Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec LCI le 12 novembre 2018, sur les Etats-Unis et le multilatéralisme. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec LCI le 12 novembre 2018, sur les Etats-Unis et le multilatéralisme.

Personnalité, fonction : LEMOYNE Jean-Baptiste.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de l'Europe et des affaires étrangères

ti :

Q - Jean-Baptiste Lemoyne, bonjour. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Forum sur la paix et un grand absent, Donald Trump. On s'interrogera avec vous dans un instant : peut-on avancer dans le monde sans les Etats-Unis ? Ami finalement ou pas, Donald Trump ? (...)

Je voudrais vous faire réagir à cette image hier à Paris : deux présidents en parallèle, au même moment, Emmanuel Macron lançait le Forum sur la paix et Donald Trump présidait, à quelques kilomètres de là, une cérémonie au cimetière américain de Suresnes. À quoi cela rime-t-il un forum sur la paix sans les Etats-Unis ? Donald Trump n'a même pas envoyé une délégation.

R - Finalement, cela résume un peu la situation du monde à l'heure actuelle. C'est-à-dire que, oui, les Etats-Unis sont en train de porter un certain nombre de coups de boutoir contre le système multilatéral. Par exemple, à l'OMC, cette organisation qui vise à réguler les échanges internationaux. De la même façon qu'ils se sont retirés de l'UNESCO, du dispositif d'aide aux réfugiés palestiniens.

Donc, quelque part, cette image d'un président américain isolé - parce que c'est cela la réalité, c'est que les 83 autres chefs d'Etat et de gouvernement étaient aux côtés d'Emmanuel Macron, d'Angela Merkel, d'Antonio Gutteres, Vladimir Poutine, Justin Trudeau, ils étaient tous là -, c'est un peu une allégorie.

Q - C'est un échec ?

R - Non, pas du tout. Nous nous battons justement pour faire comprendre aux Etats-Unis que si parfois ils ont un certain nombre de préoccupations que l'on peut partager, par exemple ils s'inquiètent d'une concurrence inéquitable de la Chine - et on peut partager ce sujet-là -, notre réponse est de dire : ce n'est pas en mettant une escalade tarifaire avec des droits de douane qui s'appliquent à la Chine, puis aux Etats-Unis, puis à tout le monde, voire aux alliés - parce que je vous rappelle que les Etats-Unis ont taxé l'Europe par exemple sur l'acier et l'aluminium -, mais la vraie réponse est dans un dialogue efficace et dans la refonte des règles qui président à la gouvernance mondiale.

Q - Donald Trump a quitté les accords de Paris, vous n'arrivez pas à la convaincre de faire marche arrière. Effectivement, il déclare une guerre économique à à peu près tout le monde. Là, il boude le Forum sur la paix. On a l'impression quand même que la stratégie que l'on adopte vis-à-vis de lui, cela ne marche pas.

R - J'appelle votre attention sur le fait que sa stratégie n'a pas forcément été validée par son propre peuple, qui vient d'envoyer une chambre des représentants qui désormais est démocrate.

Q - En attendant, il y a des résultats sur le plan économique aux Etats-Unis qui sont assez spectaculaires, sur la croissance, sur l'emploi, sur les salaires, cela va plutôt pas trop mal...

R - Parlons des résultats. Parce qu'un certain nombre d'industriels américains, suite à cette guerre commerciale, ont annoncé qu'ils allaient implanter un certain nombre d'usines à l'étranger pour éviter les droits de douane que les produits américains subissent en rétorsion d'autres continents, Harley-Davidson c'est emblématique.

Donc, on voit bien que la politique d'escalade dans la guerre commerciale que conduit le président américain, risque d'être préjudiciable assez vite à l'économie américaine. C'est pour cela que le message est : seul on ne réussit pas. On voit bien que, face aux défis mondiaux, on partage les défis en commun - le défi environnemental, le défi démographique, le défi migratoire -, seuls, on est dans l'impasse, alors que, ensemble, en réfléchissant, on peut y arriver. Il y a un pacte mondial sur l'immigration qui est en train d'être finalisé pour le mois de décembre.

Q - Vous n'abandonnez pas, c'est ce que l'on a compris Jean-Baptiste Lemoyne. Merci d'avoir accepté l'invitation de LCI aujourd'hui.

R - Merci à vous.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 15 novembre 2018

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