Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à Europe 1 le 12 novembre 2018, sur la commémoration de l'armistice de 1918, le budget 2019 et le mouvement des "gilets jaunes". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à Europe 1 le 12 novembre 2018, sur la commémoration de l'armistice de 1918, le budget 2019 et le mouvement des "gilets jaunes".

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement;

ti : AUDREY CRESPO MARA
Bonjour Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX, PORTE-PAROLE DU GOUVERNEMENT
Bonjour Audrey CRESPO MARA.

AUDREY CRESPO MARA
Plus de soixante-dix chefs d'Etat hier à Paris. Après s'être fait interpeller toute la semaine par des Français en colère, Emmanuel MACRON était content de parler d'autre chose que du diesel ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord, il était content d'accueillir de très nombreux chefs d'Etat et de gouvernement à Paris qui, une fois de plus, a été la capitale de la liberté où on célèbre le multilatéralisme et où on célèbre la paix qui a été si chèrement acquise au prix de millions de vies il y a bientôt cent ans.

AUDREY CRESPO MARA
On célèbre la paix mais ce grand Forum sur la paix avec un grand absent, Donald TRUMP. Le budget militaire des Etats-Unis, c'est trois fois plus que celui de la Chine et dix fois celui de la France et de la Russie. Une conférence sur la paix sans les deux plus grosses puissances militaires, ç'a un sens vraiment ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord, il y a beaucoup de présents et je veux saluer ceux qui ont fait ce travail de multilatéralisme. Vous savez ; bâtir la paix ça ne se bâtit pas sur l'augmentation de budget militaire. Le Forum pour la paix, il est là aussi pour parler d'autres sujets qui viennent percuter nos démocraties, nos modes de vie. Comme la question du changement climatique, comme la question du numérique, comme la question de la politique migratoire. Ce sont aussi ces sujets-là dont les chefs d'Etat et de gouvernement qui sont présents, dont les délégations nombreuses, dont les ONG, les organisations internationales présentes encore à Paris jusqu'à demain, vont pouvoir débattre et construire. Parce que c'est par le dialogue et c'est par la construction entre ces corps intermédiaires, ces ONG, les Etats et les institutions internationales, que nous trouverons des solutions efficaces pour le quotidien de nos concitoyens. C'est ça qui nous obsède.

AUDREY CRESPO MARA
Quand même, sans les deux plus grosses puissances militaires du monde, est-ce que ç'a un sens ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais vous savez, ils finiront par nous rejoindre ; je n'ai pas de doute là-dessus. Ils finiront par travailler avec nous sur les questions du changement climatique parce que la colère des peuples, l'angoisse de nos peuples face à la question migratoire, face à la question environnementale, face à la question numérique, ils ne pourront pas rester sourds à ce que leur peuple leur diront. C'est là notre conviction. En tout cas, la France a souvent été un aiguillon sur ces sujets et nous continuerons d'être à l'avant-garde des nations du monde.

AUDREY CRESPO MARA
Benjamin GRIVEAUX, journée de grève dans l'éducation nationale. La FCPE a fait ses comptes : depuis la rentrée, il y a eu plus de vingt-six mille heures de cours qui n'ont pas été assurées parce qu'on ne trouve pas de remplaçant. Est-ce que c'est vraiment le moment de supprimer des postes ?

BENJAMIN GRIVEAUX
On supprime des postes dans le secondaire.

AUDREY CRESPO MARA
Deux mille six cents postes d'enseignants en moins.

BENJAMIN GRIVEAUX
Soit 0,2 % environ de la totalité des postes dans l'Education nationale. 0,2 % sur plus d'un million.

AUDREY CRESPO MARA
Deux mille six cents postes alors que les profs se sentent déjà seuls.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce que j'aimerais rappeler, c'est que ça fait trente ans qu'on explique dans tous les rapports les plus sérieux, les plus scientifiques et parfois même dans des sensibilités politiques qui ne sont pas les mêmes, que nous avons trop de monde au lycée et que nous avons un lycée où nous surinvestissons.

AUDREY CRESPO MARA
Ce n'est pas ce que disent les profs du secondaire.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce n'est pas ce que je suis en train de dire. Et qu'on sous-investit chroniquement dans le primaire. Nous, on a décidé de mettre le paquet au départ sur l'éducation dans le primaire, en divisant par deux les élèves par classe. Pourquoi ? Parce que quand vous avez des élèves qui sortent du CE1, savent lire, écrire, compter, se respecter, ce sont de meilleurs élèves dans la fin du primaire et de meilleurs élèves au collège et ensuite au lycée qui sans doute…

AUDREY CRESPO MARA
Donc ce qu'on donne aux uns, il faut le prendre aux autres ; c'est ça ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, ce n'est pas ça. Qui est que les besoins d'encadrement que vous avez dans le secondaire importants, parce que les élèves que vous récupérez sont des décrocheurs scolaires que vous n'avez pas suffisamment formés au début de leur vie, de leur jeune vie, ceux-là nous mettons le paquet au départ et c'est parfaitement assumé. Et d'ailleurs, les premiers résultats sont assez spectaculaires : les classes où les élèves ont été divisés par deux, les enfants maîtrisent les savoirs fondamentaux à la fin du CP. Ce n'était pas le cas avant et c'est là, nous, qu'on veut mettre l'accent ; c'est là-dessus qu'on met l'accent. Par ailleurs, ce ne sont pas que des postes d'enseignants. Il y a quatre cents postes dans l'administration parce que comme l'ensemble de nos administrations, quand on a des changements profonds induits par le numérique et autres, il y a des modes de gouvernance qui changent, il y a des manières de fonctionner différentes. C'est normal et ça reste un effort très mesuré. Je rappelle par ailleurs que le budget de l'Education nationale augmente cette année. Il y a très peu de budgets qui augmentent dans le budget 2019.

AUDREY CRESPO MARA
On supprime des postes mais on veut faire rentrer des policiers à l'école. Avouez que ça ne paraît pas logique quand même, non ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, attendez. Ne faites pas la comparaison. Enfin, on ne compare pas tout et n'importe quoi. On ne fait pas rentrer des policiers. D'abord, il y a déjà six mille cinq cents officiers de sécurité qui sont en liaison permanente avec les établissements scolaires. C'est une bonne chose parce qu'on l'a vu, il y a des questions de sécurité qui peuvent se poser y compris au sein des établissements, mais on ne mélange pas ça. On ne remplace pas des profs par des policiers, ce n'est pas du tout ça l'état d'esprit et vous le savez bien.

AUDREY CRESPO MARA
Benjamin GRIVEAUX, ce n'est pas simple de faire baisser les dépenses publiques d'autant que vous n'avez pas forcément montré le bon exemple avec les dépenses de votre cabinet. Si l'on en croit l'ancien député socialiste René DOSIERE, connu pour lutter contre le gaspillage budgétaire, la rémunération mensuelle brute de votre cabinet aurait explosé de 49 % en 2018 avec un montant moyen de plus de neuf mille euros par conseiller. La réduction des dépenses publiques, c'est quand même l'affaire de tous, non ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est donc faux.

AUDREY CRESPO MARA
C'est faux ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est une information qui circule suite à un papier de Capital.

AUDREY CRESPO MARA
C'est l'annexe du projet de loi de finances.

BENJAMIN GRIVEAUX
Moi, je vais vous dire, je vais le dire : c'est faux. C'est faux.

AUDREY CRESPO MARA
Donc il y a des fake news dans l'annexe du projet de loi de finances.

BENJAMIN GRIVEAUX
Il y a des gens qui le lisent manifestement avec un parti pris et donc moi, je vais demander un droit de réponse par voie d'avocat, parce que j'en ai assez que la classe politique soit en permanence victime d'un tir au pigeon. Quand on est un journaliste sérieux - il y a une immense majorité des journalistes qui sont sérieux et qui ont fait un papier comme ça ; c'est dans Capital - on appelle le cabinet du ministre ou le ministre pour qu'il puisse au moins avoir un droit de réponse. Ça n'a pas été fait. Quelle est la réalité des chiffres ?

AUDREY CRESPO MARA
Cette annexe du projet de loi de finances…

BENJAMIN GRIVEAUX
Quelle est la réalité des chiffres ? On m'accuse d'avoir… C'est une augmentation dont pas de 49 % mais de 86 %, donc c'est rocambolesque. C'est 27 %. Pourquoi c'est 27 % ? Ç'avait été calculé avec quatre conseillers pour mon prédécesseur quand il en avait cinq, et moi j'ai évidemment cinq conseillers comme m'autorise le plafond fixé par le Premier ministre. C'est donc 27 % d'augmentation. Pourquoi ? Parce que mes conseillers sont plus expérimentés et e sont plus âgés que les conseillers qui étaient là auparavant. Est-ce que je suis très au-dessus de la moyenne ? La moyenne des cabinets ministériels, je suis 2 % au-dessus, très exactement 2,2 % au-dessus. Monsieur DOSIERE, c'est bien qu'il nous donne la leçon. Je rappelle simplement que sous le quinquennat Sarkozy, c'était cinq cent quatre-vingt-seize conseillers de cabinet. Sous le quinquennat Hollande, cinq cent vingt-deux conseillers de cabinet. Sous le quinquennat Macron, on est à trois cent onze conseillers de cabinet.

AUDREY CRESPO MARA
Mais mieux payés, mieux payés.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, pas mieux payés. Le dernier cabinet dont le ministre était comme moi, porte-parole et seulement porte-parole, il se trouve que c'était Laurent WAUQUIEZ, il avait douze conseillers. J'en ai cinq, c'est 58 % de moins. Et donc quand on donne des chiffres, la moindre des choses c'est de donner la parole à la défense. La politique, ce n'est pas un jeu de ball-trap. Je vais vous dire, on très précautionneux l'argent public et moi sans doute encore plus que quiconque. Ma génération politique est très précautionneuse parce que les générations précédentes ne l'ont pas vraiment été.

AUDREY CRESPO MARA
Vous entendez porter plainte, vous parlez d'avocat.

BENJAMIN GRIVEAUX
Très clairement, je demande un droit de réponse et je vais saisir mes avocats parce que je ne laisserai pas raconter n'importe quoi, ni sur les membres de mon cabinet, ni sur d'ailleurs les membres d'autres cabinets. Je n'ai pas été le seul ministre mis en cause et, à nouveau, c'est une mise en cause bien rapide qui donne peu la parole à la défense.

AUDREY CRESPO MARA
Samedi, les Gilets Jaunes veulent bloquer la France pour protester contre la hausse des prix des carburants. Vous allez nous répéter ce que dit le Président, qu'il est très heureux que les Français s'expriment ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, nous verrons d'abord la fréquentation de ces manifestations de samedi. Moi, je m'y perds un peu parce que vous avez pêle-mêle des gens du Front national – enfin, maintenant c'est Rassemblement national, ce n'est plus le Front national - de monsieur Nicolas DUPONT-AIGNAN, vous avez des gens de la France insoumise. Donc tout ça est un patchwork assez inattendu avec des revendications…

AUDREY CRESPO MARA
Vous contestez le caractère populaire de ce mouvement ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Absolument pas. 1 : Nous verrons le caractère populaire de ce mouvement. Il se tient le 17 novembre, nous sommes le 12 donc il m'est difficile d'anticiper le caractère populaire. Ce que je dis, c'est que derrière il y a des tentatives de récupération et d'instrumentalisation. J'entends la colère de certains Français qui le font avec sincérité parce que c'est galère d'aller bosser quand on est à trente ou quarante kilomètres de son boulot et d'avoir des prix à la pompe qui augmentent. On le conçoit parfaitement bien puisque le Président de la République à ce micro il y a une semaine a dit que nous allions travailler à des mécanismes qui permettent d'accompagner les plus modestes d'entre nous. Ceux qui seront tentés de faire de la récupération politique, on les voit venir gros comme une maison. Je leur laisse la récupération politique mais nous, on s'occupe des Français pour qui c'est difficile d'aller bosser le matin et avec lesquels nous allons…

AUDREY CRESPO MARA
Qui ne le pensent pas forcément…

BENJAMIN GRIVEAUX
Et auxquels nous allons proposer des solutions dès cette semaine.

AUDREY CRESPO MARA
Merci Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci à vous.


Source ; Service d'information du Gouvernement, le 13 novembre 2018

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