Interview de Mme Roxana Maracineanu, Ministre des sports à RTL le 12 novembre 2018, sur la compétition sportive et le fichage ethnique présumé au PSG. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Roxana Maracineanu, Ministre des sports à RTL le 12 novembre 2018, sur la compétition sportive et le fichage ethnique présumé au PSG.

Personnalité, fonction : MARACINEANU Roxana, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Ministre des sports;

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ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour à vous, merci beaucoup d'être dans ce studio de RTL, Roxana MARACINEANU. Vous êtes la seule grande sportive du Gouvernement, on a envie de savoir ce matin ce que ça représente quand on se fait coiffer au poteau comme GABART cette nuit dans la Route du Rhum, la traversée de l'Atlantique en solitaire, il fait la course en tête depuis le début et puis vraiment dans les dernières minutes, dans un duel extravagant, il est battu par JOYON. C'est cruel ?

ROXANA MARACINEANU
Je pense que cette course, pour y avoir été le week-end du départ, c'est avant tout une course d'équipe, parce que c'est vrai que ces sportifs sont des solitaires et ils partent pour une aventure extraordinaire sur 7 jours, avec des bateaux qui sont différents à chaque fois, mais ils partent pour la même aventure. Donc effectivement il était parti en tête, il a tenu tête GABART jusqu'au bout et puis à la fin l'autre est remonté, mais l'essentiel c'est d'être arrivé au bout parce que vous avez vu tous ceux qui ne sont pas arrivés et qui ont dû s'arrêter en route.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui l'essentiel mais quand on le vit, quand on est soi-même le sportif, qui s'est tellement battu et qui a cru pendant tellement longtemps, enfin en l'occurrence de moins en moins longtemps, c'est six jours maintenant, mais bon, gagner, de perdre comme ça au dernier moment, vous avez vécu ça ?

ROXANA MARACINEANU
Oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Dans les grandes compétitions mondiales, internationales.

ROXANA MARACINEANU
C'est vrai que sur le moment ça peut sembler une injustice mais, il y a d'autres injustices plus grandes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bien sûr ! Et aussi on gardera de cette arrivée l'image de l'ancien, le 62 ans qui n'avait jamais gagné et qui finalement bat le trentenaire, l'enfant chéri de la voile. L'expérience qui l'emporte sur la jeunesse parfois arrogante, est-ce qu'il n'y a pas quelque chose de réjouissant ?

ROXANA MARACINEANU
Je crois que le sport, la magie du sport, c'est que les compétitions recommencent à chaque fois, donc on a toujours une chance de revenir. La preuve voilà même l'ancien a pu revenir.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas la revanche dans la voile de l'ancien monde sur le nouveau monde ?

ROXANA MARACINEANU
Peut-être.

ELIZABETH MARTICHOUX
Peut-être et prudence affichée ce matin sur ce sujet par la ministre qui a sur son bureau, vous avez sur votre bureau, l'affaire du fichage ethnique présumé par un cadre du PSG selon des révélations de Mediapart. Vous recevrez les patrons du PSG qui mènent une enquête interne, vous les avez eu au téléphone vendredi, vous les recevrez quand ?

ROXANA MARACINEANU
Oui, on a discuté avec Jean-Claude BLANC tout de suite, dès que c'est sorti, donc le vendredi. On a décidé de leur laisser une semaine pour faire l'enquête interne au sein du PSG, et on va se revoir suite à ça. En attendant cette semaine on va rencontrer Nathalie BOY de la TOUR dès demain, la présidente de la Ligue et puis Noël LE GRAËT, président de la Fédération française de football, pour voir les mesures qu'on peut prendre ensemble.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez dit c'est attristant, je suis consternée, atterrant de voir ce type de pratique aujourd'hui en vogue dans le football français. En vogue ça veut dire que ça pourrait exister ailleurs qu'au PSG dans votre esprit, il y a un risque ?

ROXANA MARACINEANU
On ne veut surtout pas que ça existe ailleurs donc le courrier qu'on va envoyer à tous les clubs professionnels c'est vraiment pour et les clubs amateurs…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous allez écrire aux fédérations, à tous les clubs ?

ROXANA MARACINEANU
Oui, on va leur envoyer un courrier, j'attends de voir Nathalie BOY de la TOUR pour convenir avec elle, mais je pense que c'est important de leur rappeler la loi tout simplement et une injonction à veiller à ce que de telles pratiques ne se reproduisent pas, parce que c'est vraiment... C'est vrai que j'ai dit que j'étais triste mais, aujourd'hui deux jours plus tard, je suis vraiment en colère.

ELIZABETH MARTICHOUX
En colère parce que ?

ROXANA MARACINEANU
Parce que ce sport-là ce n'est pas le sport que je connais, moi je connais un sport où il y a de la tolérance où effectivement on va à la rencontre de la spécificité de chacun, mais où il y a aussi de la sélection, mais ce n'est pas de la sélection qui se fait sur de tels critères.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui il y a la sélection quand on est trop gros, trop petit, trop grand, trop lent, il y a des critères de sélection dans le sport, des discriminations qui par ailleurs ne sont pas acceptées par exemple dans l'entreprise, dans les relations commerciales etc. C'est admis dans le sport ?

ROXANA MARACINEANU
Il y a effectivement des critères de sélection mais c'est des critères de performance et le danger c'est effectivement, le fait qu'il n'y a que le sport de compétition qui a le droit à la parole, qui est médiatisé en France, que celui-là. Et c'est ce qui fait aussi que les modèles qu'on peut retrouver dans le sport de compétition doivent être exemplaires parce que ce sont ces modèles-là qui font croire à la beauté du sport à nos enfants. Ces enfants qui rêvent maintenant de football, qui s'échangent des cartes de football à tout va et qui ne rêvent et ne jurent que par les joueurs de football, il faut que ce modèle qu'on leur propose soit exemplaire, quitte à en payer le prix.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et les discriminations sont admises, vous dites c'est exemplaire, il y a une limite c'est la discrimination sur la couleur de peau, sur l'origine géographique, sur l'origine ethnique, ça c'est la limite des discriminations qu'on peut admettre dans le sport ?

ROXANA MARACINEANU
Bien sûr, effectivement la sélection peut se faire sur des critères physiques, peut se faire sur le temps affiché par le chronomètre, vous avez dit tout à l'heure c'est injuste. Ca peut se faire aussi sur la partialité d'un sélectionneur qui va sélectionner les membres d'une équipe pas forcément que sur des critères de performance, mais plutôt sur des interactions entre les joueurs, mais c'est toujours dans un but de performance par équipe. Et il est hors de question que des gens qui sont dans ce type de sport où il y a beaucoup d'intérêts, beaucoup d'argent, puissent aujourd'hui se sentir hors-sol et passent hors la loi.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous envisagez de porter plainte ou vous laissez cela à ceux qui l'ont déjà fait, porter plainte, c'est-à-dire notamment la Ligue des droits de l'homme, la Licra ?

ROXANA MARACINEANU
C'est vrai qu'il y a trois organismes qui sont en première ligne sur ces sujets qui ont déjà porté plainte. Moi, ce que ce qui me tient à coeur, c'est effectivement avec ma collègue du gouvernement Marlène SCHIAPPA, en charge de ces discriminations, c'est de nous rencontrer, de voir quel plan de bataille commun on peut adopter pour pouvoir encourager les lanceurs d'alerte.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc pas de plainte, c'est ce que j'entends. Vous ne voulez pas aller jusqu'à porter plainte, vous laissez cela à ceux qui l'ont déjà fait.

ROXANA MARACINEANU
Voilà à ceux qui l'ont déjà fait et puis surtout encourager la parole pour que les gens qui se sentent discriminés, qui ont pu se sentir discriminer, eux aussi, aillent à la rencontre des associations pour pouvoir, eux aussi, porter plainte.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous les encourager, des jeunes qui auraient, se seraient sentis discriminés dans cette affaire ou dans une autre ? à aller porter plainte. Surtout ne pas aller garder ça pour eux.

ROXANA MARACINEANU
Voilà ne pas garder ça pour eux et puis surtout le problème c'est qu'ils n'ont pas pu savoir qu'ils étaient discriminés, ils ont pu se sentir exclus, et moi je n'ai pas envie que le sport soit l'écho de ces discriminations qu'on peut déjà ailleurs vivre dans la société. Je n'ai pas envie que le sport ce soit ça.

ELIZABETH MARTICHOUX
Encore un petit mot, c'est interdit en France de faire des fiches ethniques, de recruter sur ce type de critères, mais quand on voit les jeunes qui sortent de formation du club parisien, on se dit que ça n'est pas un club raciste.

ROXANA MARACINEANU
Non c'est vrai qu'il y a, ça me laisse aussi perplexe parce qu'il y a vraiment un fossé incroyable entre ce que ce club a fait aussi, il a fait un travail très courageux, vis-à-vis de ses supporters. Vous savez qu'il a… ses supporters, on pouvait voir une violence souvent à caractère raciste, il a décidé de s'en séparer, de vraiment retravailler sur un nouveau public qui allait venir dans ses stades, un public plus familial.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous comprenez le but poursuivi par ce qui est dénoncé à ce stade ? Vous comprenez le dessein de ceux qui ont voulu, qui ont fiché, qui ont mis trop d'Antillais, trop d'Africains, vous comprenez ?

ROXANA MARACINEANU
Non justement, je vous dis que c'est vraiment incompréhensible, ça me laisse perplexe parce que ce n'est pas du tout la politique qu'ils ont initié par rapport à leurs supporters et aujourd'hui voilà la seule explication, ça pourrait être de faire une politique de recrutement qu'on voudrait justifier par des préjugés qu'il y a entre le pays d'origine et des qualités de jeu et ça aussi c'est inadmissible.

ELIZABETH MARTICHOUX
Discrimination, harcèlement, ce sont des pratiques assez cousines, Roxana MARACINEANU, dans le sport on n'en a pas beaucoup parlé du harcèlement quand a éclaté le scandale MeToo, il n'y en a pas ou plus vraisemblablement, personne n'a osé lever le couvercle ?

ROXANA MARACINEANU
Je crois qu'il y a une omerta sur tous ces sujets dans le milieu du sport parce que les associations, les fédérations…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a une omerta, c'est-à-dire qu'il y a la loi du silence…

ROXANA MARACINEANU
Il n'y a pas de raison…

ELIZABETH MARTICHOUX
Votre prédécesseur a dit, il n'y a pas d'omerta, vous, vous dites il y a une omerta, il y a une loi du silence qui empêche les gens de parler aujourd'hui…

ROXANA MARACINEANU
Clairement, clairement parce que ces pratiques, il n'y a pas de raison qu'elles n'existent pas dans le sport comme elles existent ailleurs d'autant plus…

ELIZABETH MARTICHOUX
Elles n'existent même pas plus dans le sport qu'ailleurs.

ROXANA MARACINEANU
Oui. D'autant plus que, voilà, on a un encadrement bénévole qu'on ne peut pas contrôler. Effectivement, les éducateurs, eux, sont contrôlés puisqu'il faut avoir une justification d'un casier vierge au moment où on obtient son diplôme mais ce n'est pas pour autant qu'on sensibilise les éducateurs à ce qui est important dans le sport : à savoir la limite - ou poser la limite - lorsqu'on est en charge de mineurs et quand on a autorité sur eux.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez touché du doigt les gens qui passent la limite, vous, quand vous étiez sportive ?

ROXANA MARACINEANU
Oui, bien sûr, souvent. Souvent autour de moi…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez été victime ou témoin ?

ROXANA MARACINEANU
Pas pendant que j'étais actrice, que j'étais sportive, mais après. Quand j'ai été éducatrice pendant plus de dix ans, j'ai effectivement connu autour de moi des problématiques et on en entend tous les jours. On a entendu aux Etats-Unis ce scandale autour de la gymnastique qui a fait démissionner carrément toute la Fédération quasiment. Donc il n'y a aucune raison que ça n'existe pas dans le sport et surtout il faut le dénoncer.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc pas vous-même mais les autres, vous en avez été témoin.

ROXANA MARACINEANU
Il faut libérer la parole je pense.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il faut libérer la parole. Vous dites ce matin aux sportives, des jeunes femmes souvent mais pas seulement, si vous avez été victime, témoignez. Vous n'osez pas parce que les fédérations, par exemple, sont menaçantes.

ROXANA MARACINEANU
Oui. Mais surtout parce que le sport fait rentrer en activité des gens très jeunes à partir d'un âge très jeune, où finalement ils rentrent sous cette autorité très vite et ils n'osent pas parler. Donc aujourd'hui, il y a des associations que nous on va soutenir pour aller à la rencontre de la parole et être les lanceurs d'alerte.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'avoir été avec nous Roxana MARACINEANU. Juste mais en quelques secondes : votre budget, on n'y comprend plus rien, il baisse, il monte, il est stable ?

ROXANA MARACINEANU
Il monte et on va avoir 55 millions de mesures nouvelles.

ELIZABETH MARTICHOUX
55 millions de mesures nouvelles.

ROXANA MARACINEANU
C'est beaucoup.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce qui finalement arrive à un budget stable puisqu'il manquait des millions.

ROXANA MARACINEANU
Oui. Mais en fait, il n'en manquait pas mais je reviendrai pour vous expliquer tout ça.

ELIZABETH MARTICHOUX
Dans le détail. 50 millions donc qui sont une rallonge budgétaire. Merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin sur RTL.

YVES CALVI
La ministre qui entend débattre avec la Ligue et la Fédération de football avant de rencontrer les dirigeants du PSG sur l'affaire des quotas ethniques. Rendez-vous est pris donc je vous le rappelle pour la fin de semaine.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 novembre 2018

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