Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Radio Classique le 13 novembre 2018, sur la contestation sociale concernant le prix des carburants. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Radio Classique le 13 novembre 2018, sur la contestation sociale concernant le prix des carburants.

Personnalité, fonction : POIRSON Brune, DURAND Guillaume.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :

GUILLAUME DURAND
Nous sommes sur l'antenne de Radio classique avec Brune POIRSON, bonjour.

BRUNE POIRSON
Bonjour Guillaume DURAND.

GUILLAUME DURAND
Vous êtes secrétaire d'Etat à la Transition écologique.

(…) Chronique de Guillaume TABARD.

GUILLAUME DURAND
Donc, le chèque énergie, la prime à la conversion, Guillaume vient d'en parler, et puis donc un forfait mobilité durable pour le covoiturage, est-ce qu'il y a techniquement une mesure qu'on ne connaîtrait pas et qui n'aurait pas été recensée par la presse ce matin, qui serait à l'étude au gouvernement ?

BRUNE POIRSON
Je ne vous cache pas, Guillaume DURAND, que je n'ai pas lu la presse dans tous les détails ce matin, donc je ne sais pas si vous faites spécifiquement référence à quelque chose, mais en tout cas nous sommes au travail, bien sûr, pour trouver des mesures qui soient ciblées et qui permettent de répondre…

GUILLAUME DURAND
Donc d'ici mercredi, jeudi ?

BRUNE POIRSON
D'ici, dans les jours qui viennent, et nous sommes, vous le savez, il y a eu des réunions entre plusieurs ministres, et notamment François de RUGY, Elisabeth BORNE, Bruno LE MAIRE, pour trouver des solutions, continuer à trouver des solutions, pour améliorer en fait les dispositifs qui existent déjà. Améliorer celui de la prime à la conversion, étendre par exemple le chèque énergie, qui sont des politiques publiques, on le sait, qui fonctionnent, qui ont fait leurs preuves, qui ont particulièrement beaucoup de succès, je pense par exemple à la prime à la conversion, où, en l'espace d'1 an, on est à près de 200.000 transactions, alors qu'on espérait avoir 250.000 transactions à l'échelle du quinquennat. Donc on ne voit que ce sont des politiques publiques qui fonctionnent, et nous continuons à les…

GUILLAUME DURAND
Mais ça par exemple, on peut doubler, ça concerne 500.000 personnes, on peut passer à 1 million de personnes, donc on peut… voilà !

BRUNE POIRSON
On est en train d'explorer différentes solutions. On implique aussi, par exemple, des constructeurs automobiles, et d'autres. Il s'agit là, et c'est ce que nous continuons à faire, d'entendre une partie de la colère, et des difficultés aussi de certains Français. Moi je suis élue dans le Vaucluse, j'ai grandi dans le Vaucluse, je sais pertinemment que parfois vous n'avez pas d'autre choix que d'utiliser votre voiture, et donc là…

GUILLAUME DURAND
Et une diesel.

BRUNE POIRSON
Effectivement aussi, parce que souvent vous roulez beaucoup, et qu'on ait, pendant très longtemps, c'est vrai, il y a eu un encouragement et une incitation à acheter du diesel, à rouler au diesel. Donc bien sûr, bien sûr que c'est difficile aujourd'hui, mais on est dans une situation, vous savez, par exemple, concrètement. Moi je suis née en 1982, 10 ans avant, en 73, il y a le premier choc pétrolier, on sort brutalement des 30 Glorieuses, ça, ça aurait dû nous faire réagir, et on en a eu d'autres des chocs pétroliers, et ce n'est jamais arrivé. Ce qui veut dire que, on a une addiction, qui est très profonde, au pétrole, et c'est ça qu'il faut changer, parce que le pétrole, quand il n'est pas cher il crée de l'addiction, quand il est cher il crée de la misère, et c'est ça dont nous sommes en train d'essayer de sortir. Et nous avons mis des jalons, des jalons qui sont courageux, par exemple on va interdire l'exploitation des hydrocarbures d'ici 2040, on est la première nation au monde à le faire, on va fermer les centrales à charbon, mettre en place une taxe carbone qui envoie un vrai signal pris, donc tout ça ce sont des mesures pour sortir des énergies fossiles et de cette dépendance.

GUILLAUME DURAND
Mais vous avez entendu Guillaume TABARD, la situation qui est celle des Gilets jaunes c'est qu'ils sont plus ou moins rejoints par le Front national, par certains Républicains, Laurent WAUQUIEZ va manifester, par la France insoumise, on voit bien qu'il y a un double aspect dans cette manifestation, qui n'est pas simplement la pédagogie que vous venez de faire, mais qui est un aspect, d'un côté, un peu irrationnel, et de l'autre côté, totalement politique, c'est une manif anti-MACRON.

BRUNE POIRSON
Mais, vous l'avez dit vous-même. Dans ce que vous venez de dire, vous avez dit, plus ou moins, mais parce que, les partis politiques, les autres partis politiques, ceux de l'opposition, ils sont pris dans leurs propres contradictions. Regardez par exemple…

GUILLAUME DURAND
Mais ça ne les empêchera pas de manifester.

BRUNE POIRSON
Mais, c'est là où c'est terrible…

GUILLAUME DURAND
S'il y a 2 millions de personnes dans la rue, vous n'allez pas leur raconter la crise de 73 !

BRUNE POIRSON
Je n'ai pas dit ça, mais je dis on continue ce concours des hypocrites. Encore une fois, Laurent WAUQUIEZ, par exemple, faisait partie d'un gouvernement, sous SARKOZY, François FILLON…

GUILLAUME DURAND
2009.

BRUNE POIRSON
Qui a fait voter la taxe carbone…

GUILLAUME DURAND
Qui a été retoquée par le Conseil constitutionnel.

BRUNE POIRSON
Oui, mais c'est quand même un des premiers jalons, Ségolène ROYAL, ensuite, l'a fait voter aussi, et aujourd'hui il se retrouve à dénoncer parce que ça fait bien, parce que c'est dans le vent, à dénoncer ce type de mesures. Donc on paye aussi le coût d'années d'impréparation. Et vous avez dit plus ou moins, mais effectivement plus ou moins, regardez par exemple les Républicains, il y a Laurent WAUQUIEZ qui surfe sur la vague, en se rapprochant d'ailleurs, dangereusement si je puis dire, du Rassemblement national, et puis au niveau local, quand ils sont à la tête d'un exécutif local, comme par exemple Patrick OLLIER, des LR, président de la métropole du Grand Paris, alors lui il prend des mesures en faveur du diesel, contre pardon, contre le diesel, qui sont encore plus drastiques que les mesures du gouvernement, et là on est à nouveau dans une contradiction.

GUILLAUME DURAND
Vous parlez de pédagogie…

BRUNE POIRSON
Et d'incohérences.

GUILLAUME DURAND
Alors je vais vous parler d'Histoire. Vous n'avez pas peut-être pas connu…

BRUNE POIRSON
Je parle aussi d'Histoire Guillaume DURAND.

GUILLAUME DURAND
D'accord, non mais je prends, la manif de l'enseignement privé sous François MITTERRAND, c'était aussi une manif anti-MITTERRAND. La Manif pour tous, il y avait le problème du mariage pour tous, mais c'était aussi une manif anti-HOLLANDE, et là et il faut bien reconnaître que l'un des substrats de cette manifestation en dehors de la colère, en dehors du fait qu'il y a effectivement des gens qui ont des problèmes majeurs de pouvoir d'achat, et qui ont des problèmes majeurs de transport et de carburant, c'est une manif, je le répète, anti-MACRON.

BRUNE POIRSON
Dès que vous faites évoluer un système, alors…

GUILLAUME DURAND
On voit bien que…

BRUNE POIRSON
Dès qu'il y a un système qui évolue, alors vous le déséquilibrez, c'est ce qu'on fait par exemple avec la taxe carbone, on change profondément un modèle, des modes de vie, et donc, oui, ça crée de la colère, de la peur, parce qu'on ne voit pas exactement à quoi ressemble le modèle de demain, le modèle de la transition écologique, et donc ça peut se cristalliser aussi sur celui qui l'incarne potentiellement, sur le gouvernement notamment.

GUILLAUME DURAND
Mais est-ce qu'il est question de céder ou jamais, parce que si j'ai donné ces exemples, alors ça n'a pas été le cas pour la Manif pour tous, mais ça a été le cas…

BRUNE POIRSON
Mais, céder sur quoi ?

GUILLAUME DURAND
Je ne sais pas, un chèque énergie…

BRUNE POIRSON
Non, mais attendez, là on travaille, alors premièrement…

GUILLAUME DURAND
Non, mais vous pouvez me dire que c'est faux, il n'y aura jamais de chèque énergie compensatoire.

BRUNE POIRSON
Mais, je ne vais pas, là, alors que les discussions entre ministres ne sont pas finies et qu'il n'y a rien qui a été arbitré à ce jour, vous donner, et vous préciser, et vous détailler ces mesures-là encore. Il y en a déjà, on en a parlé, chèque énergie, prime à la conversion et d'autres, qui fonctionnent, on travaille…

GUILLAUME DURAND
Non, mais une prime.

BRUNE POIRSON
On travaille à des nouvelles politiques publiques, à des nouvelles mesures, mais en tout cas, il y a une chose sur laquelle on ne cédera pas, c'est la question des changements de comportement en envoyant un signal, un vrai signal prix sur le diesel, parce qu'il faut qu'on sorte de ce modèle-là, il faut qu'on sorte de cette addiction au pétrole, qui nous rend dépendant… des nations étrangères. Vous savez, il y a des ONG qui ont fait une tribune, vous l'avez peut-être vu, un ensemble, un collectif d'ONG, on fait ce qu'elles demandent…

GUILLAUME DURAND
Exactement, qui étaient chez nos confrères de France Info hier.

BRUNE POIRSON
Exactement, on fait ce qu'elles demandent depuis des années. On envoie un vrai signal pour changer les comportements, et on le fait, en plus, de façon cohérente, en interdisant aussi l'exploitation des hydrocarbures, en fermant nos centrales à charbon, en se battant au niveau européen, parce que, je vous le rappelle, il y a quelques temps la France a été véritablement moteur sur les négociations européennes sur les émissions de CO2 des véhicules, où on a obtenu - 35 % à 2030.

GUILLAUME DURAND
Est-ce que c'est une bonne chose que le Grand Paris ait interdit, donc c'était hier, ait interdit tous les diesels d'avant 2001, pour non seulement Paris, mais plusieurs dizaines de villes ?

BRUNE POIRSON
Ce n'est pas moi qui vais juger du bien-fondé ou pas des politiques publiques locales, mais moi ce que je vois c'est que c'est en cohérence avec notre politique à nous en matière de transition écologique, ça va dans le sens de l'histoire, il n'y a pas que la France qui fait ça, c'est aussi le cas en Allemagne.

GUILLAUME DURAND
C'est donc une bonne chose !

BRUNE POIRSON
C'est une bonne chose, mais il faut le faire en accompagnant, aussi, ceux pour qui c'est le plus difficile, c'est tout l'enjeu de rendre cette transition… si on veut réussir la transition écologique, il faut impérativement qu'elle soit solidaire, on ne peut laisser personne au bord du chemin, sinon on n'aura pas le niveau d'acceptabilité sociale pour faire les changements profonds que demande la transition écologique.

GUILLAUME DURAND
Jupiter devait être rare, Jupiter est partout, parcours mémoriel, émissions de télévision, il va parler donc à partir du Charles-de-Gaulle. C'est vrai que là aussi il y a une sorte de changement dans la politique de communication du président de la République…

BRUNE POIRSON
Changement !

GUILLAUME DURAND
C'est vrai, Jupiter devait être rare, c'était un peu la… et maintenant on l'entend partout.

BRUNE POIRSON
Là il vient de passer une semaine à la rencontre des Français, encore une fois…

GUILLAUME DURAND
Mais ce n'est pas un reproche, c'est une constatation.

BRUNE POIRSON
Oui, oui, non, non, mais moi je vois réponds aussi en constatant, qu'il a passé une semaine à la rencontre des Français, il aurait pu faire comme aussi beaucoup de présidents ont fait précédemment, c'est, au lieu d'aller directement à la rencontre des Français, dans la France justement non parisienne, eh bien il aurait pu faire, comme ont fait d'autres présidents de la République, c'est-à-dire le faire de façon totalement organisée, avec souvent des militants qui vous accueillent, qui vous disent " c'est très bien, Monsieur le président de la République, ce que vous faites c'est merveilleux", il a choisi d'aller se frotter et d'aller expliquer, d'aller expliquer aussi bien au niveau local, et ensuite continuer à donner de la cohérence, continuer à expliquer le changement. On ne fera jamais assez de pédagogie.

GUILLAUME DURAND
Justement, c'était le sens de ma dernière question. Est-ce que la pédagogie a un sens dans la colère, ou pour s'opposer à la colère ? Parce que, en fait, derrière tout ça, en dehors d'Emmanuel MACRON, en dehors des problèmes d'énergie, il y a un problème qui existe depuis des années, c'est, vous le savez, c'est la fiscalité en France qui est totalement coercitive…

BRUNE POIRSON
C'est-à-dire ?

GUILLAUME DURAND
C'est-à-dire qu'on est les rois des prélèvements obligatoires, vous le savez.

BRUNE POIRSON
Nous on a supprimé beaucoup de petites taxes, on a supprimé…

GUILLAUME DURAND
Je n'ai pas dit que vous ne l'avez pas fait, mais, si vous voulez, dans une colère s'accumule des choses différentes, et donc c'est là aussi qu'il y a un problème compliqué.

BRUNE POIRSON
Mais c'est toujours l'irrationalité de la colère.

GUILLAUME DURAND
Quand il dit on enlève les cotisations sociales et on arrête avec la taxe d'habitation, les gens lui répondent "mon pouvoir d'achat…", il donne des arguments et on lui répond "non, mon pouvoir d'achat ça n'a pas bougé."

BRUNE POIRSON
Il y a toujours une part d'irrationalité, mais si…

GUILLAUME DURAND
Donc la pédagogie ne sert à rien pour l'instant.

BRUNE POIRSON
Il faut toujours continuer à faire de la pédagogie, et bien sûr dans la colère il y a une part d'irrationalité, bien sûr, et cette colère-là elle est aussi compréhensible, parce qu'il y a beaucoup de Français pour qui la vie est difficile et la vie est compliquée, et notre devoir à nous c'est de recevoir cette colère, d'essayer d'y répondre, et en tout cas de toujours l'écouter, et d'aller à la rencontre de ceux pour qui c'est le plus difficile.

GUILLAUME DURAND
Brune POIRSON était l'invitée politique de la matinale, je vous rappelle qu'elle est secrétaire d'Etat chargée de la Transition écologique et notamment de beaucoup de négociations au niveau européen dans le gouvernement d'Edouard PHILIPPE, qui s'est réuni donc hier matin pour essayer de trouver éventuellement un élargissement des solutions qui existent déjà, ou peut-être d'autres solutions, mystère, nous le saurons donc dans l'intervention du président de la République qui aura lieu mercredi soir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 novembre 2018

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