Interview de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec Sud Radio le 13 novembre 2018, sur la lutte contre le terrorisme au niveau européen, le mouvement contre la hausse du prix des carburants, le budget italien et sur le Brexit. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec Sud Radio le 13 novembre 2018, sur la lutte contre le terrorisme au niveau européen, le mouvement contre la hausse du prix des carburants, le budget italien et sur le Brexit.

Personnalité, fonction : LOISEAU Nathalie, ROGER Patrick.

FRANCE. Ministre des affaires européennes;

ti :
CECILE DE MENIBUS
Merci d'être avec nous dans le « Petit déjeuner politique ». Ce matin, nous recevons Nathalie LOISEAU, qui est ministre chargée des affaires européennes.

PATRICK ROGER
Oui, et on va poser évidemment des questions sur l'Europe. Bonjour Nathalie LOISEAU.

NATHALIE LOISEAU
Bonjour à tous.

PATRICK ROGER
Dans un instant, mais avant cela le troisième et malheureux anniversaire des attentats du 13 novembre. Nous posons la question ce matin : vous sentez-vous à l'abri d'un attentat ? Est-ce que, vous, vous travaillez à l'échelle européenne avec vos collègues, pour éviter des nouveaux attentats ? Et est-ce qu'on est d'ailleurs encore à l'abri ?

NATHALIE LOISEAU
Alors, la lutte contre le terrorisme, c'est évidemment un sujet que l'on traite au niveau européen, parce que malheureusement, la propagande sur le terrorisme sur Internet ne connait pas les frontières, donc il y a une coopération extrêmement forte, il y a un commissaire européen à la lutte contre le terrorisme formidable, malheureusement il est Britannique, il partira l'année prochaine. Nous avons obtenu par exemple de nos collègues et de la Commission que nous puissions mettre en place l'interdiction, le retrait immédiat et automatique des contenus qui appellent au terrorisme sur Internet, c'est quelque chose qui n'est fait nulle part ailleurs qui sera fait en Europe d'ici quelques mois.

PATRICK ROGER
Oui, et donc ça permet d'avoir une meilleure surveillance aujourd'hui quand même des risques d'attentats potentiels.

NATHALIE LOISEAU
Oui, et puis un mandat d'arrêt européen, et puis une coopération, des échanges de fichiers, il y a énormément de choses qui se font au niveau européen, et c'est d'ailleurs quelque chose que les populations demandent quand on interroge les Français sur ce qu'ils attendent de l'Europe, une lutte contre le terrorisme efficace et là-dessus tout le monde est très engagé.

PATRICK ROGER
Eh bien oui, c'est là il y a eu les grandes questions autour de Schengen etc.

NATHALIE LOISEAU
Oui, bien sûr.

PATRICK ROGER
Et des frontières passoires, c'est ça.

NATHALIE LOISEAU
Alors, il n'y a pas de frontières passoires, aujourd'hui il y a un renforcement des frontières extérieures. Souvenons-nous aussi que les terroristes, ils ont souvent la nationalité des pays dans lesquels ils frappent, mais les échanges de fichiers, la coopération entre polices, entre justice, c'est ce qui nous rend plus fort au niveau européen pour lutter contre le terrorisme bien sûr.

PATRICK ROGER
Alors aujourd'hui il y a l'autre colère qui est celle des taxes et de la fiscalité, des taxes notamment sur les carburants. Comment le gouvernement compte il désamorcer la colère des Gilets jaunes ? Je sais qu'il travaille à l'annonce de quelques, alors on parle de chèque énergie, chèque carburant, où en est-on précisément ?

NATHALIE LOISEAU
Alors d'abord, où en est-on sur la hausse du prix des carburants ? La hausse du prix, c'est d'abord celle du prix du pétrole. Il faut savoir à quel point on est dépendant du prix du pétrole, et il faut perdre cette dépendance-là, parce qu'il y aura toujours des crises au Moyen-Orient, il y aura une raréfaction de la ressource, des hydrocarbures, donc il faut perdre notre dépendance aux hydrocarbures. Comment est-ce qu'on travaille à limiter, pour les personnes les plus vulnérables, les conséquences de cette hausse ? D'abord on travaille avec les distributeurs de carburant, en réalité le prix du pétrole a commencé à baisser, nous souhaitons que ça se répercute à la pompe très vite.

PATRICK ROGER
Oui, on le voit d'ailleurs depuis une semaine.

NATHALIE LOISEAU
Ça commence.

PATRICK ROGER
Ça commence un petit peu.

NATHALIE LOISEAU
La réalité c'est que ça commence, et on veut qu'il y ait moins de décalage que d'habitude. En réalité que les distributeurs ne se fassent pas de marges indues sur la question. Ensuite, il y a la question du chauffage. Il y a déjà un chèque énergie qui touche les plus vulnérables. Remplir sa cuve de fuel c'est évidemment indispensable en particulier à ce moment-là de l'année, on va travailler sur le chèque énergie, on va continuer à travailler sur la prime à la conversion, elle marche formidablement bien et elle marche auprès de ceux qui en ont le plus besoin, c'est-à-dire de ceux qui ne sont pas imposables ou très faiblement imposables, plus de 200 000 primes à la conversion cette année, nous nous étions fixé 500 000 d'ici la fin du quinquennat, on va aller plus loin. Donc il y a des mesures d'accompagnement, mais il faut aussi avoir à l'esprit qu'on doit sortir, un, de la dépendance aux hydrocarbures, deux que…

PATRICK ROGER
Mais ça, ça le très long, ça vous le savez en fait, ça va être long et donc il n'y a peut-être pas forcément de solution magique aujourd'hui pour pouvoir en sortir. Quand on voit les millions de voitures qui sont produites partout dans le monde et bien sûr en Europe, où vous êtes chargée.

NATHALIE LOISEAU
Mais il y a deux urgences. Il y a une urgence climatique, moi je voudrais qu'on soit nombreux à manifester dans la rue pour se demander pourquoi on va avoir au minimum 2° de plus dans quelques décennies et quelles conséquences ça va avoir sur nous et sur nos enfants. Et puis il y a une urgence de santé publique, les particules fines tuent des milliers de gens, tous les ans.

PATRICK ROGER
Les anciens diesels, pas les nouveaux.

NATHALIE LOISEAU
Bien sûr, et c'est pour ça que la prime à la conversion ça répond à ça. Ça n'est pas un luxe, on a la santé de nos concitoyens d'aujourd'hui, en responsabilité, et on a l'avenir de notre pays, de notre planète, de notre agriculture, de nos ressources en eau, c'est tout ça qui est en jeu.

PATRICK ROGER
Venons-en donc à deux décisions aussi très attendues, voire décisives, qui nous concernent en Europe un cette semaine, la Grande-Bretagne et l'Italie. Pour faire simple, rien ne va plus avec ces pays qui étaient quand même des piliers de l'Europe occidentale, il n'y a pas si longtemps. Alors l'Italie d'abord, Rome avait jusqu'à aujourd'hui pour revoir sa copie de budget avec un déficit moins important que 2,4 % du PIB, visiblement pas question de le modifier en Italie. Que peut-il se passer et quel message vous adressez aux Italiens ?

NATHALIE LOISEAU
Alors d'abord on va voir la décision qui sera prise par le gouvernement italien, c'est au gouvernement italien de décider. Et peut-être pour éclairer un peu vos auditeurs, parce qu'on dit 2,4 %, et la Commission de Bruxelles il y est hostile, alors que la France est au-dessus de ce déficit-là, donc certains se disent : « mais on ne comprend rien ». Il y a des vraies questions à se poser sur budget italien, d'abord est-ce que les hypothèses de croissance qui ont été utilisées le rendent crédible ? Pas forcément et on voit bien que la croissance est faible partout dans la zone euro, sauf en France, et elle est particulièrement faible en Italie. Donc on se doute que ce budget aura du mal à être réalisé. Et puis surtout, la préoccupation que nous partageons tous, c'est le niveau de la dette. Le niveau de la dette italienne est extrêmement élevé, c'est le deuxième derrière la Grèce. Quand on dit la Grèce, il y a un clignotant rouge qui s'allume.

PATRICK ROGER
Oui, tout de suite on se dit : « est-ce qu'on est au bord d'une situation à la grecque ? ».

NATHALIE LOISEAU
On se dit « il y a un sujet ». Alors c'est au gouvernement italien de prendre les bonnes décisions, et ça n'est pas la France qui longtemps a dépassé les 3 %, a donné des leçons, vraiment pas, et vous ne me trouverez pas en train de donner des leçons à l'Italie. Simplement nous avons la même monnaie, nous nous renforçons de la force des autres et dont nous affaiblissons de la faiblesse des autres.

PATRICK ROGER
Et quel conseil quand même vous donnez aux Italiens, même si vous dites « on n'est pas là pour donner des leçons » ?

NATHALIE LOISEAU
Eh bien, je ne donne pas de leçon mais quand l'Italie demande de la solidarité européenne sur les questions migratoires, et elle a raison, elle ne peut pas dire dans le même temps qu'elle ne respecte pas les jeux les règles du jeu européennes sur les questions monétaires et budgétaires. On a un destin commun, on a besoin d'une Italie forte, l'Italie a besoin d'une zone euro forte, il faut qu'on en discute ensemble, en responsabilités, et pas avec des propos je dirais des tribunes et de campagne.

PATRICK ROGER
Oui, mais le ministre des finances italien dit : « oui, mais il y a un ralentissement de l'activité justement chez nous, donc on est obligé de soutenir, donc de créer un peu du déficit ».

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, si le déficit et la dette faisaient de la croissance, il y a longtemps que la France et l'Italie seraient les championnes d'Europe. Ce n'est pas le cas.

PATRICK ROGER
Oui, bon, voilà, donc c'est le conseil que vous lui adressez, en fait ce matin. Autre gros dossier donc, le Brexit. Vous recevez me semble-t-il aujourd'hui le maire de Londres, Sadiq KHAN…

NATHALIE LOISEAU
Oui, il a demandé à me voir.

PATRICK ROGER
Alors, il plaide pour un nouveau référendum, il cherche en quelque sorte du soutien. Vous pouvez l'aider ou pas dans sa démarche ?

NATHALIE LOISEAU
Alors d'abord je vais l'écouter, ensuite je vais surtout lui parler de la situation des Français qui vivent au Royaume-Uni et notamment à Londres, ils sont très nombreux vous savez, plus de 300 000 Français, jeunes, moins jeunes, dans tous les types de professions, et moi je m'inquiète pour eux. S'il n'y a pas d'accord de retrait, je veux être certaine que les Français qui vivent au Royaume-Uni continuent à y être les bienvenus, à avoir un statut, à ce que leurs droits sociaux soient reconnus, et c'est évidemment quelque chose dont je parler avec Sadiq KHAN.

PATRICK ROGER
Parce qu'on parlait de 600 000, 700 000 Français à Londres, notamment, non ?

NATHALIE LOISEAU
Non, je ne pense pas.…

PATRICK ROGER
Non mais il y a quelques années c'était le chiffre qui circulait.

NATHALIE LOISEAU
Oui, alors on ne sait pas exactement, parce que tout le monde ne s'enregistre pas auprès de notre consulat, vous avez des gens qui sont là pour des périodes brèves, par exemple les étudiants, vous avez des stagiaires, et puis vous avez des gens à l'inverse qui se sont là depuis très longtemps et qui n'imaginaient pas une seconde qu'ils risquaient de se trouvait dans une situation juridique instable. C'est là-dessus que je veux vraiment prendre des assurances. Je suis allé à Londres, j'ai vu les autorités britanniques là-dessus, je suis heureuse de pouvoir en parler avec le maire de Londres.

PATRICK ROGER
Oui. Il y a eu des démissions, est-ce que Theresa MAY peut céder justement face à ces démissions et se dire que pourquoi pas, il faudrait faire appel de nouveau au peuple pour savoir s'il doit y avoir le Brexit ?

NATHALIE LOISEAU
En tout cas, la décision lui revient. Aujourd'hui les négociations sur le plan technique, je pense qu'elles sont allées au bout de ce qu'elles pouvaient donner. Les négociateurs et en particulier Michel BARNIER fait un travail remarquable, à la fois d'engagement, d'engagement je dirais calme, sans volonté de punir le Royaume-Uni, mais avec la volonté ferme que le Brexit n'ait pas de conséquences négatives pour les Européens. Toutes les options techniques ont été explorées, maintenant il y a un choix politique à faire du côté britannique, et à porter auprès de l'opinion publique britannique. Là encore ce n'est pas à moi de dire à Theresa MAY ce qu'elle doit faire, on en a parlé la semaine dernière, elle est venue en France pour la commémoration de la fin de la Première Guerre mondiale, on a évidemment beaucoup parlé du Brexit, elle sait l'état d'esprit dans lequel nous sommes, c'est-à-dire celui d'un pays qui veut continuer à une relation forte avec le Royaume-Uni, mais il y a des décisions politiques qu'on ne peut pas prendre à sa place.

PATRICK ROGER
Mais, est-ce que vous sentez Nathalie LOISEAU que ça bouge un petit peu et que finalement on pourrait quand même d'une manière ou d'une autre renoncer à se Brexit ou alors ça vous semble inéluctable ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, en tout cas moi je ne peux pas travailler sur des hypothèses, c'est déjà assez compliqué comme ça de travailler sur la réalité du Brexit, donc j'écoute ce que nous dit le Premier ministre britannique, et ce qu'elle nous dit c'est qu'il y aura un Brexit l'année prochaine, la question c'est de savoir à quel niveau de relations, restantes, avec l'Union européenne, et puis vous le savez il y a cette question irlandaise qui est tout sauf anecdotique, puisque…

PATRICK ROGER
Sur la frontière, voilà, avec l'Irlande…

NATHALIE LOISEAU
Sur la frontière, tout simplement, parce qu'il y a eu, jusqu'à encore il y a quelques années, des troubles, une guerre civile en Irlande du Nord, elle a été réglée cette guerre civile grâce à l'Union européenne et on veut absolument éviter qu'elle reprenne.

PATRICK ROGER
Vous avez évoqué les commémorations. Est-ce qu'il fallait inviter ERDOGAN, qui a fait visiblement le signe des Frères musulmans lors de sa petite visite dans Paris, sa balade dans Paris ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, il fallait impérativement inviter le plus possible de chefs d'Etat et de gouvernement, pour se souvenir de ce qui s'est passé en 1918, se souvenir de ce que le nationalisme haineux a entraîné ensuite, c'est-à-dire la Deuxième Guerre mondiale et encore plus de barbarie, et travailler ensemble à la paix, au multilatéralisme. Le multilatéralisme ce n'est pas un luxe, ce n'est pas une lubie, c'est la manière de faire en sorte que l'on ait tiré leçon de ce XXème siècle sanglant, qu'on a trop tendance à mettre derrière nous.

PATRICK ROGER
Nathalie LOISEAU, ministre chargée des Affaires européennes, le mot de la fin avec Cécile de MINIBUS.

CECILE DE MENIBUS
Madame LOISEAU, vous avez présidé l'ENA, les Français en colère aujourd'hui déplorent la déconnexion des élites vis-à-vis des réalités du terrain. Est-ce qu'il ne faudrait pas repenser voire supprimer l'ENA aujourd'hui ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, il faut plus que jamais former les gens à qui on donne des responsabilités. Alors moi j'ai essayé de changer à la fois le recrutement, pour qu'il soit plus divers sociologiquement, divers entre hommes et femmes aussi, et puis de changer la formation pour former aux vrais enjeux d'aujourd'hui, au management. Je pense que compte tenu de la complexité des enjeux auxquels on est confronté, on n'a jamais trop de formations. Après, est-ce que c'est seulement l'ENA ? Moi je ne suis pas issue de l'ENA moi-même, je pense qu'il faut des formations, je pense qu'il faut une diversité de profils, de parcours, je pense surtout que quand on parle de cette question des élites, et notamment des élites sociologiques, je vois des populistes qui sont tous sans exception issus de la grande bourgeoisie, qui généralement n'ont connu aucune difficulté dans leur vie personnelle, qui sont souvent des héritiers et qui après prétendent parler au nom du peuple. Ça, a me fait mal.

PATRICK ROGER
Voilà, eh bien c'est dit.

CECILE DE MENIBUS
Voilà, et un invité surprise pour vous.

DANY MAURO, IMITTANT DOMINIQUE DE VILLEPIN
Bonjour, Dominique de VILLEPIN, l'Aristo du coeur. Je suis ravi de retrouver Nathalie LOISEAU, qui fut la Edith PIAF du Quai d'Orsay, avec une carrière à l'international. Alors, Nathalie, voici ma question. Toi qui es une championne de la communication, à l'instar de BUSH qui avait tenté d'entrainer la France dans le bourbier irakien, si TRUMP venait attaquer la France à coups de tweets, quelle arme de destruction massive pourrait-on utiliser contre lui ? Un Minitel, une carte postale ou un dictionnaire ?

NATHALIE LOISEAU
Ah, je crois qu'on l'invite un on lui parle en toute franchise, en sachant que les Etats-Unis sont un partenaire important, et qu'on a beaucoup de choses à lui dire. C'est ce qu'on fait.

CECILE DE MENIBUS
Merci beaucoup.

DANY MAURO, IMITTANT DOMINIQUE DE VILLEPIN
Ça c'est la démocratie.

PATRICK ROGER
Merci Nathalie LOISEAU, ministre chargé des Affaires européennes.


Source : service d'information du Gouvernement, le 14 novembre 2018

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