Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à RTL le 14 novembre 2018, sur les mesures d'"accompagnement" préparées par le gouvernement face à la hausse des prix des carburants. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à RTL le 14 novembre 2018, sur les mesures d'"accompagnement" préparées par le gouvernement face à la hausse des prix des carburants.

Personnalité, fonction : PHILIPPE Edouard, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Premier ministre;

ti : YVES CALVI
Bonjour Edouard PHILIPPE. Bienvenue Monsieur le Premier ministre.

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour.

YVES CALVI
Vous avez donc ce matin vingt minutes pour convaincre sur RTL, et vous répondez aux questions d'Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Edouard PHILIPPE. Bonjour Monsieur le Premier ministre.

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour Madame MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup en effet d'être sur RTL. Les Français – vous le savez – sont impatients de connaître les mesures que vous allez leur proposer pour répondre à la colère, vous nous direz d'ailleurs tout à l'heure ce que vous voyez dans cette colère, et si ce mouvement des gilets jaunes samedi vous inquiète. Mais d'abord, est-ce que vous révisez, Monsieur le Premier ministre, la fiscalité écologique ? Est-ce que vous allez annuler les hausses des taxes de carburant qui pèsent sur les portefeuilles ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, on ne va pas annuler les hausses de carburant…

ELIZABETH MARTICHOUX
Des taxes, la taxe carbone.

EDOUARD PHILIPPE
Non, on ne va pas annuler la taxe carbone, on s'est engagé pendant la campagne présidentielle, j'observe d'ailleurs que le président de la République s'était engagé pendant la campagne présidentielle comme d'ailleurs tous les autres candidats, qui semblent l'oublier aujourd'hui, à organiser un système dans lequel on va progressivement faire peser sur le pétrole, et donc sur le carbone, et donc sur la pollution, une partie des prélèvements fiscaux plutôt que sur le travail. C'est notre objectif, c'est ce qui a été assumé, c'est un des moyens de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, contre les émissions de dioxyde de carbone, contre le réchauffement climatique. Donc nous n'allons pas changer de pied, nous n'allons pas renoncer à être à la hauteur de cet enjeu qui est considérable.

ELIZABETH MARTICHOUX
Les hausses de janvier prochain par exemple, en gros, 3 et 6 centimes, essence, diesel, vous les maintenez ?

EDOUARD PHILIPPE
Nous allons les maintenir, nous allons rester cohérents et déterminés avec ce que nous avons annoncé, ce que nous avons présenté aux Français au moment de l'élection présidentielle, et au moment des élections législatives. Mais nous avons également entendu le besoin exprimé par les Français d'être accompagnés dans cette transition, car elle est difficile ; il y a plusieurs millions de Français qui aujourd'hui utilisent pour se chauffer des chaudières au fioul, et non seulement, ils utilisent des chaudières au fioul pour se chauffer, mais pendant très longtemps, l'Etat, d'une certaine façon, les a encouragés à s'équiper de cette manière. Eh bien, ce faisant, l'Etat a placé les Français dans une situation de dépendance à une énergie, qui est à la fois chère, étrangère et polluante. Notre objectif, c'est de permettre aux Français, progressivement – ça ne peut se faire que progressivement et en les accompagnant – de se libérer de cette dépendance à une énergie chère, étrangère et polluante. C'est pour ça qu'aujourd'hui, je présente un plan qui est très complet, dans lequel, il y a beaucoup de mesures, je ne vais pas toutes les présenter ce matin, elles seront présentées dans le courant de la journée, après le Conseil des ministres, mais un plan qui vise à apporter des réponses aux préoccupations des Français, à mieux accompagner les Français dans cette transition, et notamment les Français les plus modestes, et ceux qui ont le plus besoin d'être accompagnés, parce que leur métier ou leur activité les contraint à utiliser de façon très intense leur véhicule.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors les mesures les plus importantes que vous présentez ce matin, en ce qui concerne, d'abord, si vous permettez, ceux qui roulent, ceux qui circulent, ceux qui ne peuvent pas faire autrement que prendre la voiture, qui perdent du pouvoir d'achat et qui ne peuvent pas s'acheter une nouvelle voiture.

EDOUARD PHILIPPE
Alors, nous allons faire... en la matière, nous allons utiliser deux grandes mesures, première mesure, nous allons développer, et développer massivement, la prime à la conversion automobile, vous évoquez les personnes qui ne peuvent pas acheter de nouvelles voitures, notre objectif, c'est de faire en sorte justement de se diriger vers ces personnes et de les accompagner dans l'acquisition d'un véhicule, qu'il soit neuf ou d'occasion, qui consomme moins. Je voudrais vous en donner un exemple, aujourd'hui, vous avez des primes à la conversion, elles peuvent monter à 2.000 euros, nous allons faire en sorte que pour les 20 % des Français les plus modestes, une super prime soit créée, qui permettra de passer à 4.000 euros, qui permettra d'acheter un véhicule d'occasion, lequel sera moins consommateur que le véhicule qui est aujourd'hui détenu par ce Français, et grâce à cela, nous allons permettre aux Français d'être accompagnés…

ELIZABETH MARTICHOUX
Lesquels, vous dites 20 % les plus modestes, ça fait combien de Français ?

EDOUARD PHILIPPE
Prenez l'exemple d'un couple de Français au Smic avec trois enfants, ils sont dans la cible, ou prenez l'exemple d'un couple avec 1,8 Smic, un des deux membres du couple gagne 1,8 Smic, et deux enfants, eh bien, ils n'étaient pas forcément dans la cible, ils vont être dans la cible, et ils vont pouvoir être accompagnés. Je voudrais vous donner un exemple précis…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est-à-dire, attendez, ceux-là, que vous venez de citer…

EDOUARD PHILIPPE
Non, mais je voudrais vous donner…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ils toucheront combien, 4.000 euros ?

EDOUARD PHILIPPE
Attendez, je voudrais vous donner un exemple précis, vous avez un Français qui a acheté une voiture au milieu des années 2000, on va dire, une 206 diesel, elle consomme 6 litres aux 100, avec la super prime que nous créons, il va pouvoir acheter un véhicule, y compris d'occasion, plus récent, qui lui permettra de passer à une consommation peut-être de 5 litres aux 100, un véhicule, une C3 aujourd'hui essence d'occasion, vous pouvez l'acheter à 5.000, 5.500 euros, ça veut dire que le reste à charge pour le Français, ce sera 1.000 à 1.500 euros pour acheter un véhicule qui consommera nettement moins, c'est une économie de 200 euros par an.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, c'est une surprime, si je comprends bien, et j'essaie de résumer : 4.000 euros, je n'ai pas bien compris en revanche, pour combien…

EDOUARD PHILIPPE
Pour les plus modestes…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça fait combien de Français ?

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien, c'est ce qu'on appelle les deux premiers déciles, pardon, parce que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, alors, pas de termes trop technoïdes, si vous me permettez…

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien, voilà, c'est pour ça que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais ça fait quoi, 100.000 Français ?

EDOUARD PHILIPPE
Ah, non, ce sera plus que ça…

ELIZABETH MARTICHOUX
100.000 ?

EDOUARD PHILIPPE
Ça peut être beaucoup plus que ça…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce sera plus que ça ?

EDOUARD PHILIPPE
D'abord, ce seront les Français qui voudront changer de véhicule, on va les accompagner, donc je ne peux pas vous dire exactement combien il y en aura aujourd'hui, mais l'objectif, c'est qu'ils soient très largement accompagnés. Encore une fois, c'est une mesure sociale et c'est une mesure de transformation…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et qui paie ? Est-ce que, puisque vous avez eu des réunions avec les constructeurs, est-ce que les constructeurs, eux, vont jouer le jeu ou pas ?

EDOUARD PHILIPPE
La mesure que j'évoque aujourd'hui, c'est une mesure qui est financée par le budget de l'Etat, c'est la façon…

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle est prise en charge totalement par le budget de l'Etat ?

EDOUARD PHILIPPE
Absolument, c'est une façon pour l'Etat d'accompagner, encore une fois, ceux qui en ont besoin dans cette transition…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous savez combien elle coûte d'ailleurs pour vous, pour le budget, pardon, pour nous…

EDOUARD PHILIPPE
La prime, la prime, elle a...

ELIZABETH MARTICHOUX
La surprime…

EDOUARD PHILIPPE
Attendez, pardon, parce qu'on parle de la prime à la conversion automobile, la prime à la conversion automobile, on s'était engagé à en financer 500.000 sur le quinquennat, 500.000 primes à la conversion sur le quinquennat, au cours des 18 premiers mois de ce quinquennat, on en a déjà fait 280.000, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que c'est un instrument qui marche, et c'est d'ailleurs parce qu'il marche qu'on s'appuie sur cet instrument pour continuer à accompagner les Français. Donc on va faire, on va viser un million de primes à la conversion. On va doubler l'objectif qui avait été affiché au moment de la campagne électorale pour accompagner le maximum de Français dans cette prime à la conversion.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais on est très clair, Monsieur le Premier ministre, je voudrais être sûre qu'on se comprenne bien, le million que vous visez sur le quinquennat, il n'est pas concerné par cette surprime, cette surprime, elle concerne une partie de ceux qui bénéficient de la prime à la conversion…

EDOUARD PHILIPPE
Absolument…

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, pour tous ceux qui ne sont pas dans ces bénéficiaires potentiels de 4.000 euros pour acheter une nouvelle voiture, qu'est-ce que vous faites ?

EDOUARD PHILIPPE
On va faire une autre chose, on va viser les grands rouleurs, en modifiant et en élargissant ce qu'on appelle les indemnités kilométriques. Aujourd'hui, vous avez un système d'indemnités kilométriques, il y a cinq millions de Français qui utilisent ce système d'indemnités kilométriques pour prendre en compte dans leur fiscalité le fait qu'ils sont des grands rouleurs. Eh bien, nous allons élargir ce système d'indemnités kilométriques, et notamment l'élargir pour les petites cylindrées, c'est-à-dire, pour faire en sorte que ceux qui roulent beaucoup, mais avec des voitures qui consomment peu ou polluent peu, puissent être avantagés. Et là encore, c'est un avantage fiscal qui va être consenti aux gros rouleurs, entre guillemets, qui n'est pas du tout négligeable, ça dépend évidemment de l'intensité avec laquelle ils utilisent leur véhicule, mais notre objectif, là encore, c'est de leur permettre d'être accompagnés.

ELIZABETH MARTICHOUX
Les indemnités kilométriques, aujourd'hui, c'est vraiment pour ceux qui roulent énormément, les véhicules de fonction, etc. Pour vous, c'est plus large que ça ou pas, ça reste – les bénéficiaires – les indemnités kilométriques aujourd'hui…

EDOUARD PHILIPPE
On utilise le système au réel quand on considère qu'on y a un intérêt, c'est-à-dire quand on considère qu'on est un gros rouleur, là encore, notre objectif, c'est d'accompagner les plus modestes et ceux qui ont le plus besoin de leur véhicule, c'est quelque chose qui, encore une fois, ne revient en rien sur la logique que nous avons définie…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ceux qui vous entendent et qui roulent par exemple, on va dire 60 kilomètres aller-retour par jour, ce sont des gros rouleurs ?

EDOUARD PHILIPPE
Ils sont considérés comme des gros rouleurs…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est à partir, on peut dire, c'est à partir de... ?

EDOUARD PHILIPPE
Ce sera à 60, 70 kilomètres par jour, mais…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce sera à partir de 60 kilomètres…

EDOUARD PHILIPPE
Pour bénéficier de la prime, il faudra plutôt se situer dans cette catégorie-là, et on va – et encore une fois, on aura le temps de l'écrire complètement, mais – on va transformer et faire en sorte que cette prime soit versée à plus de Français, là encore, non pas pour subventionner, en contrepartie de l'augmentation du prix du carburant, l'utilisation du carburant, ça n'a aucun sens, pour permettre aux Français de consommer moins avec l'achat de véhicules qui sont moins consommateurs, et donc moins polluants, et pour permettre d'atteindre les objectifs qu'on se fixe s'agissant de la réduction du dioxyde de carbone, des émissions de gaz à effet de serre.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous défiscalisez les aides proposées aux collectivités, comme les Hauts-de-France ? François HOLLANDE l'a annoncé la semaine dernière, vous le faites ?

EDOUARD PHILIPPE
Oui, c'est un élément du plan, nous voulons faire en sorte que lorsque les collectivités territoriales, certaines l'ont fait, c'est le cas des Hauts-de-France, s'engagent en versant un chèque carburant, ce chèque carburant puisse être défiscalisé, autrement dit, ce revenu additionnel versé par une région à quelqu'un ne sera plus déclaré dans les impôts.

ELIZABETH MARTICHOUX
Dans les revenus…

EDOUARD PHILIPPE
C'est vrai…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc c'est une niche fiscale…

EDOUARD PHILIPPE
Non…

ELIZABETH MARTICHOUX
Nicolas DUPONT-AIGNAN nous disait ici : mais ça va coûter plus cher à mettre en place cette usine à gaz que ça ne rapportera aux Français…

EDOUARD PHILIPPE
Non, non, pas du tout. Pas du tout, c'est une mesure d'accompagnement assez logique…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est une petite niche fiscale…

EDOUARD PHILIPPE
C'est une mesure d'accompagnement assez logique d'initiative prise par des collectivités territoriales, nous le faisons sur le chèque carburant versé notamment par la région Hauts-de-France, et peut-être d'autres régions voudront-elles le faire. Nous le faisons aussi sur les aides qui seront versées…

ELIZABETH MARTICHOUX
Elles disent non, on n'est pas là pour compenser les mesures fiscales et en plus, on n'en a pas les moyens…

EDOUARD PHILIPPE
Mais, eh bien, elles sont libres. Madame MARTICHOUX...

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est ce qu'elles vous disent…

EDOUARD PHILIPPE
Madame MARTICHOUX, les régions sont libres. Certaines choisissent de le faire, nous les accompagnons, certaines choisissent de ne pas le faire, pas de problème, mais nous allons aussi défiscaliser les aides au covoiturage, c'est-à-dire que les régions qui choisissent de passer par le covoiturage, eh bien, nous allons accompagner ces initiatives et accompagner les Français qui en bénéficient, en permettant la défiscalisation de ces mesures.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce qui est déjà fait, vous voulez que ça aille encore plus vite, l'aide au covoiturage, c'est dans les entreprises volontaires, il faut qu'elles le soient.

EDOUARD PHILIPPE
Absolument. Mais encore une fois, ce n'est pas un plan de fiscalité, c'est un plan d'accélération d'une transformation, c'est une politique publique de transformation…

ELIZABETH MARTICHOUX
On va en reparler, mais sur le calendrier maintenant, les mesures, notamment, en particulier, parce que ce qui est le plus spectaculaire, c'est la fameuse surprime, on n'a pas encore tout à fait compris pour qui exactement, mais on va y travailler…

EDOUARD PHILIPPE
Les 20 % les plus pauvres…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est à partir de quand ?

EDOUARD PHILIPPE
Ceux qui roulent plus de 60 kilomètres par jour au total pour se rendre au travail, une surprime qui passe de 2.000 à 4.000 euros, voilà, c'est assez simple…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et voilà, donc voilà, c'est la synthèse. Quand ?

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien, l'idée, c'est d'aller vite, l'idée c'est de…

ELIZABETH MARTICHOUX
Maintenant ?

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien, l'idée, c'est d'utiliser l'ensemble de ces mesures à compter du 1er janvier 2019, on travaille pour l'année 2019, bien entendu…

ELIZABETH MARTICHOUX
A partir du 1er janvier. Encore une question, la baisse drastique du permis de conduire annoncée par Emmanuel MACRON…

EDOUARD PHILIPPE
Oui, y compris pendant la campagne, c'est un sujet sur lequel – et rappelé à l'occasion de son déplacement dans les Hauts-de-France – c'est un sujet sur lequel on travaille, on a un coût du permis de conduire dont chacun sait qu'il est extrêmement élevé, avec des délais qui sont parfois très longs, sans d'ailleurs qu'on n'ait en contrepartie des résultats exceptionnels en matière de sécurité routière. Et donc notre objectif, c'est d'essayer de faire en sorte, sans vouloir déstabiliser totalement une économie et un marché, mais essayer de faire en sorte qu'on soit bien meilleur avec un prix bien moins élevé ; c'est possible, il y a un certain nombre de rapports parlementaires qui ont été demandés, c'est un sujet sur lequel on travaille, le sujet serait évoqué dans le cadre de la loi d'orientation des mobilités, qui sera présentée au Conseil des ministres le 27 novembre. Donc c'est un sujet, un engagement du président de la République, sur lequel on travaille très activement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, ça, c'est un chantier, plus immédiatement, pour le chauffage, électricité, gaz, fioul, il y a aujourd'hui un chèque énergie…

EDOUARD PHILIPPE
Mais, merci Madame MARTICHOUX de poser la question, parce qu'aujourd'hui, on est dans l'urgence, on est dans l'immédiateté, on parle des gilets jaunes, on parle des transports, mais en termes de réduction des gaz à effet de serre, en termes de dépendance énergétique, le chauffage est un sujet qui est au moins aussi important, et on veut évidemment s'y atteler, c'est la raison pour laquelle on a un plan en deux mesures, d'abord, on va augmenter le chèque énergie. Comment est-ce qu'on va faire ? On avait déjà…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il est de 150 euros en moyenne…

EDOUARD PHILIPPE
En moyenne, on avait prévu une augmentation de 50 euros de ce chèque énergie, pour 3,6 millions de Français, cette augmentation, elle est confirmée. Et puis, on va élargir la cible du chèque énergie, on va passer de 3,6 millions de Français qui sont concernés à 5,6 millions de Français, là encore, il s'agit de les accompagner ; c'est une mesure sociale, c'est une mesure de court terme – c'est vrai – pour accompagner…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est-à-dire, aussi au 1er janvier ?

EDOUARD PHILIPPE
Oui, oui, pour accompagner l'effort lié à l'augmentation du prix, non pas du carburant, mais du carbone et du fioul. Et puis, cette mesure sociale, elle se couple à une autre mesure, qui est une mesure de transformation, qui est, elle, une mesure de plus long terme et qui est une mesure importante, c'est que nous voulons faire en sorte de nous fixer un objectif, qu'à la fin du prochain quinquennat, il n'y ait plus de chauffage au fioul individuel en France. C'est la raison pour laquelle nous allons créer, nous allons développer la prime à la conversion, mais cette fois-ci non pas automobile, mais des chaudières, pour faire en sorte que les Français puissent, là aussi, se libérer de cette contrainte extraordinaire d'utiliser le fioul pour se chauffer. Et, pendant longtemps, on a un peu incité l'installation, la construction et l'installation de ces chaudières. Nous, ce que nous voulons, c'est proposer aux Français un mécanisme qui les libère vraiment, ça passera par la prise en compte évidemment du nouveau système, ça peut être la pompe à chaleur, ça peut être le bois dans certaines hypothèses, mais c'est aussi l'installation, la dépose de l'ancien matériel, l'excavation de la cuve, lorsque c'est possible, un système complet qui, là encore, permet de prendre un tiers, on va dire, du coût global de transformation. Si on le fait sur dix ans, on peut arriver à l'objectif ambitieux, mais…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc plus de chaudières au fioul dans dix ans, c'est ça ?

EDOUARD PHILIPPE
C'est notre objectif.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est ça l'objectif.

EDOUARD PHILIPPE
C'est notre objectif. Et vous voyez bien que là, c'est un objectif de transformation, il faut travailler pour demain matin, c'est vrai, mais il faut aussi travailler pour dix ans en voyant où on va.

ELIZABETH MARTICHOUX
Edouard PHILIPPE, Monsieur le Premier ministre, on n'est pas naïf, tout ça, c'est une réponse aux gilets jaunes du 17 novembre, vous pensez que ces mesures vont calmer les esprits ?

EDOUARD PHILIPPE
Les systèmes d'accompagnement et de transformation que j'ai évoqués, ils existent, ils n'ont pas été créés pour l'occasion, nous allons les développer, pourquoi, parce que, tout en restant parfaitement cohérents avec la direction que nous avons définie, tout en restant parfaitement cohérents avec l'engagement que nous avons pris, nous avons entendu le besoin exprimé par les Français d'être plus accompagnés et mieux accompagnés, surtout par les Français les plus modestes, eh bien, évidemment, nous répondons à ce besoin.

YVES CALVI
Est-ce que ça calmera les esprits ?

ELIZABETH MARTICHOUX
J'entends ça, est-ce que vous êtes inquiet ? Est-ce que vous êtes inquiet…

EDOUARD PHILIPPE
Non, je ne suis pas, par nature…

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que vous êtes face à une vague de fond, Monsieur le Premier ministre ?

EDOUARD PHILIPPE
Je ne suis, d'abord par nature, pas inquiet, je suis attentif à ce qui est exprimé, je suis attentif aux inquiétudes, à l'angoisse, parfois, à la colère. Et je vais vous dire, Madame MARTICHOUX, je la respecte, cette colère. En France, on a le droit de manifester, on a le droit d'être en désaccord, on est dans une…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, parce qu'il y a des auditeurs hier qui n'ont pas compris, quand ils ont entendu Christophe CASTANER dire : on va bloquer les blocages…

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien, c'est pour ça que je vais le dire aussi clairement qu'il l'a formulé: nous respectons évidemment l'expression du droit de manifester ou l'expression du droit d'être en désaccord, mais on respecte tout le droit. Il y a un droit à manifester, mais il est organisé, on ne peut pas faire n'importe quoi, j'ai le souci également de la sécurité des Français, si certains axes venaient à être bloqués alors qu'on en a besoin, pour faire passer les pompiers, pour faire passer les ambulances, vous vous doutez bien que ça mettrait en péril la sécurité des Français, et que, donc bien entendu, on prendrait les mesures qui s'imposent.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un exemple, s'il y a une dizaine de gilets jaunes qui va bloquer une bretelle d'autoroute ou même une voie d'autoroute, vous faites quoi ? Vous donnez les forces de l'ordre ?

EDOUARD PHILIPPE
Encore une fois, je vous ai dit, je ne vais pas prendre... je suis respectueux de la liberté de manifester, mais la liberté de manifester en France, elle passe par des déclarations, elle passe par la prise de responsabilité de chacun, celui qui se dit : eh bien, tiens, je vais bloquer ici, ça va être formidable, ça va mettre le bololo partout, il sait que, ce faisant, il prend un risque s'il ne respecte pas la loi…

ELIZABETH MARTICHOUX
Les sanctions seront appliquées ?

EDOUARD PHILIPPE
Bien sûr…

ELIZABETH MARTICHOUX
Les sanctions, c'est confiscation de voitures, retrait de points de permis…

EDOUARD PHILIPPE
Mais la loi, Madame MARTICHOUX…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est très concret…

EDOUARD PHILIPPE
La loi, elle s'applique, l'entrave à la circulation…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc elle sera appliquée…

EDOUARD PHILIPPE
C'est sanctionné. Et je le dis, mais je le dis de façon très tranquille, je dis aux Français : vous avez le droit de manifester, bien sûr, mais il faut prendre ses responsabilités et respecter la loi.

ELIZABETH MARTICHOUX
Marine LE PEN, dans Le Parisien, ce matin : "on a le sentiment que le gouvernement souhaite que les choses dérapent."

EDOUARD PHILIPPE
Non, pas du tout, je pense que, elle, aimerait que les choses dérapent, ça, on voit bien qu'il y a chez elle, mais peut-être chez d'autres, je n'en sais rien, il y a une volonté d'attiser et peut-être d'essayer ensuite d'en profiter, c'est son calcul politique, il est transparent, et je n'ai pas à le commenter. Mais ce n'est pas du tout le souci du gouvernement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Les raisons de la colère aussi, Edouard PHILIPPE, c'est que les Français ne savent pas pourquoi ils paient, vous nous avez répété votre logique, mais ils voient une mesure fiscale, et de fait, votre politique, elle est ambiguë, puisque, vous recyclez peu de ce que rapportent ces taxes dans la lutte contre l'environnement…

EDOUARD PHILIPPE
Ce n'est pas vrai, Madame MARTICHOUX…

ELIZABETH MARTICHOUX
Comment voulez-vous que les gens comprennent le sens…

EDOUARD PHILIPPE
Ça n'est pas vrai, Madame MARTICHOUX…

ELIZABETH MARTICHOUX
Quand ils comprennent le sens, ils vous suivent, quand ils ne comprennent pas le sens…

EDOUARD PHILIPPE
Et comme vous me posez la question, j'essaie de vous répondre. Les taxes sur les carburants, c'est environ 34 milliards de recettes en France, beaucoup d'argent, 34 milliards de recettes…

ELIZABETH MARTICHOUX
Sur le quinquennat…

EDOUARD PHILIPPE
Le budget du... ah non, non, non…

ELIZABETH MARTICHOUX
34 milliards de recettes…

EDOUARD PHILIPPE
Annuels. Le budget du ministère de la Transition écologique et solidaire, c'est 34 milliards, voilà, non, mais…

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, je vais vous poser la question autrement, si vous me permettez, Monsieur le Premier ministre…

EDOUARD PHILIPPE
Les sommes qui sont prélevées dans le cadre de cette fiscalité, elles servent à quoi ? Elles servent à accompagner la transition et aussi à participer à l'effort que j'ai évoqué de diminution de la fiscalité qui pèse sur le travail…

ELIZABETH MARTICHOUX
L'essentiel est fléché sur le budget, Monsieur le Premier ministre…

EDOUARD PHILIPPE
Madame MARTICHOUX, vous savez ce qu'on a fait pendant 40 ans, attendez, vous savez ce qu'on a fait pendant 40 ans, en 1960, on avait... non, mais vous avez l'air de ne pas être réjouie du fait que j'essaie de vous répondre…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, non, mais, pas du tout, mais…

EDOUARD PHILIPPE
J'essaie de vous répondre, depuis 1960…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il faut parler de ce qui est…

EDOUARD PHILIPPE
On a multiplié par 6 les cotisations qui pèsent sur le travail, Madame MARTICHOUX, depuis 1960, on a multiplié par 6, sans bouger d'ailleurs énormément les taxes qui pèsent sur la pollution, on a multiplié par 6 le prix, entre guillemets, la fiscalité qui repose sur le travail, ça donne quoi, ça donne aujourd'hui un pays dans lequel, on a un chômage de masse, et des résultats qui ne sont pas formidables s'agissant de la lutte contre le dérèglement climatique…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous assumez complètement qu'une partie du produit de ces taxes vertes ne soit pas fléchée…

EDOUARD PHILIPPE
Mais bien sûr que j'assume complètement, mais bien entendu…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et quand je dis une partie, c'est l'essentiel…

EDOUARD PHILIPPE
De même, Madame MARTICHOUX, que les régions…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ne soit pas fléchée vers la lutte contre la pollution…

EDOUARD PHILIPPE
De même, Madame MARTICHOUX, que les régions, dont certains présidents critiquent très fortement cette mesure, bénéficient d'un tiers de la TICPE, c'est-à-dire d'un tiers de la fiscalité qui repose sur les carburants, il faut quand même le dire, c'est 12 milliards d'euros…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous comprenez que ça puisse troubler les Français, encore une fois, qui se disent : mais, eh bien, le gouvernement, on ne voit pas le sens de sa politique…

EDOUARD PHILIPPE
Le besoin d'expliquer, je le comprends parfaitement, le besoin, mais vous comprenez bien aussi que lorsqu'on est au gouvernement, on explique, mais on reste cohérent avec une politique qui a été fixée.

ELIZABETH MARTICHOUX
Comment on sort de ce désamour, Edouard PHILIPPE vis-à-vis notamment du président que l'on voit aujourd'hui ?

EDOUARD PHILIPPE
Mais d'abord, je ne sais pas s'il faut parler... entre guillemets, vous évoquez le terme de désamour, je ne suis pas sûr que ce soit le terme…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous ne le ressentez pas ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, je ne le sens pas. Et moi, j'ai cru et j'ai toujours cru, je crois toujours, et je crois que je croirai toujours, en matière politique, à la cohérence de ce qu'on fait, à la clarté et à la cohérence, et puis, je crois aussi aux résultats, et je considère que les politiques qu'on mène, elles deviennent crédibles lorsqu'elles sont cohérentes, et qu'elles produisent des résultats, et c'est ce à quoi je m'applique avec l'ensemble du gouvernement, avec la majorité parlementaire, avec beaucoup de détermination.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous ne mettrez pas de frein sur les réformes ?

EDOUARD PHILIPPE
En aucune façon…

ELIZABETH MARTICHOUX
Aucun frein sur les réformes ?

EDOUARD PHILIPPE
En aucune façon, en aucune façon. Mais enfin, ce pays crève de ne pas avoir été réformé, ce pays crève de politiques en godilles, tranquilles, où – exactement comme l'ont fait d'ailleurs un certain nombre de candidats à l'élection présidentielle – vous avez des majorités, pardon des formations politiques qui vous disent pendant la campagne présidentielle : il faut une taxe carbone, il faut une trajectoire carbone, et puis, quand ça devient difficile, qu'est-ce qu'ils font, ils disent : oh, non, non, ce n'est surtout pas ça qu'il faut faire. Vous pensez que les Français qui les écoutent et qui les voient, à 18 mois, faire exactement le contraire de ce qu'ils ont dit, les prennent pour des gens crédibles, non, moi, je considère que nous avons une politique qui a été définie et nous la mettons en oeuvre…

ELIZABETH MARTICHOUX

Oui, mais vous n'êtes pas en train de perdre les élections européennes en ce moment ?
EDOUARD PHILIPPE
Mais je ne crois pas du tout. Mais je ne crois pas du tout ! Vous savez bien que les Français, même s'ils formulent des questions sur la fiscalité des carburants, ils ont aussi parfaitement conscience de ce que notre pays n'a pas suffisamment fait et ne fait peut-être pas suffisamment pour répondre aux enjeux climatiques, nous le faisons…

ELIZABETH MARTICHOUX
Nicolas HULOT, il ne pourrait pas vous défendre ? En ce moment, on ne l'entend pas, vous ne regrettez pas qu'il ne prenne pas la parole alors que c'est lui qui avait appuyé sur le champignon à la taxe carbone...

EDOUARD PHILIPPE
Mais cette décision d'avoir une trajectoire carbone, d'augmenter, elle a été prise avec Nicolas HULOT, et je n'ai aucun doute sur le fait que lorsqu'il s'exprimera, il pourra assumer une partie de cette décision. Il faut l'assumer…

ELIZABETH MARTICHOUX
Deux petites questions pour finir…

EDOUARD PHILIPPE
En tout cas, moi, je l'assume…

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que vous avez déjà budgété l'ensemble du plan annoncé ce matin, on n'a pas toutes les mesures, mais vous avez une vision globale du coût budgétaire ?

EDOUARD PHILIPPE
Oui, alors, un certain nombre de choses étaient prévues, donc étaient déjà budgétées, d'autres viennent s'y rajouter, mais c'est un effort considérable, on est au-delà, le plan – pardon – le plan, il est à 500 millions d'euros qui viennent s'ajouter à des mesures qui avaient déjà été présentées et qui en font évidemment un élément très considérable…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc l'effort budgétaire nouveau, c'est 500 millions ?

EDOUARD PHILIPPE
Oui, l'effort budgétaire nouveau, que j'annonce aujourd'hui, c'est 500 millions d'euros supplémentaires, mais encore une fois, Madame MARTICHOUX, vous m'avez posé cette question, l'effort que la France fait pour adapter son système, lutter contre le dérèglement climatique, c'est plutôt de l'ordre de dix milliards d'euros, c'est plutôt de l'ordre de dix milliards d'euros, et c'est un effort qui va croissant, le budget du ministère est croissant, et les sommes que nous allons placer, notamment dans le développement des énergies renouvelables, sont considérablement croissantes, donc, là, encore, c'est quelque chose que nous prenons à bras-le-corps.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et toute dernière question, vous l'avez écoutée sur RTL, ce matin, on a évoqué une mesure qui serait à l'étude à Matignon, travailler chez soi au lieu d'être en arrêt maladie pour limiter les arrêts maladie, vous confirmez cette piste ?

EDOUARD PHILIPPE
Favoriser, eh bien oui, mais c'est une question délicate, favoriser le télétravail, oui, ne pas mélanger l'arrêt de travail et le travail, ce n'est jamais ça, et je ne me lancerai pas là-dedans, voir comment est-ce qu'on peut reprendre progressivement le travail, notamment par le télétravail, ça peut être une piste intéressante, ne pas... voilà, ne pas recommencer, ne pas se placer dans des situations qui soient trop binaires, on ne travaille pas, on n'a pas le droit, et puis ensuite, on doit travailler complètement, faire en sorte qu'on puisse avoir une reprise progressive, notamment par le télétravail. C'est une piste qui me semble intéressante.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup Monsieur le Premier Ministre. Ça ne vous gêne pas d'être plus populaire que le président ?

EDOUARD PHILIPPE
Je vais vous dire, ces questions de popularité me sont totalement indifférentes, elles n'ont aucun intérêt, tous les hommes politiques qui ont gouverné en se disant : il faut que je sois populaire ont lamentablement échoué.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci Edouard PHILIPPE d'avoir été ce matin sur RTL.

EDOUARD PHILIPPE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 novembre 2018

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