÇOIS DE RUGY
Je veux bien qu'on aille regarder telle ou telle chose dans le détail, je crois qu'à ce moment-là il faut parler de l'ensemble du bilan d'une ministre de l'Ecologie qu'elle a été pendant 3 ans.

RENAUD DELY
Très concrètement, vous approuvez cette décision ?

FRANÇOIS DE RUGY
Vous savez, on parlait juste avant du nucléaire, il y avait un décret qui a été pris 2 semaines avant les élections présidentielles sur la fermeture de Fessenheim, qui a été tellement mal écrit, tellement mal rédigé…

MARC FAUVELLE
…Par Conseil d'Etat.

FRANÇOIS DE RUGY
Qu'il a été annulé par le Conseil d'Etat. Ce qui a semé le trouble évidemment sur le terrain parce qu'on a fait les choses dans le désordre, moi je fais les choses dans l'ordre, sur le nucléaire comme sur le reste. Sur le forage en Guyane, vous savez c'est quelque chose qui avait été accordé en 2001. Et c'était évident que si on ne le faisait pas, TOTAL se retourner contre l'Etat et aurait fait payer des amendes à l'Etat, ce qui est un comble. En revanche c'est de l'exploration, si jamais on trouvait du pétrole à cet endroit-là il y aurait un débat public avant de pouvoir faire de l'exploitation. Et il est par ailleurs… nul ne peut dire aujourd'hui si on va en trouver.

MARC FAUVELLE
A quoi bon lancer la procédure si le jour où on trouve du pétrole, on recommence tout à zéro et on relance le débat ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ce sont les procédures françaises… parce que ce n'est pas la même chose de faire de l'exploration et de l'exploitation. Par ailleurs, nous avons fait voter une loi, j'espère que ça n'a pas échappé à Madame ROYAL puisque maintenant elle a l'air de beaucoup suivre l'actualité politique. Enfin j'ai surtout l'impression qu'elle avec beaucoup de comptes avec François HOLLANDE, avec les gens avec qui elle a travaillé pendant 5 ans au gouvernement, mais passons. En l'occurrence nous avons fait voter une loi, c'est Nicolas HULOT qui l'a fait voter, qui interdit définitivement tout nouveau permis d'exploration ou d'exploitation pour le pétrole ou pour le gaz de schiste en France.

MARC FAUVELLE
Merci François de RUGY d'avoir accepté ce matin l'invitation de France Info.

FRANÇOIS DE RUGY
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 novembre 2018

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