Interview de Mme Emmanuelle Wargon, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Europe 1 le 9 novembre 2018, sur l'action du gouvernement face à l'augmentation du prix des carburants. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Emmanuelle Wargon, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Europe 1 le 9 novembre 2018, sur l'action du gouvernement face à l'augmentation du prix des carburants.

Personnalité, fonction : WARGON Emmanuelle, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre d'Etat, ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :


AUDREY CRESPO MARA
Bonjour Emmanuelle WARGON.

EMMANUELLE WARGON, SECRETAIRE D'ETAT A LA TRANSITION ECOLOGIQUE ET SOLIDAIRE
Bonjour.

AUDREY CRESPO MARA
On a fait connaissance avec vous ces derniers jours. Vous êtes la ministre qui a répondu en mode selfie sur son téléphone chez elle au ras-le-bol d'une Française, Jacline MOURAUD, cette dame aux cheveux gris devenue le symbole des Français en colère et dont le coup de gueule aussi en mode selfie sur son téléphone chez elle a été vu près de six millions de fois. Extrait.

JACLINE MOURAUD
J'ai deux petits mots à dire à monsieur MACRON et son gouvernement. Quand est-ce que ça va se terminer la traque aux conducteurs que vous avez mis en place depuis que vous êtes là ? Parce que là, on atteint des sommets. J'ai fait une petite liste de ce qu'on subit depuis que vous êtes là mais on en a plein les bottes, c'est clair. Qu'est-ce que vous faites du pognon ?

AUDREY CRESPO MARA
« Qu'est-ce que vous faites du pognon ? » Dans cette vidéo aux six millions de vues, Jacline MOURAUD vous pose la question plusieurs fois. Qu'est-ce que vous lui répondez ?

EMMANUELLE WARGON
En fait, j'ai pensé que c'était utile de lui répondre parce qu'il y a plein de gens qui s'informent par les réseaux sociaux et cinq millions de vues à ce moment-là, six millions aujourd'hui, ça veut dire que ça exprime quelque chose. Donc c'est pour ça…

AUDREY CRESPO MARA
Votre vidéo – pardon, je précise aux auditeurs - n'a été vue que deux cent mille fois, donc trente fois moins.

EMMANUELLE WARGON
Exactement.

AUDREY CRESPO MARA
Ça en dit long sur est-ce que les ministres sont encore entendus aujourd'hui.

EMMANUELLE WARGON
C'est pour ça que je pensais utile d'essayer d'utiliser les mêmes médias et, vous avez raison, il faut rester humble et modeste sur ces sujets. Cette vidéo a été vue deux cent mille fois versus cinq, six millions. On n'est pas dans les mêmes volumes. Après, j'ai essayé d'expliquer pourquoi est-ce qu'on avait mis en place cette augmentation de la fiscalité du carburant et ce qu'on faisait pour accompagner en particulier les ménages les plus modestes. Donc voilà, l'objectif c'était assez pédagogique en fait.

AUDREY CRESPO MARA
Donc il faut regarder votre vidéo. Emmanuelle WARGON, hier le gouvernement annonçait que les distributeurs vont répercuter la baisse du prix du baril à la pompe au jour le jour. Mais le président de la région Hauts-de-France, Xavier BERTRAND, vous répond : « Le prix du baril depuis début octobre a baissé de 20 %, le litre a baissé entre 3 et 5 %. Elle est passé où la différence ? » vous demande-t-il.

EMMANUELLE WARGON
En fait, on mélange quand on regarde le prix du carburant le prix de la matière première, les taxes et les évolutions. D'abord ce que je voudrais dire, c'est qu'avec une heure de SMIC dans les années 70, on roulait trente kilomètres. Avec une heure de SMIC aujourd'hui, on roule cent trente kilomètres. Donc le poids du carburant quand on regarde sur longue période dans un budget, ç'a plutôt baissé.

AUDREY CRESPO MARA
Mais sur ce différentiel entre la baisse du prix du baril de 20 % et le litre à la pompe entre 3 et 5 % ?

EMMANUELLE WARGON
Il y a toujours un peu de temps, et c'était bien l'objet de la réunion avec les distributeurs hier à Bercy avec Bruno LE MAIRE et François de RUGY. Il y a toujours un petit peu de temps entre le prix international et la répercussion. Je crois que TOTAL a annoncé qu'il s'engageait à baisser déjà de trois centimes à la pompe.

AUDREY CRESPO MARA
Alors ce n'est pas gagné, parce qu'à à la sortie de Bercy hier, voici ce que disaient les distributeurs : « La marge finale des stations-service, c'est moins d'un centime d'euro par litre. Ce sera difficile de faire plus. » Et le pétrolier, TOTAL, a dit ceci : « On ne peut pas nous demander de faire encore des efforts supplémentaires », donc ce n'est pas gagné.

EMMANUELLE WARGON
Ce n'est pas des efforts supplémentaires. Le prix varie, c'est une matière première internationale. Il y a une cotation et même une cotation à Rotterdam. Quand le prix monte, ça se répercute à la hausse ; quand le prix baisse, ça se répercute à la baisse. De toute façon, les carburants sont toujours en train de bouger. Le prix n'est jamais stable.

AUDREY CRESPO MARA
Mais leur intention n'est pas de faire d'effort supplémentaire.

EMMANUELLE WARGON
La question, c'est la durée entre l'évolution du prix international et la répercussion. C'était ça l'objectif de la réunion d'hier et il me semble bien que TOTAL s'est engagé à répercuter aussi vite que possible. Après, à moyen terme, le prix du carburant est plutôt à la hausse et donc, c'est aussi pour ça qu'il faut progressivement sortir des énergies fossiles, et c'est pour ça qu'on accompagne la transition. C'est toute l'idée de la politique du gouvernement.

AUDREY CRESPO MARA
Et sur les intentions des distributeurs, elles ne sont pas si claires, des distributeurs et de TOTAL à la sortie Bercy hier. Vous les entendez aussi.

EMMANUELLE WARGON
Les intentions, c'est de répercuter quand c'est possible. Après ils disent : « On a une marge, on est comme tout le monde. Il faut qu'on préserve notre marge », mais ce n'était pas la question posée. La question, ce n'était pas qu'ils baissent leur marge uniquement. C'était aussi qu'ils n'absorbent pas la baisse du prix de la matière première.

AUDREY CRESPO MARA
Emmanuelle WARGON, le journal Le Parisien ce matin ajoute : au 1er janvier, les taxes vont augmenter de 6,5 centimes par litre de diesel et de 2,9 centimes par litre d'essence, soit une facture d'un milliard neuf cent mille euros supplémentaires pour les ménages rien qu'en taxes.

EMMANUELLE WARGON
Dans la loi de finances 2019, il y a une augmentation de la fiscalité sur les carburants qui fait à peu près 1,9 milliard pour les ménages…

AUDREY CRESPO MARA
C'est énorme.

EMMANUELLE WARGON
Et une baisse de la fiscalité sur les ménages - fiscalité et cotisations sociales - d'environ six milliards, donc il faut mettre en relation ces deux chiffres. Après, c'est des chiffres, c'est des montants…

AUDREY CRESPO MARA
Six milliards, ils sont contestés.

EMMANUELLE WARGON
Ils sont peut-être contestés mais c'est la baisse de la taxe d'habitation, c'est la réduction des cotisations sociales, c'est l'augmentation de la prime d'activité, ce sont les mesures favorables au pouvoir d'achat type chèque énergie. Donc si on regarde en masse, le gouvernement fait plus pour l'amélioration du pouvoir d'achat que la hausse des taxes sur les carburants.

AUDREY CRESPO MARA
Emmanuelle WARGON, la hausse des prix des carburants pénalise en priorité les Français les plus pauvres et ceux qui habitent loin des grandes agglomérations. Ça conforte l'image d'un président des riches, d'un président des villes, vous voyez.

EMMANUELLE WARGON
En fait, on le dit, ce n'est pas un gouvernement qui est contre la voiture, ce n'est pas du tout le sujet. La voiture, elle est indispensable à plein d'endroits dès qu'on sort des villes. En revanche, il faut aller vers des voitures moins polluantes et essayer de trouver des alternatives. Moi hier, j'étais en banlieue de Rennes, dans un petit village voir un monsieur retraité qui a bénéficié de la prime à la conversion. C'est plutôt un Français de catégorie modeste. Sa prime à la conversion, elle a marché et il a bénéficié de ces deux mille euros d'aide. Il a pu changer de voiture, acheter une voiture plus petite, moins polluante. D'ailleurs, c'est le premier à dire : « Je ne prends pas tout le temps ma voiture parce que pour faire cinq cents mètres et aller à la boulangerie, je peux aussi y aller à pied. » C'est tout ça qui se joue.

AUDREY CRESPO MARA
Emmanuelle WARGON, le Président a promis un geste pour aider les plus modestes à payer leur carburant : créer une nouvelle subvention pour permettre aux Français de payer la hausse des taxes. C'est un peu une usine à gaz, non ?

EMMANUELLE WARGON
Non. Le Président a dit plusieurs choses. Il les a dites sur votre antenne donc vous étiez aux premières loges. Il a dit : « Il faut accompagner les plus modestes », il a cité le chèque énergie. Et il a dit aussi : « Il faut probablement traiter la situation des gens qui sont vraiment des trs gros rouleurs. » Ça, ce n'est pas un nombre très élevé de nos concitoyens, mais c'est des gens qui prennent beaucoup, beaucoup leur voiture pour aller travailler avec des trajets avec beaucoup de kilomètres par jour. Donc c'est un cas un peu particulier et le gouvernement est en train de regarder quelle est la meilleure manière pour accompagner cette population-là.

AUDREY CRESPO MARA
Mais est-ce que ce n'est pas un peu facile d'augmenter les taxes et de demander aux régions de financer ça avec les fameux vingt euros ?

EMMANUELLE WARGON
En fait, le gouvernement a donné une ligne claire qui est une fiscalité qui pèsera progressivement plus sur les carburants et moins sur le travail. La question, c'est l'accompagnement. C'est-à-dire comment est-ce qu'on fait…

AUDREY CRESPO MARA
L'accompagnement des régions en l'occurrence.

EMMANUELLE WARGON
Comment est-ce qu'on fait pour accompagner les personnes, nos concitoyens, les ménages en particulier les plus modestes, dans cette transition ? Et c'est bien s'il y a une coordination, si les gestes sont coordonnés entre l'Etat, les régions et d'autres collectivités locales d'ailleurs, et les entreprises qui d'ailleurs contribuent avec le versement transport au trajet de leurs salariés.

AUDREY CRESPO MARA
Emmanuelle WARGON, cette colère dans la rue le 17 novembre, elle est en passe d'être récupérée par les partis extrémistes. Cette colère, elle ne vous inquiète pas ?

EMMANUELLE WARGON
Cette colère ? Je crois que chaque membre du gouvernement l'entend et on sent aussi une cristallisation de tout un tas de mécontentements qui s'expriment sur le sujet du carburant qui est peut-être un sujet particulièrement passionnel et particulièrement symbolique. Donc je pense qu'il faut qu'on soit très vigilant, il faut qu'on soit à l'écoute et c'est aussi pour ça que je voulais être sur les réseaux sociaux, parce que je pensais important d'être dans le dialogue. Après, on n'est jamais très favorable à toute forme de récupération.

AUDREY CRESPO MARA
Merci Emmanuelle WARGON.

EMMANUELLE WARGON
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 novembre 2018

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